Dimanche 24 juin 2018...

Le soleil incline sa course, en ce début de soirée, vers Cuzy. La température très douce a incité la PH family à mettre la table sous le marronnier. Mme PH se détend sur un transat, le regard partagé, entre sa petite fille qui joue à la poupée à ses côtés, et un journal féminin... Tout le portrait de sa grand mère ! Du haut de ses 5 ans, les questions fusent... Impossible de lui laisser la moindre parcelle de non réponse sous peine de reformulation immédiate. Mais la vigilance de la grand mère est mise à rude épreuve par ce qui se trouve sur la table et qui attire en permanence le regard de la fillette. Tel un aimant dont on imagine sans peine que le moindre relâchement permettrait l'assouvissement d' une convoitise par une petite main... Finalement, la grand mère craque : " Tu peux en prendre une ! " Ce qui tire un sourire discret à PH, qui après être sorti de sa douche,  observe la scène depuis la cuisine...

   sous_le_marronier

L'objet de cet attrait prend sa source plus tôt dans l'après midi. En terminant de presser, PH a observé les abords de la parcelle... Pour la première fois, il va y avoir une récolte. L'histoire est longue comme l'est l'histoire des arbres. En 2013, il a rencontré au cours d'un dîner, un passionné de nature; un spécialiste des arbres ! Le courant est passé. D'un côté, le paysan se posait des questions sur le renouvellement des arbres sur la ferme. De l'autre, un spécialiste qui déplorait la disparition d'espèces rares. PH était toujours aussi ému au printemps ou à l'automne par les couleurs prises par certaines essences. Il y voyait là la vraie richesse d'une bio-diversité réussie sans mise à mal de la production agricole. Il se délectait de ces points blancs parsemés sur le territoire qui attirait l'attention ! Il était impressionné par les couleurs vives et variées de l'automne. Mais il ne savait pas où trouver de jeunes plants pour renouveler les arbres trop âgés que les coups de vent ou les orages mettaient à terre. Il ne voulait pas planter les espèces passe partout, trop sélectionnées, trop fragiles aux maladies et aux conditions climatiques d'une région continentale...

     merisier_automne

Il avait trouvé en face de lui la personne qui pouvait l'aider à régler le problème. En effet, ce fou d'espèces rares  cherchait de vastes espaces pour planter ses sujets sans que trop de proximité puisse altérer la pureté variétale par échange de pollen. Les deux hommes convinrent d'un petit arrangement . L'un fournirait les scions juste après la sainte Catherine. L'autre les planterait  sur sa ferme. Le second s'engagerait à noter date et lieu de plantation, date de floraison , date et estimation du volume de production éventuelle. Le but était de garder un minimum de références pour les générations futures et de localiser les sujets ! Pas de protocole complexe, pas de contrôles tatillons, tout était affaire de confiance, chacun admettant que dans la nature trop de paramètres ne sont pas maîtrisables pour que l'on puisse imposer des règles.

    merisier_ch_ne

Juste après le 25 novembre 2013, PH s'était mis à l'œuvre. Le spécialiste lui avait envoyé par mail la liste des espèces choisies et les contraintes de chacune en terme d'exposition, de nature de terrain... PH avait alors déterminé les emplacements pour chacune d'entre-elles sur les informations fournies... Il avait ensuite fait les trous et planté le jour de réception des scions. Pour limiter les agressions des animaux, il avait arrangé les clôtures et avait planté en même temps des tuteurs dont le bout était peint pour éviter de toucher les jeunes pousses lors des travaux de broyage des haies.

   montagne

Cette action avait été reconnue "d'utilité écologique européenne" ! Lors de la réforme de la PAC 2013, on avait retenu l'idée que les campagnes étaient un véritable réservoir écologique ! On avait abandonné l'idée de créer des espaces sanctuarisés en partant d'un constat simple ! Si on trouvait encore telle ou telle espèce à un endroit précis, c'est que l'agriculture pratiquée sur le lieu ne les avaient pas détruites ou chassées. Était on certain que l'arrêt de celle-ci ne provoquerait la disparition de ce que l'on souhaitait préserver ? Donc plutôt que de mettre une montagne de règlements et d'interdits, on s'était dit qu'il fallait favoriser les pratiques actuelles et éviter qu'elles changent pour favoriser le maintien des espèces menacées. Mieux, on voulait évaluer les facteurs agricoles favorisant cette survie plutôt que de supprimer l'activité agricole.  Ainsi on avait commencé de mettre en place des démarches très simples de sensibilisation des paysans en les faisant participer à cet inventaire. On avait compris que la contrainte ne servait pas à grand chose et qu'il fallait simplifier pour faire adhérer. PH se connecta au même service du cadastre que celui sur lequel il notifiait les parcelles. Il enregistra les renseignements des plantations. Il ne toucherait pas d'indemnités pour cela. Mais ...

Retour en 2018 ! Donc, l'après midi, PH a vu que la récolte était mûre. En rentrant, il interpelle Mme PH en lui proposant une petite sortie en tracteur. Inutile de dire que celles-ci se comptaient sur les doigts des deux mains depuis leur mariage. Le tracteur : ce n'était vraiment pas le truc de Mme PH. Mais il y a des circonstances qui portent à exception. PH prit le tracteur équipé de la fourche sur laquelle il adapta la nacelle simple qu'il avait confectionné pour construire les bâtiments. Mme PH prit place sur le siège d'appoint du tracteur et PH petite fille sur les genoux de PH. Direction le Pâtié du chêne... Une fois sur place, PH fit prendre place à ses "femmes" dans la nacelle qu'il positionna directement sous une branche d'un des arbres plantés en 2013. Ainsi la récompense de son travail se trouvait à portée de main ! Il monta également et tous  trois commencèrent la cueillette de cerises appétissantes. Mme PH jeta un regard ému à PH qui lu dans ses yeux : de vieux souvenirs ! Alors qu'ils étaient fiancés, un des premiers étés où Mme PH était venue sur la ferme un week-end, toute la famille de PH s'était livré au même exercice, de la même façon ! Ils se firent un tendre bisou qui fit naître un sourire de contentement à leur petite fille...

             merisier_cach_

Quand celle-ci avança sa main, le soir, pour attraper une paire de fruits, PH eut un moment de bonheur. Au fond de lui, il savait que ce geste impatient de gourmandise était bien plus fort que le simple acte de manger ! Non seulement sa petite fille saurait dorénavant que les cerises poussent sur des arbres. Mais elle saurait que ceux-ci sont les témoins de la vie des hommes. Plus tard, PH lui apprendra la valeur des choses. La patience de celui qui sème ou qui plante avant de connaître la joie de récolter. L' ingratitude parfois de dame nature qui par un évènement climatique vient priver de fruits une année... Mais à cet instant il savourait ! Quelle belle idée que celle de ces plantations qu'il continuait chaque année. Il savait que désormais, sa petite fille ne toucherait jamais à un arbre sans une raison justifiée. Il venait de transmettre une des valeurs majeures des paysans à savoir un passeur des biens de dame nature, souvent issus du travail des hommes du passé, pour les générations futures,  Et dire que tout cela se faisait en dessinant le paysage, un truc de paysan...

            volcan_blanc

"Multifonctionnel" sans le dire...