Le dernier week-end fut un moment de paix, actif toutefois ! Vendredi soir, j'ai fait une surprise à Mme PH ! Nous devions retrouver des amis pour dîner à Mercurey, un joli village du vignoble de la côte chalonnaise à une heure de route d'ici. Je sens une certaine fatigue chez ma tendre et il me semblait peu prudent de rentrer la nuit à la maison à deux voitures ! Alors exceptionnellement, j'ai retenu une chambre à l'hotel du val d'or. Je ne pensais pas lui faire aussi plaisir ! Nous avons profité de la table et des vins, sans excès mais sans se demander constamment si nous n'allons pas être fatigué pour rentrer... Le lendemain matin, retour pour soigner les vaches qui ont un peu attendu. La suite du week-end fut occupé par une fête de famille puis des obligations associatives...

Lundi matin, j'ai repris les prévisions météo. Après l'épisode pluvieux de jeudi , il est tombé quelques averses orageuses vendredi et samedi matin, moins de 2 mm à chaque fois. Dimanche après midi, il était tombé à peine 0.5 mm le matin et des trombes d'eau vers Autun et plus loin. Pour pouvoir moissonner, il faut 2 jours sans eau pour de l'orge et 3 pour le blé ! Partant de samedi matin, est ce que les 0.5 du dimanche pourraient compter pour empêcher que le grain soit sec ? Tout dépend des températures, de l'humidité ambiante et du vent. Il faut que le grain qui gonfle avec la pluie reprenne une taille normale et un degré d'humidité acceptable...

Donc , lundi, les prévisions annoncent des orages pour mardi soir. Bizarrement, j'ai le sentiment que le temps a changé depuis jeudi et qu'il faut que je me remette à raisonner comme une année normale ! Je sais qu'il est trop tôt pour imaginer la fin de la sécheresse. Mais pour la première fois depuis des mois, les nuages circulent de façon normale. Je me dis donc que je dois me mettre en mode moissons intenses, c'est à dire décider d'une stratégie de travail sur deux jours pour récolter un maximum en imaginant des pluies réelles. Mais il ne faut pas confondre vitesse et précipitation ! Je dois attendre que la chaleur monte pour que le grain soit à nouveau bon pour la moisson !  Je pars rentrer des bottes de foin ! En effet, la sécheresse ne change rien. Sécheresse ou non, il fait sa sueur et pendant cette période, le risque d'incendie est majeur. Plusieurs bâtiments ont brûlé ici en juin. Je n'avais pas envie de perdre ma maigre récolte de foin ! J'avais donc laissé les bottes dehors, le temps que le risque s'estompe... 

Je me suis obligé à travailler jusqu'à 13 h 30, afin de laisser le temps au soleil et au vent d'agir. Un repas rapide et j'ai pris la moto pour aller voir l'état du blé ! Pas de doute, c'est juste ce lundi après midi mais cela doit passer ! Je démarre. Les deux premiers tours, la poussière est faible. Mais ensuite, la chaleur monte dans la cabine de la machine, le nuage de poussière se reforme et je sens que le grain coule comme la semaine précédente. Je termine donc la parcelle dans le temps que je m'étais impartis ! Au bout de quelques tours, on est capable de prévoir des temps de travail pour remplir une trémie ou terminer des coupes. Bien sûr, cela change à chaque parcelle en fonction du rendement et de la forme géométrique. en milieu d'après midi, je peux basculer la machine dans la dernière parcelle de triticale ! Je traverse le troupeau de vaches avec ma machine sans provoquer le moindre intérêt.

Nouveaux réglages et en route... Je ne suis pas surpris par le premier tour où la récolte est faible ! Mais j'observe depuis mon poste de conduite surélevé que le reste devrait être un peu meilleur qu'ailleurs. Je tourne jusqu'à tard , pensant que la fraîcheur allait tomber assez tôt ! A la nuit tombante, je rentre avec la remorque chargée à bloc. Je prends le round baler et je pars presser la paille de blé. Je rentrerai la nuit tombée ! Une douche, un dîner frugal et au lit ...

Mardi matin, 6 heures, je soigne les vaches et presse la paille de triticale ! Rien n'a changé d'avant la pluie. Pour ne pas la briser, je dois le faire tant que l'humidité est présente. Je décharge ensuite la remorque et sans manger je repars moissonner. La rosée est tombée mais les prévisions sont alarmistes ! Nous sommes en alerte  orange, zone d'orages potentiellement très violents accompagnés de grêle ! Le temps est clair, un beau soleil plombe mais il "pique". Je reviens décharger ma remorque et je grignote en même temps. je repars ! Cette fois le temps est malade ! Hyper orageux ! J'ai mis mon téléphone portable dans un sac plastique de congélation et il est posé à côté du levier de vitesse de la moissonneuse.

                         grains

J'appelle mon frère pour mettre en place la vigie ! " C'est très noir au loin côté sud, mais je ne peux pas surveiller depuis la parcelle, je suis en contrebas caché par le bois. De plus, sur la machine, le bruit m'empêche d'entendre le tonnerre... Je suis donc incapable de mesurer le risque. Il me faut 5 minutes pour vider la trémie et 10 minutes pour mettre la remorque à l'abri sous le hangar." Je coupe, scrutant le ciel. Mon frère me rappelle pour me dire que le nuage noir a glissé vers Chalon. Mais un autre s'annonce côté Digoin !  " Surveille s'il te plaît " Je coupe une trémie que je décharge. Le sort est celé , à la moindre alerte, je dois mettre la remorque à l'abri. Au sud ouest, c'est menaçant, très menaçant. Nouvel appel de mon frère : " Ta trémie est étanche ? " " Oui, mais c'est très théorique ! De toute façon, j'ai du grain dans la remorque sans protection ! " " Tient toi prêt à dégager en vitesse, je te préviens " La vitesse de progression des orages est impressionnante, comme cela n'arrive qu'une fois ou deux par an ! Je ne me pose pas de question, je coupe ! Nouvel appel " Vite, il tombe des gouttes, Tu as le temps mais fait vite! " Avec la poussière, je ne me rends compte de rien ! Je ne termine pas le tour de coupe ! Je fonce décharger la trémie. J'abandonne la machine ! Impossible de démarrer le tracteur ! Un mauvais contact d'une cosse de batterie. "Respire, agit calmement" Je démonte la cosse sous le tonnerre, la resserre. Le tracteur démarre. Je fonce...

                 orages

En arrivant dans la cour, j'ai deux possibilités ! L'orage menace, le tonnerre gronde toujours, mais il ne pleut pas ! Soit je commence de décharger la remorque jusqu'à la pluie, soit je pars presser ! Mais si l'orage arrive, je n'aurai pas le temps de faire beaucoup de bottes. J' opte pour la prise de risques. Je décharge, calculant que si l'orage glisse, je pourrai peut être retourner couper. C'est ce qui se passe. la remorque vide, je me dis que le mieux est de tenter de couper encore plutôt que de presser ! Je remets en route la surveillance de mon frère ! Un orage passe à l'ouest en nous donnant des soucis ! Je vois les éclairs ! Je coupe. Une trémie complète que je vide puis... Un autre orage semble s'engager dans la vallée au sud. Je coupe maintenant en seconde pour aller plus vite dans les manoeuvres car je suis dans les "chientes" de la fin de parcelle. Mon frère m'appelle ! " Fonce !" " il me faut 5 minutes pour terminer, je prends le risque !"  Cette fois, je vois bien que c'est pour nous. Je termine, un noeud au ventre... Je décharge la trémie pose , la machine ! Je suis surpris par la proximité des coups de tonnerre ! Cette fois le tracteur démarre et je rentre ! Je recule la remorque  à l'abri ! Quelques gouttes se mettent à tomber tandis que je démarre avec le roundbaler...

             grand-pré

En arrivant dans la parcelle, une petite averse tombe ! Mais la paille est tellement sèche que cela ne m'empêche pas de presser ! Ma mère me téléphone me trouvant bien imprudent de travailler sous une telle menace ! J'imagine que le tonnerre doit gronder au nombre d'éclairs qui fendent le ciel ! Je la rassure sur le fait que nos tracteurs modernes sont sûrs même pour la foudre ! Impossible d'écouter le poste de radio, chaque éclair provoque des grésillements épouvantables. Je presse sans notion de temps, impressionné par la couleur des nuages qui glissent derrière le bois ! Plusieurs fois il tombe quelques gouttes sans conséquences. Puis le ciel s'éclaircit à nouveau. Je presse sans réfléchir. A nouveau , un orage s'annonce par le sud sud ouest ! Cette fois , la menace est réelle, le sens du nuage est sans équivoque. Mon témoin de carburant s'allume la jauge est au plus bas ! Je n'ai pas envie de rester en panne sous un orage, alors je rentre ! Je ne terminerai pas de faire le plein, une trombe d'eau s'abat sur moi ! Je rentre le round pour éviter que la botte à demie pressée ne soit trempée. La traversée de la cour correspond à une douche... La tension tombe ! J'ai finis la moisson, au moins pour le grain. Il reste une quinzaine de bottes à faire, rien de grave !!!

 

                paille-restante

               

Le soir, je vois sur BFM, une vidéo de grêle tournée à Perrecy par un internaute ! Cela correspond au nuage menaçant pendant le pressage ! Ensuite, les orages se succèdent. Ils sont très violents! Plusieurs fois, le compteur "saute" ! Vers 22 h, un des éclairs tombent au plus près ! L'un d'eux fait schwittt/ boum, c'est à dire qu'il est tombé à moins de 100 m ! Dès que l'orage s'éloigne, inquiet, je fais le tour des bâtiments craignant un incendie. La nuit n'est que feux d'éclairs permanents ! Plusieurs fois l'électricité est coupée ! Je retrouve ma mère dans la cour vers 2 heures du matin,lampe électrique à la main, nous voulons vérifier les congélateurs, les risques de feu... Je serai harassé pour partir à une réunion à Dijon le lendemain ! Je découvre l'ampleur des dégâts de la grêle à Montceau ! Je l'ai échappé belle la veille ! Je me rends compte de l'importance de mon choix ! Si je n'avais pas déchargé la remorque sous la pression de mon frère, j'aurai été coincé avec la dernière trémie et l'averse m' aurait stoppé ! Plus loin, vers Dijon, je suis surpris par le nombre de parcelles qui restent à couper, des colzas encore ! C'est le comble de cette année ! C'est une des plus sèches du siècle et pourtant, la récolte pourrait être abîmée par ces orages qui sans permettre encore une repousse d'herbe, bloquent la moisson et risquent d'endommager la maigre récolte ! Un paradoxe incompréhensible pour qui n'est pas du métier !

                foudre