L'orage gronde, descendant du Morvan. J'imagine la détresse des vacanciers ! Je la comprends même si eux ne peuvent pas comprendre que ce temps soit inespéré pour nous ! Les intérêts sont divergents, heureusement que ce n'est pas l'homme qui puisse décider de la météo !

Hier matin, au début d'une journée plus éprouvante que d'ordinaire, j'ai entendu qu'il existait une assurance soleil ! Je me demande où s'arrêtera l'imagination du monde de la finance : Acheter du soleil ou plutôt se couvrir, par une assurance, contre un manque de soleil pour les vacances ? Un paysan comme moi ne peut pas comprendre que l'on n'accepte plus la nature telle qu'elle est... La vraie vie est une prise de risque permanente qui suppose de comprendre que rien n'est acquis : Visiblement certains ne le supportent plus et d'autres sont prêts à faire de l'argent sur n'importe quoi.

Je vais être provoquant en souhaitant un été pourri car il faut regarder les problèmes en face, telles que dame nature nous les soumet , même si... A la louche, j'ai récolté 35 % de foin par rapport à la normale et 60 % de la paille habituelle ! Il manque donc des tonnes de fourrages grossiers, indispensables pour permettre la rumination des vaches ! On ne peut pas les nourrir qu' avec des concentrés, même si ceux-ci seront indispensables cette année car la paille ne nourrit pas : Elle occupe la panse ! J'ai cherché comment mettre en tableaux simples les prévisions de besoins et vous allez comprendre, je l'espère, pourquoi un été pourri est un moindre mal :

J'ai ramené, de façon synthétique, les besoins en faisant l'hypothèse qu'il n'y aurait pas de repousses avant septembre, voici le nombre de bottes qu'il faut alors. C'est sur cette base que j'ai commandé la paille, 110 tonne à 110 €/t...

   Prévisions-hypothèse-moy

Je ne peux pas tout détailler, c'est assez complexe car je mixte les consommations de foin pour que les vaches après vêlage soient nourries d'abord par du foin. Or, je ne connais pas précisément les dates de vêlage. Il faut plutôt lire les tableaux comme des objectifs à suivre ! Une sorte de ligne rouge à ne pas franchir pour que cela passe. Ce sont des bornes pour se situer avant l'hiver. Car c'est ce qui est nécessaire avant le 15 novembre, ultime date pour l' espérance d'une pousse d'herbe, qui va être déterminant et peut beaucoup varier. Dans cette hypothèse, il ne restera rien pour l'été prochain et une sécheresse même très limitée...  

Que faire s' il fallait consommer plus avant le 15 novembre ? Il serait impossible de se réapprovisionner donc il faudra vendre des vaches !

A l'inverse, depuis 15 jours, la pluie et les orages permettent d'espérer une situation proche de celle du tableau suivant ou d'une situation intermédiaire :

Prévisions-été-pourri

Il resterait même des bottes qui pourraient servir à des voisins dans le problème ( à prix coûtant ) ou les garder pour l'année prochaine... Vous comprenez pourquoi je suis partisan de l'automne en été !

J'ai essayé de reconstituer la consommation de 2010, pour vous montrer que la situation est totalement inédite :

réalisé-théorique-2010

Et ce tableau montre de façon très claire la seule solution pour tenir à l'avenir si ces événements devaient se reproduire : Ne pas avoir un stock de report de 80 à 100 bottes, mais un stock de 400 à 500 bottes reporté d'une année sur l'autre ! Comme il faut que nous trouvions comment économiser sur la litière, 250 bottes en année normale soit la moitié de ce stock de précaution à constituer !!! Je pense que c'est d'ailleurs sur ce poste, suite aux mises aux normes imposées, que nous avons trébuché.