Je dois donner le sentiment d'être toujours en vacances en ce moment ! La réalité est très différente, malheureusement pour moi. Ce blog se veut  le reflet de la vie réelle d'un paysan d'aujourd'hui. Un paysan privilégié de part la profession de Mme PH. Avec les contraintes également que génèrent cette situation. En effet, Mme PH assument des gardes à intervalle régulier. De mon côté, c'est plus simple ! Pas de nuits en dehors de la ferme entre le 20 novembre et le 20 avril... Ensuite, je ne peux pas m'engager pour les périodes de récoltes, ni pour les semis à l'automne. Avoir une vie normale, c‘est à dire, profiter de week-end ou de vacances est donc impossible la moitié de l’année, compliquée l’autre car il faut se faire remplacer et ne pas perdre trop de temps dans les travaux…

Parler de  cela entre paysans est délicat dans bien des cas. La plupart de mes collègues prennent des vacances ou profitent de week-end. Mais cela reste très discret. Quand on en parle, c’est toujours en se justifiant comme s’il nous fallait un alibi pour vivre autrement qu’en travaillant sur la ferme ! Beaucoup de paysans chassent  ou vont à des foires pour sortir un peu, ce qui permet de ne pas être au travail sans justification.

La raison à cela tient sans doute au métier. La culpabilité de manquer un événement grave pour le troupeau, un travail avec une météo favorable ? Je n’échappe pas à ce sentiment de culpabilité lorsque je pars. J’aurai pu faire ceci ou cela. Mais je suis convaincu que notre profession a besoin d’évoluer sur ce sujet.

D’abord, les rythmes de vie ont complément changé depuis un quart de siècle ! La mécanisation nous épargne la rudesse des travaux d’antan  les plus durs physiquement. Mais elle a un coût énorme. Pour se la payer, il faut emprunter, produire plus pour rembourser créant un stress inconnu par mon père… Il faut donc des moments de récupération, mentale d’abord. Je n’arrive plus à passer une nuit entière ici sans me réveiller au moins une fois, sans me lever tôt… Si je suis à 100 km, je dors comme un bébé !!!

Mais les vrais enjeux sont ailleurs. Peu de femmes acceptent de vivre 365 j par an sur la ferme, sans sorties ou vacances, aujourd’hui. Mme PH a un métier qui nécessite également des moments de respiration. Elle sait que je reste incorrigible et que tant que je suis ici, je ne m’arrête pas vraiment, donc que je ne suis pas vraiment disponible à fond pour elle. J’en ai conscience et c’est pour cela que je me laisse de plus en plus entraîner pour des week-end, des vacances et des voyages aux moments où cela est possible.

Je n’ai pas pris le temps de regarder, mais je suis sûr que si on regarde la fréquence des billets écrits sur ce blog, on notera qu’il y en a plus en hiver qu’en été. On retrouve ce double besoin. Un de s’évader par l’écrit en hiver, l’autre de donner du temps à autre chose en été et d’être plus disponible à la famille, aux sorties…

Je ne fais pas que partir en ce moment. Je travaille et je passe pas mal de temps en réunion et au téléphone dans le cadre d’une responsabilité. Je n’ai donc plus trop de temps pour écrire et peut être, un peu moins envie également car je ne peux aborder ici les sujets qui me tiennent à cœur. Il est plus facile et plus rapide de mettre en ligne des photos de vacances… De plus, ces réunions provoquent une réaction : J’ai un énorme plaisir à me retrouver à mon travail au milieu de la nature. Je prolonge donc ces moments pour ne rentrer qu’au retour de Mme PH, souvent très tard.

En vous livrant ces remarques ce soir, je sais que je vais choquer des confrères. J’écorne ainsi l’image des paysans travaillant 70 h par semaine. C’est vrai à quelques moments de l’année, ce n’est pas une moyenne. Mais je sais aussi que cette image détourne des jeunes de notre profession ou provoque un taux de célibat subit très élevé. C’est pour cela que je prends le risque d’en parler.