Chaque année a ses propres caractéristiques climatiques, donnant des résultats très différents. Il y a, me semble t'il, plus d'écarts de résultats avec l'herbe qu'avec les cultures de céréales d'hiver. Il faut dire que les besoins en eau d'une prairie sont tellement énormes que lors de mes études, on avait démontré qu'il était impossible de rentabiliser son irrigation hormis par submersion par écoulement naturel. 

Inutile je pense de vous dire que cette année est aux antipodes en terme de récolte de foins par rapport à l'année dernière, tout comme 1977 l'avait été après 1976. La nature compenserait elle ses excès ? Pour nous, ce printemps et début d'été pourris sont à la fois une bénédiction et un problème. Bénédiction car nous sommes sur des pousses exceptionnelles en quantité. Problèmes car les orages fréquents ont couché l'herbe et surtout nous posent des problèmes pour la récolter dans de bonnes conditions. Saint Barnabé a été archi pluvieux et ce temps était donc parti pour durer une quarantaine de jours. A cette saison, on ne peut pas envisager d'avoir 40 jours de pluies continues mais des épisodes très rapprochés d'averses orageuses et d'orages.  On se retrouve donc dans une sorte de cycle où il pleut, puis la température remontant, l'humidité ambiante alimente des nuages et il pleut ! C'est sans doute un peu plus compliqué que cela, mais l'absence de l'anticiclone donne l'impression que cela se passe comme cela. Objectivement, avec un tel marais barométrique, les prévisions deviennent difficiles. Comment et quand vont se reconstituer les nuages ? Comment vont fluctuer les masses d'air ?   

gorneille-avant

La gestion des chantiers est donc très difficile. Comment interprêter les prévisions ? Impossible de gérer les chantiers comme on le fait habituellement. Il fallait avancer pour que ce qui était couché ne pourrisse pas. Il fallait donc donner un coup d'accélerateur. Pour réussir, il convient de bien connaître parcelles et matériel. Chaque coupe a son propre rendement, non seulement en tonnage de foin, donc en nombre de bottes mais aussi en rendement de chantier. Je peux presser entre 20 et 30 bottes heure en fonction de la forme des parcelles, de la densité du foin et de la taille des "roules". Il faut aussi anticiper la vitesse que va mettre le foin pour sécher et pour ce point là, la  météo n'est pas seule à jouer. La nature du terrain, le stade de l'herbe sont des facteurs de variation énormes. C'est donc un ensemble complexe de critères qu'il faut prendre en compte pour  choisir l'ordre de fauche, la surface possible de récolter sur le délai donné par la météo...

En décidant de faucher dimanche dernier, simplement parce que l'image radar indiquait que les averses nous épargneraient, je pouvais changer de stratégie ! Les prévisions de dimanche annonçaient des averses à partir de jeudi après midi. Il fallait donc que j'apprécie ce que je pouvais raisonnablement presser mardi, mercredi et dans une moindre mesure jeudi. Si j'avais commencé de faucher lundi matin, ce n'est pas le pré Gorneille par lequel je devais commencer mais la plaine pour avoir du foin à prendre mardi après midi. En commençant dimanche, c'est le pré gorneille qui passait en premier puis la première partie de la plaine lundi matin. Ensuite, fanage pour le faire sécher puis fauche lundi après miidi du Reux et du reste de la plaine. Je devais accompagner Mme PH à Lyon , lundi à 17 h. J'ai donc fauché 4.5 heures dimanche. Lundi, soins aux animaux compris, j'ai fait 8 heures de travail puis j'ai conduis pour descendre à Lyon et remonter vers 23 h. Mardi, j'ai bossé 14 h avec juste une demie heure d'arrêt pour manger à midi et 10 minutes de sieste ensuite. J'ai pressé jusqu'à 22 h. Mercredi, je n'ai travaillé que 13 heures. Par contre, l'après midi a été dure. Pas de clim dans le tracteur par 30 °C. Là encore, je termine après 22 h, en détourant la plaine. Mercredi, les prévisions du matin annonçaient qu'il ne pleuverait pas avant samedi. J'ai donc fauché l'ouche du bois... Mais l'après midi, changement; des averses sont annoncées pour jeudi en fin d'après midi. 

             gorneille

Jeudi matin catastrophe. Le ciel est gris, il fait froid. Je suis obligé d'arrêter de faner car il bruine. Pas de conséquence heureusement pour la qualité du foin mais ce n'était pas du tout annoncé. Le temps est tellement menaçant que je change de  stratégie. Le foin de la plaine est sec grâce à la chaleur de la veille. Je le relève donc dans le vent. Mais comme je suis sous le joug des averses, je n'andaine pas la totalité mais un tiers et presse ensuite. Je mange vers 15 h en 30 minutes. Je recommence par tiers et je réussi à arracher la totalité de la parcelle aux risques d'averses qui passent pas très loin. La chance est avec moi. Mais déjà, météofrance a perdu la côte. J'en parle ensuite avec un voisin. Il suit 3 sites sur le Net, annonçant tous des prévisions différentes...

panoramique-gorneille

Mais c'est le vendredi qui m'inquiète. Jeudi soir, les averses étaient annoncées pour vendredi soir. Vendredi matin, la prévision est maintenue. Je regarde l'image radar. La dépression est bien engagée mais l'image a 4 heures de retard. Impossible d'apprécier de la sorte l'heure d'arrivée de ce qui parait être plus de la pluie que de simples averses. La rosée ne tombe pas, je ne peux pas mettre en roule avant 11 h 30. A 11 h, la prévsion annonce la pluie pour l'après midi. Le foin est trop juste. J'hésite ! Le ciel n'est pas terrible. Il me faut 1 heure pour presser. Mais je me dis que s'ils sont passés de soirée à après midi, cela doit arriver à 17 h. Donc, je termine les roules et je reviens sur les sites. 10  minutes plus tard, je scrute le ciel et cela me parait trop menaçant pour tenir encore 3 ou 4 heures. Je démarre la presse. La bruine apparaît sur le Dardon . J'ai 10 minutes pour qu'elle soit là. Le premier passage n'a pas de conséquences sur le foin. Mais un moment plus tard, un vrai rideau d'eau est sur Montmort. Je ne regarde plus , j'avance. Il commence de pleuvoir doucement ! Je finis les 5 dernières bottes sous une pluie fine. Je mettrais ces bottes de côté pour les donner à manger de façon a ce que cela ne pose pas de problèmes aux animaux si elles sont "collées". Je rentre manger vers 14 h. Un peu amer du manque de précision des prévisions et surtout agacé par le fait qu'on ne donne pas les images radar en direct. Je n'aurai pas fait mouiller les 5 dernières... Retenir l'information pour nous vendre une service à 90 € par mois, pas mal pour un service public...

Bon, ce n'est pas très grave, 5 sur plus de 320 bottes faites entre mardi et vendredi 14 h ! En accélérant de la sorte, j'ai presque finis les foins puisqu'il ne reste qu'une parcelle de 2.5 ha. Hier, j'ai relâché, nous étions invités à un mariage. J'ai donc  fauché ce dimanche matin. Demain, on démarre la moissonneuse et j'embraie la moisson si tout va bien. A nouveau, je risque de faire des journées folles car ils annoncent des orages pour la fin de semaine. Je veux bien les croire si la petite canicule prévue se produit. Il faut donc que j'en coupe un maximum avant et que la paille suive.

J'insiste à nouveau sur la flexibilité nécessaire pour notre travail. Impossible si on a un salarié de prévoir 6 mois à l'avance quels seront les jours de coups de bourre. C'est cela qui est désarmant. On peut être plusieurs semaines prêt à faire feu sans pouvoir le faire et brutalement devoir faire des heures plus que de raison pendant quelques jours. Impossible de faire passer cela sous les fourches claudiques d'une réglementation du travail. C'est pour cela qu'on aura encore besoin de notre statut d'indépendant. Mais cette liberté est éprouvante. Vivement les vacances. Ce qui n'est pas pour maintenant. Il reste un énorme travail à faire avant, encore du stress et sans doute des choix à faire en fonction de l'expérience...

          bottes