Super idée de Bernard qui a ouvert sa ferme lors des journées du patrimoine...

Ceci m'a fait réfléchir à ce que pourrait être une journée du patrimoine sur la mienne ! J'ai repensé à une conférence faite en mai devant une quarantaine de personnes. Je l'avais intitulé "d'agriculteur à paysan". Au début, tout le monde se demandait bien pourquoi un tel titre... " Paysan, n'est ce pas un peu péjoratif ?" " On ne voit pas bien la différence entre les deux termes... "

L'exercice était nouveau pour moi ! J'ai gardé la trame de cette intervention ! A moitié rédigée, elle n'est pas "éditable" en l'état. Il faudrait que je prenne le temps de la réécrire dans son entier. Ce jour là, je n'ai pratiquement pas cité de chiffres pour parler de ma ferme. Pour accompagner mes propos, j'avais juste sélectionné 50 ou 60 photos parmi celles que je publie régulièrement ici. L'idée force, majeure était la suivante : Je ne suis qu'un simple maillon dans l'immense chaîne des hommes, qui depuis des millénaires, exploitent ma terre, qui ne sera plus mienne à ma cessation d'activité ou plus sûrement à ma mort !

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Cette prise de conscience ne s'est pas faite en un jour ! C'est un long cheminement, né bien avant l'ouverture de ce blog ( d'où son nom ). Formaté par mes études pour produire sans état d'âme, confronté à une nature pas aussi docile que l'on ne l'avait enseigné, j'ai découvert au fil de ma carrière l'importance de l'expérience dans laquelle l'histoire de ma ferme a toute son importance. Bien plus que la valeur numéraire présente, c'est cela qui constitue le vrai patrimoine d'un paysan. Cela qui l'attache viscéralement à sa terre. J'ai essayé de faire passer cela : cette notion que l'espace confié le temps d'une vie, ne nous appartient pas vraiment... J'ai donc retracé ce que j'en connais, des celtes en passant par les romains, les moines du moyen âge, l'évolution à la belle époque, puis la révolution verte... Chaque époque a laissé des traces que je n'ai pas détruites...

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J'ai pu expliquer qu'au fil des labours, je lis la terre, découvrant l'emplacement d'un bois, d'une construction, d'une terre régulièrement labourée depuis la nuit des temps... J'ai expliqué les techniques, en quelques mots. A l'exposé que ce cheminement, le futur est apparu, simple et limpide. Et surtout résolument optimiste parce qu'à l'image de tout ce qui s'est passé depuis les deux mille ans connus, les interrogations actuelles ne sont pas nouvelles et ont toujours trouvées une solution ou fait l'objet d'adaptation.

C'est sans doute là, la vraie différence entre l'agriculteur, titre que je me revendiquais dans le passé et le paysan que je veux être aujourd'hui. L'agriculteur, tel que je le défini, c'est celui qui tire un maximum de sa terre en utilisant toutes les techniques possibles. Le paysan moderne, c'est celui qui optimise les techniques proposées en s'appuyant sur l'expérience passée sans hypothéquer l'avenir ! En clair, toute technique nouvelle n'est pas bonne ou mauvaise. Il faut simplement la tester, l'adapter et sans cesse la réévaluer sur la ferme, pour y renoncer si elle ne convient pas. Car un paysan sait qu'il doit transmettre sa terre et non simplement la vendre. La chaîne continuera après lui, il est donc responsable de ce qu'il laisse.

Je réédite ici le dernier paragraphe de ma conférence :

" A chaque fois que j’admire ce chêne planté au milieu du "pâtie" du même nom, je pense au moine anonyme qui l’a planté. Il ne l’a pas fait pour lui mais pour nous! Sa vision ne s’arrêtait pas à sa vie mais se situait dans le « durable », une notion galvaudée aujourd’hui. Moi aussi, je veux m’inscrire dans cette perspective. Et souvent, je me demande ce que je laisserai qui puisse se lire sur le tout petit pays qui m'est confié, dans deux ou trois siècles et qui puisse être considéré comme un héritage positif : Une grande question dans notre société de consommation immédiate…"

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Je crois que si j'ouvrais ma ferme pour les journées du patrimoine, je garderai ces phrases en les prononçant devant le chêne cité... Il doit avoir plus de trois cent ans ! Tout comme je pourrai évoquer tout le reste de l'exposé, en situation... Démarche intéressante ?