J'ai pu m'échapper une dizaine d'heures hier de la ferme. J'avais une réunion à côté de Clermont Ferrand. Je n'étais pas retourné dans ce centre de l'INRA depuis mes études, à savoir il y a 35 ou 36 ans... C'était donc une sortie nostalgie. Souvenirs, souvenirs d'une époque révolue, qui s'éloigne si vite...

J'avais rejoint, pour partager un bout de trajet, un ingénieur qui a des contacts réguliers avec le monde de la recherche. Nous avons devisé le long du trajet. Étudiant, je faisais cette route régulièrement pour revenir en week-end de temps en temps. Il n'y avait pas d'autoroute à l'époque pour desservir Clermont. On peut l'emprunter maintenant entre Gannat et Clermont qui ne se traverse plus pour aller au sud ce qui est un énorme progrès. Avant, j'ai retrouvé les anciennes routes empruntées, un brin améliorées mais pas de façon significative... Mais plus important en évoquant cette période, nous nous sommes vite mis à regretter l'insouciance de l'époque. C'était le plein emploi, nous n'avions donc pas, au contraire de nos enfants, la hantise du devenir professionnel. Nous avons aussi parlé des bons moments de notre vie étudiante, tellement moins encadrée que maintenant... Je peux avouer maintenant que nous avons bien rigolé et même fait les 400 coups, ce qui serait impossible aujourd'hui... A t'on pour autant créer des nuisances pour les autres ? Je n'en suis pas sûr...

Plus sérieusement, il faudra que je reparle peut être de cette réunion, au moins pour aborder un ou deux sujets qui me tiennent à coeur depuis plusieurs années. Le monde bouge, l'élevage change au niveau mondial et nous sommes bien statiques, tellement convaincus d'être les meilleurs que nous ne nous voyons pas dépassés, alors que...

Cette journée présentait tous les programmes de recherche de l'INRA et de l'institut de l'élevage. Nous étions plusieurs éleveurs et je crois que d'autres ont partagé mon ressenti. Pour chaque programme, j'avais le sentiment que cela me concernait directement dans ma ferme au sens où je me pose les mêmes questions que ce qui fait l'objet des recherches Un collègue a très bien reflété ce ressenti en exprimant " On voudrait déjà les résultats !!!" Sauf qu'il faut le temps de la recherche, donc du temps... 

J'avais peur d'être "largué" au cours des présentations. Voilà bien longtemps que je n'ai pas eu de cours techniques. Chapeau pour les présentations des chercheurs qui ont su se mettre à notre portée. J'ai eu l'impression de tout comprendre. Mieux, à midi, les échanges étaient simples, respectueux. Je gardais un autre souvenir du monde de la recherche, dont nous avions du mal parfois à comprendre le langage. J'ai énormément apprécié l'approche globale de la production et non plus compartimentée. Sincèrement, une journée comme celle-ci devrait être diffusée largement auprès des éleveurs qui trouveraient là les enjeux d'avenir...

Je ne m'étendrais pas plus ce soir mais je ne peux passer sous silence trois chiffres qui en disent longs sur notre retard et qui peuvent expliquer pourquoi la production de viande est si fragile économiquement par rapport à d'autres secteurs agricoles et agro-alimentaires. De mémoire, à 1 ou 2 % près, les industries de la viande emploient 28 %  des emplois des industries agro-alimentaires. Elles font 21 % du chiffre d'affaire de ces mêmes industries. Et elles ne mobilisent que 8 % des crédits recherche !!! Tout est dit. Pas étonnant que le monde de l'élevage peine tant. Comment sortir de cet archaïsme  notre filière viande ?