Quel temps va t'on avoir cet été ?

Depuis 2 jours, l'inquiétude grandit dans la presse, écrite et télévisuelle. Nous arrivons en juin et la crainte d'un temps pourri pour les vacances fait son chemin. Du coup, pour beaucoup, c'est plus préoccupant que les conséquences réelles sur certaines activités productives... On sonde les astres, on regarde les statistiques, on essaye de prévoir ce qui reste bien incertain... En pronostiquant un été pourri à deux chances sur trois, les météorologues qui osent se mouiller, ne prennent pas un grand risque. C'est kif-kif avec un risque à 50 %.    

Je n'ai que 20 ans de relevés pluviométriques, trop peu pour pouvoir comparer. 1995 présente une toute petite similitude avec cette année. Je ne me souviens plus très bien du temps réel, mais les relevés de juin donnent 10 mm et 50 mm en juillet. Donc, les deux mois n'ont pas du être aussi mauvais que cela. Pas de blog à cette époque, pas d'appareil photo numérique non plus qui permette de prendre des tas de photos, sans intérêt à priori, mais entretenant la mémoire du temps et de ses effets. Du coup, sans événement marquant, l'année 95 reste une année parmi tant d'autres. 

La presse évoque 1983. C'est plus loin, je ne gardais pas la mémoire du pluviomètre, donc je ne devrais pas avoir de souvenirs précis. Pourtant... Quelques jours après la naissance de mon aînée, je me souviens d'une crue importante de l'Arroux, noyant une partie du foin de la plaine. Je me souviens également d'une crue encore plus spectaculaire de la Saône vers le 20 ou 25 mai. Donc, cette année là, la pluviométrie du printemps a du être très importante. Pour la suite, je n'ai qu'un autre indice. A cette époque, nous ensilions l'herbe avec une machine traînée, une Agram. Comme l'année était très humide, nous avions changé nos plans ( j'exploitais avec mon père !) Nous avons ensilé une parcelle nommée le "rocher" ! Plus saine, nous avons pu passer plus vite après les pluies. Je me souviens que nous nous disions que nous pourrions ainsi labourer plus tôt pour semer du maïs. Le confrère, qui faisait le chantier avec nous, nous enviait car il n'avait pas de terrains aussi légers et sains. De mémoire, nous n'avions pu semer le maïs que vers la saint Jean. Nous avions hésité car c'était tard en saison. 

Mauvais plan !

Tout le monde à l'époque pensait que l'été serait pourri. Pouvoir semer du maïs sur un sol léger semblait donc une chance. Mais la nature est et reste imprévisible. L'été fut chaud et sec, le maïs resta nain et la récolte très  décevante. ( Il faisait un mètre de haut) Au contraire, le mais de notre collègue de travail, semé plus tard mais en sol profond, fut très correct. Paradoxe, au moment d'ensiler en septembre, la pluie nous a crée de gros soucis. Nous avions encore des tracteurs 2 roues motrices et du petit matériel, s'embourbant si facilement. La leçon de dame nature fut retenue. L'année suivante, nous mettions en oeuvre un plan de développement. Le premier tracteur à 4 roues motrices arrivait sur la ferme. mais surtout, nous avons drainé ! Un tracteur s'use, le drainage entretenu reste. Ce dernier a été l'investissement le plus intéressant que j'ai jamais fait. En pouvant utiliser des parcelles au sol plus profond, nous nous sommes protégés des effets extrêmes. En effet, non seulement, les parcelles sont exploitables plus facilement en période humide ( je serai obligé de rentrer mes vaches aujourd'hui si je n'avais pas ces parcelles drainées) mais  de plus, elles résistent mieux à la sécheresse. Je sais que mes propos vont choquer certains. Mais j'ai quelques chiffres qui posent question. Et regardez ce qui se passe lorsqu'on implante un lotissement, une infrastructure ou autre : On "assainit" et cela ne se résume pas à simplement évacuer les eaux usées !

Je retiens plusieurs choses de ces événements.

La mémoire humaine est sélective. il faut un événement marquant pour situer des événements plus communs. J'écris parfois ici des billets qui paraissent futiles. En réalité, ils fixent un ressenti du moment, donc la motivation d'une décision. La transmission orale se perdant dans les campagnes, avec la disparition des veillées par exemple, au profit de soirées privées devant la télévision, ce vécu ou cette expérience ne s'échangent plus. Bizarrement, les nouvelles  technologies permettent cette transmission sous une autre forme, qui restera, comme le fait un livre, si on n'efface pas les disques durs bien sûr. Mes souvenirs des années 84 et suivantes en terme de volume de récolte sont diffus...

Les décisions agricoles au niveau d'une ferme ne peuvent pas se prendre sans références historiques, ni en s'écartant des grands principes. En clair, l'exemple du maïs est parlant. Il a d'abord besoin d'un sol profond. Il vaut mieux semer plus tard en terrain approprié que de chercher à répondre dans l'instantanné à une situation qu'on ne maîtrise pas. Bien sûr, si l'été est pourri, cela peut être l'année du siècle pour les parcelles des buttes ! Mais quelle sera cette performance comparée à celle d'une parcelle "normale" pour pratiquer cette culture ? On n'est pas dans la certitude technique mais dans la prise de risques ! Il ne faut pas que celle-ci soit inconsidérée...Dame nature exige de la patience, elle sait aussi compenser. Tout n'est pas perdu si on dépasse une date. Son calendrier n'est pas statique !

Mais pour la défense des paysans actuels, la contrainte administrative de la PAC nous embourbe, c'est le cas de dire ! La déclaration d'utilisation des surfaces est bloquée au 15 mai, figeant l'année culturale. Elle empêche complètement les nécessaires adaptations à l'imprévisible. Car si mon propos précédent encourageait à la prudence en évitant de changer vers les extrêmes, la richesse extraordinaire de la diversité des parcelles ici, n'empêche pas un choix sur des critères plus subtils, de dernier moment, en tout cas non programmables à l'avance. Pente, exposition, nature du terrain et bien d'autres choses peuvent être plus ou moins propices à une même culture d'une année à l'autre. Ne pas pouvoir utiliser cette capacité d'optimisation est très pénalisant. Je sais, si on allonge la durée de déclaration, on retarde d'autant la mise en règlement des subventions. On m'opposera un délai d'instruction incontournable... Je ne le conteste pas mais je ferai juste une remarque. Les premières années de déclaration, on faisait tout sur papier, ce qui devait être ressaisi ensuite sur informatique puis validé. Aujourd'hui, le paysan fait tout par Internet. On a supprimé la resaisie c'est à dire que l'on a  supprimé l'étape la plus longue, coûteuse et fastidieuse en l'externalisant chez le paysan. Pourtant, le délai d'instruction reste le même ! La productivité administrative reste un mystère pour moi...

Enfin pour en revenir au point de départ, ce rapide retour à 1983 me pousse à une conclusion simple. La réponse à la question "l'été sera t'il pourri ?" quand on est sur une probabilité aussi large ( 66/34) est, elle aussi, simple : ON NE SAIT PAS ! La nature ne fait jamais deux fois la même chose exactement à l'identique ! C'est terrible cette posture actuelle qui fait qu'un expert, un responsable , un spécialiste ne puisse pas admettre simplement qu'il n'est pas pas en mesure de prévoir dame nature. La vérité est pourtant là, nous ne savons pas le temps qu'il fera dans deux semaines. On peut tout espérer... Ces affirmations "marc de café" n'auraient aucunes conséquences si les gens gardaient un peu de bon sens et de recul. Mais là, par les médias, elles amplifient la morosité actuelle, jouent incroyablement sur le moral collectif et peuvent conduire à de mauvaises décisions de gestion...

 

  nuages

 

On a bien assez de supporter la pluie au jour le jour, si en plus, on perd espoir sur le retour du soleil... On a déjà bien assez des politiques qui nous promettent toujours la lune... Que l'on ne voit pas plus que le soleil en ce moment !