Les mots sont réconfortants au téléphone cet après midi, mais rien n'y fait ! Le stress monte tout doucement... Il ne s'agit pas de vêlages ou autre chose de la ferme. Non ! J'ai accepté de reprendre le micro sur le même sujet qu'au mois d'octobre. Tous les gens rencontrés après cette soirée-débat disent  la même chose. "La viande artificielle arrivera un jour, c'est une question de temps mais je suis convaincu que c'est inévitable. Quand on voit qui finance les recherches... Il faut nous y préparer..." Quand les remarques viennent de plusieurs éleveurs, de bouchers ou d'un directeur d'abattoir, je peux simplement dire que notre soirée a vraiment produit une réflexion de fond...

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 Pourtant, rien n'était gagné. Aborder de front une remise en cause de l'élevage, oser parler des mouvements anti-tuerie des animaux, évoquer la viande artificielle comme une hypothèse risquant de devenir incontournable, tout cela devant une assemblée majoritairement constituée d'éleveurs relevait un peu du défi. Au sein d'un tout petit groupe, nous avions pris ce risque. Notre objectif était de provoquer un petit électro-choc pour faire réfléchir au devenir de notre métier, aux enjeux de société et à terme d'apporter une réponse adéquate. Nous n'en pouvons plus d'être ballottés depuis l'affaire de la vache folle au grès des scandales sanitaires, des stratégies perdantes pour nous éleveurs ou plutôt de l'absence d'une vraie stratégie économique de notre filière... Constamment critiqués, attaqués de plus en plus  par les mouvements antispécistes, nous ne pouvons continuer cette errance que nous impose la grande distribution vers un prix toujours plus bas, imposant des méthodes d'élevage parfois contestables (feed-lot en plus petit par exemple)...

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L'exercice de demain consiste à revenir sur ce même débat avec les mêmes supports, puis à gérer un débat avec cette fois un public presqu'exclusivement constitué d'éleveurs. Il est ouvert à tous, mais je ne me fais aucune illusion. Tout juste peut on espérer que les journalistes locaux soient présents même si les débats sont très délicats à retranscrire. Pourtant on touche là aux questions de fond de notre profession : Élèvera t'on encore demain des animaux pour leur viande ? Lorsque nous avions annoncé le thème du débat en octobre, certains l'ont jugé stupide et le débat inutile! Pourtant, comme pour tant d'autres professions, en refusant de voir que rien n'est immuable, notre profession peut disparaître à moyen terme. Ou sortir grandit en prenant les bonnes décisions , suite aux bonnes analyses... Aucun de nous n'y arrivera seul, la prise de conscience des enjeux doit être collective. Ce débat demain présente donc le petit enjeu de contribuer à un début de prise de conscience des changements de notre société, aux cours de l'assemblée générale de ma coopérative à Charolles...

Quelques heures pour un autre métier, puis je retournerai à mes vaches !

PS: J'ai pris les chevreuils en photo hier après midi. Elles m'aident à me remettre les idées en place; la nature...