Expérience intéressante hier soir, à l'autre bout de la Nièvre, mis à part la météo sur la route. Pluie, vent, neige fondue pour faire 250 km dans une soirée, c'est coton !

A l'invitation de Mme Martin , cette fois, l'exercice était très différent, le public n'étant pas agricole du tout. La discussion s'est engagée après la diffusion du film. L'élevage pour la viande est un sujet polémique pour certains. J'ai fait remarquer que les débats n'agitaient pas les soirées quand on parle de lait ou de céréales. Plus cela va, plus je me rend compte de notre carence en communication et des dégâts causés par les crises sanitaires en viande bovine. Ce genre de discussion a le mérite de nous permettre de nous expliquer.

Le débat, au demeurant très courtois, a abordé le problème de la place de la mort dans notre société. C'est le sujet épineux, complexe à traiter, qui n'a pas de réponse. " Je trouve cynique que vous puissiez accepter que vos animaux terminent leur vie à l'abattoir alors que vous nous démontrez, sans ambiguïté, que vous les aimez vraiment ! " La salle m'a semblé désapprouver cette remarque, il faut dire qu'avant, des témoignages avaient mis en évidence une mutation très profonde de notre société. "Les enfants ne savent plus faire le lien entre une poule, un lapin, un poisson, une vache, un cochon et autres, et ce qu'ils mangent. L'acte d'abattage a disparu de la vie quotidienne. Il est facile alors de mettre l'animal au même niveau que les hommes ! C'est vraiment le point le plus difficile dans un débat, a t'on le droit de tuer les animaux pour les manger ? La réponse est individuelle, propre à chacun et ne fera pas l'unanimité ! Simplement, je constate que plus on est loin de la nature ou plus on l'éducore, plus on rejette cette idée. C'est le cas de citoyens de plus en plus nombreux...

Autre petit point de critique : Le sevrage ! C'est l'appel des vaches ou des veaux qui pose question ou problème. J'ai juste fait remarquer que c'est un moment difficile pour tous les mammifères, et peut être plus encore chez les humains. Il suffit de se souvenir du passage du sein au biberon de nos enfants ou au retour à la vie professionelle des jeunes mamans...

Ce genre de débat est aussi très très enrichissant. A un moment de crise très profonde de l'élevage français, qui peut le balayer, c'est l'occasion trouver dans les questions et les doutes de notre société des amorces de réponses. Je l'ai souvent évoqué ici, le lien entre le producteur et le consommateur est rompu. Paradoxe, car la "traçabilité" permet de retrouver les lots de viande en un temps record en cas de soucis sanitaires, ce qui est plus complexe pour d'autres productions. Je n'y reviens pas mais c'est le truc à travailler le plus vite possible. Les logos "viandes françaises" sont un tout tout petit début. Au delà d'un étiquetage défaillant, les questions devraient nous pousser à expliquer notre métier, nos choix techniques et parfois à les modifier si besoin.

Sortir de nos fermes ou y recevoir, aller au devant des questions, expliquer et montrer, même virtuellement : Voilà sans aucun doute le passage obligé pour renouer le lien qui ne trouvera sa raison d'être que dans un étiquetage sans failles. Bref, bouleverser complètement le fonctionnement d'une filière qui en est restée au maquignonnage. Les citoyens sont convaincus que nous sommes des productivistes sans états d'âme et ils sont tout surpris de découvrir que les questions de société sont aussi les nôtres. Il faut dire que nos épouses, travaillant très souvent à l'extérieur de la ferme ou vendant les produits en vente directe, donc au contact des consommateurs, sont les premières à nous y faire réfléchir...

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