J'ai décidé de changer de stratégie de moisson cette année. L'âge impose d'être plus raisonnable. Mener seul un chantier de moisson sur plus d'une semaine, en sus de tout le reste, dans la touffeur des journées d'été ne parait pas responsable pour quelqu'un qui a eu des soucis de santé Je n'ai pas démarré la moissonneuse et j'ai confié la coupe à un entrepreneur...

Météo propice en milieu de semaine dernière : il me propose de lever une partie de la récolte. Jeudi à midi, la machine arrive. Nous commençons par le triticale. Je roule le grain. Une seconde machine arrive en début d'après midi puis passe chez un voisin avant de revenir le soir. Malheureusement, la rosée tombe tôt et ils finissent la seconde parcelle vendredi vers 15 h. 

Je passe alors en mode paille. je m'arrête vers 22 h, fatigué mais confiant car les prévisions météo n'annonçaient pas grand chose avant samedi soir. 

plaine-samedi-matin

Au réveil, samedi tôt le matin, le ciel n'est pas engageant. Je soigne vite les animaux, remet à niveau la presse et je file dans la plaine. La paille est belle mais le ciel devient très menaçant. Je résiste à la tentation d'accélérer. Casser du matériel, surtout un samedi, compromettrait définitivement la réussite du chantier. Je sais que je suis au maxi du rendement de la presse ! Pour la première fois depuis très longtemps, je m'interdis de consulter mes sites météo préférés. Savoir que la menace est proche m'inciterait à pousser les vitesses. Je retrouve ce réflexe paysan, fataliste. "Fait ce qu'il faut et la nature décidera !!!" Au sud, côté Toulon , c'est noir de noir ! Je crois même entendre le tonnerre au loin, lorsque je dois arrêter la presse pour remettre une ficelle coupée. A chaque tour, ce sont deux andains qui sont sauvés. La régularité est ma meilleure arme. Au fil, des tours, j'arrive à estimer le temps restant. 3 à 4 heures, puis 2 à 3, puis 2, enfin 1 heure.

D'habitude, je fais une pause au bout de 2 heures ou deux heures et demie.J'en profite pour boire, faire le plein de ficelle et laver les vitres du tracteur. J'écoute RMC, "le grand rush", comme je l'ai fait déjà la veille. C'est le rythme d'arrêt conseillé pour les automobilistes. Mais cette fois, je renonce à tout arrêt. La menace orageuse est trop importante. Je téléphone à mon fils pour qu'il m'apporte de la ficelle et je presse sans arrêt; lui annonçant que je ne rentrerai manger que lorsque la parcelle sera achevée. "Ne compte pas avant au moins 14 heures..." Je continue sans faiblir, heureux à chaque botte sauvée !

plaine-achevée

Peu après l'heure annoncée, je finis la dernière botte. Je la dépose à l'abri sous le hangar. J'arrête ensuite le tracteur à côté. J'ai pressé presque 5 heures de suite sans arrêt, mis à part la recharge de ficelle. Premier plaisir, une bonne douche, puis des vêtements propres avant de déjeuner. Sur infoclimat, je regarde le cheminement des orages les 6 dernières heures ! Un énorme nuage a voyagé à 30 km au sud pendant 4 heures. 30 km, c'est rien et il aurait tout aussi bien passer ici. La première partie des moissons  est sauvée avec beaucoup de chance. Il ne tombera rien le soir, au contraire des annonces, pourtant les nuages...

nuages

La récolte est médiocre, j'en reparlerai. Malgré tout, et peut être encore plus qu'en bonne année, pas question de sacrifier le moindre grain, ni le moindre bout de paille à une nature aussi ingrate ! Plus elle déjoue avec nous, plus il faut s'accrocher au peu qu'elle nous donne !