Ne plus écrire me manque beaucoup. Le contexte est simple. Le cumul  des déconvenues entame lentement et irréversiblement le moral. Face à des événements sur lesquels nous n’avons aucune prise, le silence et  le repli sur soi l’emportent sur l’optimisme et l’envie de communiquer. J’essaye, en société, de ne rien laisser paraître. J’écoute  les autres se plaindre, souvent pour des broutilles, avec le sentiment que mon avenir professionnel  est sur une planche savonneuse sur laquelle je glisse inexorablement vers le bas !  Pourquoi parler d’un métier qui, si cela continue, pourrait être voué à disparaître ?

D’abord le contexte économique :

 Il y a 14 mois, les éleveurs tentaient d’imposer à la filière une évolution des prix à la production. Le principe était simple. Les subventions 2015 allaient être rognées de 10 %, pour des raisons budgétaires et d’idéologie politique, qu’il  fallait compenser par une hausse des prix ! Bien qu’ayant suivi de loin, même le ministère applaudissait des deux mains, trop heureux de pouvoir s’affranchir de lignes financières.

 Sur ma ferme, je devais subir, comme tous mes confrères, une baisse des aides mais passer d’environ 4 € le kilo de viande vendu à 4.5 €. A moi de travailler en améliorant ma production pour ne rien perdre au final.  Un an plus tard, j’ai bien perdu au moins 10 % de subventions sans que personne ne puisse m’expliquer  les calculs qui viennent juste de se solder pour 2015, soit 8 mois après la fin de l’année concernée ! Et je vends à 3.5 € au lieu des 4.5 € !

Résultat, un manque à gagner impossible à compenser. La  situation de trésorerie  se traduit par un découvert en banque qui se creuse dangereusement ! Aucun signe de reprise pour les prochains mois. On ne va pas à l’encontre les marchés. Sauf aux USA, où l’état « intervient » en rachetant un nombre important de vaches laitières, à prix minimal, pour permettre aux farmers de passer le cap.

En simplifiant, la bascule des cours de la viande s’est produite au moment de l’embargo russe décidé suite aux problèmes de Crimée. La viande polonaise s’est retrouvée sans débouchés. En se repliant sur le marché européen,  elle a fait plonger le prix du bas de gamme. Faute d’une stratégie de « segmentation » en France, le prix de toutes les autres catégories a été entrainé dans une spirale infernale à la baisse. Depuis, aucun redressement du marché. La crise laitière amplifie le phénomène et on est très loin d’en sortir. On annonce encore une baisse du troupeau de vaches laitières avec plusieurs dizaines de milliers de tonnes de viande qui vont venir sur le marché. A vil prix, puisqu’il s’agit de dégager des vaches en trop quand elles ne proviendront  pas d’élevages en faillite. Enfin, les attaques récurrentes contre la viande provoquent une baisse de consommation…

Il y a trois ans, on nous annonçait le meilleur pour l'avenir, aujourd'hui le pire arrive !