Indéniablement, il n’y a plus de saisons. Le réchauffement climatique a bien les répercutions envisagées par  les météorologues. Les événements  climatiques  extrêmes sont plus violents, plus fréquents. Si ces événements n’ont rien de nouveau, 138 ans d’enregistrements ne sont rien au regard de la climatologie, la fréquence des événements hors normes, est nouvelle.

Mon travail était ponctué par des dates clés, s’appuyant sur les dictons. Tout cela vacille ! Ces dernières années, faut il respecter les temps agronomiques ou la situation climatologique du moment ? Normalement, on sème le colza fin août, les prairies entre les deux dames (15 août/8 septembre), le blé à la saint Denis ( début octobre)…  Mais ces deux dernières années, on se retrouve fin août au moment le plus sec  et même le plus chaud cette année. Donc  il faut semer dans la poussière, avec un risque énorme de mauvaise levée. Quand on peut travailler le sol, ce qui n’est pas gagné et coûte cher en frais de pièces d’usure. A travers ces exemples très simples, j’espère  faire prendre conscience que nous avons perdu nos repères. Plus rien ne peut être défini à l’avance et on doit improviser sans certitudes de résultat !

Même les plus grandes zones céréalières françaises sont concernées malgré tous les progrès technologiques et la qualité des sols. Depuis quelques décennies, les rendements y augmentaient assez régulièrement. En cas d’année plus problématique, les prix augmentaient en rapport,  par les besoins en paille et aliments manquants pour l’élevage. La régulation se faisait donc par  échange intra-agriculture française. Un peu au détriment des éleveurs qui ont toujours eu plus de mal à répercuter des coûts supplémentaires  sur les prix de vente. Généralement, en cas d’accident climatique, le prix de la viande baissait d’abord par anticipation des ventes, pour éviter de trop racheter, puis remontait ensuite par manque d’animaux !

La mondialisation bouleverse ce processus. La récolte mondiale de céréales est record sauf en France et en Allemagne. C’est une très bonne nouvelle pour le consommateur. Le prix du blé est très bas et donc, logiquement, le prix des produits issus des céréales, pain et autres, ne doit pas augmenter. Mieux, en terme de sécurité alimentaire, en volume, malgré la hausse de la demande mondiale, on est sûr d’avoir les volumes. On a oublié, grâce à la réussite de notre agriculture et au commerce mondial, ce que pourrait être une disette ! MAIS on a aussi oublié l’importance de l’indépendance alimentaire ! Les américains l’ont bien compris en mettant en place une politique agricole assurancielle quand nous nous enterrons avec un système d’aides captées par les secteurs d’aval. Le système américain garanti un niveau de marge aux farmers ! On comprend pourquoi ils « interviennent » sur le marché en rachetant des vaches et du beurre en ce moment. Cela leur coûte moins cher que de compenser une marge en ferme. Ce système  suppose de ne pas avoir d’aides les bonnes années en rendement et en prix. En Europe, les mots « intervention »  et « régulation » sont bannis de la PAC. L’abandon des quotas laitiers est une énorme erreur. Le volume n’étant plus limité aux besoins, avec très peu de surproduction, on fait chuter le prix dans des proportions considérables. Le lobby de l’industrie laitière a gagné. On fait croire aux producteurs qu’en augmentant leur production ils optimiseront leur outil donc leur marge mais cette augmentation entraine  les prix à la baisse. Ce qui améliore la marge de l’aval !

Pourquoi cet écart écrit par la mondialisation ? Simplement pour bien insister sur l’inadaptation totale de la PAC à la nouvelle situation climatique. Planter des arbres dans nos champs peut être un objectif louable. Ici, on n’a pas besoin d’en replanter puisqu’on les a gardé !  Mais ce ne sont pas les arbres qui nous font vivre ! La façon de distribuer les aides agricoles aujourd’hui, complétement déconnectées des marchés est une absurdité. Les prix agricoles sont des prix mondiaux. Ils ne tiennent absolument pas compte des rendements locaux. Sans une régulation minimum des marchés, les paysans sont réellement en danger. La Chine et les pays du Golfe l’ont bien compris en investissant massivement dans des terres agricoles sur tous les continents. Ils tentent par ce biais de s’assurer une sécurité alimentaire en cas de mauvaise récolte mondiale. Et sans doute de s’affranchir des spéculations financières sur les denrées alimentaires ? Toujours est il, que ce soit en année trop humide ou trop sèche, avec des gels tardifs dangereux ou des orages-tempête dévastateurs, l’accélération des accidents climatiques expose le monde agricole à des aléas de plus en plus fréquents sans aucune protection efficace. Ce qui est présenté comme des aides pour les crises, ne sont que des reports financiers à l’année suivante, avec une probabilité augmentée qu’elle soit aussi calamiteuse ! On se retrouve donc dans une spirale dont, individuellement, on ne peut pas se sortir… D’où l’énorme désarroi actuel du monde agricole car toutes les productions sont concernées par le changement climatique.

Enfin, pour l’anecdote, le système assuranciel qui nous est présenté par les assureurs aujourd’hui  pose beaucoup de questions. On le voit avec la grêle en viticulture où les vignes assurées ne sont pas majoritaires. Une compagnie ne peut pas perdre d’argent. Donc le prix de l’assurance grimpera en proportion du risque assuré. J’ai calculé le coût d’une assurance récolte pour mes prairies au prix annoncé sans aides de l’état. Ce n’est pas si évident que ce qu’annoncent les assureurs. Si je ne vise pas la production maximale de la ferme mais plus une forme d’autonomie, il n’est pas évident, de souscrire  une assurance non aidée. J’ai noté assez de références sur ma ferme pour cerner ces notions de risque….Mais dans tous les cas, si les prix baissent comme en ce moment, assurance récolte ou pas, on plonge. C’est donc, avant tout, une assurance des prix qu’il faut ! Et là, je doute qu’un  système assuranciel privé s’y engage. D’autant que ce sont les mêmes qui spéculent.