Depuis deux ans, nous sommes quasiment tous obligés d'emprunter à l'avance le montant de nos subventions. Pour moi, je le fais à contre-coeur. Je considère que c'est un défaut de gestion. Je m'explique. Les subventions ne sont pas du rab. que l'on mettrait de côté. Elles compensent un prix anormalement bas de nos ventes. Les plus grosses charges tombent en fin d'année. Il faut payer les emblavements de l'année suivante, les frais d'hibernation des animaux, les aliments, les traitements vétérinaires, les impôts fonciers, les fermages et tous les services passés ou à venir... Tout le monde place ses factures le plus près possible de la date présumée du versement des primes...

Je considère donc qu'arriver au 15 octobre aux alentours de zéro en trésorerie est un gage pour passer à zéro en janvier, sans autres dettes, ce qui veut dire que les primes 2016 servent bien à payer une partie des charges 2016 de ma ferme.

Mais les retards de vente, la sécheresse, le vil prix des animaux se traduisent par un déficit de trésorerie qui s'est creusé cet été. Les primes devaient arriver le 16 octobre, rien ce matin 17. Tout a été fait selon les règles administratives. Est ce que le dossier est bloqué pour contrôle ? Y a t'il un problème sur le dossier (Que j'ai fait remplir par une structure spécialiée) ? Y a t'il une file d'attente suite à un manque de budget de l'état et un tirage au sort de l'ordre des bénéficiaires ? Autant de questions liées à des problèmes déjà rencontrés par le passé par les éleveurs locaux !

Je tremblais ce matin en consultant le compte sur Internet. Rien, l'angoisse m'étreint. Car si rien n'arrive, il me faudra négocier un nouveau découvert du montant des primes, qui viendra s'ajouter à l'actuel, soit 40% du chiffre d'affaire de la ferme. Déraisonnable !!! Et forcément au prix fort. Une spirale qui permet d'expliquer le stress énorme que subissent les paysans français avec toutes les conséquences que chacun imagine et connait !

Il faut que je m'oblige à ne pas me connecter toutes les heures et à ne pas penser à cela. Dur d'aller travailler dans ce contexte. Et dire que certains imaginent que l'état nous fait des cadeaux avec ces primes...