J'ai beaucoup hésité sur la stratégie à adopter cette année. La sécheresse sévit depuis début juillet. Les sols sont très durs, l'année végétale semblait avoir beaucoup de retard. Que faire ? Respecter les dates conventionnelles des semailles des céréales d'hiver ou attendre ?

bain-de-soleil-été-indien

Avec les moyens que nous avons aujourd'hui, il est possible de travailler la terre même quand elle est très sèche. Mais le coût est conséquent, en termes de carburant car il faut de la puissance et en termes d'usure des pièces. De plus, il faut parfois des passages supplémentaires pour décompacter le sol... Au final, ce surcoût, est-il justifié au regard d'une saison agronomique ? "A la saint Denis, fait tes semis ! " Telle est la règle. Sauf qu'avec les changements climatiques, que deviennent ces règles ?

On peut alors envisager les choses en termes de risques ! Quel était le risque dans ce cas ? Qu'une période de pluie très importante nous fasse basculer d'une extrême sécheresse à une extrême humidité, nous empêchant alors de semer ! Rien n'exclue le risque d'orage dit "cévenoles", même ici. En septembre 1965, cela s'est produit et s'est traduit par une crue centenaire de l'Arroux ! Rien de cela jusqu'à aujourd'hui. La chute des feuilles permet de découvrir des plages secrètes avec ces basses eaux de la rivière...

plage-secrète

Pour éviter de doubler les coûts de travail du sol, j'ai adopté une autre stratégie. Objectif : Semer avant le 11 novembre, date limite ici. La méthode; essayer de profiter de la moindre goutte d'eau de pluie. Pour cela, après les petites pluies de septembre, j’ai griffé le sol avec un chisel pour que l'eau rentre. J'ai ensuite attendu les pluies suivantes et surtout l'annonce d'une période de beau temps, pour labourer. La contrainte est qu'il n'y ait pas de pluie conséquente entre le labour et le semis. Sinon, nous ne pouvons plus passer. Cette semaine, les conditions ont été idéales.

semis

Mon matériel est trop âge et usé pour tout faire assez vite. J'ai donc recours à une entreprise qui a des moyens que je ne peux me payer seul. J'ai donc labouré un peu et eux beaucoup, puis ils ont semé. J'ai un peu stressé au début du chantier et pris le risque de tout labourer en 4 jours. Le soleil arrivant à percer l'après-midi, la petite croûte sèche, gage d’un sol parfait, s'est formée. Les conditions de semis ont été idéales ! J'ai rarement réussi aussi bien la préparation du sol, sans forcer !

combiné

Les levées en sol trop sec sont toujours trop lentes et trop hétérogènes. Avec la pluie annoncée en fin de semaine, j'espère une levée rapide et très régulière, gage de réussite pour l'hiver. Il ne faut pas se réjouir trop vite, beaucoup d'événements climatiques peuvent venir tout remettre en cause. Mais là, le pari pour la première phase de la culture, est réussi, grâce à l'entrepreneur...

 

PS : "visiteuse" a posté en commentaire un poème magnifique, dont la relecture m'a beaucoup ému :

Saison des semailles. Le soir - Victor Hugo

C'est le moment crépusculaire.
J'admire, assis sous un portail,
Ce reste de jour dont s'éclaire
La dernière heure du travail.

Dans les terres, de nuit baignées,
Je contemple, ému, les haillons
D'un vieillard qui jette à poignées
La moisson future aux sillons.

Sa haute silhouette noire
Domine les profonds labours.
On sent à quel point il doit croire
A la fuite utile des jours.

Il marche dans la plaine immense,
Va, vient, lance la graine au loin,
Rouvre sa main, et recommence,
Et je médite, obscur témoin,

Pendant que, déployant ses voiles,
L'ombre, où se mêle une rumeur,
Semble élargir jusqu'aux étoiles
Le geste auguste du semeur.

L'un des plus beaux des poèmes...

Je ne fais plus "Le geste auguste du semeur" que pour semer les jachères. Mais la promesse de "La moisson future aux sillons" reste la motivation des paysans. Le soin apporté à la préparation du lit de semence pour la graine, si fragile, est l'éxigence pour réussir la transmission de la vie. Déjà, je vous ai parlé de levée alors que le semis s'achève, preuve que l'on croit toujours à "La fuite utile des jours"... La Vie est un éternel recommencement !