Encore un drame pour rien ?

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Depuis ce matin, mes pensées vont à la famille de cet éleveur. J’imagine et partage aisément la peine ressentie. Je pense également aux gendarmes qui ont tiré. Eux aussi doivent se poser bien des questions. Sans doute auraient-ils mieux fait de le laisser s’échapper, il n’avait pas d’arme et ne menaçait personne… Mais peut-on juger sans avoir vécu la menace  de danger de mort ?

Comment un simple contrôle sanitaire du troupeau peut conduire à une mort ? Cette tragédie, parce qu’elle reflète une révolte personnelle, nous interpelle de par la disproportion de la réponse apportée à une détresse. Il me semble qu’elle doive être rapprochée des suicides quasi journaliers de paysans.

D’abord, une exploitation et un élevage sont des milieux clos au sens où la responsabilité s’exerce souvent en solitaire même quand elle est partagée à plusieurs. Le travail avec du vivant reste très aléatoire. A situation égale, tout peut mal tourner. Gel, grêle, épidémie ou sécheresse peuvent anéantir une année d’effort et de travail. Le paysan est bien seul face à l’adversité naturelle. Il se sent de plus en plus abandonné, contraint à en assumer seul les conséquences.

La responsabilité devient collective quand un trop grand nombre de réactions violentes, suicides entre autres, deviennent légion ! Je ne connais pas le cas précis mais je ne peux m’arrêter à la simple explication d’un accident ou du « pétage de plomb » ! S’introduire chez quelqu’un avec la force publique n’est pas neutre. Le motif doit être sérieux. Oui, le non-respect des règles sanitaires peut mettre en danger l’élevage d’une région mais de là, à n’envisager que la répression pour solution... Qui a vécu les contrôles en connait le côté humiliant et de suspicion de fraude systématique !

Cette année, la gestion collective des problèmes sanitaires a montré ses limites. « On nous enquiquine pour des maladies sans conséquences, si ce n’est commerciales, pendant qu’une épidémie aux conséquences parfois énormes, s’est tranquillement propagée dans l’indifférence technocratique ». Cela a creusé le fossé entre l’administration et le terrain, avec un certain discrédit de la première à nous protéger. Un ami a évoqué la rupture psychologique, conduisant au laissez aller vis-à-vis des règles, récemment dans un groupe de réflexion avec des non-agriculteurs ! Sa prédiction s’est réalisée de la pire des façons. Notre secteur est en crise depuis si longtemps. Quelles perspectives donne-t-on aux éleveurs ?

Ce drame m’émeut, comme chaque suicide annoncé, car j’ai le sentiment d’un échec évitable. Bien sûr, dans le cas présent, il n’était, sans doute, pas super clean dans son élevage, mais de là à agir par la force publique et le transformer en « terroriste »… La façon de faire des contrôles doit être revue. La panique qu’ils provoquent n’est pas normale. Dans tous les cas similaires, ce ne sont pas des gendarmes qu’il faut envoyer mais des psychologues, pour aider et non pour réprimer.