L'événement sera parisien ! Inauguré en grande pompe demain, il est présenté comme la solution à tous nos maux. Mais pour nous tous éleveurs, il restera bien lointain. Il sera réservé aux spécialistes. Dans le cas de la filière viande, ils restent les mêmes (INTERBEV) qui nous ont conduit là où nous en sommes, dans l'indifférence générale. Il y a bien de vrais spécialistes novateurs, inaudibles et marginalisés car remettant trop de choses en cause. Il est vrai que la course au prix n'engendre pas que des soucis dans une filière. Lait ou viande, ce sont les producteurs qui trinquent et les autres intervenants qui dansent...

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Voici ce que j'ai écris pour l'assemblée générale d'une toute petite association le 30 juin. Aucun politique présent, les élections étaient passées...

" La révolution verte et la PAC des années 60 ont permis de rendre notre pays et « l’Europe de l’ouest » autonome en terme alimentaire. La formidable réussite de la mutation des cinquante dernières années du secteur agricole de notre pays peut même paraître aujourd’hui comme un handicap. Axée sur l’augmentation des volumes, elle a permis de nourrir les populations à des coûts de plus en plus bas, libérant ainsi un pouvoir d’achat précieux pour le développement d’autres activités économiques…

 

Avec la chute du mur de Berlin, la géostratégie européenne et les ressources agricoles ont évolué.  La sécurité alimentaire a suivi ces grands changements. Elle est passée de la crainte de pénurie à la crainte de « malbouffe ». Les crises à répétition de notre filière « viande » en sont un signe évident. Les mouvements « Vegan » ou autres, transformant le statut de l’animal, d’objet à quasiment être humain, reflètent une mutation profonde de nos sociétés. En parallèle, notre filière semble l’ignorer. Elle continue, entraînée par la grande distribution et la restauration collective, la course folle aux prix le plus bas possibles. Au contraire d’autres filières agricoles, la différenciation des produits auprès des consommateurs semble régresser. Sous couvert de simplification, la dernière évolution de l’étiquetage fait abstraction de toute notion d’origine et de qualité de la viande grande consommation. L’évolution des volumes de viandes hachées, amplifie le mouvement de banalisation de la viande bovine en minerai.

 

Lors de notre précédente assemblée générale, Mr Hoquette (INRA) a insisté sur la nécessité de satisfaire le consommateur. La valeur d’un produit passe non seulement par sa valeur gustative mais également par des informations supplétives. Les conditions d’élevage, le respect de l’animal, l’alimentation, la conduite sanitaire, les temps de transport, les conditions d’abattage, les délais de maturation de la viande, le respect des modes de cuisson et j’en passe, sont des demandes de plus en plus pressantes des consommateurs ! Y répondre est possible aujourd’hui par la révolution numérique. Mais la vraie révolution passe par un bouleversement du fonctionnement et des mentalités de tous les acteurs intervenant sur le produit « viande bovine ou ovine ». Il faut casser les frontières instaurées entre les acteurs.

 

Il n’est pas question de juger ici tel ou tel comportement mais de faire un état des lieux exhaustif de la consommation. C’est l’objet de la conférence de cet après-midi. Le caractère multi factoriel des attentes sociétales doit rendre chacun responsable dans la longue chaîne qui part du potentiel génétique de l’animal pour finir dans l’assiette. C’est ce qui justifie cette assemblée générale commune entre l’OS charolais France et notre association. Notre race est mondialement connue, les savoirs faire également reconnus. Nous ne devrions pas avoir des secteurs de notre filière en crise. Nous sommes capables d’exporter des animaux et bien frileux à le faire avec de la viande haut de gamme.

 

Nos conduites d’élevage correspondent aux attentes sociétales. Il suffit de regarder nos bocages et notre paysage pour s’en rendre compte. La communication ne peut être réduite à une communication de secours pendant les crises alimentaires. Elle doit être un atout commercial permanent. Les savoirs faire de nos transformateurs et bouchers doivent être valorisés. Tout ce que nous produisons ne passera pas intégralement en produit très haut de gamme. Mais veillons à ce qui est engagé dans les productions les plus contraignantes, donc les plus coûteuses, soit valorisé à son juste prix par une contractualisation réelle !

 

Ce retour de notre société à des valeurs plus « Nature » ne doit pas nous interdire d’utiliser les progrès techniques. Au contraire, dans le respect des attentes des consommateurs, l’innovation peut être salutaire. Elle est même incontournable au regard de la circulation de l’information. Malgré nos difficultés de financement, notre association doit continuer son travail de recherche développement au profit des petits faiseurs. N’oublions pas que les grandes avancées technologiques de ce siècle sont souvent nées dans des garages (Bill Gates) ou d’idées simples (start-up). Il n’y a aucune raison pour qu’il n’en soit pas de même pour nos produits.

 

La race charolaise, dans son ensemble, comme d’autres races à viande, a de formidables atouts qu’il convient de valoriser sous une forme nouvelle. L’heure n’est pas à la division, donc la dispersion, mais à la réussite de cette mutation qui passera par l’investissement de tous. C’est la condition pour la survie de notre modèle de production et le meilleur moyen de contrer toutes les critiques !"

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