La crise des œufs met à nouveau l’agroalimentaire sur le devant de la scène. Une nouvelle fois il s’agit d’une fraude qui nuit à toute une filière. Plus grave, elle concerne une filière « bio », avec le risque d'en casser l’image et d’amalgames. Peut-on éviter ce genre de choses ? Si j’ai bien compris la situation, il s’agit de l’emploi d’un produit annoncé comme naturel mais qui contenait un insecticide, le fipronil, autorisé sur chiens et chats, mais formellement interdit, au niveau européen, pour tout animal entrant dans la chaine alimentaire.

Pour rappel, la commission européenne n’a pas à sa disposition une police sanitaire mais la délègue aux états qui sont responsables du respect de l’application des directives. En l’occurrence, on peut le regretter. Une nouvelle fois, les intérêts nationaux ont prévalu sur la règle européenne. Le ministre belge de l’agriculture a été clair dans son propos, constant que le délai entre la découverte de la fraude et sa notification aux autres états était de plusieurs semaines, voir mois… A chaque crise, l’état concerné essaye de cacher le problème pour protéger ses exportations, pensant le régler seul jusqu’au moment où l’ampleur le dépasse. On peut donc légitiment penser que la surveillance alimentaire devrait passer de nationale à européenne, il s’agit de santé publique ! Nous avons le même souci  pour la gestion des maladies animales. Les intérêts commerciaux des pays passent avant l’intérêt sanitaire général… Accuser l’Europe, comme l’ont fait quelques politiques, est inquiétant de la part de personnes prétendant au pouvoir. La démagogie…

Comment, en temps qu’éleveur, ne pas se faire abuser ? Il y a toujours eu des marchands peu scrupuleux. Ils « courent » les fermes. Le démarchage à domicile perdure. Personnellement, je n’accroche pas, même pour de l’outillage pour des raisons de garantie. Sauf quand ce sont des locaux que je connais. Pour tout ce qui est produits pour les animaux, je me fournis uniquement à la coopérative. J’ai besoin d’une garantie sur la composition des aliments, en particulier pour ce qui concerne les denrées non OGM. Mais pas que. Je suis surpris que la crise de la farine de viande n’est pas servie de leçon quand on me rapporte certaines compositions d’aliments portées aux nues par le bouche à oreille. La traçabilité est et sera un élément clé, j’y reviendrai plus loin. Je ne peux pas critiquer mes pairs : En ne rémunérant pas les produits à leur juste valeur, on incite les éleveurs à chercher des intrants moins chers, donc plus risqués…

Je suis encore plus prudent avec tout ce qui est médicament ou produits apparentés. Je n’achète qu’avec une ordonnance. Par exemple, dans un cas équivalent aux poux rouges des poules, pour mes vaches, tics par exemple, je n’emploie qu’un produit prescris par mon vétérinaire… Ce produit a une autorisation de mise en marché, donc m’apporte l’assurance qu’il est conforme , non seulement aux cahiers des charges que je dois respecter, mais que sa composition n’est pas frauduleuse. Il existe depuis quelques années toute une gamme de produits de mésothérapie, homéopathiques ou autres huiles essentielles… Je n’en dénie absolument pas une certaine efficacité dans des cas précis. Simplement, à mes yeux, l’emploi ne doit pas être envisagé avec une approche uniquement économique. Il faut les gérer avec la même rigueur que des médicaments classiques. Or, il me semble qu’il y a des failles qui permettent aux marchands de poudre de Perlimpinpin de profiter de la situation. A l’heure d’internet, il devrait y avoir des fichiers, consultables en direct, qui permettent de vérifier les vraies valeurs de tous ces produits et leur homologation. Ce ne serait pas compliqué à mettre en place, cela existe pour les produits phytosanitaires. Avec un tel fichier, les éleveurs bio hollandais n’auraient pas été abusés !

Une troisième remarque concernant cette crise s’impose. Comme à chaque fois, les temps de réaction sont bien trop longs. Si les hollandais ont, semble t’il, mis des mois pour déclarer le problème, le traitement français est bien long. J’en reviens à la traçabilité et nous avons déjà eu le même problème avec la crise de la viande de cheval. Au début, il y a toujours 1 ou 2 élevages ou produits concernés, puis au fil des jours, la liste ne cesse de grandir, donnant de l'ampleur au problème et l'impresson de non maîtrise des données. L’obligation d’imprimer des données sur les œufs pour toute vente permet au consommateur de juger par lui-même si ses achats ne présentent aucun risque. Cela n'a donc pas posé de problèmes. Par contre, pour les produits élaborés, quand je me situe en tant que consommateur, je suis ahuri du temps mis pour sortir une liste de produits éventuellement à risque. A nouveau, l’opacité du processus industriel est en cause. L’optimisation par la recherche de produits les moins chers possibles, pose un vrai problème de santé public. En mettant plus de 15 jours pour publier une liste, on peut penser que la plus grande partie des œufs suspects a ainsi été écoulée dans des produits cuisinés sans que le consommateur n’ait la moindre information. Impossible d’éviter  galettes, gâteaux, crêpes, biscuits et autres plats préparés contenant des œufs. Bien sûr le risque qu’ils contiennent du fipronil est minime ! Mais aux yeux du consommateur lambda, ce risque existe et cela jette l’opprobre sur tous les produits, même ceux qui ont des garanties. Pour chaque crise alimentaire, le doute est l'ennemi le plus redoutable . De plus, des politiques peu au courant font des amalgames destructeurs ajoutant du doute au doute, uniquement par idéologie politique.

Depuis des années, je milite pour une étiquette plus claire. Après les premières crises alimentaires, nous avons mis en place des cahiers des charges, liés à des signes de qualité, pour prouver la conformité de nos produits. Nous enregistrons de plus en plus de données, tout au long de la vie de nos animaux. Les dernières crises démontrent que nous devons aller beaucoup plus loin. Le consommateur que je suis, quand je ne suis pas éleveur, veut en savoir plus. Plus compliqué, il ne veut pas une information générique mais pouvoir choisir en fonction de ses propres critères. Techniquement, cela n’était pas possible sauf en circuit très court et local. Il aurait été impossible d’avoir une étiquette papier assez grande et le temps de collecte des informations aurait été incompatible avec la DLC… Mais cela devient possible avec l’étiquette numérique et surtout les échanges de données numériques. Ainsi, on ne serait pas contraint de lire tout pour chercher, en vain bien souvent, une information. On pourrait interroger, avec des demandes précises, une base contenant toutes les informations. Je crois que cette transparence sera inévitable à moyen terme.  Code barre ou un QR-code peuvent devenir les garants de qualité et de sécurité alimentaire. Revenons à nos produits « œufs » : La puissance des ordinateurs aurait permis de remonter instantanément à l’origine des œufs. Chacun pouvait ensuite faire le choix d’achat ou pas ! Sans attendre, en Août de plus, le résultat de recherches et d'analyses apparaissant comme bien longues et complexes…