A mon tour, je suis allé voir le film.

petit paysan

Je n'ai pas de reproches à lui faire, si ce n'est sur un ou deux détails. La solitude de l'éleveur face à une épidémie sur laquelle il n'a aucune prise, ni reproche à se faire, est très bien rendu. Je me suis demandé comment je réagirai en pareil cas. J'ai vécu l'angoisse un jour où une vache de la ferme a été consignée, le temps d'analyses, pour cause de suspicion. En fait, à l'époque de l'ESB, en cas de doute, les animaux d'avant et d'après le suspect sur la chaîne, était consigné. C'était le cas de mon animal, pendant une semaine, je ne savais pas ce qui allait arriver. Tout est revenu négatif, mais quel stress ! Même la perte financière de cette consigne, pourtant injuste, m'a paru légère par rapport à l'angoisse !

J'ai repensé à l'éleveur qui a été abattu par les gendarmes. Et à tous les autres qui se sont suicidés dans notre région. La solitude de l'éleveur, en fin d'hiver est réelle, à la fatigue s'ajoute les maladies de fin d'hivernage ! C'est toujours un moment critique, surchargé de travail. Et c'est là que l'on mesure le fossé entre ce vécu et l'administration et ses règlements. Dans le temps, les postes de DSV (directeurs départementaux des services vétérinaires) étaient occupés par d'anciens vétérinaires qui avaient des décennies de pratique en "rurale". Ils connaissaient par coeur les réactions des éleveurs et avaient une vraie compétence clinique. Ils ont participé à l'éradication des maladies contagieuses pour les troupeaux et même de celles transmissibles à l'Homme. Ils faisaient autorité à la fois chez les éleveurs et les vétérinaires de terrain. Puis ils ont été remplacé par des vétérinaires qui font leur carrière uniquement dans l'administration. Ils sont sans doute compétents techniquement mais ne connaissent ni le terrain, ni ses réactions... Résultat, depuis deux décennies, j'ai le sentiment d'une régression de la protection des troupeaux. L'expérience de la FCO l'année dernière en est un exemple cuisant pour moi, j'y reviendrai. Même si j'admet que les éleveurs n'ont pas non plus été assez conscients du problème.

Protéger les troupeaux ne peut pas être efficace sans une adhésion de chacun au processus. Les règlements ne font pas tout. Les images des bûchers anglais au moment de la fièvre aphteuse nous ont tous marqué, tout comme ces troupeaux entiers abattus pour cause d'ESB ! Quel éleveur ne pourrait pas être tenté par le déni de réalité pour s'affranchir de ces moyens implacables mis en oeuvre avec un vrai manque d'humanité ! Une nouvelle fois, je me répète, dans beaucoup de cas, ce ne sont des gendarmes qu'il faut envoyer dans les fermes mais des psychologues. On se doit de trouver le meilleur moyen de gérer ces problèmes graves pour l'élevage et parfois pour la santé humaine lorsqu'elles transmissibles (tuberculose, rage...). On ne peut donc traiter ces sujets ni avec légèreté, ni avec une rigueur administrative excessive pas toujours justifiée.