Madame PH tourne plusieurs fois autour du canapé, intriguée… Elle finit par me demander quel est ce livre que je lis avec autant d’attention ? Depuis quelques semaines, j’étais accaparé par un Ken Follet de mille pages, réservé à une lecture au moment de me coucher. Lorsque je pouvais enfin m’étendre sur le canapé vers 19h30 pour détendre mon dos, c’était pour surfer sur mon téléphone en regardant la télé. Mais là, je suis tout à la lecture. « Un livre écrit par l’ancien directeur de la chambre d’agriculture. Tout me parle et cela rejoint notre participation au documentaire il y a quelques années… »

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Oui, « j’avale » (en 48h malgré mon travail) avec passion les 250 pages ! A cette saison, je lis moins, par fatigue, pourtant je fais une exception. A un directeur, au téléphone, j’ai dit que la lecture devrait être imposée à tous les responsables agricoles du département et aux directeurs plutôt deux fois qu’une. La partie historique est un peu une bible, simplifiée certes, de 150 ans d’évolution de l’agriculture en France et en Saône et Loire. Sans concessions et sans doute incomplète, la pertinence du propos mérite attention pour comprendre la situation actuelle. Si on ne peut refaire le passé, on peut au moins en corriger les effets négatifs. Je retiens que la guerre centenaire entre la tendance « Sud-Est » et celle dite « progressiste » a définitivement divisée le département. Je partage l’analyse que, pour l’élevage bovin, cela a empêché l’émergence d’une dynamique et d’investissements économiques permettant de réellement capter de la valeur ajoutée sur nos fermes. Le court terme l’a emporté sur le long terme et nous en payons très cher les conséquences aujourd’hui. Quand on regarde le fonctionnement du charolais, toutes les structures, ou presque, existent en double, quand ce n’est en triple, inhibant ainsi toute possibilité d’efficacité, en se neutralisant entre-elles plutôt qu'en construisant !

Le livre regorge de chiffres. J’en mentionnerai quelques-uns qui marquent l’impact de la révolution industrielle dans notre société : En 1850, 70% des actifs sont directement employés par l’agriculture ce qui représente 9 millions d’emplois ! En 2016, ce n’est plus que 3 % de la population active soit 900 000 emplois !!!! Pourtant il faudra attendre 1970 pour que la France soit autosuffisante et devienne exportatrice. C’est la conséquence de la révolution verte qui s’est produite principalement entre 1950 et 1980 ! Je cite l’auteur : « Un homme qui aurait quitté la France en 1950 et serait rentré en 1980 après avoir vécu sur une île lointaine n’aurait pas plus reconnu les femmes et hommes qui travaillaient dans l’agriculture que leurs exploitations, leurs équipements ou les paysages qui les entouraient. » J’ai envie d’ajouter qu’un citadin qui a, de ce fait, très souvent des racines paysannes est aujourd’hui un peu dans la même situation, le souvenir s’est transformé en rêve ! On sait que cette évolution remarquable s’est accompagnée d’excès qu’il convient de corriger…

C’est l’objet des 36 dernières pages qui se veulent prospectives. Disons-le tout net, je reste sur ma faim ! Connaissant l’auteur, j’attendais quelque chose de différent, un propos moins prudent et moins doctrinaire ! Je sais que la prospective est hasardeuse, que rien ne se passe jamais comme prévu. Mais j’ai des convictions sur le sujet, même si cela dérange. Les jeunes de la JAC n’ont-ils pas bousculé un système séculaire ?  J’avoue que j’espère avoir une vraie discussion sur le sujet avec l’auteur. L’effet du numérique est effleuré, la reconquête d’une relation réelle et stable avec les citoyens ne l’est pas plus. Je suis certain que les moyens techniques pourraient, si bon emploi, rebattre les cartes. De même, la ligne directrice des années 60 basée sur l’augmentation des volumes à tout prix, est dépassée. La viticulture prouve que la maîtrise des volumes au service de la qualité peut être très rémunératrice à condition d’une vraie valorisation. Pourtant notre accompagnement technique continue de prôner le contraire...

Mes remarques ne sont pas des critiques mais exprime une attente profonde face à une crise structurelle de ma filière qui devient dangereuse à trop durer ! Ce livre apporte une réponse pour comprendre les blocages. C’est cette compréhension qui devrait ouvrir les portes d’un travail pour élaborer ce qui pourrait devenir une nouvelle révolution verte ! Je serai en retraite avant que cela arrive mais la passion l’emporte et l’envie de contribuer à ce défi reste intact. Si vous souhaitez découvrir le livre, il est en vente sur le site de l’éditeur, régional lui également. Je déposerai un exemplaire à la bibliothèque de mon village (Toulon sur Arroux) pour ceux qui voudraient… Enfin, voici ce qu’en dit la presse pro !