Le très récent « accord » entre USA et Europe pose question. Je laisse aux spécialistes le soin de déterminer la compétence, ou non, de Mr Junker  pour discuter d’un accord visiblement sans mandat des états membres.

Une phrase de Mr Trump m’a fait sursauter.  L’Europe se serait engagée à importer massivement du soja US et du gaz de schiste… Le soja, me voici concerné. D’abord ce que je comprends de la géopolitique : Au nom de « l’Amérique d’abord », Le président américain est entré en guerre contre les importations dans son pays. Premiers visés, les chinois. Les mesures de rétorsions ne se sont pas fait attendre, ces derniers ont décrété un boycott du soja américain. Du coup, problème avec les farmers, se protéger des importations crée des soucis à l’exportation. D’où la recherche de nouveaux débouchés… L’Europe !

Premier problème, qui motive cet accord, les règles économiques ne sont pas les mêmes aux USA et en Chine. En sus des taxes sur importations, on peut facilement supposer que la consigne de boycott d’un produit sera plus suivie en Chine qu’aux USA ou en Europe. Dans ces derniers pays, on peut dissuader d’acheter avec des droits de douane élevés mais on ne peut pas inciter les entreprises à acheter plus. Dans l’empire du milieu, il doit être délicat d’aller à l’encontre des vœux du président… J’attends donc de savoir comment Mr Junker va imposer des quotas d’achat en Europe ?

Second problème, qui me concerne directement : Pourquoi nous sommes nous détournés du soja américain ? Les prix est le même dans le monde entier, à qualité égale ! la qualité, voilà le problème. Je m’étais fait expliquer la stratégie des grandes firmes américaines par des farmers du Middle West. Pour tenter d’imposer les OGM, tous les sojas, OGM ou pas, sont mélangés dans les lieux de stockage. Ainsi, il est très difficile d’obtenir des sojas US garantis sans OGM. Ma coopérative, qui ne produit que des aliments non OGM, s’est tournée vers les producteurs sud-américains qui ont des filières tracées. Le surcoût est de 10 %, ce qui est très important. Marché dont sont exclus les farmers américains par ce mélange en aval des fermes ; ce qui a permis d’imposer la technique du soja désherbé avec du glyphosate.  Il est difficile aujourd’hui aux américains de reculer, Monsanto oblige. Je les soupçonne donc de chercher, une nouvelle fois, à passer en force pour imposer leur façon de voir et de produire. Mais là encore, il va falloir expliquer comment on fait pour imposer à la population européenne une alimentation avec plus d’aliments OGM pour les animaux et les Vegans ?

Troisième problème : Au fil des années, une filière « protéines » prend de l’importance en France et sans doute en Europe. Le climat étant moins propice à la culture du soja, tournesol et surtout colza ont pris la corde… Décréter un volume d’importations massif de soja va mettre en défaut une filière déjà attaquée avec l’huile de palme… Ces importations ne peuvent se substituer qu’à des importations du Brésil ou d’Argentine. Je veux dire par là que les répercussions en se feront pas qu’entre deux entités économiques mais auront bien d’autres conséquences…

Vu depuis ma ferme, je suis tenté de dire deux choses. L’agriculture européenne ne compte plus au sens où dans des négociations commerciales, on est prêt à la sacrifier. Et l’avis des consommateurs ne compte guère plus. On ne sent pas dans l’opinion publique européenne, au moins en France, un engouement pour le gaz de schiste comme pour les OGM ! Je ne crois pas au hasard du propos. Les américains agissent de façon méprisante et grossière pour imposer leur façon de voir. Car c’est bien, au moins dans le domaine agricole et de l’énergie, deux philosophies économiques qui s’affrontent. D’un côté, une vision industrielle utilisant toute la panoplie de techniques possibles, en se souciant des conséquences sur la sécurité alimentaire et environnementale qu’après coup en cas de pépin De l’autre, une agriculture ou une industrie énergétique devant prendre en compte de plus en plus les attentes sociétales.

Et au milieu, un président de la commission européenne, qui s’il n’a pas enfreint les limites de ses pouvoirs, est d’une grande naïveté. Visiblement, il ne connaît pas les aspirations profondes des citoyens qu’il représente. Bien entendu, il ne fallait pas sacrifier l’industrie automobile européenne, allemande en particulier. Mais je ne suis pas certain que ce soit en entrant dans le jeu des chantages « trumpistes » qu’on défende le mieux un modèle européen qu’il serait temps de mettre en avant au lieu de baisser culotte…