Les animaux se réfugient dans les endroits ombragés et frais ! C’est en ce moment qu’on mesure l’intérêt des haies, des arbres et d’espaces plus larges. Heureusement que les animaux ne sont pas dans les bâtiments devenus fournaises. Avec ces températures, un fil électrique ne protège pas et je me rends compte que les animaux ont besoin d’un espace conséquent. Ils changent d’endroit pour lutter contre les excès, en fonction des heures donc de la course du soleil mais également du vent ou plutôt des courants d’air…

Mon rôle d’éleveur ne s’arrête pas là. Je dois leur assurer l’abreuvement et le couvert. La décision de commencer à distribuer les réserves prévues pour l’hiver est lourde de conséquence. Premièrement, elle hypothèque la capacité à passer ce fameux hiver… Secondement, une fois commencée, la distribution ne peut plus s’arrêter avant les repousses. Or, les vaches mangent encore les refus, restes du pâturage de printemps. En effet, les animaux, dans nos prairies multi espèces, trient en période d’abondance et délaissent les dactyles par exemple… En période de moindre choix, ces plantes retrouvent un intérêt faute de mieux. Un pâturage moins agressif au printemps permet donc d’avoir quelques réserves pour l’été et de gagner quelques jours. Une fois le râtelier en fonction, elles iront au plus simple et plus rapide !

Il faut donc sortir les calculettes. Combien coûte une récolte, donc une botte de foin ? Il faut mettre en rapport ce résultat avec le gain réel d’avoir un chargement (un nombre d’animaux à l’hectare) plus élevé. Pour compliquer le calcul, il faudrait avoir des données précises sur le réel potentiel des parcelles (pas une moyenne régionale) et, encore plus aléatoire, une estimation des fréquences des événements météo extrêmes comme cette canicule par exemple.

Impossible calcul donc. Mais une interrogation sur une tendance. A la veille de ma retraite, j’ai 10 % à 15 % d’animaux en moins ! Mon chargement est donc moindre avec deux conséquences. Un, les animaux n’ont pas altéré par piétinement mes prés au cours du déprimage de printemps, du coup, j’ai eu une récolte de foin honnête… Deux, ils n’ont pas surpâturé, donc il reste des refus évoqués plus haut. Je ne vais pas me vanter car je ne vais pas tenir sans distribuer du foin des semaines. Disons, que je gagne quelques précieux jours…

Reste une extrême fragilité de nos systèmes d’exploitation. J’avais réussi à mettre de côté deux mois de nourriture hivernale. Les sécheresses d’automne de 2016 et 2017 en ont eu raison ! Je n’ai donc plus de marge si ce n’est celles décrites pour aborder cette sécheresse. Si elle perdure, il faudra racheter. Déjà le cours du blé frémit pour cause de mauvaise récolte. A chaque grande sécheresse, 2003 ou 2013, on franchit des caps du prix de la paille ou des aliments. Par exemple, en 2003, la paille est passée de 35 cts/kg à 65 … Les années suivantes, elle a peu baissé comme s’il y avait une fatalité. Rebelotte en 2013 où on a frôlé 1 euro pour revenir vers les 80 cts les années suivantes… Comment se traduirait une sécheresse cette année ? La paille ne nourrissant pas, il faut un aliment complémentaire riche qui subit les mêmes tendances. N’oublions pas qu’une bonne moitié des céréales françaises doivent aller à la production d’aliments du bétail, chiffre à confirmer mais qui doit approcher la réalité ?

Côté cours des animaux, on est au plus bas depuis des années. Au kilo, je suis payé moins cher qu’à mon installation en 1981 ! Si on décharge, les prix chuteront ! Au regard de la situation financière de l’élevage, il n’y aura donc aucune marge pour un rachat massif de paille ou d’aliments de survie des troupeaux. Ce pourrait donc être la canicule/sécheresse de trop pour beaucoup d’élevages ! Impasse ? Oui actuellement sauf si… Je vais dire un gros mot, interdit dans le milieu PAC et dans une bonne partie de la filière viande qui adore les opportunités : Il faudrait une mesure de retrait d’animaux à un prix garanti ! Oui, revenir à un stock transitoire de régulation pour tenir les cours et permettre de décharger les élevages pour limiter les rachats. C’est la mesure qui coûterait le moins cher. Y a-t-il un risque, comme pour le lait l’année dernière, de voir ce stock devenir un boulet ? Oui probablement mais faible car on aurait moins d’animaux l’année prochaine donc on pourrait le résorber. Mais, le malheur des uns faisant le bonheur des autres, il y a trop d’intérêts en jeu. Car dans notre situation, finalement, il n’y a qu’un perdant et une multitude de gagnants, donc… Même si à moyen terme !

Cette canicule pose donc beaucoup de questions. Comment gérer ces épisodes météo extrêmes dont la fréquence est bouleversée. Personnellement, je suis convaincu que pour l’élevage bovin, elle remet en cause un système technique du toujours plus d’animaux quitte à racheter en cas de manque de nourriture puisque cela devient systématique. Elle remet en cause l’hyper spécialisation de notre région et elle va poser la question du devenir de la zone centrale de la France, zone d’élevage à l’herbe. Vaste débat sur lequel je reviendrai…

 

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