Une longue discussion avec un de mes vétos va vous permettre de comprendre la situation. Il y a 2 ans, la FCO8 a eu deux effets : Beaucoup d'avortements en automne et des retards des vêlages ! Traduction sur mon département; -10000 veaux en 2016/2017, -9000 en 2017/2018 ! De plus, les 2 sécheresses d'automne 2016 et 2017 ont aggravé le problème et en 2017/2018, les vêlages ont eu lieu avec une moyenne d'un mois et demi de retard.

Avec la sécheresse actuelle, nous essayons tous de savoir quelles sont les vaches gestantes. L'objectf est de vendre le plus vite possible les vaches vides pour tenter d'éviter au maximum des rachats de nourriture cet hiver puisque nous distribuons déjà les réserves. les premières fouilles ou échographies donnent le même résultat. D'après le véto, de très nombreuses vaches sont vides. L'explication est simple. Au dessus de 25 à 30°C, les taureaux sont clairs et les vaches sont bloquées... Si on admet qu'une vache en bonne condition de nourriture met 60 j environ pour revenir en chaleur et qu'il a fait très chaud (voir météo foins) dès le 15 juin, toutes les vaches ayant vêlées après le 15 avril ont des risques d'être vides (en 71, environ 39000 vêlages ont eu lieu en avril, mai, juin sur 220000 vêlages annuels)... Vous y rajoutez celles qui ont souffert d'un déficit de nourriture à la jointure hiver/printemps, plus les habituels problèmes de fertilité de certaines et vous avez une situation alarmante. Voilà plusieurs fois que j'entends dire qu'il y aurait 15 à 20 % de vaches vides / troupeau... Si cela se confirme, ce serait une catastrophe.

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En année normale, à partir du 15 août avec la repousse d'herbe, les vaches reviennent. Avec le déficit actuel, aucune ne bouge. Il va donc falloir rentrer tous les lots et faire les diagnostics. Faute de nourriture pour les finir, les maïs sont très impactés par la sécheresse, ce sont des animaux qui vont se retrouver sur le marché, donc les cours du maigre sont déjà en chute. En parallèle,le véto m'a parlé d'éleveurs qui auraient acheté de la paille à plus de 130€/t. Si on garde ces vaches et qu'il ne pleuve pas, pour compenser ce qu'elles vont manger, il faudra racheter pour 100 j  de paille à 10 kg/j. Plus le concentré indispensable car la paille ne nourrit pas. On se retrouve à devoir racheter pour 250 à 300€ d'aliement par vache vide ! Pour corser le problème, ces vaches sont "retardées". Elles ont donc de jeunes veaux qu'on ne peut pas sevrer trop tôt, c'est difficile avant 5 ou 6 mois. Il faut donc les nourrir énormément pour assurer un minimum de production laitière et les garder en bon état. On y arrive sans trop de problèmes en année normale avec la repousse d'herbe puis un hiver au foin une fois le sevrage passé. Là, cela devient compliqué et coûteux ! C'est pour cela que j'ai évoqué une intervention sur les marchés, pour assurer que les cours en sombrent pas même s'ils ne couvriront pas cette dépense supplémentaire !

Déjà, sans cette dépense, on était en situation très difficile. Je n'ose envisager l'hiver ! Mon véto est tout aussi inquiet. Soigner des animaux qui peinent est complexe. Mais il risque de devoir soigner également le mental de l'éleveur, ce qui n'est pas ce à quoi il est formé. Déjà, on voit des formations à destination des techniciens pour leur permettre de détecter les signes avant coureurs de détresse morale. J'ai envie de dire que comme pour la médecine, il vaut mieux prévenir que de devoir guérir ! Car c'est bien le manque de perspectives qui rend la situation de plus en plus ingérable, et la nature ne nous aide pas en ce moment... Outre des mesures sécheresse immédiates, c'est une révolution du monde de l'élevage qu'il faut amorcer !