Je n'aime pas cette saison. J'appréhende l'hiver ou plutôt l'hivernage des animaux. Le problème de la sécheresse est récurent, il ne fait pas bon de se réveiller la nuit ! L'angoisse de manquer occupe la suite... Dans quelques jours, les vêlages vont commencer. Avec eux, les levers chaque nuit pour surveiller. J'ai l'impression d'être fatigué avant qu'ils n'aient commencé. J'espère tenir le coup jusqu'au mois d'avril mais je me demande comment...

J'organise lentement la rentrée des animaux et les relâchers. En effet, je fais réaliser les prophylaxies au fur et à mesure des passages dans les stabulations, ainsi que les vaccinations FCO. J'essaye d'organiser cela de la façon la plus cohérente possible. L'objectif est de laisser dehors les vaches les plus retardées pour les remplacer plus tard par des vaches suitées. J'ai réparé des râteliers, il m'en reste un encore, pour pouvoir faire de très petits lots.

J'ai vendu une vache et une génisse finies. Délai annoncé pour la vache, 15 jours, 1 mois pour la génisse. Il y a déjà une semaine de retard pour la vache. Malheureusement, ce que je craignais arrive. Les transformateurs se jouent de nous en n'absorbant pas la hausse de l'offre , voir en en jouant pour faire baisser les prix sans que cela soit répercuté aux consommateurs. Donc, nous sommes coincés entre les cours qui baissent tandis que les animaux ne partant pas, nos bilans fourragers deviennent de plus en plus compliqués et tendus...

J'ai un peu souri en lisant un compte rendu entre un représentant professionnel et le ministre de l'agriculture. Ils ont évoqué les spéculations sur les fourrages!!! Sincèrement, à part de la compassion de circonstance, à cette saison, je ne vois pas trop ce qu'il serait possible de faire ? Par contre, la seule mesure intelligente serait de mettre en place une intervention, à prix intéressant, pour dégager nos vaches vides sans délai ! C'est possible réglementairement à condition d'un peu de volonté politique. Cela a été pratiqué pour le lait, dont le stock est en train d'être écoulé actuellement pour compenser la baisse de production liée à la sécheresse. Pour la viande, il n'y aurait aucun risque car il va y avoir un trou de production au printemps et l'été prochain. En effet, les effectifs ont déjà diminué et avec la sécheresse, cela ne va pas s'améliorer. Donc il n'y a pas de risque que le stock ainsi constitué reste longtemps en frigo. Mais personne ne le demande car dans la filière, il y a trop d'intérêts divergents.

Il est donc difficile de rester motivé et serein puisque rien n'est sous contrôle, du moins pour le moment. Car il n'est pas impossible que les mêmes statistiques commencent à inquiéter dans ces mêmes milieux. Quelques discours commencent de changer chez les plus conscients...