Cette semaine, c'est le printemps. Officiel et météorologique ! Si, il faut y croire...

Pour le moment, c'est la période où j'ai le moins d'animaux dehors de l'année. Je cherche à préserver au maximum la pousse d'herbe. Depuis le retour des pluies, après ce mois de février catastrophique en matière de pluviométrie, la nature redémarre enfin. Mais il aura fallu attendre ces 3 derniers jours pour qu'il y ait assez d'eau pour que l'herbe pousse enfin.

En année normale, j'attends toujours le début avril pour lâcher. Attendre que le sol porte tout en ayant une bonne implantation de l'herbe. Tout cela pour ne pas endommager les prairies car quand c'est trop humide, les onglons des pattes des bovins abîment plus que la pâture. Cette année, côté portance des sols, aucun problème. Par contre, côté herbe, si j'avais lâché des animaux en nombre, ils auraient pris "le dessus de l'herbe". Donc, je ne vais pas gérer en fonction de dates théorique mais en fonction de la pluviométrie et de la réaction des plantes.

Donc pas d'affolement, cette semaine qui s'annonce ensoleillée marquera le début du printemps. Cette semaine, je vais remettre quelques vaches sans veau au pré et rentrer celles qui ne l'ont pas encore été. Cela veut dire que le nombre d'animaux en pâture va rester le même. Car conséquence de la sécheresse 2018, l'herbe est loin d'être abondante et je ne suis pas certain que l'enracinement soit solide.

Côté réserves de nourriture, le suivi par quinzaine que j'ai pu mettre en place grâce au programme de mes enfants a payé. En ajustant en permanence la conduite des lots, en contrôlant les consommations sans se prendre la tête, j'ai constitué une gentille base de données qui peut servir, pas seulement chez moi à l'avenir ! Je peux tenir jusqu'à la fin du mois puis quelques jours pour un lâcher progressif. Les copeaux ont parfaitement rempli leur rôle. L'économie de paille a été réelle. Côté foin, les vaches ont plus mangé le temps qu'elles "reprennent", c'est à dire qu'elles retrouvent un poids de forme satisfaisant. Elles sont revenues à une consommation plus raisonnable depuis un mois. Résultat, les veaux naissent, pour le moment, beaux et vigoureux.

Point noir de cette année, le retard des vêlages. Je n'ai jamais eu un mois de février aussi calme. J'ai eu du mal à accepter de ne pas avoir de naissances pendant des semaines et de les voir reprendre juste au moment du SIMA et du salon de l'agriculture, m'interdisant d'y participer...  Depuis, on rattrape lentement, mais globalement on perd encore des semaines après avoir perdu un bon mois en 2018. C'est masqué par les génisses qui ont toutes, à une près, mis bas en décembre et début janvier. Les conséquences seront lourdes en fin d'année pour vendre !

La leçon de cet hiver se résume à un seul point : La nature reste la plus forte. Un printemps trop pluvieux perturbe les retours en chaleur au point de les retarder. Le réchauffement climatique bouleverse les événements climatiques. Une des réponses sera d'adapter les conduites des troupeaux en fonction des réserves disponibles, des alternatives possible et du cours des aliments. Par exemple, la réaction en peut pas être la même avec de la paille a 80 € tonne et à 140 € comme en ce moment. Pour cela, les éleveurs auront besoin de références permanentes pour ajuster leur gestion. Et cela, même en année climatique normale, pour constituer des réserves. Je peux me tromper mais je pense que nous devrons adapter nos troupeaux à la production autonome de la ferme et non plus miser sur des achats d'aliment conséquents les années plus compliquées. En quelque sorte, alors qu'on tablait sur les seuls animaux, il va falloir dorénavant d'abord tenir compte de la production fourragère de la ferme et ensuite ajuster le nombre d'animaux. Nous n'avons pas fini de devoir compter !