Si vous traversez le Morvan, entre autre, en ce moment, vous allez être impressionné par l'état de sécheresse. Celle-ci s'étend à une partie des plaines tout autour. Perso, je suis marqué par le niveau de l'Arroux. Cette rivière n'est absolument pas régulée et d'ici peu, si la situation n'évolue pas, c'est un bassin de plusieurs milliers d'habitants qui va avoir des soucis...

Inutile de reprendre les propositions des responsables politiques locaux, là encore, les élections de mars sont en vue ... Si on regarde les choses en face pour sécuriser l'approvisionnement en eau de la vallée de l'Arroux, il faudra se connecter soit à la Loire, soit à la Bourbince ou... Dans les deux cas, ce sont des travaux considérables qui seront à mettre en oeuvre car la canalisation nécessaire ne sera pas de petite taille, pour un usage limité dans le temps. Dans les deux cas, ce serait profiter des aménagements fait par nos prédécesseurs pour réguler partiellement les deux autres cours d'eau... D'un côté, pour alimenter le canal du centre et les industries, on a créé des retenues de taille moyenne pour stocker de l'eau en hiver et la restituer en été ! Le canal est fermé en ce moment pour préserver la possibilité d'alimenter les réseaux d'eau si... De l'autre, les barrages de la Loire supérieure,dont Villerest, très décriés par certains, assurent un niveau minimum pour alimenter plusieurs millions d'habitants...

Ici, il n'y a pas de nappe phréatique, nous sommes sur un ancien massif montagneux. Seules, des réserves superfielles sont possibles. Les lubies actuelles de nos grands penseurs veulent détruire tous les ouvrages anciens sur nos petits cours d'eau. Si tel était le cas pour mon village, il faudra déplacer les stations de pompage, non seulement de mon village mais également de Gueugnon qui profitent de petites retenues pour avoir un fil d'eau minimal... Pour revenir à la situation actuelle, je veux poser la question de la régulation de l'eau des versants Est et Sud, le nord du Morvan étant déjà géré!

En effet, le côté Seine est régulé puisque plusieurs barrages stockent l'eau de l'Yonne. Des panneaux aux abords des ouvrages citent la ville de Paris comme gestionnaire. Cela permet de comprendre pourquoi ce bassin versant a été aménagé. Pourquoi également les notres ont été "négligés" ? Il faut dire que la fréquence de sécheresse majeure était centenaire, que les modes de vie étaient énormément moins consommateurs d'eau et qu'il y avait des centaines de petits étangs et réserves qui servaient à alimenter un habitat très dispersé, non connecté... Le débit, même très bas, suffisait. Canicule et sécheresses répétées bouleversent la donne, comme nos modes de vie. On a même créé des besoins nouveaux comme les stades de foot que l'on veut toujours vert ou des stations de lavage des voitures pour lesquelles beaucoup ne supportent pas la moindre trace... Bref, il devient urgent de réfléchir à une autre façon de gérer l'eau.

A titre individuel,chacun est responsable mais en sachant qu'il n'y aura pas de miracles côté de la consommation ménagère car c'est l'hygiène qui serait remise en cause! On peut tout de même, en zone pavillonaire, envisager des citernes captant l'eau des toits pour arroser les jardins potagers qui reviennent à la mode ou même alimenter des toilettes. Sauf à perdre la moitié des habitants au moins, je ne vois pas de solution !

Au plan agricole, on ne peut pas mettre en cause l'irrigation puisqu'elle est marginale pour le moment dans la vallée. En période critique, elle est interdite donc son intérêt est économiquement très  très limité. La culture du maïs va être remise en cause, sauf dans quelques zones de la vallée où les terrains peuvent le supporter sans irrigation. Une des adaptations au réchauffement climatique passera, semble t'il, par le remplacement de cette culture par des céréales d'hiver qui, bon an mal an, permettent de profiter des pluies d'hiver et de moins craindre les sécheresses estivales. Les périodes sensibles pour elles sont le printemps, jusqu'en juin, on l'a bien vu cette année. Encore faut il rester réaliste sur les potentiels de rendement et ne pas chercher à copier les grandes régions céréalières. Autre avantage,la production de paille qui devient l'aliment grossier de référence. On a perdu l'autonomie avec les bâtiments "cathédrales" qui sont devenus des gouffres à litière. J'ai testé d'autres solutions,qui permettent aux animaux d'entrer-sortir tout au long de l'année, avec des copeaux en sous couche. On peut économiser au moins 50 % de paille mais il faut revoir la façon de travailler. Avec en parallèle la mise en place d'un assolement  raisonnable, cela peut permettre de couvrir les besoins d'une ferme d'élevage en y associant un stockage paille et foin minimal. La gestion des prairies ne peut pas changer globalement dans l'immédiat mais j'y reviens car elle est liée à la suite. L'abreuvement des animaux pose question surtout en période de canicule. Même si le discours professionnel ambiant reste celui des années 60, c'est à dire productiviste, la tendance de terrain est à la baisse du troupeau global de vaches. Il y a encore une gymnastique avec les primes à la vache, mais globalement les départs actuels en retraite, conséquents puisque la pyramide des âges est très défavorable, se traduisent par des reprises d'hectares sans reprise intégrale du troupeau pour dégager des surfaces en foin ou en cultures... Vous y ajoutez des chevaux ou autres nouvelles utilisations, on a une diminution lente mais inéluctable du troupeau de souche. Un phénomène nouveau me tracasse beaucoup, l'abandon contraint ou choisi, d'éleveurs en cours de carrière, âgés de 40 à 50 ans. Ce mouvement marginal jusqu'à présent,s'amplifie. Il est possible qu'en s'acharnant à défendre une prime spécifique, on crée une rupture et que des friches apparaissent même pour des terrains labourables faute de soutien ! Je sais qu'on va me traiter de "traitre", mais avec une telle évolution à venir, il est dangereux de défendre sans réfléchir un acquis même si sa remise en cause n'était pas d'actualité jusqu'à présent... Donc, quoiqu'on fasse, les besoins en eau de l'élevage vont baisser et les besoins d'été pourraient être satisfaits par de petites retenues colinaires ne perturbant pas l'écoulement de nos petits ruisseaux alimentant notre rivière. plutôt que d'utiliser les réseaux d'eau potable.? Pour peu qu'on laisse faire les éleveurs !

Reste le plan industriel, pour les forges de Gueugnon en particulier. Il ne faudrait pas croire que des discours trop simplistes visant à des prises de pouvoir local, résolve le problème. Si l'Arroux ne suffit plus aux besoins de l'usine de Gueugnon de façon trop répétitive, ce n'est pas une interconnexion locale qui réglera le problème. Soit on peut pomper de l'eau de la Loire, soit on régule l'Arroux avec une réserve conséquente en amont (du style barrage de la Sorme pour la centrale de Lucie) ou autre système, sinon ce sera la délocalisation de l'usine ! Elle est possédée par des capitaux indous, le savoir faire peut se transférer ailleurs dans le monde. Et je doute qu'ils supportent des arrêts s'ils deviennaient trop réguliers à l'avenir...

On peut aussi s'interroger sur la pertinence de connections permettant de profiter des autres. En clair, est il normal qu'on profite des effets du barrage de Villerest ou des retenues de la Bourbince et qu'on ne fasse rien sur le bassin de l'Arroux tout en ayant des besoins ? Est ce que les retenues des autres seront suffisantes ? Est ce que les coûts de canalisation, de pompage, des risques afférents à la concentration des points de captage ne sont pas à prendre en compte ? Je crains toujours les affirmations particulières en matière d'écologie, qui excluent ou qui encensent des mesures, sans prendre l'aspect global. N'ayant pas de neiges éternelles pour stocker de l'eau en hiver et en restituer une partie en été, il nous faut trouver une autre solution équilibrée pour notre vallée, sans tomber dans le gigantisme. Faut il des lacs de taille raisonnable ? Sans doute. On pourrait imaginer une multitude de retenues plutôt qu'un grand barrage. Mais il faut alors que les propriétaires, si ce ne sont pas les collectivités, acceptent une vidange raisonnable en période de sécheresse ! Cela implique deux choses. Une indemnisaton éventuelle en cas de pertes piscicole et touristique ? Mais surtout de définir qui gère de façon intelligente et coordonnée les vidanges ? La réponse est sans doute à trouver dans les pays gérant depuis des millénaires de petits réseaux d'eau pour irriguer. Il faudrait que cela reste local et flexible pour coller aux réalités de terrain. Mais par réalisme, je suis inquiet de ce que peut pondre notre administration centrale !!!!

Tout n'est pas "foutu", mais un tel sujet doit être abordé dans la globalité d'un bassin versant, avec beaucoup de réalisme et loin des idéologies... J'ajoute que j'ai "retrouvé" tout le réseau mis en place par les moines sur ma ferme pour gérer l'eau et que je m'en suis inspiré pour partie en tenant compte des besoins et moyens actuels... Mais c'est une autre histoire !

ZONE HUMIDE

Une zone humide en ce moment...

L'article du JSL ce matin (2/09) ne me rassure pas, je n'ai pas noirci la situation ! J'y reviendrai très vite.