Si la pluie est de retour, nous sommes encore loin d'être sorti d'affaire !

La gouillarde a recommencé à couler ! C'est la très bonne nouvelle de cette semaine passée. Je ne suis plus obligé de "rouler de l'eau". Une corvée de moins, inédite ici cet été. La pluie est revenue en petites quantités répétées. C'est extrêmement positif car nous avions très peur d'un orage diluvien qui ravine tout. La végétation était tellement brûlée que les racines n'auraient pas pu retenir la terre dans les pentes. Là, aucune goutte n'a été perdue. Par contre, revers de la médaille, les ruisseaux et rivières ont mis longtemps à reprendre un minimum de débit. Avec un corollaire dont personne ne parle ; L'eau qui a coulé les premiers jours était de l'eau collectée par les routes en particulier. Je me suis trouvé sur le pont de l'Arroux sous la première pluie. La chaussée était blanche des dépôts de la circulation et cette eau allait directement dans la rivière. C'est incontournable mais peut expliquer les soucis de mortalité de poissons rencontrés dans un étang d'une ville voisine, dont le niveau était très très bas et qui reçoit l'eau des rues ! Simple supposition allez vous me dire mais qui disculperait l'agriculture et ses supposés pesticides pour une fois...

J'ai sevré les trois quart des veaux. J'ai gardé en stabulation ces derniers, le temps que l'herbe repousse. Les deux tiers des animaux ont toujours besoin de foin. L'herbe repousse un peu mais il n'y a pas de quoi nourrir tout le monde. J'espère pouvoir revenir à la paille cette semaine. Pour cela, la pluie de cet après midi me permet d'espérer le renforcement de la pousse indispensable pour le faire. Je compte sur la pluie de mardi pour conforter la situation. Après 3 mois à piocher dans les stocks de l'hiver, assurer un mois ou deux d'herbe serait un moindre mal ! Au contraire de l'année dernière, il ne semble pas y avoir de risque de pénurie de paille cet hiver à condition de payer et c'est là que tout va devenir très compliqué. Cela méritera un autre billet !!!! Heureusement que j'ai les copeaux, ce sera la première économie. Cette herbe permettrait également aux vaches de se refaire une santé avant l'hiver ce qui serait un vrai mieux.

Côté travaux des champs, j'ai repris et terminé les travaux de travail du sol pour préparer les labours pour les successeurs. Avec seulement 60 mm de pluie, il faut favoriser au maximum la pénétration de l'eau dans le sol. En jardinage, on bine, en agriculture on passe le chiesel ou le cowercrop. La possibilité de labour cette semaine va dépendre de la pluie de mardi. Mes successeurs veulent labourer car il n'y a pas eu de germination depuis la moisson, on doit donc enterrer les graines d'adventis pour éviter la concurrence avec blé et triticale. C'est tout le contraire de l'année dernière où de petites pluies, insuffisantes pour l'herbe, mais faisant germer, ont permis de désherber mécaniquement en deux ou trois passages sans devoir labourer ensuite ! Cela montre la difficulté à savoir s'adapter à des situations nouvelles d'années en années. Pour enfoncer le clou, un glyphosate n'aurait pas d'effet puisqu'il n'y avait pas de levée jusqu'à présent et qu'il faudrait retarder les semis à novembre pour respecter les délais... Juste ce mot pour dire que rien n'est écrit définitivement avec dame nature et qu'on ne doit pas s'interdire quelconque méthode... Pour ce qui est de retourner des 'couennes", il faudra encore plus de pluie, donc attendre pour rétablir un assolement cohérent.

J'ai attelé le broyeur de haies. Je n'ai pas voulu broyer les haies en septembre, trop sec avec deux conséquences. La première était le risque le mettre le feu lors du passage au sol. Il y a eu plusieurs sinistres à cause de cela. La seconde est plus personnelle. L'état de fragilité des plantes et arbustes me paraissait si dégradé que j'avais peur de les détruire définitivement. Cela pose la question de l'adaptation au changement climatique. Comment apprécier les conséquences d'un travail sur la nature dans des conditions extrêmes comme celles que l'on a connu. Les arbres ont beaucoup soufferts cet été, certains ne s'en remettront pas. Comment ne pas amplifier les risques ? Je peux broyer maintenant sans risque pour la nature mais cela a bouleversé mon plan de travail. En s'adaptant, donc en rompant avec l'habituel, je vais concentrer sur quelques jours ou quelques semaines des travaux répartis sur plusieurs mois auparavant. Après les périodes de récolte comprimées, va t'on aller vers le même phénomène sur la plupart des travaux ? Déjà les semis sont une période critique, en va t'il être de même pour tous les travaux des champs ?

Reste d'autres travaux reportés qui ne pourront être terminés avant ma retraite. Il est impossible de planter un pieu, donc impossible de réparer les trous dans les clôtures que les vaches ont fait cet été. Les clôtures électriques marchent à nouveau. Mais l'expérience de cette sécheresse en montre la limite. J'ai été appelé, comme tous mes collègues pour des vaches sur les routes. A chaque fois, c'est avec une boule au ventre qu'on y va. La trouille d'un accident ! J'ai eu la chance que les miennes ne sortent pas sur les routes. Elles sont restées en interne sauf une fois pour aller manger le foin des chevaux de ma nouvelle voisine, dans le pré à côté du leur. L'arrêté préfectoral mentionnait que les animaux ne devaient pas avoir accès aux ruisseaux en dehors d'un point d'abreuvement. Je ne sais pas qui a soufflé une telle sottise à notre préfet qui ne peut, bien évidement, être spécialiste de tout. Qu'ont fait les vaches faute d'eau courante ? Elles ont cassé les barbelés pour boire. Sans conséquence, puisqu'il n'y avait plus d'eau qui coulait. Elles allaient dans les trous. D'ailleurs les mêmes trous servaient aux chevreuils et tous les animaux sauvages. Toute la politique de gestion de l'eau va être à mettre à plat. A force de bloquer l'entretien des cours d'eau, au motif qu'on est mille fois plus intelligents que nos ancêtres, on a créé la pénurie cet été. Si on suit certains spécialistes de salon, il faut détruire tous les obstacles construits par les hommes sur les cours d'eau. Rien que sur l'Arroux dans ma commune, si on le faisait au barrage du soir, on ferait baisser le niveau de plus d'un mètre à l'endroit où on puise l'eau de la commune, donc on prendrait le risque d'assécher notre commune. Attention, je ne plaide pas pour faire n'importe quoi mais quand je lis que des maires sont inquiétés en justice,  au nom de la biodiversité, pour avoir curé des ruisseaux , je me dis qu'on marche sur la tête ! Mais on sait que nos "penseurs nationaux" n'aiment pas être pris en défaut, que certains, sur le terrain, n'hésitent pas à faire du zèle dans l'application de règles nationales, inappropriées au plan local dans bien des cas. La vraie question, peu populaire en ce moment, qui mieux que le paysan connaît le pays qu'il gère au quotidien et sait ce qui lui convient ? Cette incompétence et cet abandon de la gestion des territoires se traduit par des incendies dantesques dans le midi (faute de pastoralisme), des crues amplifiées (faute de digues entretenues et de rivières ensablées) et des problèmes d'approvisionnement en eau en temps de sécheresse (faute de retenues disséminées)... On évoque toujours le réchauffement climatique dans les médias, sans jamais se poser la question de ce qui en réduit ou de ce qui en amplifie les conséquences. On raisonne comme si un retour à la nature sauvage intégrale allait tout régler ! Un grand point positif, vécu plusieurs fois cet été, à ma grande surprise: Inquiètes des conséquences du coktail canicule et sécheresse, nombre de personnes m'ont interrogé sur ce que pense un paysan de cette gestion perçue comme clamiteuse, comme si le bon sens paysan serait plus rassurant que toutes les grandes études... 

Mais j'ai encore bien d'autres soucis qui méritent chacun un billet ! Des soucis que je partage avec tous mes collègues et qui contribuent à la perte de moral des campagnes, faute de perspectives, d'ambitions et de surtout de respect de notre travail et de nos compétences ! Si l'agriculture est en convalescence de la sécheresse (cela reste fragile à ce jour), elle est très malade par ailleurs !

ARROUX TOULON SECHERESSE