Je sors un peu du contexte actuel en me demandant si notre salut d'éleveur, ne pourrait pas venir de...

Je suis admiratif du travail accompli par un de nos représentants professionnel pour ouvrir le marché chinois à notre viande. Je me demande comment il s’en sort avec un des paradoxes de notre filière, qui bannit violement les accords internationaux quand ils nous menacent d’importations mais les encensent quand ils nous permettent d’exporter…

J’ai reçu trois fois des délégations chinoises à Charolles à l’initiative d’un chercheur de L’INRA que j’apprécie beaucoup. Son discours dérange car il propose des solutions que d’autres pays ont expérimentés. Or, on se croit toujours les meilleurs ce que nous ne sommes plus, mais n’aurions aucun mal à le redevenir…

Les délégations chinoises ont, les trois fois, fonctionnées de la même façon. Sur 40 à 50 personnes, il y a tout au plus, une dizaine de professionnels et le reste doit être là pour faire soit de la surveillance des premiers, soit de l’espionnage industriel ! Quand ils entrent, les « photographes » s’en donnent à cœur joie pendant les palabres avec les responsables. N’allez pas croire qu’ils fassent des portraits et des photos souvenir des poignées de main. Ils prennent tout en photo. Je me suis à chaque fois fait la même réflexion, ce qui doit être le cas pour tous les magasins qu’ils visitent ; « Voilà une façon originale de savoir le devenir des objets qu’ils fabriquent et sans doute, un bon moyen de connaître les prix de revente, donc les marges commerciales…?» Peut-être en profitent-ils pour repérer les objets locaux à copier à l’avenir ? Pour le reste, on repère vite les pros de l’élevage…

Pour en revenir au travail de notre représentant, lors d’une de ses présentations, je me suis demandé pourquoi nous n’étions pas capables d’imposer notre standard? En effet, les chinois imposent un agrément individuel de nos abattoirs. Imagine t’on Mr Bernard Arnaud laisser ses clients mondiaux décider de la qualification ou non des ateliers LVMH ou des parfumeries DIOR ? Je vois dans cette décision une subordination à l’empire du milieu proche du référencement en grande surface. Or, on connait ensuite les conséquences sur le prix des produits et les chantages commerciaux. On peut même imaginer que cela influe à l’avenir sur les qualifications des viandes…

Lors de la dernière visite chinoise à Charolles, j’ai été très surpris du temps que j’ai dû passer à expliquer deux points particuliers sur lesquels mes interlocuteurs ont cherché un approfondissement certain. Dans le désordre, le premier concerne nos pratiques d’élevage à l’herbe. J’avais l’impression qu’ils voulaient vérifier que la base de la nourriture de nos animaux reste bien l’herbe. Les quelques photos qu’ils nous ont présenté des élevages chinois concernaient des ateliers d’élevage en bâtiment. Quand je leur ai demandé s’il y avait d’autres pratiques, ils ont évoqué les animaux de trait dans les campagnes profondes… Je me suis donc dit que notre système, faute de surfaces disponibles chez eux, d’animaux paissant dans des prairies 8 ou 9 mois par an, n’était pas transposable ! Ils voulaient savoir s’il y avait une réelle différence entre la viande issue de cette pratique et celle produite en atelier avec des animaux plus jeunes…

Le deuxième point, qui a suscité le plus de questions, concernait la traçabilité ! J’ai vanté les mérites des DAUB, de la banque de données nationale avec la capacité de retirer un animal ou un lot de viande de la vente dès qu’une analyse était suspecte. J’avoue qu’ils étaient plus qu’intéressés, il faut dire que cela venait quelques années après les scandales de lait infantile frelaté en Chine. La question de la sécurité alimentaire est majeure chez eux. Les choses se sont compliquées en évoquant la traçabilité dans l’assiette. Visiblement, ils connaissaient très bien nos pratiques et ne semblaient pas comprendre qu’on n’utilise pas l’identification des animaux pour identifier les viandes jusqu’à la consommation.

C’est à ce moment-là que j’ai été conforté une nouvelle fois par l’enjeu de l’étiquetage ! En écoutant la présentation du responsable, puis en croisant avec l’étiquette proposée dont j’ai mis la photo sur un billet précédent, j’ai repensé à tout cela. Et si les chinois connaissaient mieux que nous nos atouts et nos faiblesses ? Nos atouts, c’est de savoir produire une viande à base d’herbe, sans doute une des meilleures du monde quand on respecte l’âge des animaux, la maturation…  Notre faiblesse est, mise à part pour quelques signes de qualité restant marginaux malheureusement à ce jour, de la confondre à la vente, en dehors des bouchers sérieux, avec le tout-venant. L’exigence chinoise d’agrément prend alors une toute autre dimension, puisqu’elle pourrait être une garantie exigée de leur part, pour se protéger de nos propres défauts… Certaines réticences dans la filière française s’expliqueraient alors !!! Car je vois mal à terme comment on pourrait avoir un système à deux vitesses, un pour les consommateurs français et un pour les chinois…

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Reste que c’est bien notre retard d’étiquetage et d’informations au consommateur qui nous pénalise et nous rendra tributaire du bon vouloir chinois comme il nous fragilise vis-à-vis du consommateur français. Il nous rend extrêmement vulnérable aux importations puisque seul le prix compte. Je repense à ce que m’avait longuement expliqué un fabricant de pâtisseries françaises haut de gamme qui exportait en Chine avec succès. Pour lui, la seule façon de le faire de façon durable, sans être copié, était de rester sur des produits de qualité supérieure garantie, authentiques…

étiquette viande en France

Au hasard, une étiquette GMS ; Deux abattoirs, deux points de découpe d'un lot dont on ne connait aucune origine des animaux, ni type, âge, mode d'élevage.. Quand au Mr sur la photo, j'ai un doute...

Pourquoi n’est-on pas capable d’imposer notre standard et continue-t-on de pousser la production vers la quantité en corrélant le prix du meilleur sur le moins bon sous prétexte d’un changement d’habitudes de consommation provoquées justement par la défiance des consommateurs sur l’origine des viandes ? N’est-ce pas là la conséquence de la prédominance de la viande hachée à la consommation pour lesquelles les exigences sont très faibles, on parle de "minerai" ? N’est-ce pas alors la crainte qu’en valorisant la meilleure, le « minerai » cesse d’être l’indicateur de prix ? Comment sortir autrement de cette spirale à la baisse ?

En attendant, si le marché chinois s'ouvre à nos produits avec une exigence la qualité, le fonctionnement de notre filière pourrait être bouleversé !