Je n’aurais aucune raison de me faire de soucis, pourtant, ce n’est pas "coronavirus" qui m’inquiète mais les comportements humains…

J’ai souvent écrit sur l’impact de virus sur nos fermes. La propagation de le FCO est un triste exemple de ce qu’il faut mettre en place avec la première phase et de la démission de ces dernières années dans une seconde phase.

La seule façon de lutter contre un virus, c’est la vaccination ! Les autres traitements n’ont d’autres buts que de limiter les effets qu’il provoque et d’éviter les complications. Lors de la première phase de la FCO, dès que les vaccins ont été mis au point, nous les avons pratiqués. C’était en juillet, ce n’était pas obligatoire et cela a été très contraignant. Une majorité d’entre nous l’ont fait même si c’était déjà bien tard en regard de la dispersion du virus… L’hiver suivant, une prophylaxie obligatoire était mise en place. Tous les animaux ont été vaccinés, plusieurs hivers de suite. Au bout de deux ou trois ans la France était reconnue indemne de la maladie.

Malheureusement, la prophylaxie a cessé alors pour des raisons économiques. La maladie a survécu dans le milieu sauvage, qui a servi de réservoir pour la seconde épidémie. Aucune prophylaxie n’a depuis été mise en place. La profession agricole a sa part de responsabilité en ne voulant pas assumer les efforts à faire. Aujourd’hui, les éleveurs doivent faire vacciner les animaux pour exporter et subir des pertes dans les troupeaux ! Heureusement, la maladie n’est pas mortelle chez les bovins, par contre les effets induits sont énormes, avec des avortements, donc moins de veaux et des retards des dates de vêlages conséquentes. Pour éviter toute remise en cause, on impute la chute de 7 % du nombre des vêlages ces trois dernières années, d’abord à une année de grosse récolte de foin de mauvaise qualité puis aux sécheresses successives… Pourtant, en 2003, il n’y avait pas eu les mêmes conséquences. Les éleveurs qui ces deux dernières années les ont nourris comme cette année-là ont eu des problèmes… Aucune étude n’a été faite, du moins publiée, pour savoir si ceux qui ont vaccinés, nous sommes peu nombreux (le vaccin était gratuit pour nos vaches), ont eu moins de soucis…

Pourquoi évoquer cela ce soir ? Dans la nature, les maladies virales sont des régulateurs des populations. On a vécu cela avec les renards et la rage, on vit cela en Europe et en Asie avec la peste porcine africaine avec les densités excessives de sangliers ou des élevages porcins peu scrupuleux sur le plan sanitaire… Dans le premier cas, comme c’était dangereux pour l’Homme, on a vacciné les renards en larguant des appâts vaccinaux par hélicoptère, je me souviens de la manœuvre… Dans le second cas, (sans danger pour l’homme) on n’a pas de vaccins : Des millions de porcs ont dû être abattus, en Chine en particulier et l’extermination des sangliers à la frontière belge et la mise en place d'une clôture sont un autre exemple des moyens mis en œuvre. Il n’y a pas d’autre méthode de maîtrise de la maladie !

Je suis convaincu que la plus grande menace pour l’humanité reste les virus. Depuis trois jours, les réseaux sociaux bruissent dans tous les sens. La remise en cause des fondamentaux biologiques m’inquiètent beaucoup. Les antivaccins ont pignon sur rue. Le rejet depuis un peu plus d’un an de toute forme d’autorité et de pouvoir devient dangereux en cas de crise sanitaire. Par exemple, il y a un vrai problème dans les hôpitaux. Je peux comprendre les revendications, mais face à un risque d’épidémie, ne serait-il pas raisonnable de faire front commun et de laisser pour un temps les armes au placard, ce qui, d’ailleurs rendrait plus fort ensuite pour rediscuter ! Est-il sain de se moquer de la ministre, ou de railler certaines mesures alors qu’il y a un risque évident ? Est-il sain de moquer la situation en laissant croire que cela tombe trop bien en pleine guerre des tranchées de la réforme des retraites ? Pire déjà, certains évoquent le complot de laboratoires ! Ne prend-on pas le risque d’apporter de la confusion et de la panique, là où il faudrait être raisonnable ?

Le risque est très minime en France pour le moment. De plus, le virus semble peu virulent (5% de mortalité, contre 0,2% pour la grippe mais 54% pour Ebola en 2014) ? Le seul danger de pandémie majeure semble être le risque de mutation ou de combinaison avec d’autres virus. Faute de vaccin, il faut une grande rigueur de la part des populations et cela ne peut supporter la moindre contestation. Oui, la proximité des symptômes avec ceux de la grippe peut créer un engorgement des structures en cas de panique ! Mais le questionnaire en cas d’appel au 15 doit permettre de faire la différence. Le risque d’erreur et de laisser passer un cas est infime et on peut faire des tests de dépistage. Quelle alternative ? Confiner tout le monde ? Les mêmes qui hurleraient alors à une atteinte à leur liberté pourraient aussi s’interroger sur un point simple. Si tout le monde était vacciné contre la grippe, les diagnostics ne seraient-ils pas plus simples ?

Ce sont toutes ces contradictions qui m’inquiètent ! On ne peut pas gérer une crise sanitaire comme une coupe du monde avec 67 millions de sélectionneurs se transformant en 67 millions d’épidémiologistes sur les réseaux sociaux ou aux comptoirs des cafés… Il faut une autorité unique et non contestée et, pour une fois, faire confiance aux spécialistes dont les ministres ne sont que les portes paroles !  

DSC01285

Lazareti à Dubrovnik : lieu de mise en quarantaine de tous les voyageurs arrivant dans le port au moyen-âge !