La guerre pour contrôler le numérique, entre américains et chinois, fait rage ! Tik tok en est l’exemple. En parallèle, les cotations boursières des GAFAM, les grandes sociétés informatiques américaines battent des records. Les téléphones chinois Huawei ne pouvant plus utiliser les licences d’exploitation Android risquent d’être marginalisés… La Silicon Valley a produit des géants qui ont mis la main sur les échanges numériques mondiaux. On peut critiquer Mr Trump, à juste titre sur plein de sujets, « Américan first » en la matière rend des USA incontournables et il défend le morceau ! En réfléchissant, cela fait presque peur, car ne nous y trompons pas, ils ont ainsi les moyens de tout savoir ! Oui, ils savent de quoi ils parlent lorsqu’ils accusent, à juste titre également, les chinois d’espionnage.

L’UE dans tout cela semble être naïve, reléguée au second plan. Quant à la France, sortie de quelques programmes hyper spécialisés ou du secteur du jeu grâce à de réelles compétences en graphisme numérique, elle ne pèse pas lourd. Qu’on le veuille ou non, quand on allume son ordinateur, sa tablette ou son smartphone, des millions d’informations circulent sous les « étoiles américaines ». Celles-ci sont analysées en permanence grâce à les algorithmes de plus en plus sophistiqués puis intégralement stockées, tout cela sous l’égide de quelques sociétés américaines. Les mêmes sont devenues supranationales c’est-à-dire qu’elles élaborent leurs propres règles qu’elles s’appliquent dans les pays autres que les USA ! Elles se sont affranchies des impôts locaux et Mr Trump les défends bec et ongles avec des mesures de rétorsion.

Je fais partie des personnes qui croient à l’intérêt des techniques numériques pour progresser. En aucun cas, je ne souhaite un retour en arrière. Je regrette qu’à l’heure où on se rend compte de l’intérêt de garder une certaine indépendance pour rester maître de nos choix, que l’on ait pris autant de retard, voir perdu le contrôle. Pour ne citer qu’un exemple, comme tout le monde, je suis obligé de constater qu’en matière de commerce en ligne, Amazon a une longueur d’avance. Tant dans l’immensité du choix (C’est la samaritaine du moment), de prix, que dans les suivis de livraison ! Pourtant, j’essaye de ne pas en faire une exclusivité et de passer le plus possible par les sites français. Mais, disons-le franchement, la qualité de service est un cran en dessous.

Le sujet m’intéresse et m’interpelle. Je crois au numérique pour recréer un lien entre le producteur agricole et le consommateur ! Rien ne remplacera une visite de ma ferme en C15 ou avec une remorque dans le cas d’un groupe. Mais le nombre de personnes touchées restent très limité et les réseaux sociaux sont un outil de vulgarisation d’une puissance sans commune mesure. De plus, nous sommes contraints administrativement d’enregistrer de plus en plus de données sur nos fermes pour justifier de nos actions. Les déclarations PAC se font exclusivement en ligne depuis plusieurs années. Aujourd’hui les données techniques et comptables servent pour des analyses internes en comparaison avec les données d’autres éleveurs au sein d’un groupe. A l’avenir, si elles devenaient accessibles aux consommateurs, elles pourraient devenir un atout commercial déterminant. On ne peut pas imposer toujours plus de normes à des producteurs français et mettre leurs produits en concurrence avec des importations qui n’ont aucune de ces normes, sans les différencier sur les étals.

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Le coup de maître réussi par les GAFAM est d’avoir incité chacun d’entre-nous, au niveau de la population de la planète, à livrer ses données propres. Ils se sont développés soit en suscitant les échanges, soit en écrivant les langages numériques, soit en innovant matériellement et soit en proposant de nouvelles méthodes de commercer. Les agences de voyage en parleraient mieux que moi !

J’ai longtemps enregistré les données de ma ferme sur un logiciel dédié, résident sur mon ordinateur. Mais la méthode a touché ses limites lorsqu’il a fallu faire des échanges. En comptabilité, j’échange encore avec ma comptable par pièce jointe en mail. Théoriquement, c’est assez sécurisé ! On imagine que le risque peut provenir de hackers qui pirateraient soit mon ordinateur, soit celui du centre comptable. Mais qui aurait intérêt à pirater ma compta ? Par contre, cette sécurité est relative, on n’imagine pas que le passage par Gmail par exemple, laisse aussi une trace chez google. De plus, je reste tributaire de la maintenance très chère du programme acheté cher sans avoir le choix puisque cela doit être le même que celui du centre… Pour les données techniques, j’ai vite compris que les programmes en ligne étaient incontournables. C’est le seul moyen d’avoir un accès aux données en temps réel depuis son ordinateur à la maison, son smartphone dans sa stabulation ou sur son tracteur. Ou de faire des saisies au moment de l’exécution des travaux ! Que de fois ai-je pesté avant, de devoir rentrer à la maison, mettre à jour les enregistrements, avant d’avoir une information dont j’aurai eu besoin in situ sur la ferme ou chez un fournisseur ! Les clouds sont donc devenus une piste de développement sérieuse, quasi incontournable. On ira vite vers des blockchains qui nous permettrons de récupérer les informations directement chez nos fournisseurs et clients. Par exemple, en simplifiant à l’extrême, on consultera le stock du fournisseur, un bon de commande partira de la ferme chez un fournisseur, reviendra confirmé, puis passera en bon de livraison puis sous forme de facture quI sera payée par virement automatique et enregistrée directement en compta. Nos enregistrements seront seulement incrémentiels, pour compléter la "chaine de données". Nos stocks et nos coûts de revient seront gérés numériquement. L’emploi final des produits sera enregistré à partir de ces mêmes données et attestera du bon usage…

La fonction d’un langage et de stockage quasi-universelle est pratique ; plus besoin de faire des sauvegardes de données, fastidieuses. Mais une question essentielle subsiste; à qui appartiennent dès lors ces données ? C’est le grand flou. Pour redevenir concret, lorsque je rentre mes données d’élevage, il est dit dans le protocole qu’elles peuvent servir à des études de groupe. On serait en droit d’attendre un retour gratuit de son positionnement par rapport au groupe mais surprise, rien que l’analyse simple, faite automatiquement par les programmes devient payante. Il est vrai que ce service a un coût, comment le répercuter ? Encore plus simple, les obligations de déclaration de mouvements des animaux permettent d’avoir un état du troupeau en temps réel. C’est un facteur clé pour apprécier l’offre sur le marché, donc pour court-circuiter les rumeurs pessimistes constamment relayées par les marchands pour acheter moins cher. Pourtant aucune publication régulière, hebdomadaire n’est accessible par les éleveurs. On est resté sur des cotations de marché physiques qui représentent très peu de mouvements d’animaux. De plus, cela permet de maintenir la déconnection entre les animaux et le produit final qui est la viande. On contribue donc, par obligation, à la banque de données, sans retour !

Tout cela se faisant sous échanges numériques, il faudrait que ce soit sécurisé. Et c’est là que tout est compliqué. Qui possède les lignes numériques, les unités de stockage, les langages … ? On ne le sait pas. Sans doute que les fournisseurs de services s’attachent ils à « fidéliser » les clients en entretenant le secret. L’enjeu est de taille. Ne serait-ce déjà pour qu’on n’oublie pas, au final, de payer le producteur initial pour la vraie qualité de ses produits. Aujourd’hui, les GMS récupèrent des données sous forme de cahier des charges. Pour avoir accès à leur commerce, il faut remplir les conditions et en guise de remerciements, dans le meilleur des cas, elles donnent quelques centimes par kilo, bien loin de compenser les exigences. Elles s’arrogent alors le droit à l’image liée au produit. Le plus souvent, elles en font un droit d’accès à leurs magasins. Avec l’étiquette électronique, elles pourraient avoir la même exigence d’obtenir la transparence totale du produit sans contreparties ! Nous n’aurions alors plus que nos yeux pour pleurer ! Il faut donc que l’accès à ces données soit contrôlé pour que ces données soient rémunérées. Mais pour cela, il faut que les chaines d’échange numériques soient, elles aussi, transparentes sur leurs coûts et même sous un contrôle collectif ! On peut en effet parfaitement imaginer que chaque maillon prélève sa dîme au passage comme le fait chaque intermédiaire d’une filière ! Le contrôle des moyens techniques pour échanger des données numériques est donc fondamental ! J’ai vraiment peur, nous y sommes sans doute déjà, d’arriver à une gestion façon secteur bancaire. Tout va bien pour déposer de l’argent sur les comptes, d’autant que cela est rendu obligatoire pour limiter les fraudes, mais il faut payer le prix fort pour le ressortir ! Rien n’est clair sur le sujet.

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Nul doute que la capitalisation des GAFAM, excessive au regard de la situation actuelle, prend en compte cette dimension et ces potentiels de gain quasi illimités. Tout n’est peut-être pas perdu. J’ai été surpris par le discours au Bundestag de la chancelière allemande avant de prendre la présidence tournante de l’UE. En Allemagne, le chancelier doit avoir mandat du parlement pour négocier à Bruxelles ! Donc les allemands connaissent les positions que défendront leurs représentants. En quatrième chapitre des actions envisagées, Mme Merkel a proposé un investissement massif de l’Europe dans le numérique ! Il n’est pas question pour moi de minimiser les énormes besoins d’investissements pour lutter contre le réchauffement climatique. Mais j’espère avec mes propos vous avoir convaincu que ce serait une énorme erreur pour notre indépendance, d’oublier l’investissement dans le numérique et de continuer à tout laisser aux américains ou aux chinois et de n’en garder que des miettes ! Car les retombées concernent tous les secteurs économiques.

En tant qu’éleveur, j’ai aussi besoin de cette indépendance pour une autre raison. Je reviendrai sur la prise de position de Mr Niel, Mr free, qui joue au petit GAFAM français, concernant le RIP sur le bien-être animal. Il y a 4 ou 5 ans, nous avons organisé ici, une première soirée sur la viande de synthèse, grâce à un film dont j’ai parlé ici à l’époque. On avait appris à ce moment-là que les recherches étaient financées par les GAFAM.  On imaginait que cela arriverait à échéance de 30 ans Depuis, on sait qu’elles aboutiront assez rapidement. On sait qu’il sera difficile de s’opposer à la commercialisation au motif qu’on manquera de protéines pour la population mondiale dont la demande sera en hausse constante. En soi, je vais vous surprendre, cela ne serait pas trop inquiétant pour nous.  On prenait cela de haut, en pensant à juste titre, qu’un produit naturel sera toujours préféré à un produit artificiel de synthèse. Mais depuis, on a découvert que L214 bénéficiait de financement de fondations, elles-mêmes financées par les GAFAM ! Et là, la donne n’est plus la même. Sans entrer dans les théories du complot, la finalité des RIP et autres attaques permanentes de l’élevage n’est pas seulement de l’altruiste pour les animaux. On cherche à discréditer l’élevage pour le remplacer par des usines laboratoires desquelles sortiront des produits artificiels, sous licence des GAFAM… Adroitement, ils ont déplacé le débat de la viande à la mort ! Sans maîtrise de réseaux sociaux alternatifs pour contrer, la bataille de la communication sera très compliquée à gagner ! N’allez pas croire que ces sociétés n’aient pas les moyens d’orienter nos choix de consommation, ni qu’elles aient investis des sommes considérables pour rien. Mais chaque chose en son temps, ils se dévoileront définitivement lorsque la viande de synthèse sera au point. Je suis confronté à un vrai dilemme. Je communique sur mon métier grâce aux GAFAM, je les finance donc, tout en sachant qu’elles ont pour objectif final de détruire mon métier…

Si seulement j’avais le choix des outils…