J’ai vécu un cauchemar pendant l’hiver 1982/83. J’avais acheté des vaches fin 1981. Malheureusement, le vendeur n’était pas au courant et ne comprenait pas ce qui arrivait dans son troupeau. Rien n’avait été diagnostiqué malgré des problèmes, il ne m’a rien dit, bien sûr. C’est après que j’ai su et compris.

Donc, un matin, je trouve une génisse qui ne mange plus et bave beaucoup. Ce sont des ulcères sur les gencives qui l’empêche de manger. Le véto vient, ausculte, on essaye un traitement ! Le lendemain une autre a eu les mêmes symptômes, même problème. Entre les deux, le vétérinaire en a parlé au cabinet. C’est un véto stagiaire, venu de Belgique qui le premier, pose un diagnostic qu’après réflexion et recherches les autres valident ; La maladie des muqueuses (causée par un pestivirus) ! A l’époque, elle n’était pas trop connue ici ! Rares étaient les cas aussi violents ! Ils étaient pessimistes sur les chances de survie des animaux malades.

Les jours suivants ont été horribles. Chaque matin, chaque soir pour les soins aux animaux, le pansage, ouvrir la porte de l’étable était un calvaire ! Qu’allais je trouver ? Mes vétérinaires ont réussi à dégoter des vaccins je ne sais où au bout de deux ou trois jours. Nous avons tout vacciné, mais le temps m’a paru sans fin avant que le vaccin fasse effet. La première est morte au bout de 3 jours, la seconde a suivi le lendemain… Au total, sur les 8 à 10 j qui ont suivi, j’ai perdu 7 génisses. Le traitement a été inefficace à chaque fois !

Moins de 2 ans après mon installation, on ne peut pas rêver pire ! La maladie a bien d’autres formes d’expression, avortement, veau mal formé, diarrhée… Nous avons vacciné tout le troupeau, pendant une vingtaine d’années, puis la maladie avait disparue. Quand il y a une dizaine d’années, on a commencé de parler de prophylaxie, j’ai repris les vaccins d’autant que de nouveaux étaient arrivés, plus faciles d’emploi. Car le premier ne peut pas être fait sur des vaches gestantes de moins de trois mois pour ne pas faire d’IPI, par flacon de 10 doses, donc…

Depuis cet automne, la prophylaxie est effective. En posant la boucle d’identification des veaux, on récupère le morceau de cartilage correspondant et on l’envoie au laboratoire départemental. On est donc sur une analyse systématique de (presque) tous les veaux. Le but est de détecter les animaux porteurs pour les éloigner des troupeaux dès que possible ou ne pas les vendre pour la reproduction, donc propager le virus. C’est astreignant, mais c’est la seule façon d’éliminer la maladie, donc d’éviter les vaccins à l’avenir, à condition que la faune sauvage ne soit pas réservoir. Vous comprendrez pourquoi j’évoque cette problématique dans un prochain billet ! Les tous premiers résultats viennent d’être publiés, les voici :

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Mais cela ne doit pas faire oublier qu’il faudra beaucoup de temps, donc de patience, et d’efforts pour que cette maladie soit à conjuguer au passé !