En 2007, ma dernière bonne année, la dernière en élevage allaitant, une nouvelle maladie apparait en Europe. Il s’agit de la fièvre catarrhale ovine. En fait, la maladie, aux 25 virus différents, avait déjà été présente au sud de l’Italie entre autres. Elle était transmise par des insectes de pays tropicaux, qui servent de vecteurs entre les animaux concernés, à savoir les ruminants ! La surprise a été de la voir débouler en Hollande. On sait aujourd’hui que le virus, via des insectes, a pris l’avion avec des roses venues du Kenya !!!

Durant tout l’automne 2007, plutôt doux et chaud, le virus s’est propagé jusque chez nous. On espérait une trêve hivernale avec la disparition des moustiques mais la circulation a juste ralenti. Le virus aurait-il changé de vecteur ? On s’est retrouvé avec une reprise intense en 2008. En relisant mes billets, mes angoisses de l’époque ont resurgi. Comme pour la COVID, nous vivions dans l’attente d’un vaccin. Il est arrivé début 2008, donc dans un délai très court. Comme pour la COVID, la question des priorités données lors de la mise en place du plan de vaccination s’est posée. Le temps de fabriquer les doses, il fallait gérer la pénurie. On a commencé par les animaux de vente pour l’exportation. Puis, quand il y a eu assez de doses, on a rentré les vaches en plein été, au milieu des foins dans mon cas, pour les vacciner. Deux de mes voisins, qui n’ont pas accepter de vacciner, s’en sont mordus les doigts quand les vaches se sont mises à avorter. Puis, j’ai pu vacciner le reste du troupeau, à savoir les génisses à l’automne.

Je n’ai pas retrouvé l’année où la décision de régler le problème a été prise. La vaccination, gratuite, a été rendue obligatoire au moment des prophylaxies. Je crois que c’est au cours de l’hiver 2009/2010, sous le ministère de Mr Lemaire. Fin des tergiversations et des débats sans fin. Le résultat en s’est pas fait attendre longtemps. En 2012, la France se retrouvait officiellement indemne de la maladie. Plus aucun cas n’était détecté ! Plus besoin de vaccination des broutards et des laitonnes pour les vendre en Italie ou en Espagne. Malheureusement, on a stoppé en même temps la prophylaxie obligatoire de cette maladie. En passant, je note que le vaccin en 2012 est passé d’un peu plus de 2€ à 4€ en 2013!

Début septembre 2015, un cas est détecté dans l’Allier. En quelques semaines, la maladie progresse plus vite que de raison. En fait, cela doit faire un moment qu’elle se propage en sourdine. L’hypothèse la plus plausible est que le virus est resté présent dans la faune sauvage, passant sous les radars des recherches systématiques que l’on fait dans les élevages. Et logiquement, il est réapparu. Peut-être aurait-il disparu complétement si on avait continué de vacciner ? Cette fois, les conséquences pour mon élevage ont été désastreuses dès l’automne, surtout sur les jeunes mères qui n’avaient jamais été au contact de la maladie, j’avais continué de vacciner les vaches jusqu’en 2013…

Cette fois, nouvelle stratégie, aucune contrainte n’a été imposée au niveau du cheptel de souche. La profession est traversée par les mêmes débats que ceux de la société. A contre-courant de la plupart des éleveurs, j’ai vacciné le troupeau sans attendre, mais trop tard pour sauver totalement les vêlages de l’hiver 2007/2008. On nous proposait le vaccin gratuitement pour nos vaches, en nombre limité à nos effectifs. On a évoqué la recherche d’immunité collective mais dans la réalité, on a laissé le virus circuler. Les conséquences se font sentir régulièrement dans les troupeaux, de façon épisodique ! Le protocole de vente avec l’Italie a été remis en place ! Double vaccination obligatoire avec certificats vétérinaires avant de pouvoir les exporter 10 jours après le rappel. En restant sous ce régime, on s’expose aux exigences commerciales, fondées ou non, des acheteurs. Par exemple, pour vendre en Algérie, il faut en plus des vaccins, une recherche sérologique. Cela complique les choses, a un coût financier conséquent et oblige à respecter des délais, donc du travail en plus. Depuis 2017, le vaccin est payant pour tous les animaux.

délai fco

Ainsi en avril 2021, alors qu’on pouvait exporter en Europe 10 jours après le rappel, on va repasser à 60 jours. Cela compliquera le travail. Il faudra anticiper cette période, en vaccinant à contre-temps des saisons de travail dans les troupeaux. Ce sera donc une contrainte et du travail en plus !

On ne peut pas faire trop de similitudes avec la COVID quoique… A vous de juger. Si on adopte la vaccination, la seule arme efficace contre un virus, il faut qu’elle soit massive pour que le virus ne circule pas en sourdine et pour limiter les variants ! Il faut donc que le vaccin ne soit pas réservé aux seules populations riches mais soit accessible à toute la population mondiale. Il faut également que la vaccination, si elle nécessite des rappels, ne soit pas arrêtée trop tôt, même s’il n’y a plus de cas, pour être certains de ne pas la voir réémerger. Mais surtout, il faut retrouver le plus vite possible le vecteur qui a permis le passage à l’humain pour qu’il n’y ait pas de réservoirs sauvages !

Ce virus COVID démontre le besoin indispensable de mettre en place un réseau de surveillance plus efficace, forcément mondialisé ! Aucun état ne peut se prémunir seul. La question du financement de la recherche et de la maîtrise des laboratoires de fabrication des vaccins est majeure ! Si nous n’avions que Sanofi pour nous protéger, disons que nous aurions un énorme problème ! Une nation ou une multinationale peuvent-elles avoir le contrôle de la seule arme efficace sans en répondre devant les nations et le partager avec le reste du monde ? Si on reste à une gestion par pays, on prend le risque d’un effet boomerang du virus qui pourrait alors continuer de circuler tranquillement dans les populations qui n’auraient pas au sésame… C’est une question majeure, à moins que la dépendance infinie au vaccin soit une rente pour les labos ! Ou un enjeu géostratégique pour les pays qui ont le vaccin !