La carte vitale est le sésame pour bénéficier des soins. En arrivant pour une prise de sang, quelle n’a pas été ma surprise de découvrir que ma carte n’était plus à jour. Voulant bénéficier du tiers payant, comme tout à chacun, j’ai tenté par trois fois la mise à jour, sans succès. Résultat, erreur 1121 sans autre explication s’affichait. Le laboratoire, sympa, m’a proposé de faire l’analyse et de revenir chercher les résultats avec le problème résolu…

Dès mon retour à la maison, je me suis mis en quête du numéro de téléphone de ma MSA. Il faut chercher car tout est fait pour qu’on n’appelle pas, sauf le numéro d’urgence pour les agriculteurs en détresse psychologique.  Avant de passer en petite musique, il faut répondre à l’automate en tapant sur les touches 1 ou 2 ou 3…. Tout le monde connaît. Bien sûr, rien n’est prévu pour une carte vitale qui ne veut pas se mettre à jour, j’ai donc dû m’y reprendre à deux fois pour taper le chiffre qui correspondait le moins mal à mon problème. Ensuite, j’ai pris ma tablette pour surfer en attendant qu’un correspondant se libère. 15 minutes, 20 minutes, je ne sais pas. Je surfais en musique. Bien sûr, vient le moment mal anticipé, où on se dit qu’il faudrait aller aux toilettes mais qu’il serait dommage de louper l’appel ! Faire suivre le téléphone est une solution, mais il faut aussi le numéro de sécu pour être identifié, c’est donc bien compliqué…. Par sagesse, j’ai donc choisi la retenue !  J’ai, de plus, eu peur de voir le temps d’attente remis à 0 en cas de rappel donc perdu et plus grave de risquer une nouvelle attente qui se prolonge après l’heure de fermeture du service ! Il m’est déjà arrivé pour une autre société, après une demie heure d’attente, d’entendre « Le service est fermé, veuillez rappeler ultérieurement

Quand enfin une voix humaine s’est manifestée, après avoir décliné mon identité sociale, je pensais avoir touché le graal ! Que nenni : « Mais vous n’êtes plus affilié chez nous, on ne vous connait pas… » J’avoue mon désappointement. « Vous travaillez dans un autre secteur donc ce n’est pas à nous… »  Le ton est sans appel. Reste calme PH : « Je suis en retraite, cela fait plus de quarante ans que je cotise chez vous ! J’ai même reçu mon avis de versement de retraite il y a une semaine… » A force d’insister, la personne fait l’effort de rechercher. Après un long silence, la voix se manifeste à nouveau. Le ton est différent « Il y a un problème, je le signale au service de la carte vitale… Vous pouvez faire faire une feuille de soins et nous vous rembourserons… » J’insiste « la carte, je pourrais faire la mise à jour quand ? » « Il faut 48 h. Nous vous téléphonerons pour vos avertir… »

Quand j’explique la situation au labo, il est compréhensif et me propose d’attendre la fin de semaine pour régulariser. Trois jours plus tard, je n’ai toujours aucune nouveller (et je n'en aurai jamais). Je fais une insomnie la nuit en imaginant que je suis peut-être radié définitivement. Je me demande si j’ai manqué un courrier ou une déclaration ? Imaginez-vous sans plus aucune couverture sociale ! C’est même pour éviter cela que la CMU a été créée. Le vendredi main, n’ayant aucun signe de la MSA, je décide de descendre à la pharmacie du village pour tenter une mise à jour. REUSSIE ! Je jubile. Du coup, je fais un aller-retour au labo pour régulariser la situation. La MSA ne me remboursera pas les 30 km qu’elle m’a occasionné.

Vous pensez que j’ai surréagi ! Peut-être ? Je pense que c’est quelque chose de profond et je ne suis pas le seul à le ressentir. J’ai toujours payé mes cotisations à l’heure, quitte à me priver de prélèvements personnels qui n’ont jamais dépassés le SMIC ! A tort ou à raison, je vis la situation comme l’expression de mépris par rapport à la condition de paysan. C’est comme si les structures qui nous accompagnent n’avaient pas de compte à rendre ! Qu’une erreur se soit produite, je ne le conteste pas. Mais qu’il n’y ait pas eu un coup de fil ou un mot d’excuse me sidère. Pour moi, c’était très important. Heureusement, que je n’ai pas attendu. Nous sommes des numéros, nous ne sommes plus des personnes.