paysanheureux

La vie d'un paysan, éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"

15/12/09

Revenus agricoles...

J'ai découvert comme tout le monde les résultats de l'évolution des revenus des agriculteurs : - 34 % ! Ceux qui me lisent depuis longtemps ne doivent pas être surpris... J'aimerais tant vous dire que mon métier est le plus beau du monde, tout comme celui de ceux qui soignent ou enseignent par exemple, et beaucoup d'autres ! Faire en sorte que chaque être humain puisse manger à sa faim, quoi de plus noble ?

Eh bien non, l'extraordinaire réussite des paysans au cours de la seconde moitié du XXe siècle a mis l'Europe à l'abri du besoin alimentaire, mais elle n'est pas récompensée ! Nous sommes attaqués, critiqués, jalousés en permanence. Et pire, nous sommes dépossédés du fruit de notre travail ! Ainsi va le monde... L'abondance semble définitivement acquise, mais est ce vraiment le cas ? Pourquoi faut-il qu'il y ait disette pour que notre métier redevienne central et porteur dans la société ?

Demain, les gouvernants parleront du plan Sarkozy comme d'un nirvana politique ! Il m'attribue 200 € et peut être le droit d'emprunter 2000 ou 3000 euros, qu'il faudra rembourser à partir de l'année prochaine ! Les autres évoqueront les subventions... Belle façon de ne pas traiter le problème de fond de notre pays. Il y a quelques semaines, diverses sources nous rapportaient que la viande, payée aux producteurs en France, était la moins chère de tous les pays européens. Et qu'elle était la plus chère, de ces mêmes pays, dans les rayons des supermarchés ! Cherchez l'erreur... Ah oui, j'oublie qu'ils défendent le pouvoir d'achat ! Enfin, le leur d'abord !

Pour les spécialistes, sachez que si les revenus ne chutent plus en élevage, il y a deux raisons : Un, plus c'est bas, plus le pourcentage de baisse est faible sinon, il ne reste plus rien, car on ne parle que d'évolution d'une année sur l'autre, pas de valeur absolue du revenu... Deux, ce sont des comptes de macro-économie, donc ils ne tiennent pas compte des décapitalisations. Je m'explique : J'ai diminué de 5 vaches le troupeau ! Il y aura donc 5 vêlages de moins, donc 5 veaux de moins cette année ! Mais dans les statistiques, les 5 vaches ont été vendues donc ce sont des revenus ! Sauf que dans mon bilan, comme ce sont des productrices, elles font parties du capital nécessaire pour travailler et sont "immobilisées "... C'est comme si un artisan vendait un appareil dont il se sert, pour améliorer son revenu une mauvaise année ! Il peut éventuellement s'en passer, mais à un moment ou à un autre, il y a un travail qu'il ne pourra plus faire...

Et comme on parle de politique, j'ai envie de vider mon sac ! La semaine dernière, j'ai assisté à une réunion sur le développement local... Un député a pris la parole et jeté son venin pendant 20 bonnes minutes. Cela aurait été une réunion agricole, je l'aurai coupé... Ceux du camp en face n'étaient pas là ! Quand ce fut terminé, le hasard a voulu que les adversaires arrivent tandis que lui partait comme il l'avait annoncé ! Et on est reparti pour 20 minutes dans l'autre sens ( des propos pas plus tolérables) ! Aucun des deux camps n'a parlé du sujet du jour, bien évidemment ! J'ai trouvé cela tellement lamentable que je m'en suis ouvert à l'un d'eux au cours du vin d'honneur qui a suivi ! Quel que soit le bord, il y a une dérive qui les coupe du monde réel ! Je n'ai pas pris de gants... Ce comportement de gamins dans une cour de récréation est inadmissible de la part de gens qui ont des responsabilités. Je pensais avoir été excessif, mais, sans que nous ne nous soyons concertés, un ami a évoqué dans un petit discours le même comportement au cours d'une autre réunion... Deux heures d'invectives et pas un mot sur le sujet qui avait été traité avec brio par quelques spécialistes ! Une seule chose compte pour eux, garder le pouvoir ! J'étais dans une telle colère que je me suis interdit de vous en parler ici pendant une semaine !!!

                   d_but_et_fin
                                          Renouveau ou fin du monde paysan ?

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12/12/09

3 jours de la vie de PH...

Non, je me suis pas trompé de rubrique, vous allez comprendre pourquoi !

J'ai la chance et l'honneur d'avoir été sollicité pour participer à un groupe de réflexion sur l'avenir de l'élevage...Cette chance s'est traduite par deux journées consécutives et complètes de travail intense... Les réunions, par chance, se tenaient à une demi-heure de chez moi ! C'est déjà mieux que le lieu traditionnel qui est souvent à la ville préfecture soit à une heure et 20 minutes ! Avec le retour, cela fait presque 3 heures en voiture...

Donc, jeudi et vendredi, je devais être vers 9 heures 30 au Creusot, lavé et changé ! Le détail a son l'importance, car il est hors de question de faire l'impasse sur le quart d'heure qui transforme le parfum " vache " de PH en  effluve plus sympathique, style "JP Gauthier " ou autre... Changé, car j'adore lorsque, enfilant ma tenue "sortie blazer ", je perds mon identité paysanne le temps de faire douter les "beaux" sur l'origine du type en face d'eux ! Mais dans ce cas, il ne s'agissait que de retrouver des gens que j'apprécie tout particulièrement et en aucun cas de chercher à impressionner quiconque !

Pour être à l'heure, je dois à cette saison, respecter un timing sérieux qui commence 3 h 30 avant de démarrer la voiture ! Fichu réveil qui vous tire d'un sommeil que vous aviez eu tant de peine à retrouver après la visite nocturne télévisuelle de la stabulation ! C'est encore dans un état semi-comateux que commencent ces longues journées ! La première partie se passe dans les bâtiments où il y a l'électricité donc où le travail est possible de nuit ! Cela ne pose pas encore trop de problèmes à 6 h du matin... Un peu plus lorsqu'en pleine nuit noire, il faut aller donner à manger dans les prés ! Mais par chance, les phares du Renault sont puissants et j'ai pu passer les encombres sans prendre de coups de pieds... Je m'étais donné comme objectif d'être prêt à 8 h 40 maximum... Le temps de la douche et du trajet et j'ai pu être en réunion vers 9 h 30...

Jeudi, la réunion s'est terminée à 19 h 15. Le temps du retour, j'étais en tenue travail vers 19 h 50 dans les stabulations... Trois quarts d'heure plus tard, je me changeais à nouveau puis aller-retour à 20 km pour aller chercher PH fils avant d'arriver en grand retard à l'anniversaire d'un copain vers 21 h 25... Vendredi, je suis rentré plus tôt, mais la séance de travail du soir a duré plus longtemps pour compléter le retard pris le matin...

Ce samedi matin, rattrapage général et fin du travail à 12 h 40... Pour être embarqué par Mme PH pour lui donner un coup de main sur une partie très particulière de son travail ( ne fabulez pas, c'était très sérieux !) jusqu'à 18 h. Comme " C'est l'occasion, tu es sur place ! ", on a ensuite fait le choix de nouvelles lunettes pour mon nez, puis quelques menues courses indispensables pour la maison. Le truc très court en théorie qui dure toujours plus que prévu... Résultat, retour à la maison vers 20 h 15 et une petite remarque sur l'heure quand je suis revenu trois quarts d'heure plus tard pour dîner...

Il ne me restait pas beaucoup de temps pour venir ici sauf hier soir. Mais je me suis endormi sur le canapé bien avant de surfer !

Mais ne croyez pas que ce rythme m'ait rendu triste. J'ai l'impression que le travail des méninges ne s'arrête jamais ! Le sujet peut paraître fou en période de crise, pourtant nous avons cogité pendant deux jours sur l'avenir de l'élevage ! En voiture, en tracteur, en soignant les animaux, il continue sans cesse. Je n'ai pas encore le droit d'en parler, mais rien ne m'interdit de dire ce qui va suivre ! Nous avons été séparés en 4 groupes, chacun travaillant sur un scénario avec des hypothèses bien tranchées et imposées sur ce qui peut se passer dans notre région d'ici 20 ans. Je suis ressorti de la mise en commun impressionné ! Je connais bien la plupart des collègues qui ont joué le jeu. L'important ne tient pas aux résultats, quoique... L'important est que l'esprit paysan n'est pas mort. Dans chacun des groupes, tirés au sort, les paysans présents, même lorsqu'ils devaient imaginer une situation d'exploitation inédite ou à l'opposé de ce qu'ils pratiquent aujourd'hui, ont su trouver des idées pour définir les exploitations du futur adaptées à la commande ! Bien qu'imprégné de la crise, des difficultés actuelles, chacun d'entre nous a des idées pour répondre aux contraintes, pour peu qu'on lui en donne les moyens, bien sûr ! Et le pire est que ces moyens ne sont pas seulement économiques... Ils tiennent d'abord  à une commande claire de la société, donc à la lisibilité d'une politique agricole définie et constante,  qui ne change pas tout le temps !

Après laissez nous faire, on saura faire !

                          la_londe_oct_2009_188



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04/11/09

Cri du coeur et immense honte...

« Si tu peux changer,tu peux le faire sur Internet ! » Mme PH m'accompagne dans la démarche. Ce soutien me réconforte, non pour le fait d'être capable de trouver le bon onglet sur le site de la banque sur Internet, mais pour l'importance à mes yeux de l'opération.

Non je ne suis pas en train de cliquer pour un placement super avantageux qui me garantirait à vie des revenus corrects ! J'aimerais bien.

Non, je ne cherche pas à gérer un porte feuille d'actions pour engranger les plus values de la spéculation sur une éventuelle reprise, qui tend, depuis le début de l'année, à faire oublier que nous avons traversé une énorme crise financière... Comme j'aimerais bien.

Non, je ne sollicite pas un crédit pour profiter des dernières semaines du bonus automobile avant sa disparition. Pourtant la mienne marque 268000 km! De toute façon avec une jeune conductrice et bientôt, un jeune conducteur... Mais j'aimerais bien.

Non, je ne cherche pas un numéro de carte unique pour effectuer le règlement d'un achat sur le web. J'ai renoncer à tout achat personnel depuis plus d'un an. Je m'autorise tout juste un cadeau pour ma miss, rien d'autre. Que j'aimerais bien.

Je vais faire ce que je redoutais, la mort dans l'âme. J'ai cherché comment retarder la chose le plus tard possible. J'ai regardé toutes les possibilités, étudié toutes les solutions. Mais je suis obligé de me rendre à l'évidence, je n'ai que ce choix! Et les annonces ne changeront rien...

Je n'ai pas écouté le discours du président de la république, mardi dernier. Nous n'étions pas à la maison. J'ai découvert les propos le soir, sur canal+, au petit journal ! D'abord les propos de JM Hapaty m'ont posé question. Puis le montage vidéo superposant les passages du discours prononcé il y a 9 mois et celui de la semaine dernière m'ont assommé. Comment peut on dire deux fois les mêmes phrases, intégralement, en annonçant en même temps que l'on va dire ce que l'on n'a jamais dit ? Je me suis senti humilié d'être pris pour un "gland", et ce soir, je peux vous dire que je ne suis pas le seul.

                            ombre_et_noir

Mais le plus important n'est pas mon orgueil mais de connaître les incidences des mesures sur ma ferme. C'est donc pour cela que je n'ai rien dit jusqu'à ce jour, attendant les rencontres avec mes pairs aujourd'hui pour en savoir plus...

Le milliard d'euros de prêt n'est pas une aide mais la possibilité d'emprunter à un taux préférentiel des sommes qui devront être remboursées. On est donc très très loin des demandes de la profession qui voulait une année blanche c'est à dire le report en fin de tableau des remboursements de prêts avec la prise en charge des intérêts consécutifs par l'état... Là, on emprunte pour rembourser ce que l'on doit déjà aux banques pour l'année.

J'ai essayé de savoir en quoi consistent les 600 millions d' Euros ! J'en saurai plus demain. Mais d'ores et déjà , je vais bénéficier de 3 mesures : La première devrait être un remboursement de la TIPP  en 2009 pour le carburant des tracteurs : Cela fera 200 € ! La seconde est très subtile. Il s'agit de la taxe carbone! Il a été annoncé 4 cts sur chaque litre de fuel ( carburant des tracteurs ) Depuis plusieurs semaines, il a été dit qu'on nous en rembourserait  3 cts et que cette taxe coûterait seulement 1 cts aux agriculteurs. Cette remise est donc chiffrée dans les 600 millions d'€, à hauteur de 140 millions! Donc de façon concrète, on annonce que l'agriculture est dans la panade et qu'on va l'aider. On crée une taxe, appelée carbone, et on dit qu' au lieu de faire payer les 200 € dûs par ma ferme, on se contentera, par grâce présidentielle, de 50 € ! Qui seront en réalité 89,20 € car tout le monde a oublié de parler de la TVA qui sera calculée sur les 200 € , le remboursement des 50 étant sans TVA. A Bercy, il y a des têtes très efficaces mais qui ne disent rien. Je dois donc me féliciter de recevoir une aide qui me coûte quand même de l'argent...

Quand au reste, je n'y aurai pas droit puisque j'ai eu la sagesse ou le tort de diminuer mes dépenses pour payer tous mes fournisseurs et la MSA ( l'équivalent de la sécurité sociale en agriculture). Si, il reste un point positif annoncé par le ministre de l'agriculture : Les vaccinations FCO, obligatoires, devraient être gratuites cet hiver. C'est la troisième mesure concrète pour moi, même si je ne bénéficierai pas de l'argent et que mon travail de contention des animaux ne compte pas...

Alors, si demain, les manifestations agricoles reprennent, n'en soyez pas surpris. Il n'y a guère que quelques dirigeants syndicaux nationaux, encarté au parti au pouvoir, qui trouvent que « cela va dans le bon sens !» Dans les campagnes, on pense que la route pour sortir la tête de l'eau est bien longue et sera sans doute très mouvementée. Je pense que les choses sont simples et la vérité tout autre de ce qui est annoncé : l'agriculture est abandonnée à son sort! C'est donc en complète contradiction avec le discours flatteur de mardi et de février. Cela ne passe pas du tout ici où on n'aime pas être pris pour des imbéciles.

Quand à moi, samedi, je me suis mis devant mon écran et mon clavier. Sur le site de mon compte en banque, j'ai été sur la rubrique « Prélèvements permanents » Sur celui mit en place entre le compte de l'exploitation et celui de la famille, j'ai cliqué sur la case "montant"... Les "1200 €" mensuels sont apparus, j'ai surligné et j'ai tapé avec beaucoup d'émotion et de honte : "700 €" ! Comme je suis optimiste, j'ai mis jusqu'en novembre 2010. Mais je ne sais même pas si je pourrai revenir à la somme initiale à cette date ? J'espère juste ne pas être obligé de changer encore à la baisse dans les prochains mois...Je ne peux pas prendre plus longtemps une somme supérieure à ce que la ferme dégage, sans la mettre en péril. Depuis la FCO et la crise, ce sont 10000 € au minimum qui manquent chaque année !

Ma fierté, mon orgueil ne comptent plus! J'ai honte de ne pas contribuer à une part minimum au ménage, équivalent au smic. On me rétorquera à juste titre que Mme PH a une belle profession. C'est vrai. Nous continuerons de vivre en faisant juste un peu plus attention. Qu'importe que je passe pour un gigolo! Mais que pensez de ceux qui n'ont que cela pour vivre ? Je pense à eux très fort car il y a des drames humains qui se vivent dans le silence des campagnes. Et pour tout vous dire, j'en veux vraiment à ceux qui jouent les bons samaritains en enfonçant le pays dans la dette, en faisant croire qu'ils aident tout le monde... Beaucoup de gens sont convaincus que l'on touche le pactole. Et  le comble est que je dois me serrer la ceinture en continuant de payer impôts et taxes de toutes sortes pour la ferme!

Je n'en dis pas plus, la colère n'est pas bonne conseillère. Le pire est que les princes, enfermés dans leur palais, se régalant de leur privilèges, sont convaincus d'être les meilleurs et de faire tout le nécessaire pour le bon peuple ! Si seulement, ils lisaient ces modestes lignes et pouvaient s'immerger une journée en tête à tête avec un paysan, sans conseiller, caméras ou garde du corps, et surtout pas les 700 CRS habituels, histoire de comprendre ce qu'est la réalité et pas qu' agricole...

                       beau_mais_mort

                     Beau, mais mort, sa sève étant volée ! Combien resterons nous ?

PS : Sylvie, celui-ci ne sera pas commenté ! Normal, il est très "politique". Mais cela fait partie de mes préoccupations bien réelles...

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26/10/09

semis, semences

Le semis est un moment palpitant et prenant... Il est difficile d'obtenir les conditions optimum pour semer. La météo est changeante, il faut beaucoup plus de temps qu'en été pour que le sol se ressuie suffisamment.  L'idéal est de semer sur un sol sec, légèrement croûté :

            

traces

Bien sûr, c'est plus simple pour retrouver la trace où passer. Mais en fait, c'est la qualité du travail qui en dépend. Si la terre colle un peu, on bourre les socs du semoir et des rangs entiers sont perdus le temps de se rendre compte du problème... De plus on tasse le sol aux passages de roues et c'est le sol qui supportera moins la culture, ne serait ce que parce que l'eau restera dans les traces... Bref, il est exceptionnel de semer dans des conditions idéales dans nos sols supportant mal l'eau.

            

combin__semis

On limite beaucoup ces problèmes depuis que nous utilisons les combinés! Avant, on labourait puis on passait un ou deux outils à dents pour casser les mottes. Ensuite, on pouvait semer. Cela faisait 2 ou 3 passages, donc tassait les sols autant de fois. Maintenant, grâce au combiné, alliance d'une herse rotative et du semoir, on ne passe qu'une fois ! Les tracteurs sont plus lourds mais avec les pneus basse pression, ils abîment moins la structure du sol. C'est un énorme progrès, avant, après chaque passage, il fallait attendre que le sol sèche et croûte à nouveau...

Je n'emploie que des semences certifiées. Mais cela coûte très cher et je pense revenir à mes semences fermières. Mais pour cela, il faut créer de petites cellules pour stocker le grain de façon irréprochable. Ensuite, il faut le trier et le traiter. C'est donc un travail de plus à la moisson. Il faut néanmoins que j'y pense pour l'année prochaine. Cette année, alors que le blé est payé 100 €  la tonne livrée, le coût des semences avoisine les 110 € par Ha en moyenne, pour 160 kg de semences, soit 687.50 € la tonne achetée.  Vous conviendrez que je me demande comment des graines  peuvent prendre 7 fois leur valeur en 2 mois ! Ou plutôt, vous comprendrez pourquoi les paysans ressèment leur céréales et tiennent comme à la prunelle de leurs yeux de garder ce droit ! N'en déplaise aux firmes semencières qui font payer bien cher des droits sur le génome !

                           

tr_mie_semoir

Et pour comprendre comment marche le combiné, rien de tel qu'une vidéo...



            



Posté par paysanheureux à 13:18 - Le journal de la ferme - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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17/10/09

SUITE...

Il ne faudrait pas croire que je sois en rupture de solidarité. Juste interrogatif sur la ligne parisienne... Par contre, le 29 septembre, des manifestations ont été organisées dans le département et j'y suis allé sans réserves. Et j'irai aux prochaines sans états d'âme, tant que cela reste sans violences.

Il est décevant que le 29 n'est pas dépassé FR3région... La mobilisation était déjà très très importante. Mais nous avons un réel problème pour attirer l'attention des médias sans embêter tout le monde. Pendant la grève du lait, il y a eu des centaines de distributions gratuites! Aucun relais médiatique national... Par contre, les épandages spectaculaires les attiraient comme des mouches. Si je bloque ma ferme, cela ne gêne que moi. Si on bloque les routes à grande échelle, on commence à se dire qu'il y a peut être un problème. Sauf que l'on prend en otage des innocents qui ont leur propres problèmes. On culpabilise donc, ne sachant où s'arrêter. L'idéal est la chasse aux ministres. A une époque, nous réussissions pas mal ! Il semble que l'ouverture ait eu lieu puisque celui de l'agriculture a déjà pris la marche arrière plusieurs fois. Ce, malgré des cordons de CRS importants. C'est donc une possibilité...

De toute façon, je ne crois pas que les choses s'arrêtent après les actions du 16. Il y a trop de désespérances dans les campagnes. Il serait plus prudent de ne pas trop jouer la montre et d'annoncer des mesures concrètes... On en reparlera sans doute bientôt...

Posté par paysanheureux à 21:44 - politique agricole - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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16/10/09

manifestation ?

"Allô PH, tu viens à Dijon ?"

"Non, je ne pourrai pas, je suis en retard dans les semis et j'ai le tracteur de la CUMA..."

Un peu faux cul sur le sujet, car si j'ai un prétexte réel pour ne pas y aller, d'autres raisons entrent en ligne de compte !

D'abord, je suis mille fois solidaire sur les problèmes que rencontrent aujourd'hui toutes les productions. Partout, le même constat : Plus on récolte, moins on nous paie ! Comme le coût des charges lui ne baisse pas mais augmente, le ciseau se referme sur la marge qui est de plus en plus souvent négative... Résultat, pour survivre, il faut négocier avec la conjointe quand elle travaille à l'extérieur, décapitaliser et s'endetter... Jusqu'à quand ? Des fermes sont en état de faillite. Les paysans seuls ou en couples professionnellement, sans autres ressources, vivent dans des conditions inimaginables, mais en secret ! Fierté oblige !

Deux, j'en ai marre des plans annoncés. Le plan Barnier pour la FCO, je n'ai rien eu ! Mais la ferme a payé... Alors ces millions annoncés qui nous sont ensuite reprochés, raz le bol. Jamais un gouvernement n'a laissé les choses se dégrader de la sorte. Jamais des dirigeants politiques n'ont eu autant de cynisme pour nous flatter dans les discours, pour mieux nous voler notre travail.  En d'autres temps, la jacquerie paysanne serait en route depuis longtemps pour dénoncer cette trahison...

Alors, pourquoi mes réticences ?

Je crois plus que jamais à l'unité paysanne comme seul rempart pour nous défendre. Mais pas à n'importe quel prix ! Cette unité aurait dû se manifester au moment de la FCO, mais comme la Bretagne n'était pas concernée, silence radio ! Elle aurait du se manifester dans les arbitrages entre productions au moment des discussions sur la PAC, mais rien n'a été fait . Résultat, éleveurs et céréaliers se sont battus, l'enveloppe globale du budget agricole européen a baissé et tout le monde y perd. Elle devrait se manifester lors des grandes crises comme celle du lait qui mettent en avant l'incroyable marge ( 40 à 50 % ) que prennent les grandes surfaces sur nos produits. Mais on fait des guerres de personnes et on n'en parle même plus dans les interviews ! Elle devrait surtout être capable de proposer une nouvelle politique agricole européenne mais elle cantonne à accepter toutes les propositions du ministère y compris et surtout les plus administratives !

La ligne entre la politique politicienne et la responsabilité syndicale est plus que floue... Cela explique peut-être cela ! Et moi, je n'aime pas être manipulé !


                              elevage_vu_par_PH

Mais la réalité économique est là, je vois mon avenir comme cela ( Photo sans truquage )!

Posté par paysanheureux à 12:59 - politique agricole - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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26/09/09

Idées à la vie dure...Cotisations sociales et impots

J'avoue avoir du mal à formuler une réponse à ce genre de propos :

                                    "D******* a dit...                                             

                            

                        

La crise du lait est terminée ?

Bon, il ne reste plus qu'à attendre la prochaine crise du porc, ou celle des producteur de fruits....

L'agriculture française est un secteur économique où l'on accepte pas :
- de payer des impôts et des cotisations sociales,
- de ne vendre ses produits à un prix fixé par le marché, comme dans la plupart des autres secteurs économique,
- de payer ses matières premières à un prix fixé par le marché, comme dans la plupart des autres secteurs économiques,
- l'adaptation à la situation économique du moment (cf la surproduction porcine)
- de respecter l'état mais où l'on exige tout de lui.
- le concept même de marché communautaire (ok pour vendre notre blé en Europe, mais pas ok pour acheter les fruits espagnols).
- etc..."

C'est le reflet de ce que pensent beaucoup de gens , peu au fait des situations réelles ! Comment réagir ? Prendre son bâton de pèlerin ? Abandonner toute idée d'expliquer que ce n'est plus du tout comme cela et se replier sur soi ? Hurler au scandale ?... Ce genre de réflexion est blessante pour ne pas dire humiliante ! Tenez pour le première affirmation, savez vous que la MSA s'adjuge 43 % du résultat de l'exploitation avant tout prélèvement ? Qu'à cela , il faut rajouter une cotisation volontaire obligatoire pour être assurer "accident du travail" . D'autres volontaires non obligatoires comme des complémentaires maladies, accident, invalidité partielle ( qui n'existe pas dans le régime obligatoire ) ... Sans oublier de dire que si cela tourne mal, on n'a pas d'assurance chômage.

Quand aux impôts, c'est une méconnaissance totale du sujet. Les choses ont bien changé depuis grand papa. Une fois la MSA payée, le reste est imposable sur le revenu du ménage ! Comme de plus en plus de femmes travaillent à l'extérieur, on dépasse les planchers de non imposition ! Normal et tant mieux ! Mais tout le monde reste convaincu qu'on ne paie pas d'impôts. Certaines idées ont la vie dure !

Pour me détendre, je travaille le sol ! Et je me suis un peu amusé en pensant aux avions qui passaient au dessus..

                 clin_d_oeil_aux_avions

Pour ceux qui ont des difficultés de vue :

                            PH


"

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24/09/09

Changements...

Je ne sais ce qui va se passer dans les prochaines semaines ou prochains mois ! Il convient d'être prudent dans la prospective. La grève du lait est suspendue ce soir, 17 jours , c'est énorme pour ceux qui l'ont suivi. Par contre, je me demande si elle n'a pas bouleversé le monde agricole . Il est probablement trop tôt pour en mesurer les conséquences ! Mais on le saura assez vite. D'autres productions vont bouger. La cocotte minute, que l'on a laissé monté en pression ici sans agir depuis 2 ans alors que les conséquences de la FCO se paient toujours,  pourrait avoir du mal à être contenue.

En parallèle, les déclarations politiques laissent entrevoir des retournements de veste pour le futur de la PAC. Il y a de curieux alignements et de non moins curieuses provocations ! Bien sûr, officiellement , ce sentiment est erroné et démenti ! Mais il ne faudrait non plus nous prendre pour des imbéciles ! Moi, je lis cela :

                     

virages

Et si je me retourne de l'autre côté pour voir où on se dirige, cela ressemble à ça :

                     croisements

Pardon de parler en langage peu clair ! Je ne peux tout livrer ici ou plutôt , je ne sais où mettre la limite ! Il y en a qui comprendront tout de même ! Aux autres, je dirai simplement que nous sommes à un moment charnière !

Posté par paysanheureux à 22:54 - politique agricole - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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17/09/09

tentative de décryptage de la PAC lait...

J'hésite à me lancer dans l'exercice car je ne suis peut être pas assez informé, trop partisan ou... Une dépêche de l'AFP publiée quelques jours avant le début de la grève du lait m'a interpelé... Pour moi, elle est claire et limpide sur la politique laitière que la commission veut mettre en place. Mais je ne suis sûr que pour le commun des mortels, le vocabulaire soit aussi compréhensible !

D'abord la dépêche :

Suppression des quotas laitiers en 2015

AFP
06/09/2009 | Mise à jour : 19:49

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La commissaire européenne à l'Agriculture Mariann Fischer Boel confirme dans un entretien demain au quotidien Le Télégramme que les quotas laitiers "n'ont pas d'avenir" et qu'ils "seront supprimés en 2015".

Alors que les producteurs de lait réclament des mesures de régulation aux ministres de l'Agriculture européens qui se réuniront demain, la commissaire européenne explique qu'"il y a une chose que je n'envisage pas, c'est de renoncer à notre politique de sortie graduelle des quotas".

"Réduire les quotas n’aurait, quoi qu’il en soit, aucun effet (..) Ils n’ont pas d’avenir. Ils seront supprimés en 2015. Nous ne sommes pas prêts à faire demi-tour", affirme-t-elleaffirme-t-elle.

Mariann Fischer Boel souligne que des mesures sont prises pour "stabiliser le marché [...] y compris les interventions, les aides au stockage privé et le refinancement des exportations. Nous prévoyons cette année 600 millions d’euros de soutiens supplémentaires. Personne ne peut donc prétendre que le marché laitier a été complètement libéralisé", dit-elle.

Revenons au point de départ : 1960 ! L'Europe des 6 est déficitaire en lait ! Pour inciter les agriculteurs à produire, elle met en place différents mécanismes en particulier de modernisation et de restructuration... Mais le volet le plus important concerne un système d'intervention sur les marchés. Pour faire simple, on définit un prix plancher du lait payé au producteur. Pour le garantir, on joue sur 2 tableaux :
Sur le marché intérieur, les états interviennent sur les marchés en achetant le lait au prix plancher dès que le marché passe en dessous...
Toute importation de lait ne peut se faire en dessous de ce prix, on taxe donc du montant de la différence soit un droit de douane variable...

Le marché reste donc toujours proche du prix plancher, appelé prix d'intervention, même si un prix indicatif plus haut était décidé en parallèle. Tous les ans, ce prix est rediscuté avec les ministres de l'agriculture qui décident en conseil des ministres européens. D'où l'habitude prise de se tourner vers l'état pour obtenir...
Assez vite, les stocks publics augmentent... Au début, on les réduit en les revendant aux périodes de disette lorsque le prix du lait repassait au dessus du prix plancher. Mais la sécurité de vendre à prix garanti  pousse les éleveurs à produire plus. Les stocks augmentent. Il faut payer les frigos pour loger des milliers de tonnes de beurre, stocker de la poudre de lait... Il n'y a plus de débouchers sur les marchés européens ! On se tourne alors vers le marché mondial. Comme le prix européen est supérieur au prix mondial, on subventionne les exportations du différentiel de prix ( restitutions ), voir plus pour être sûr de passer... En concurrençant au passage de façon déloyale les producteurs des pays qui n'ont pas les moyens d'aider leur paysans.

1984 : Le conseil des ministres européen réforme la PAC lait en introduisant les quotas. On donne à chaque producteur de l'époque une référence annuelle par rapport à sa production de l'année précédente, légèrement minorée. Interdit de produire un litre de plus au risque de pénalités énormes. Tout nouveau producteur doit reprendre les terrains d'un ancien ayant un quota pour produire. Au départ, les éleveurs sont contre, ils ne peuvent plus augmenter leur production... Pour les états, c'est intéressant car ils n'interviennent plus sur les marchés laitiers, les plus dispendieux à l'époque, donc ils dépensent beaucoup moins d'argent. Ils le font pour ajuster les volumes en versant une prime de cessation laitière aux producteurs qui veulent arrêter. Concrètement, énormément de petits producteurs cessent alors et basculent vers les céréales ou la viande qui elles ne sont pas contingentées. L'UE régule encore les marchés mais les sommes mises en jeu n'ont plus de commune mesure avec celles des années 80. Des accords interprofessionnels fixent un prix du lait quasi unique en France.

2003 : Pour préparer les négociations de l'OMC, le conseil des ministres décide de cesser toute aide au marché et de verser une subvention à chaque producteur appelée prime laitière. Le but est de préparer l'abandon des quotas... Ce qui sera décidé l'année dernière.

2007-2008 : La spéculation s'empare des marchés des matières premières. On suppute un déficit de production. Les prix montent. La commission et le conseil augmentent les quotas, les producteurs foncent.. La crise arrive et la consommation freine. L'accord interprofessionel saute, les prix chutent. On a trop de lait. On pourrait réduire la production à un volume plus proche du nouveau marché ! Mais des esprits chagrins prennent prétexte de la hausse des prix suite à la spéculation pour dénoncer cette politique de gestion des volumes qui entretient à leurs yeux un prix du lait supérieur en Europe à celui de la nouvelle Zélande par exemple. Oubliant d'ailleurs qu'il y a eu une période où la situation était inverse... Pour pouvoir acheter moins cher ( ce qui ne ne traduit jamais par moins cher sur les étals ) ils obtiennent du conseil des ministres l'abandon des quotas pour 2015. Et comme cela est loin, ils empêchent une mesure de réduction des volumes en 2010 de peur de devoir payer un vrai prix rémunérateur aux producteurs. Comme l'accord interprofessionnel a été dénoncé au moment de la folie de 2007, les conflits du lait au printemps dernier conduisent à des accords qui ne satisfont personne...

Donc Mme la commissaire ne veut pas revenir en arrière sur une gestion par les volumes. Pour passer la crise actuelle, elle emploie des pansements sous forme d'intervention et pire de restitutions ( financement aux exportations). En effet, ce sont les subventions les plus décriées à l'OMC qui voudrait les interdire définitivement. Les outils sont donc de ce point de vue obsolètes, mais si on suit la dépêche, sont d'avenir. Le pari est simple. Le prix actuel est en dessous du prix de revient de beaucoup de fermes, ainsi les meilleurs émergeront. Comme il n'y aura plus de quotas, les survivants pourront augmenter leur volume et le marché globalement s'équilibrera. On refait le coup du cochon qui se produit maintenant de façon intensive et concentré. Quid du bien-être animal, des conséquences environnementales... Je ne parle pas d'aménagement du territoire, ni de transports...?

Si au final, le consommateur payait moins cher le yaourt, on pourrait se dire que c'est un choix. Mais curieusement, aucune baisse n'est jamais totalement répercutée... Ce qui rend furieux le monde agricole qui est le dindon de la farce. Il demande donc une régulation réelle, les quotas en étaient un moyen. Il y en a peut être d'autres mais ce ne sont pas ceux proposés. Or, pour le moment , rien ne va dans le sens d'une recherche d'un équilibre entre producteurs, transformateurs, distributeurs et consommateurs... On va laisser  faire le marché, c'est à dire les plus forts. Qui sont ils ? Les distributeurs et 2 ou 3 transformateurs. Les perdants seront donc les éleveurs et les consommateurs...

Pardon pour ma réduction à l'extrême. Une chose est certaine : la régulation n'est pas à l'ordre du jour, l'ultra-libéralisme reste d'actualité !

Rajout du jour :

La commission propose,semble t'il, de donner à chaque état membre la possibilité de taxer fortement les éleveurs qui individuellement dépassent les quotas. ( Comme il est très difficile de tomber pile sur les litres, les quotas sont mutualisés au niveau de chaque état, la règle étant de ne pas dépasser ce quota national). Elle propose que l'argent ainsi collecté servent à financer l'abandon de la production par ceux qui veulent arrêter ! Avantages pour la commission :

1.cela ne coûte rien au budget de l'UE , ni des états !

2. On monte les éleveurs les uns contre les autres en montrant du doigt ceux qui dépassent...

3. On laisse les états se débrouiller avec leurs éleveurs. On abandonne donc de plus en plus une politique commune pour revenir à des politiques nationales à la carte.

Ce jeu a un revers tout de même : Il démontre que les quotas peuvent réguler la production. En effet, je pense qu'au prix actuel du lait, les éleveurs vont y regarder à 2 fois avant de dépasser... Ils produiront moins que leur quotas. Comme on est, au niveau national, en sous-réalisation, il risque d'y avoir une baisse sérieuse de production ! Et sans doute peu de cessations possibles par manque de finances.

La bonne nouvelle est qu'elle préconise d'aller vers des accords inter-professionnels même s'ils n'en portent pas le nom.

Posté par paysanheureux à 08:01 - politique agricole - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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18/05/09

Prix du lait, cela me concerne aussi !

J'ai des vaches ! Des allaitantes, c'est à dire que je ne trais pas, c'est le veau qui boit tout le lait ! J'appartiens donc au clan des allaitants chez les éleveurs bovins, face à l'autre clan, celui des laitiers ... Les premiers vivent uniquement de la viande produite ! Les seconds vivent d'abord de la vente du lait et accessoirement de la vente de viande, dans ce cas, sous produit de la production laitière ! Il y a parfois eu des tensions entre les deux groupes ici, surtout au moment de la crise de l'ESB !

Moi, j'ai toujours trouvé cela stupide ! Nous élevons des vaches ... Un allaitant a un rythme de vie calé autour de la naissance et de ses conséquences ! Le laitier a un rythme de vie dingue aussi : Il faut traire 2 fois par jour, 365 ou 366 jours par an ! L'allaitant n'a pas de rentrées d'argent régulières, c'est fonction du croit des animaux ! Le laitier reçoit sa paie de lait tous les mois ! La gestion des exploitations en est profondément différente, mais beaucoup de problèmes sont les mêmes : Réserves d'aliments, sanitaire, logement des animaux, relation avec ceux-ci... Bref, on est des éleveurs !

Par contre, depuis 1984, les politiques agricoles régissant les 2 secteurs sont radicalement différentes, du moins jusqu'à peu !
196... On manque de lait comme de viande ! Pour inciter les producteurs à produire, on crée au sein de l'Europe des 6, des prix minimum garantis ! En parallèle, on met en place la préférence communautaire , c'est à dire que sur les productions concernées, on ne peut pas importer en dessous du prix garanti ! C'est la mise en place de droits de douane variables !
198... : Depuis plusieurs années déjà, l'Europe des 12 est excédentaire pour les productions qu'elle a décidé de soutenir ( Elle a abandonné la production des protéines aux "Amériques" ) ! On accumule les stocks ! Pour s'en débarrasser, on vend sur le marché mondial ! Comme le cours intérieur est supérieur au cours mondial, pour vendre sur ce marché, on donne aux exportations une subvention compensant l'écart ! Elles ont un nom; les restitutions. La guerre des prix s'engage sur le marché mondial avec en particulier les USA qui n'ont pas envie de perdre des marchés surtout sur le marché du blé ! J'y reviendrai un autre jour ! Je me souviens très bien, on produisait des mâles pour les frigo, on disait "à l'intervention", qui étaient revendus ensuite en URSS ou en Irak par exemple ! Plus cela va, plus cela coûte cher au budget de l'Europe car plus il faut vendre à vil prix pour conquérir de nouveaux marchés...
On parle de montagne de beurre, en stock ! Précision, à l'époque, le lait non consommé entier est surtout transformé en poudre de lait et en beurre pour être vendu sur le marché mondial. Contre l'avis de la profession, le ministre de l'agriculture de l'époque ( M Rocard)  décide de mettre en place des quotas de production pour le lait ( des années plus tard, on admettra que finalement...) ! On mesure la production de chacun à l'époque, cela donne un droit à produire qui est un peu minoré pour commencer de lutter contre l' excedent ! Pas trop pour que les élevages ne s' effondrent pas ! Interdiction de produire du lait pour tout éleveur qui n'a pas de "quotas" ! Si un éleveur dépasse son droit : pénalités ! Comme une vache ne s'arrête pas comme cela, certains jetteront le lait dans les fossés... En parallèle, on met en place un plan de restructuration du secteur sous le nom de plan de cessation laitière : En clair, l'état verse une subvention pour qui lui abandonne ses quotas ! La plupart des volumes ainsi repris ne seront pas redistribués pour éviter la sur-production ! Mais personne ne se soucie du devenir des terres qui passent de la production de lait à celle de blé quand elles sont bonnes et à l'élevage allaitant quand elles le sont moins ! Accentuant ainsi les excédents de ces productions qui elles ne sont pas contingentées ! Elles ne seront "réformées" qu'en 1992 mais avec une politique très différente ( Il faudra aussi que j'y revienne !) Mais ce n'est pas le seul ricochet subit ! En 1984, cela fait à peine 3 ans que je suis installé, beaucoup de petits producteurs laitiers abandonnent la production, des dizaines de milliers de vaches imprévues arrivent dans les abattoirs, cassant pour plusieurs années le marché de la viande !
En contre partie à ces mesures, l'Europe s'engage à pérenniser la garantie de prix du lait minimum ! Cette certitude d'être sûr d'avoir un débouché avec un prix quasi connu est sans doute le moteur d'une vraie révolution ! Les éleveurs laitiers restant vont faire un prodigieux effort de modernisation ! Poussé par l'industrie laitière qui va jouer à fond sur la création de nouveaux produits pour relancer une consommation stagnante, l'élevage va jouer sur 2 tableaux principaux : Accroître le nombre de litres produits par vaches qui va passer en 20 ans d'un peu plus de 4000 l par tête à presque 8000 ! Ces gains de productivité permettront aux éleveurs d'avoir des revenus à peu près corrects et constants , du moins pour ceux qui ont un quota suffisant pour se payer la modernisation ! Car celle-ci va être, à mes yeux, la clef d'une autre réussite majeure : La qualité bactériologique du lait va être améliorée en divisant par 20 ou 30, le nombre de germes dans le lait ! Pour y parvenir, plus question de traire à la main car il tombe toujours des souillures ! Il faut des salles de traite coûteuses et performantes ! Et il faut une énorme discipline de l'éleveur... Mais le résultat est majeur : Grâce à cela, on peut continuer de faire les fromages au lait cru sans risques et on pourra élaborer et créer une multitude de produits , yaourts au bifidus, fromages de tout types... La consommation interne à l'Europe se renforce, mais surtout , la vente de ses produits sur le marché mondial s'accentue ! Ces produits transformés se vendent à leur prix réel, sans restitutions ! Du coup, on a diminué par 3 ou 4 , peut être plus, les volumes vendus de poudre de lait ou de beurre avec aides sur ce marché !

Mais on n'aime pas un système qui marche à l'OMC : Un marché doit être ouvert ! En 2003, l'UE décide d'abandonner le prix garanti sur le lait et octroie une prime en compensation ! Le prix du lait baisse; les industriels voulant récupérer la prime en achetant moins cher ! En 2007, dans un marché morose, les spéculateurs provoquent la pagaille sur le marché des matières premières ! On est sûr de manquer de lait ! On augmente les quotas de chacun des survivants, on augmente le prix payé ! Les éleveurs foncent, ils investissent dans des vaches supplémentaires, des aliments... On produit plus, trop même puis la crise de 2008 ! En parallèle, l'UE qui confond accord interprofessionnel avec monopole, accuse d'entente illicite la façon dont était négocié un prix unique du lait pour tout le monde , pondéré de quelques critères ! L'interprofession ( producteurs, transformateurs et distributeurs ) qui était une des rares à fonctionner éclate ! Le prix du lait baisse... Il y a quelques jours, les éleveurs reçoivent la paie du lait livré en avril ! Alors que les quotas sont en sous réalisation de 10% , le prix est en baisse de 30% ! Du jamais vu ! Pour la première fois depuis des décennies, les producteurs sont payés en dessous de leur prix de revient ! Personne ne s'interroge sur le fait que d'un seul coup, toutes les entreprises diminuent dans les mêmes proportions !

Le motif évoqué est facile à trouver : La crise ! " On est en concurrence avec les néo-zélandais sur le marché mondial..." C'est sans doute vrai mais pas complètement ! Il y a au moins 3 grands groupes qui sont sur ce marché : Danonne, Nestlé et Yoplait , excusez du peu ! Perso, je pense qu'ils profitent de la situation pour améliorer leur marge sur le dos des producteurs et se placer pour 2013, peut être même en prévoyant une guerre entre eux grâce à eux ! Parce qu'il faut que vous sachiez qu'en 2013, il n'y aura plus de quotas ! Donc, le lait pourra être produit partout en Europe pour peu d'être compétitif ! Quand il ne sera pas importé ! La délocalisation est en marche !

L'enjeu est donc énorme ! Combien de producteurs résisteront ?

Cette politique a eu un coût humain, un coût social et un coût en terme d'aménagement du territoire ! Cela me concerne par ricochet ! Sur mon département, le nombre de producteurs de lait a été divisé par plus de 10 depuis 1984 ! Une majorité de la surface libérée a été reconvertie en viande ! Pire au niveau national, il y avait en 1984, à la louche , 2/3 de vaches laitières et 1/3 de vaches allaitantes ! Aujourd'hui, les vaches allaitantes ont allègrement franchis la barre de la moitié des effectifs pour un troupeau global plutôt stable... Ceci explique peut être ou a au moins contribué à la stagnation, voir au recul, du prix de la viande à la production depuis 30 ans !

J'ai un problème de voiture demain , dommage : Sinon, je serai allé manifester avec les laitiers, il vaut mieux pour moi qu'ils corrigent vite le tir !

Quand à vous, consommateurs, vérifiez mais il y a peu de chance pour que le prix du yaourt baisse de 30 % ! Michel Edouard ( et cie ) , dans sa grande générosité baissera symboliquement le prix du lait UHT qu'il vendra à prix coûtant pour communiquer et se rattrapera au rayon fromage ! Un vrai renard ! Pardon pour la longueur de ce post, mais il est impossible de résumer en 10 lignes ( ou plutôt; je ne sais pas faire !)

A vous de juger !

                     veaux_sous_la_m_re

                  

                  

Posté par paysanheureux à 23:15 - politique agricole - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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