21/02/09
La plus petite fait le plus gros : vêlage super technique
Panne de batteries de l'appareil, vous serez donc privé de photo pour ce soir !
Hier matin, je ne remarque rien avec la caméra, ni à 3 heures , ni à 6 h 30 ! Mais je n'ai pas besoin de décodeur quand vers 7 h30 j'arrive dans la stabul ! Une vache a vêlé dans l'intervalle, je n'ai même pas besoin de voir laquelle, je l'avais remarqué la veille au soir comme étant prête et je l'avais à l'œil même si je n' ai pas été bon ! Les vaches sont tout de même faites pour vêler toutes seules dans la nature, il est donc normal qu'elles en fassent de même en élevage !
Mais je n'étais pas au bout de mes surprises ! J'isole mère et veau et remarque qu'une autre a commencé de travailler ! Un peu inquiète, j'ai du mal à l'approcher couchée ! Elle se relève bien avant que j'ai pu faire quoique ce soit ! Je décide de la laisser tranquille quelques minutes car j'ai aperçu dans la poche non percée, les onglons . Ils sont dans le bon sens, cela veut dire que tout devrait aller bien ! Je pars chercher mon matériel de vêlage, à savoir la vêleuse, les cordelettes , un sceau d'eau et une petite boite rouge dans laquelle se trouve une fiole avec un produit activant la respiration et une autre pour soutenir le cœur quand on reste pris trop longtemps ( Rester pris, veut dire que le veau reste bloqué à moitié sorti, j'y reviendrais plus loin !).
A la vue de tout ce matériel, ma génisse, car au deuxième coup d'œil j'ai vu que c'était l'avant dernière génisse à vêler, s'affole de plus en plus ! Impossible de la toucher ! Je décide de la remonter dans une case de l'autre étable ! Je n'aime pas car ce changement de lieu stresse les animaux qui les rend encore plus inquiets. D'autant qu'il y a tout un rituel au moment du vêlage avec une mère qui renifle les eaux des différentes poches, mémorisant de façon incroyable l'endroit où elle met bas ! Si vous retiriez le veau sans qu'elle le voit, elle le cherchera toujours au même endroit et pas ailleurs ! Cela veut dire qu'il faut toujours qu'elle le voit lorsqu'on les isole du lot ! Sinon, elle ne le reconnaît pas !
Donc je remonte ma génisse qui est de plus en plus inquiète ! Entre temps, la poche des pieds s'est percée, ce qui veut dire que dorénavant, le temps est compté pour sortir le veau ! Je la prend grâce à un peu de farine, je passe ma corde car je ne vêle jamais dans un cornadis de peur que si elle se couche, elle se retrouve pendue et...
Elle se défend, pas habituée à être prise ! Et je ne sais comment, elle fait passer le nœud de sécurité de la corde qui devient libre et la serre au nœud coulant ! Si elle se débat , elle peut de pendre ! Si je la lâche , elle ne se laissera plus prendre. Que faire ? J'hésite puis je me décide ! Il y a un truc infaillible dans ces cas là ! Engager un peu plus le veau dans le bassin ! Cela les paralyse de façon naturelle ! Pour cela , je prend mes cordelettes , saisie la queue et ... Il me faut 5 minutes avant de parvenir à passer une main sans la brusquer, elle balaie de gauche à droite et retour ! Je suis comme je peux, il ne faut pas lâcher la queue jusqu'à ce qu'elle cède ! Il faut parler calmement , histoire de lui montrer que l'on est toujours là et inutile de brusquer, cela ne sert à rien !
Dès que ma main a pu saisir une patte du veau à l'intérieur, j'ai gagné ! Je tire comme je peux ! Il faut imaginer que Dame nature a bien fait les choses ! Le veau baigne encore de liquide amniotique, un truc super lissant qui est fait pour le faire glisser dehors ! Mais un truc qui rend toute prise aléatoire ! Là, je peux vous dire que je serre la main en tirant doucement mais fermement ! Instantanément, la génisse a cessé de se défendre , les contractions reprennent et je m'en sers pour engager le veau ! Je peux enfin glisser la cordelette derrière les onglons m'assurant alors une prise sûre ! La patte à moitié sortie est énorme !
Je ne me souciais pas du vêlages des deux dernières génisses ! J'ai acheté l'année dernière un taureau issu d'une nouvelle lignée de sélection du charolais donnant des veaux petits à la naissance ! J'ai déjà eu 13 veaux de ce taureau sur les génisses , je n'en ai tiré qu'un seul ! Je n'ose pas en parler de peur qu'on croit que je ne surveille pas mes bêtes mais c'est ainsi. Malgré une surveillance toutes les 3 heures, je n'ai pas eu besoin d'intervenir sur 12 génisses et la 13 è , c'était par acquis de conscience !
Mais là, dame nature me rappelle qu'il n'y a pas de règles à 100 % ! La taille de la patte , au prorata de la taille de la génisse ( c'est la plus petite du lot ) me laisse penser qu' il va y avoir problème ! Césarienne ? Je ne décide pas de téléphoner au véto sur ce critère là ! La décision se prendra dans les 5 minutes qui vont suivre ! Un rapide tour d'inspection à l'intérieur de la génisse me montre un bassin déjà bien ouvert ! Tout à l'heure, j'ai aperçu les 2 onglons avant qu'elle se relève, preuve qu'elle a du passage ! Je prend donc ma cordelette dans la main et la passe autour de la deuxième patte à l'intérieur de la mère ! La première patte s'est retirée ce qui est normal, j'engage doucement la seconde...
Ma génisse est toujours avec son nœud coulant , je vais donc la détacher ! Le veau est assez engagé pour la paralyser , elle ne bouge pas mais refuse de se coucher malgré la reprise des coliques ( contractions) ! Je ne peut pas attendre indéfiniment... Je repasse derrière et recommence de tirer à la main sur les deux cordelettes à la fois ! Le veau avance bien ! Je tire de plus en plus fort au moment d'une contraction ! Je relâche, puis recommence ... Véto ou pas véto ? J'ai bien envie de téléphoner mais au fond de moi-même je me donne encore 5 minutes ! Il monte tout de même bien ! Il gèle encore dehors, je suis en nage ! Il faut dire que je tire de plus en plus fort au grès des contractions de la mère ! Encore une fois ! Miracle, je sens les épaules passer le bassin ! C'est mon vrai juge de paix, le veau est engagé, le vêlage se fera de façon irréversible par les voies naturelles ! Je ne prend quasi jamais le risque d'engager un veau avec la vêleuse ! Tout simplement parce qu'on a aucune idée de la force que l'on déploie en faisant levier ! Mais par expérience, je sais qu'on a toutes les chances de réussir un vêlage en engageant le veau à la main !
Je prend ma vêleuse, l'installe et commence l'étape suivante : Faire passer la vulve à la tête ! Pour comprendre , le veau se présente avec les 2 pattes avant allongées, la tête posée dessus ! Cela agit comme un coin provoquant le passage ... C'est toujours impressionnant de voir comme c'est bien fait ! Donc après les pattes, c'est le museau qui apparait ! Aucun risque pour le bébé à ce stade ! On tend, on détend, on retend avec la vêleuse ! J'ai pour principe d'accompagner, sans vraiment tirer, le mouvement, Je glisse 2 doigts entre la tête et la vulve pour masser et dilater en même temps que je tiens la vêleuse ! J'ai enlevé les peaux sur les naseaux, important pour tout à l'heure, les yeux apparaissent maintenant... Je me demande toujours s'il me voit ou si il est encore dans le cirage ? L'instant d'après , ce sont les oreilles qui passent, c'est amusant parce qu'à chaque fois , elles se déplient brutalement !!! A cet instant j'actionne très vite la vêleuse pour le faire avancer , les épaules sortent, le poids de la bête m'aide un peu puisque la mère n'a pas voulu se coucher, mais je m'active comme un fou !
Arrivé au ventre, je m'arrête ! C'est le moment critique du vêlage , celui où l'arrière train du veau s'engage dans le bassin, celui où on peut "rester pris" ! Je laisse le veau se reprendre ! Pourquoi ? C'est assez simple : juste après ce stade, le cordon se retrouve pincé entre le ventre du veau et le bassin de la mère ! Comme il n'est pas coupé, le veau n'a pas le réflexe de respirer et il n'a plus qu'une alimentation réduite en oxygène de la mère voir plus du tout ! Pour un veau de taille normal, je ne m'arrête pas , je tire et je l'arrache ! Les quelques secondes où le cordon peut être pincé sont sans danger. Mais là, je suis prudent. Je cherche à atteindre le cordon avec la main pour le couper avant de continuer ! En faisant ainsi, le veau va respirer et peut rester ainsi un bon moment même si ensuite on tire beaucoup !
Mais là, j'ai un vrai problème, je ne peut pas passer ma main , le veau est trop gros ou la vache trop petite ! Comme elle est debout tout le poids du veau pèse sur son ventre... Il ne me reste qu'une seule chose à faire : l'arracher le plus vite possible ! Plus facile à dire qu'à faire ! Je repars à la vêleuse au limite de la force possible ! En même temps, je mouline et je me sers du manche comme d'un levier, gagnant centimètre par centimètre... J'essaye également d'onduler sur les côtés, mon but est de faire bouger les cuisses du veau dans le bassin !!! Je suis trempé de sueur, cela vaut des fontes en salle de gym ! Le stress est maximal ! Je peux distendre les ligaments du bassin de la mère et elle ne pourra plus se relever ! Je peux aussi casser le veau ! Il faut forcer tout en restant raisonnable, trouver la limite sans la franchir... Je ne sais jamais combien de temps je passe en réalité sur ce genre de vêlage ! Ni combien de temps je mets pour arracher un veau de cette taille à ce stade ! A un moment , on sent une cuisse qui passe le bassin et une demie seconde plus tard, la seconde... Et là , c'est la libération , c'est joué ! Enfin pas tout à fait, il faut recevoir le veau pour qu'il ne tombe pas de la hauteur de la mère, ce serait dommage qu'il s'assomme, puis le ranimer ! Parce qu'il a du forcer autant que moi !!!! Je le tire sur le côté, pour le cas où la mère se laisse tomber, je lui verse un demi sceau d'eau froide sur la tête et surtout je fais très vite couler un peu d'eau à l'intérieur de l'oreille ! Il se produit alors un réflexe qui provoque la respiration du veau ! Pour celui-ci, il faudra 3 essais avant qu'il réagisse , en même temps , je le prend par les pattes de derrière pour le tenir la tête en bas et évacuer ainsi les restes de liquide amniotiques éventuels ainsi que des glaires ! Il fait plus de 50 kg, c'est le dernier exercice physique ! Enfin, il démarre ... OUF !
Je désinfecte le cordon met une sangle de délivrance à la mère et de la farine sur le veau pour lui faire lécher ! C'est une génisse, elle ne sait pas ce qui lui arrive, elle doit avoir mal ... Un quart d'heure plus tard, elle le lèche et depuis je ne suis pas le bienvenu dans la case ! 2 heures plus tard je fais prendre un sachet de colostrum reconstitué avec la sonde car ces veaux là mettent des heures à se relever ! Mais pour cette fois , je l'ai retrouvé debout à 18 heures et je n'ai eu aucune difficulté à lui apprendre à téter ! Une fois sec et blanc, il m'impressionne ! J'ai inscrit 52 kg en poids, mais plus je le regarde, plus je le vois plus lourd ! c'est incroyable qu'une génisse aussi petite ait fait un tel veau !
Je fais entre 5 et 8 vélages aussi techniques chaque année ! Un peu moins cette année grâce à ce jeune taureau qui donne plus petit ! Je vais donc choisir un taureau issu du même mode de sélection pour remplacer mon vieux taureau qui lui me fait tirer un tiers de ses fils ! La génétique, c'est important ! Même si les cas particuliers resteront toujours possibles, à toute heure du jour ou de la nuit , d'où notre vie quasi monacale au moment des vélages !
15/02/09
Sursaut en attendant la retraite ?
A partir de quel âge sent on le poids des années commencer à peser au point de vouloir arrêter ? Je ne suis pas certain que cela corresponde à un âge, je dirai plutôt à un état d'esprit, un contexte, une période... !
La discussion courre sur le sujet ! Premier enseignement, avant la cinquantaine, ce n'est pas une préoccupation et c'est mieux ainsi ! Ensuite, tout dépend de ce que l'on fait ! Il y a deux ans, je vous aurais répondu sans hésitations que je n'y pensais jamais ! Pourquoi cette année , cela me vient il de plus en plus à l'idée ?
Je ne pense pas que cela soit lié à l'âge, Mme PH, bien que plus jeune que moi, est passionnée par son métier, elle ne cesse de progresser en faisant des formations et en passant des examens ! Elle a acquis une expérience qui lui permet de mettre en pratique presque immédiatement tout ce qu'elle apprend ou de relier la nouveauté à des cas déjà rencontrés ! Moi, je n'ai rien de cela ! Les rencontres professionnelles sont souvent ennuyeuses, parfois entrecoupées par un exposé qui décoiffe un peu et permet de se mettre en perspective ! Le reste est souvent une vulgarisation de plus en plus pénible de règlements, sans saveur et rébarbative, imposée sans grand talent ! Difficile dans un tel contexte de se projeter dans l'avenir, d'imaginer de nouvelles techniques enthousiasmantes, de foncer dans l'inconnu... Depuis quelque temps, j'insiste sur ce côté pesant entourant tout projet ! Bien sûr, il y a déjà le problème du financement mais maintenant se greffe à tout projet, une tonne de dossiers qui incitent plus à se recroqueviller qu'à se dépasser ! Pour la première fois, mon métier me pèse un peu, manque de sel, de piquant...
Je me suis déjà ici, posé la question de changer de tracteur ! J'ai avancé un peu depuis... Tous mes vieux tracteurs, encore en état de marche donc de rendre service à d'autres exploitants, n'ont plus de valeur en France ! " C'est trop compliqué ou trop cher de les remettre aux normes pour les revendre, on préfère se priver de marché et ne vendre que du neuf ou du très récent ! S' il arrive quelque chose, nous sommes responsables ! Par contre, on vous donne une adresse en Pologne, ils viendront tout vous prendre..." Me voici donc condamné à vendre à des polonais ou à donner dans une casse ! En soi, cela ne me gêne pas mais me fait poser question sur ce gaspillage énorme et ses répercutions sur le prix de revient ! Mais au delà, se pose donc la question de réussir la vente puisqu'il n'y a pas de reprise et de réussir à trouver ensuite l'occasion qu'il me faut ! Car il reste acquis que je n'ai absolument pas les moyens de me payer un neuf ! C'est dommage mais c'est ainsi !
Autre exemple, il y a deux mois, l'obtention d'un crédit relevait du parcours du combattant ! Maintenant, cela semble un peu plus facile ! Mais que penser d'un banquier poussant brutalement à la dépense ? Je voudrais poser la question autrement : Si un même banquier, chez un client qu'il sait prudent en gestion, accorde une ligne de crédit de X et que 2 mois après il pousse à doubler la ligne parce qu'il sait que le dit client se serrera la ceinture plutôt que de ne pas honorer ses dettes, que penser de la chose ? Moi, cela a tendance à me crisper au sens où je me dis qu'on me force un peu et que je ne suis pas sûr de trouver dans l'avis du banquier la certitude de ne pas faire d'erreur et de me lancer dans une opération rentable ! est ce qu'on prête parce qu'on estime que je présente assez de garanties ou parce que mon projet est viable ? Remarquez, les arguments qui suivent, s'entendent... Dans le cas du tracteur, entre les réparations et les assurances, je vais "amortir" une bonne partie de l'investissement et ...
Le "et" est ce qui me tracasse le plus ! "Et vous pensez prendre votre retraite dans combien de temps ? Vos vieux tracteurs ( c'est moi qui ai soufflé) ne tiendront pas jusque là, en investissant vous êtes sûr d'avoir encore quelque chose au moment de céder ... Et vous en aurez profité avant ! " Il faut reconnaître que l'argument est de poids , imparable ! Mais il a également un revers ! Pour la première fois, je n'envisage plus un choix pour ma carrière mais en perspective de ma fin de carrière ! Un vrai choc tout de même ! Je passe du stade de moyen de produire à celui de revendre ! Remarquez, il n'est pas anormal de réfléchir à la continuité de l'exploitation, je n'avais jamais perçu sa proximité comme cela !
La discussion tourne ensuite sur le sujet ! Je ne sais pas qui prendra ma suite ! PH fils ou autre ? Vous ne me connaissez pas pour la plupart, mais si c'est le cas, vous imaginez la vitesse à laquelle tout cela a tourné dans ma petite tête ! Car autant l'enjeu du matériel est assez facile à résoudre autant celui des bâtiments d'élevage et des terrains est autrement plus délicat !
Les terrains ? Je ne suis pas trop inquiet... Il y aura sans doute toujours une solution ! La vraie question est celle des bâtiments ! Ils sont aux normes pour faire de l'élevage ! Mais il y a deux problèmes : Certains ont une durée de vie de 20 ans à 30 ans maxi, les autres sont de vieux bâtiments dont j'ai adapté l'utilisation ! Ils font partie de la ferme initiale , sont contigus à la maison d'habitation ! Soit ils gardent une fonction agricole et font perdre de la valeur à la maison ! Soit ils restent avec la maison, lui donnant de la valeur mais obligeant à construire leur équivalent pour continuer la ferme ! Donc je suis devant un choix cornélien : Est ce que je construit pour rendre les bâtiments louables à l'avenir pour un éleveur et là encore en bénéficier d'ici là ? Où est ce que je ne bouge plus , termine ma carrière comme cela et ne loue que les terrains à ma retraite ? Ce qui voudrait dire alors démolir les plus récents car l'entretien coûterait trop cher ! Économiquement, les deux cas sont jouables ! Mais où en sera l'élevage dans 8 à 12 ans ?

Je ne suis plus dans une simple logique d'investir pour mon activité professionnelle mais également dans la perspective de ma succession ! Cela m'a fait un choc ! Pour la première fois, j'ai l'impression de décider quelque chose qui n' engage pas que moi ! Pour compliquer le tout, se pose le problème de la maison, elle est imbriquée dans la ferme ! Resterons nous dans notre maison aménagée au fil de notre vie ou devrons nous partir ? Si nous restons, se posera le problème pour un locataire des bâtiments de ne pas être sur place ! Si nous partons, nous laissons un lieu auquel nous sommes très très attachés !

Déjà , je pense organisation du travail pour tenter de limiter au maximum l'activité de la ferme dans la cour devant la maison ! Ce n'est pas aussi facile que cela ! Cela fait des siècles que cela se faisait comme cela !
Voilà donc comment insidieusement, l'idée de la retraite est arrivée ! Vous ajoutez une dose de morosité ambiante en élevage avec des perspectives peu claires, une situation financière très très difficile, un hiver qui en est enfin un mais qui au bout de 8 semaines commence à peser sur l'organisme... Et ce qui paraissait évident devient porteur de doutes ! En cela mon vécu rejoint celui de tout décideur en période de crise : L'angoisse du lendemain, l'incertitude des perspectives, l'absence de ligne claire, l'interférence de décisions administratives voir de choix politiques intempestifs ( réforme PAC, normes d'élevage...) rendent prudent ! Un moment j'ai envie de foncer, l'instant d'après je me raisonne dans un excès de prudence ! Pourtant, l'avenir appartient aux ambitieux ( au bon sens du terme ) !
08/02/09
En fait, mon préfet m'inquiète...
Le préfet d'un département est le chef de l'administration... Vous imaginez quand même bien que je n'ai rien à redire sur la femme ou l'homme qui occupe la fonction... Sauf qu'en ayant eu la chance d'en croiser un certain nombre, j'ai mon opinion sur les personnes qu'évidement je ne donnerai pas ici ! Disons simplement, pour faire simple qu'il y a un très bon pour deux ou trois passables !
Non, si je me suis permis par deux fois de critiquer le premier administratif départemental, tout en respectant toutefois la fonction, c'est tout simplement pour tenter de vous faire part de mon interrogation sur la dérive de notre société ! Et je ne savais pas comment l'aborder. Que, par deux fois, on interdise les transports scolaires et que deux fois le lendemain, on ait un accident de car ne me réjouis pas du tout ! Cela met en évidence l'imprévisibilité de dame nature qui refuse de rentrer dans les circulaires ministérielles ou les arrêtés préfectoraux. Le trop fameux "principe de précaution" appliqué à toutes les sauces, est un non sens total ! On a donné la possibilité à tout à chacun de poursuivre tout responsable en justice pour manque de précaution ! On le paie aujourd'hui. Ce que, dans le temps, on acceptait au titre de la fatalité est devenu dangereux donc insupportable ! Si on continu, on va se retrouver dans une société complètement bloquée ! Au nom de ce principe, depuis 5 semaines, les cours auraient du être interdits...
Mais ce principe va conduire à la catastrophe en agriculture ! Pourquoi ? Parce que tout simplement, comme pour tous les métiers touchant au vivant, rien ne marche jamais comme prévu ! Un métier comme le mien, il n'est pas le seul, ne répond pas à des règles établies mais demande de réagir en permanence à une nature, parfois maîtrisée, très souvent imprévisible ! Et la réussite dépend uniquement de cette capacité de réaction en temps réel, de la capacité à prendre une décision même si parfois elle contredit celle prise une heure plus tôt, pour gérer des situations d'urgence... Bref, elle demande une énorme flexibilité, tant en disponibilité qu'en capacités techniques ! Elle exige tout autant d'expériences que de compétences initiales...
Bref, elle ne résiste pas à une prévision rigide, à un carcan administratif, à une feuille de route écrite à l' avance... Qu'une année soit sèche ou humide, qu'il gèle ou au contraire que l'hiver soit doux, que... La marche à suivre diffère. Comme tout chef d'entreprise, il y a des décisions de gestion à prendre, décisions techniques, décisions économiques, financières... Mais si on rajoute la couche de trop, la machine déraille, on l'a vu avec la FCO. Je vais essayer vous faire toucher du doigt avec un autre exemple simple et sans aucun enjeu réel , ce que peut donner un excès de précaution, donnant un excès administratif, devenant dangereux !
Suite aux excès de quelques éleveurs, on a décrété les effluents d'élevage hautement dangereux ! Ces effluents se nomment fumier et lisier ! Il y a un peu plus de 100 ans, c'était le seul engrais ou presque. Il y a 50 ans, les tas de fumier étaient le mètre étalon de la richesse des paysans ! Simple : plus le paysan avait de vaches, plus le tas était gros, plus il était censé être riche ! Le bon sens paysan ! Puis est venu le développement, comme souvent , certains ont fait des bêtises, en particulier dans les zones d'élevage hors sol, on nomme cela élevage intensif ! Fumier et lisier sont devenus des produits très dangereux ! Plus que les engrais chimiques, un non-sens ! Il fallait corriger. Donc, l'administration , comme elle en a le devoir, a mis en place un système de contrôle et de sanctions efficaces ! Quelques règles simples pour savoir où étaient épandus les effluents, quand, pour quel tonnage ? Les élevages doivent,et c'est normal, justifier de surfaces suffisantes pour être certain de ne pas dépasser des tonnages qui conduiraient à des pollutions ! Mais la machine s'est emballée, traitant tout le monde sans discernement...
Depuis plus de 10 ans, j'ai un "plan d'épandage" qui détermine les parcelles où je peux mettre les matières organiques et un "cahier d'épandage" où je note ce que je fais ! Mme PAC l'a passé au crible en novembre, et elle a fait des calculs de cohérence... Même si déjà à ce niveau je trouve que dans une région comme la nôtre où le nombre moyen d'animaux par ha est très faible, où l'apport global en azote est assez minable, donc ce genre de mesure inadaptée, j'admets que ce cahier apporte la preuve que je ne mets pas tout, toujours au même endroit ! Ce qui serait un contre sens économique !
Je vous montrerez bientôt sur des plans, comment je gère cela pour faire un maximum d'économies sur les achats d'engrais. Mais cette année, il y a pleins de nouveautés contraignantes ! D'abord, nous devons prendre le phosphore en compte et...
Et ...? Nous devons produire un plan prévisionnel d'épandage pour l'année ! Quel beau nom ! Je me disais que j'allais simplement faire un plan des parcelles ayant reçu du fumier les 2 dernières années donc qui de ce fait ne devraient ne pas en recevoir cette année ! Pour faire simple, je me disais que j'allais mettre sur un plan de la ferme l'application des règles pour ne pas faire d'erreurs ! Que nenni, quand j'ai posé la question à Mme PAC ( contrôleuse) elle m'a répondu que réglementairement, ce n'est pas du tout cela : " Il faut une liste de toutes les parcelles où vous écrirez les dates auxquelles vous ferez les épandages, les quantités, la nature du fumier, les fertilisants qu'ils apportent... " "Mais je ne peux pas prévoir ce que je ferai dans une semaine, alors un an ? Je ne connais pas la pluviométrie, je ne sais pas quand les animaux iront au pré ou auront finis de pâturer, si j'aurai le matériel puisque je suis en CUMA, si les sols porteront... " " Vous devez prévoir, demandez à votre technicien de vous le faire ! "
Le dit technicien, qui a une formation initiale inférieure à la mienne, me prendra entre 500 et 1000 € pour faire une étude ! Comme les comptables, il y aura toujours une clause pour dire que sa responsabilité ne peut être engagée au delà des documents produits ou des exigences connues au moment de la dite étude ! Il s'empressera de me proposer un service de mise à jour éventuelle de façon à garantir son boulot pour l'avenir ! Mais, il ne sera jamais responsable si il y a une erreur ou un imprévu !
Écrire l'avenir en agriculture est tout simplement tuer le métier ! On doit composer avec l'avenir, tenter de l'apprivoiser... On ne peut pas le prévoir et le faire passer dans la moulinette d'un plan établit même si globalement, on peut et on doit avoir une stratégie...
Voilà pourquoi mon préfet m'inquiète ? Tout simplement parce que si je regarde la progression de la demande sociétale traduite par l'administration, sur la façon d'exercer mon métier, je suis atterré par cette tentative de mise sous tutelle... La prochaine étape du plan prévisionnel sera sans doute de le faire valider par l'échelon départemental, avec des procédures longues et fastidieuses... Valider, veut dire figer ! Or avec dame nature, la perte de capacité de réaction peut vite être fatale ! Si je reste sur mon exemple anecdotique somme toute, un orage, un problème de pâture, un problème de portance viendront rendre le prévu impossible à réaliser ! Comme la procédure de correction contrôlée sera trop longue, le retard s'accumulera, plus dangereux que le problème de départ ! Et la récolte suivante sera minorée ou perdue !
Je ne sais pas si j'ai réussi à vous faire toucher du doigt le problème ! Cette dérive s'applique sur ma ferme à des tas d'autres sujets : en terme sanitaire, en terme gestion du troupeau, en terme gestion de l'eau, en terme gestion du paysage, en terme de construction.... Je suis pour la régulation d'une façon générale, de façon à protéger les gens, le milieu et préserver l'avenir ! Je suis contre la dé-responsabilité individuelle qui prend des proportions dangereuses dans notre société aujourd'hui ! Je veux qu'on me sensibilise à un problème, à un enjeu... Qu'on mesure ma capacité à mettre en œuvre une stratégie qui prenne en compte dans ma façon de pratiquer mon métier, le soucis de limiter les problèmes ! Pas qu'on me mette sous toise et qu'on tue à petit feu mon esprit d'entreprendre et d'initiative individuel !
Ce que j' écris là a une énorme importance pour moi ! Le "papier" ou l'audit ne doivent pas devenir l'unique autorisation systématique pour faire ! Les agriculteurs voient dans l'intervention de l'administration une dérive vers le système de l'ex-URSS ! Dans ce pays, le contrôle de l'état était tel que la moindre décision devenait impossible à prendre ! A tel point, par exemple, que l'on devait semer le blé entre deux dates établies. Ils ont semé dans la neige, ils n'ont rien récolté, mais ils avaient suivi les consignes du plan !
J'ai peur qu'à trop vouloir ouvrir le parapluie, on en arrive à la même situation ! Il est urgent de prendre conscience du problème, de reprendre la main ! C'est la vraie réforme qu'il faut insuffler ! Il nous faut une stratégie d'ensemble, donc une politique agricole, avec des règles ! Mais ensuite, il faut des femmes et des hommes qui exercent librement leur talents pour produire ! Il faut définir le plan global et laisser le détail aux intervenants !
C'est tout le rôle de l' État qui est à redéfinir, donc le rôle indispensable des fonctionnaires ! Mais attention à ce qu'ils restent dans leur rôle et ne commencent pas à créer des contraintes pour justifier leur place ! Mais le danger ne s'arrête pas à eux seuls ! La multitude d'organisations qui se donnent un rôle incontournable au travers d'exclusivités de pratiques est tout aussi dangereuse ! Comptabilité, médecine vétérinaire, conseil pour remplir des dossiers rendus volontairement trop complexes,conseils phyto, conseil technique, banques, assurances, équarrissage, diagnostiques divers... sont des services pour certains indispensables qui sont en train de passer du statut de conseil ou service gratuit au service obligatoire rémunéré, limitant réellement la possibilité de décision du paysan de base qui redevient un serf façon moderne !
Attention, danger ! Si cela continue, le paysan que je suis soit se rebellera, soit disparaîtra ! Courrez donc toujours pour que je me lève la nuit pour sauver un veau ou que je bosse un dimanche pour sauver une récolte si je dois m'asservir à une caste de donneurs d'ordre qui pendant ce temps là sont en RTT, en vacances ou en boîte de nuit !
Je me sais provoquant dans le propos ! Mais je voudrais que vous preniez cela pour un
appel à la raison plus que pour un coup de gueule . Je sens en écoutant
mes pairs que l'on approche réellement du point de rupture ! A méditer ! Individuellement, on se dit qu'on ne peut rien faire ! Et attention à notre comportement qui pousse dans ce sens là ! A force de montrer du doigt une profession, telle qu'elle soit, on la fragilise et on la pousse dans les bras de profiteurs qui se prétendent capables eux , de dompter dame nature !!!!
17/10/08
Tourne, tourne le manège des prix...
En juillet, alors qu'il flambait à plus de 140 $, il n'y avait rien de plus sûr : le prix du baril atteindrait 200 $ avant la fin de l'année... Hier, il est redescendu en dessous de 70 $ ! Et dire que j'ai du remplir ma cuve la semaine dernière pour labourer, je sentais la baisse mais je n'aurai pas cru qu'elle soit aussi importante. J'ai payé le fuel des tracteurs 0.962 fin juillet et en septembre, 0.815 la semaine dernière.. Et au cours d'hier, il devrait être à 0.62 ! Je consomme 5000 à 6000 l par an, cela fait donc 2000 € de frais fixes supplémentaires qui ont été dans la poche des spéculateurs... Car maintenant , on a la démonstration de ce que j'ai dénoncé l'hiver dernier...
On manquait de lait l'année dernière, on a demandé un effort aux producteurs. Comme le prix de l'aliment était ( et reste encore ) très cher, tout comme celui des engrais, on a donné un petit coup de pouce aux prix qui ont permis de justifier une flambée de celui du yaourt... Le producteur a travaillé plus pour ne pas gagner plus ! Aujourd'hui, on a trop de lait, le prix "doit" baisser alors que le coût de production reste ! Pire, les éleveurs "balancent" les vaches, faisant chuter les cours de toute la viande , y compris ceux de mes animaux qui ont décrochés depuis début septembre ! ( la consommation est en baisse de 12% )...
En octobre 2007, le prix du quintal de blé atteignait les 270 €, en ce moment, les cours affichés dans les mêmes conditions, se situent à 135 € . Et la baisse n'est pas terminée ! La faute à une récolte record dans toutes les régions du monde ! Du coup, les stocks se sont heureusement reconstitués ! Pas pour sécuriser le système , un milliard d'humains se trouvent exclus du droit à manger régulièrement ! Juste pour ne plus avoir de soucis de soudure entre les récoltes !...
J'ai reçu une multitude de mails ( de boulangers surtout) me reprochant mes propos. Je comprends que chacun ait envie de refiler aux autres la responsabilité des hausses. J'ai bien compris que dès qu'un curseur bouge quelque part, tout le monde tente de s'en servir pour augmenter un peu sa marge ! Au bout du compte, tout monte ! Du prix des services qui n'utilisent pas de matières premières aux impôts ( surtout les locaux ) si bien qu'on est pris en étau et que lorsque la baisse s'amorce, les répercutions sont bien longues à venir ! Je doute même qu'elles soient intégralement reportées...
Les événements des derniers jours peuvent avoir des effets catastrophiques. Ce qui est décourageant; c'est que ce ne seront pas uniquement ceux qui ont profité du virtuel qui paieront les pots cassés des excès ! Je pense faire partie des gens qui sont dans l'économie "réelle" . Je sais, on me reprochera encore de me plaindre, comme si de travailler au chant des petits oiseaux devait suffir à accepter de travailler à perte ! C'est le cas des éleveurs ici, mais personne ne pipe mot ! Un kilo de viande coûte un peu plus de 5 € à produire en ferme ! Il m'est payé à ce jour 3 €. La différence, c'est les subventions qui compensent !
On a mis le montant des subventions de chacun en ligne sur Internet... Chacun peut aller voir ce que touche le voisin, histoire de rendre les gens jaloux les uns des autres. Le pire, tout citoyen , légitiment, peut consulter ! Mais aura t'il conscience que ce n'est pas de l'argent de poche et que ces sommes servent à faire tourner la ferme ?
En fait, cela a été mis en place pour permettre leur suppression ! La profession n'a pas anticipé, elle est prise au piège! Elle n'a pas su proposer une politique alternative, trop inquiète de devoir accepter de remettre ne cause des avantages acquis. Et qu'on ne vienne pas me reprocher que personne n'avait rien dit, on pourrait retrouver des discours... Maintenant, la nasse se referme.
Supprimer les subventions ? Je serai toujours payé à 3 € car je vois mal comment vous pourriez payer la viande plus chère à l'étal ! Donc, soit tous les biens et services qui me permettent de produire baissent en proportion, soit je stoppe tout !
Vous croyez que nos anciens en 1960 étaient fous en mettant en place une PAC ? A l'heure où on parle de régulateur à tous les niveaux, pourquoi devrait on abandonner l'agriculture au hasard ( il y aura de mauvaises récoltes à l'avenir) ? C'est de notre nourriture dont il est question ! La PAC doit nécessairement évoluer ! Mais attention à deux choses :
Le paysan s'en sort mieux en période de pénurie de sa production. Un vrai contre sens du seul marché si l'ambition est de nourrir tous les hommes !!!
Le cycle de production est de l'ordre de l'année dans le meilleur des cas, pluri annuel dans la majorité des cas ... Il est suicidaire de ne pas donner de sécurité aux outils de production !
L'économie durable ne peut donc pas se gérer à la corbeille, ni dans des résultats trimestriels ! Le moyen terme est l'échelon normal . D'ailleurs, si on regarde l'énergie, la pire chose serait un retour du prix du pétrole à 20 $ , toutes les alternatives ne seraient plus rentables... C'est bien la preuve qu'il faut de vraies politiques, preuve qu'il faut, en cette période de mutation, bien mesurer les effets de celles-ci et ne pas croire à la facilité de plans de relance mal ciblés !
05/10/08
tracteurs, quel choix ?
Envisager toutes les situations est plus fort que moi ! Le labour est un moment privilégié pour le faire, j'avance lentement, l'esprit en ébullition...
Que dois je faire pour les tracteurs ?
PH fils cet été, m'a fait une remarque pertinente : " Ce serait plus agréable de travailler avec des tracteurs en meilleur état. Tu as des outils performants derrière, mais tes vieux trucs..." J'ai toujours tendance à trop calculer ! J'ai simplement organisé la ferme en fonction de sa rationalité. Je ne suis pas un fan de tracteur. J'ai des copains qui le considère comme un moyen d'expression de leur statut, tout comme certains s'affichent avec une belle voiture pour être considéré. Ce n'est pas mon truc. Je suis capable d'atteler un outil dernier cri, hyper-innovant derrière un vieux coucou ! Je regarde le coût, le résultat, pas l'aspect...
Je vais devoir toutefois repenser mon parc traction . J'ai 3 tracteurs , un très vieux tracto , un plus récent en très bon état et des parts pour utiliser avec d'autres un tracteur dernier modèle. Mais mes 3 tracteurs ont pour l'un plus de 10000 heures, les 2 autres plus de 8000 heures. Pour comparer, c'est comme si vous aviez des voitures de plus de 400000 km pour le premier et de plus de 300000 km pour les seconds. Celui qui est partagé n'est pas disponible souvent, il me sert de roue de secours et pour des chantiers précis...
La logique, si nous ne vivions pas ces crises, est de racheter un très bon tracteur ! La décote est telle que je me disais que si je pouvais trouver un bon tracteur de 3000 heures, ce serait parfait ! Je me débarrassais alors de 2 des vieux ! En fait, je pourrais dans ce cas, garder celui de 110 CV qui est une vraie bête de somme et diminuer ma participation dans celui en commun . Ça , c'est la logique !
La réalité est plus difficile. Plusieurs choses entrent en ligne de compte:
La crise FCO va rogner des 2/3 les résultats de la ferme ! Une fois prélevée ma contribution à la vie de la famille, les comptes seront négatifs ! Même si je retrouve quelques marges l'année prochaine, il va être difficile de convaincre le banquier que le projet est intéressant pourtant il faudra emprunter !
La crise financière va faire monter les taux d'intérêt des prêts ! Le coût de l'achat futur va être plus important. Si j'emprunte trop, j'aurai plus de frais les prochaines années. Pourrai je dégager de la marge par économie sur d'autres postes ?
Le prix des céréales a fortement chuté ces dernières semaines. De plus de 280 € l'année dernière à cette date, on est à moins de 160 € en ce moment, voir même 150... Mais comme pour l'essence à la pompe, le prix des denrées finales ne baisse pas ! On commence de parler d'une petite baisse de l'aliment du bétail, rien pour les autres intrants et tous les services à l'agriculture sont à la hausse, la plupart de temps par opportunisme ! Donc, à système de production égal, mon coût de production ne baissera pas ! C'est tout mon problème, subissant les hausses, je ne peux les répercuter !
Cette évolution du prix du blé a une autre conséquences indirecte; les céréaliers vont freiner à nouveau leurs achats de tracteurs neufs. Dans une conjoncture euphorique, la fiscalité et l'optimisme poussent à l'investissement ou au renouvellement rapide... Ce tassement va remettre les choses en place d'autant que les intrants culture n'ont pas baissés et qu'ils subissent comme moi l'inflation du coût des services... Il y aura raréfaction des offres de tracteurs d'occasion !
La hausse du prix de l'acier au niveau mondial a surenchérit de façon considérable le coût de fabrication du matériel agricole ! Il y a peu de pièces qui ne soient pas à base de fer ! Mécaniquement, le prix de l'occasion a suivi, puisqu'on applique des décotes par années et heures d'utilisation . Donc le prix de ces matériels encore potable est plutôt plus cher...
Les normes actuelles rendent obsolètes les plus vieux engins . A part pour des collectionneurs, difficile de s'en débarrasser. Ils sont souvent trop gros pour l'agriculture de loisir qui est conquise par les engins miniatures ( très chers !). La porte de sortie est venue des pays de l'Est qui viennent acheter les engins plus âgés pour se constituer des parcs sans engager trop de capitaux ! Mais cela ne durera pas, ils évoluent très vite et ils pourront bientôt s'équiper de neuf !
Les risques de pannes sont bien sûr le plus gros problème. Il y a le prix des réparations bien sûr, il y a également le retard pris pour les travaux, dont les conséquences sont plus difficiles à chiffrer sans compter les contrariétés ! Plusieurs tracteurs en période de foin par exemple sont un avantage, on évite de dételer les outils et on saute d'une opération à l'autre. C'est moins évident le reste du temps. Les coûts induits ne sont pas négligeables, du style les multiples assurances, le remisage à l'abri...
Il me reste entre 10 et 14 ans de vie professionnelle, je suis donc devant un choix qu'il me faut faire assez vite. En fait, dès que l'on s'intéresse à un problème, on a envie de bouger , mais doucement quand même ! D'abord, il faut trouver les occasions ! Des voisins arrêtent, d'autres renouvellent leur parc... Il faut donc se mettre en position "éveil" et essayer de percevoir le marché . Il n'y a pas de côte du marché, juste des ordres de grandeur ! Et cela rend les choses difficiles pour apprécier les opportunités ! Cher, pas cher, trop cher ? En fait, je me sens contraint de revenir à une appréciation des moyens financiers disponibles et utilisations sur ma ferme. Je sens que je ne vais pas me faire plaisir sur ce coup là ! Je m'explique : J'ai une possibilité d'acheter un tracteur de 90 CV de 3000 heures mais en empruntant au moins 20000 € ! J'ai une autre possibilité pour un tracteur de 95 CV, beaucoup plus vieux mais sain que je pourrais autofinancer en vendant tout mon vieux matériel. Dans le premier cas, il irait jusqu'au bout de ma carrière. Dans le second, le remplacement sera nécessaire dans 3 à 5 ans ! Le premier a tout le confort, y compris une climatisation, le second est rustique sans clim !
J'attends de connaître le prix du second ! En fait, il n'est pas certain qu'il se vende, tout simplement parce qu'il n'est pas certain que mon collègue obtienne le prêt nécessaire pour acheter le tracteur qu'il vise. Chaîne sans fin, qui nous rend interdépendant les uns des autres. De même, dans les 2 cas de figure, il faut que j'arrive à vendre tous mes vieux trucs... Aurai je la trésorerie en relais ?
Voilà ce qui me trotte dans la tête depuis 6 mois, depuis que mon banquier m'a fait la remarque suivante : Cette gestion est très efficace côté coût mais qu'elle touche à sa fin avec l'âge du matériel. Fait attention de ne pas prendre un risque trop important et de te retrouver coincé !
Mais cet exemple de gestion montre également le lien très fort qui existe entre micro et macro économie ! La conjoncture actuelle aura un impact évident sur les décisions de gestion de toutes les entreprises, même les plus petites. Déjà, les conséquences se font sentir pour l'octroi de crédit. J'avoue que je me pose beaucoup de questions : Alors que la survie de ma TPE est en cause, puis je continuer à utiliser des services extérieurs toujours en hausse ? Puis je continuer de vendre au mieux à prix égal alors que les intrants sont beaucoup plus chers ?
J'ai l'impression d'être un peu dépossédé par certaines décisions obligatoires du bénéfice des efforts que je fais pour faire des gains de productivité ! Jusqu'à quand ?
25/09/08
Coup de frais
Il y a des matins comme cela, où les informations s'enchaînent sans que l'on y prenne vraiment garde, mais qui à un moment ou un autre, finissent par vous saper le moral…
Ce fut le cas il y a deux jours. Une réunion informelle des ministres de l'agriculture s'est réunie pour réfléchir à l'avenir de la politique agricole commune. Malgré la crise que nous connaissons depuis un peu plus d'un an, les positions de chaque pays n'ont pas évolué. La ligne défendue par un certain nombre de pays prépare en réalité la fin de la PAC. Plutôt que d'augmenter le financement de l'Europe en mutualisant d'autres politiques, on veut faire des économies budgétaires en supprimant la seule politique quasi commune.
Entre deux tasses de café, je n'ai pu m'empêcher de dire Mme PH que j'avais beaucoup de mal à me motiver en ce moment pour mon travail. La crise FCO, la remise en question de la PAC rendent illisibles l'avenir proche de notre métier. Entre la mise de taureau et le moment du premier vêlage, c'est-à-dire pour faire une vache, il faut quatre ans. Comment peut-on investir sans avoir quelque assurance pour l'avenir ? J'ai des projets pour améliorer l'exploitation afin qu'elle me conduise à ma retraite. Je voudrais permette sa continuité par la reprise éventuelle par un jeune. Ce projet est même relativement simple.
Mais la crise financière actuelle ne permettra-t-elle d'accéder aux crédits ( déjà plus chers) indispensables pour mener à bien cette modernisation ? De plus, ne sachant pas quelles vont être les conséquences réelles de la FCO, je suis incapable de prévoir quoi que ce soit en termes de ventes d'animaux ! Alors si en plus, on remet en cause les subventions venant de la PAC, j'avoue ne plus savoir dans quel sens aller...
Une étude récente sur notre département, montre qu'en rémunérant les personnes à un SMIC + 10 %, le prix de revient du kilo de viande avant d'être découpé ( c'est-à-dire en carcasse ) dépasse largement les 5 €. Or, les animaux se commercialisent aux alentours de 3 € ! La différence est donc comblée par les subventions… Voire pour les gens qui ont des difficultés par l'abandon de tout prélèvement c'est-à-dire de toute rémunération du travail. Dans un tel contexte, supprimer ou réduire les subventions revient à condamner bon nombre d'exploitations.
Vous comprendrez que devant tant de problèmes et d'incertitudes, avoir le cœur à l'ouvrage n'est pas facile. Finalement, je suis allé travailler sans radio. J'ai réparé les drainages. En période de sécheresse, les racines descendent dans les tranchées et profitent du moindre petit trou pour s'engouffrer dans les tuyaux... C'est impressionnant de trouver un enchevêtrement sur 2 ou 3 m de long qui bloque complètement le passage de l'eau. Retrouver le tuyau à plus d'1 m de profond, puis trouver l'endroit du bouchon est un exercice qui requiert beaucoup d'attention... Une bonne façon d'oublier les soucis et d'essayer de se dire que tout ce travail n'est pas vain...
À Mme PH qui ne savait pas trop comment me remonter le moral, j'ai simplement dit que je n'étais pas seul dans ce cas-là et que je devrais certainement réfléchir différemment mon exploitation rapidement. Il m'arrive parfois de me dire que je devrais démissionner des dernières responsabilités professionnelles et chercher un petit temps partiel complémentaire... Mais ai-je vraiment des compétences à proposer sur un marché du travail qui rejette déjà les cinquantenaires ? Suis je condamné à tenir jusqu'à la retraite ?
23/09/08
FCO, risque de rechute
Une fois sur deux, ce week-end, des collègues croisés au hasard du comice agricole de notre canton, m'ont posé la question : « est-ce que tu sais quelque chose ? ». Il circule beaucoup de rumeurs ici, il y aurait beaucoup de vaches vides, c'est-à-dire ne portant pas de veaux. Nous appréhendons tous les conséquences de la FCO sur nos troupeaux en termes de fertilité. C'est notre gagne-pain, la raison d'être de notre travail. Des chiffres circulent : jusqu'à 40 % ! Mais il est impossible de vérifier, il faut attendre de fouiller les vaches dès que possible. J'ai croisé un éleveur qui m'a redonné espoir, il a fait échographier toutes ces vaches, il n'a pas de problème particulier, le taux de vaches vides est de 5 %. C'est un taux habituel !

Du côté des marchés, les cours ne sont pas formidables. La production de lait a été très supérieure à celle de l'année dernière, on ne parle plus de pénurie. Du coup les éleveurs, qui avaient gardé quelques vaches supplémentaires pour répondre à la demande, sont en train de les vendre maintenant. Un apport qui arrive mal car il se conjugue avec un tassement très net de la consommation de viande, directement lié à la baisse du pouvoir d'achat. C'est très préoccupant, on parle de - 6% . Le contexte économique global ne laisse guère envisager de redressement rapide. Si seulement le pétrole pouvait baisser… Côté animaux pour l'Italie, ce n'est pas l'euphorie, beaucoup d'éleveurs vendent maintenant c'est-à-dire plus tôt que d'habitude de peur d'une fermeture de ce marché à cause du stéréotype 1 de la FCO ! Les cours sont donc très bas.
Dans ce contexte, le moral n'est pas vraiment au beau fixe. Surtout chez les jeunes qui sont particulièrement sensibles puisqu' ayant beaucoup d'emprunts à rembourser. Autant j'avais bon espoir d'un retournement de tendance au printemps, autant je n’y crois plus maintenant.
En effet le stéréotype 1 remonte maintenant du Sud, il arrivera probablement ici soit en fin d'année soit plus vraisemblablement l'année prochaine. Il nous faudra donc vacciner le troupeau sans doute pendant l'hiver. Mais nous butons sur un problème majeur : en l'état actuel du règlement, le fait de vacciner des animaux dans une zone indemne de la maladie, rend cette zone officiellement contaminée. Pour être commercialisés, les animaux de cette zone doivent être vaccinés avec un rappel à un mois, puis une période de rétention de 60 jours après le rappel. On se retrouve donc, en voulant nous prémunir contre la maladie, dans une situation de blocage du commerce pour trois ou quatre mois. Faire bouger cette réglementation est donc indispensable sinon nous nous retrouverons dans la même situation que celle de cette année.
Or personne ne pourrait résister à une seconde année de crise de cette nature ! J'en arrive à me demander si trop de règlements mal adaptés n'est pas aussi dangereux que la maladie elle-même.
En attendant, j'observe mes troupeaux. Je ne remarque pas de retours en chaleur, bon signe ? Quant à vendre, même avec une trésorerie plus qu'exsangue, je vais essayer d'attendre le plus longtemps possible... Heureusement, j'ai des stocks de nourriture !
22/09/08
Comment la recherche prépare mon avenir ?
Même en mettant les chances de mon côté, en respectant toutes les règles; à la fois d'élevage, d'abattage et de maturation, il reste toujours une petite part d'inconnu concernant la tendreté de la viande issue de mon troupeau. Qui n'a jamais pesté en découvrant dans son assiette un morceau un peu plus dur que ce qu'il avait imaginé ?
Les bouchers, ici, ont une réelle compétence pour mettre un maximum de chances de leur côté afin de ne pas décevoir le consommateur. Les plus sérieux continuent d'acheter eux-mêmes leurs animaux en ferme. Mais la disparition progressive de cette profession rend marginale aujourd'hui ce type de commercialisation de la viande. Plus de 80 % de la viande française est écoulée par la grande distribution. Le lien entre le producteur et le consommateur, entretenu jusqu'alors par le boucher traditionnel, est en train de disparaître.
Bien sûr, il nous faut tous au sein de la filière viande nous atteler à recréer ce lien. Mais il nous faut également ne pas perdre la compétence propre à une profession , en l'occurrence le boucher, qui sait reconnaître et trier les animaux en fonction des qualités culinaires. Les scientifiques peuvent nous y aider, c'est en cela, que nous avons perçu l'importance de la recherche fondamentale. Le colloque que j'évoquais précédemment avait pour but de faire le point sur les différentes méthodes pour apprécier la tendreté de la viande. En préalable, il faut définir des critères de tendreté, c'est en cela que les bouchers sont indispensables.
La question posée par différents intervenants de la filière était la suivante : Où en sommes-nous ? A quand une méthode de classement ?
Recevoir des chercheurs est complexe. Le langage, les termes doivent rester accessibles au plus grand nombre afin de faire comprendre les enjeux de programmes de recherche très coûteux. Je dois dire que j'ai été, lundi dernier, très agréablement surpris par la qualité des interventions qui m'ont permis de comprendre la quasi-totalité du propos. Je regrette simplement que l'on ne vulgarise pas plus ces programmes.
Je vais essayer de rapporter de façon très simple ce que j'ai retenu. Plusieurs méthodes sont envisagées :
o Tout d'abord la mesure sur les carcasses en abattoirs de la tendreté. Deux appareils nous ont été présentés, l'un utilisant le proche infrarouge, l’autre la fluorescence frontale… Je n'entre pas dans des détails que je serais incapable de vous expliquer. Pour le moment, entre les résultats de la mesure des appareils et l'appréciation par un jury de consommateurs de la tendreté des morceaux testés, disons que les résultats ne sont pas concordants.
o Le programme australien M.S.A : meet standart australian. Il s'agit là d'une méthode alliant statistiques et probabilités. 76 000 personnes ont dégusté 530 000 échantillons de viande bovine qu'ils ont classée en répondant à cinq questions. J'ajoute que 40 muscles différents et neuf méthodes de cuisson étaient testés. En fonction des résultats, on a pu déterminer des facteurs d'élevage ,d'abattage et de conservation qui permettent de classer les animaux en quatre catégories : non satisfaisant, bon pour tous les jours, meilleur que le quotidien et qualité supérieure. Cette approche nous déroute un peu car elle part du consommateur pour remonter aux producteurs. En approfondissant, on se rend compte que la plupart des critères correspondent aux exigences des cahiers des charges des élevages engagés sous le signe de qualité comme les labels rouges… Trop récent pour l'instant, ce programme demanderait à être testé à grande échelle sur d'autres zones de production du monde pour en connaître la véritable valeur. Personne n'ose s'engager pour le juger aujourd'hui.
o Dernier point, l'apport de la recherche fondamentale: Y a-t-il des gènes qui conditionnent ou préparent un animal à donner une viande tendre ou non ? Je ne vous ferai pas un cours de génétique. Retenez simplement qu'il y a effectivement soit des gènes, soit des expressions de gènes qui font que des animaux donneront une viande tendre. Mais pour le moment, nous sommes au tout début de l'expérimentation et il faudra sans doute plusieurs années, voir plusieurs décennies, pour passer de la recherche à la ferme et l'assiette... J'avoue que c'est cette technique qui me séduit le plus, je vais essayer de vous dire pourquoi :
Imaginez un instant que je puisse déterminer par analyse génétique quels sont les animaux ou plutôt les souches d'animaux qui donnent à coup sûr un animal à viande tendre ! Je pourrais alors sélectionner ces lignées et ainsi à terme (plusieurs décennies) produire des animaux à la viande toujours tendre. Les autres techniques constatent la tendreté ou non. Il y a donc un déchet possible. Chose qui ne se produirait plus une fois la sélection assurée.
Pour nous producteurs, comme pour tous les autres acteurs de la filière, nous pourrions optimiser notre production et garantir au consommateur la satisfaction maximale. On imagine aisément que les animaux ne soient plus payés au poids ou à la taille mais en fonction de la tendreté de la viande finale. Je ne sais pas si vous vous imaginez la révolution que cela représente dans les campagnes…
Voilà pourquoi ce colloque était passionnant. Mais il ne faudrait pas croire que la génétique puisse tout faire. Le savoir-faire des acteurs et le respect de quelques règles essentielles resteront toujours incontournables. Une viande consommée trop rapidement ( il faudrait plus de 15 jours de maturation pour bien faire ) restera de la semelle sauf à utiliser des artifices comme des hormones par exemple pendant la phase terminale de l'élevage. ( C'est ce qui se passe aux USA). Il est clair également que l'âge de l'animal, le sexe, la race, la façon dont il a été élevé et la nourriture qu'il a reçu sont essentiels.
J'espère vous avoir fait partager les enjeux que représente la recherche. Il y a très peu d'équipes compétentes au niveau mondial dans ce domaine. Comme par hasard, la majorité d'entre elles travaillent aux États-Unis pour de grands groupes... On comprend l'importance pour nous, éleveurs abatteurs et distributeurs, d'avoir des programmes en Europe pour défendre nos spécificités. Une partie de notre avenir passe sans doute par là !
15/09/08
Journées action extérieure
Pendant deux jours, je vais consacrer mon temps à la ferme sans être sur la ferme. L'occasion de réfléchir à l'avenir de notre métier, bien ballotté en tous sens en ce moment !
Aujourd'hui, assemblée générale de l'association dont j'ai la responsabilité ! Travail obscur ( Elle rassemble des structures donc nous serons peu nombreux ) au cours de laquelle nous allons réfléchir à l'avenir de la filière charollaise ! J'ai écris mon rapport jeudi et vendredi, je l'ai fait corriger par un ami , ne sachant pas si j'étais assez clair et complet ! La correction est revenue hier soir. Ce matin, j'ai relu... Maintenant, c'est envoyé , donc irréversible . Pourvu qu'il ne manque rien !
Il me reste à préparer une introduction à un colloque où des chercheurs vont présenter leur travaux sur la viande. C'est compliqué car les scientifiques n'aiment pas les raccourcis trop rapides alors que je suis convaincu que les auditeurs prêteront une oreille plus attentive à une présentation qui leur démontre les répercutions concrètes dans leurs activités même à moyen terme...
Demain, c'est plus simple pour moi, je suis le mouvement, bien content de ne plus devoir gérer ce genre d'événement.
Si mon document aujourd'hui n'est pas trop contesté sur le fond, j'essayerai de le reprendre dans un post, pour ceux que l'avenir de notre production intéresse...
04/09/08
Au nord : le 8, au sud : le 1...
La fièvre catarrhale , encore et toujours ! Je précise suite à un com sur un blog, que cette maladie existe depuis toujours en Afrique ce qui permet d'être affirmatif pour dire qu'elle n'a pas de conséquences pour l'homme mais juste sur les ruminants ! Seul le bleu de métylène rend la langue humaine bleue...
Fourrure m'a remis fort justement dans le bain par un com, découvert à mon retour. Les nouveaux cas sont chez lui ( à lire absolument) !
La catastrophe s’est produite au sud avec l'explosion de la ceinture vaccinale ! Pour lutter contre une maladie virale, lorsque l'on a enfin des vaccins, on vaccine tous les animaux dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres en espérant couper l'herbe sous le pied du virus qui ne peut plus trouver de porteurs pour se développer et mener à bien sa funeste mission. La technique est éprouvée pour bon nombre de maladies où la transmission est directe. L'espoir avec ce cordon vaccinal est de faire en sorte que les vecteurs potentiels ne puissent piquer que des animaux protégés et qu'ainsi, le virus ne puisse plus se développer !
Mais dans le cas de la fièvre catarrhale, on butte sur un problème de taille. Le virus voyage sur au moins un vecteur qui lui n'est apparemment pas malade; à savoir; un ou plusieurs moustiques. Il y a trop d'inconnues sur cet intermédiaire pour être affirmatif ! Et ce qui devait arriver est arrivé ! On ne saura jamais pourquoi, on supposera ajoutant ainsi encore aux ragots qui circulent en tous sens, le virus s'est retrouvé au delà de la ceinture ! Cela permettra aux décideurs de ne pas perdre la face ... En fait, il faudrait pouvoir vacciner les moustiques pour être vraiment couvert ( sourire, c'est une image pour montrer le problème) ! Il est donc passé, ré-alimentant d'un coup une angoisse née ici l'hiver dernier qui en projetant les progressions des années antérieures, faisait se rencontrer le 8 et le 1 cette fin d'année !
Parce qu'ici, le 8 continue son oeuvre ! J'ai fait faire le rappel hier sur les génisses qui seront les futures mères pour 2010 ! Comme nous avons mis moins de 10 minutes pour faire les 26 animaux, on a pu passer une heure à discuter de la maladie !
Première remarque, la maladie semble être moins forte sur les bovins que l'année dernière ( elle est redoutable pour les moutons ) ! Très souvent, les vétos ont cru au départ à des coups de soleil et le diagnostique n'a été sûr qu'aux résultats des analyses ! Le vrai enjeu semble être la fertilité des vaches ! La maladie a redémarré en juillet très très vite et plus tôt que l'année dernière ! les symptômes sont peu visibles et je suis incapable comme beaucoup de dire si elle est passée dans mon troupeau ! J'avais remarqué une semaine après le rappel des vaches et des veaux mâles, un nombre anormal de maux blancs (boiteries) . Tous les animaux qui boitaient , étaient vaccinés. j'ai pensé FCO mais les vétos m'ont dit qu’une boiterie d'une seule patte n'en était pas . Ou peut être à minima grâce au vaccin ( C'est moi qui le suppose) car avec le délai d'incubation, cela correspondait à une contamination vers fin juin, juste avant le rappel !
Deuxièmement, le vaccin semble marcher ! Les vétos ont noté que sur 3 exploitations avec des lots imbriqués les uns dans les autres, seuls les animaux non vaccinés étaient malades sauf une vache dans un lot dont le rappel a été fait fin juillet, soit 3 semaines après la reprise virale ! C'est plutôt encourageant ! D'autant qu'un copain, qui n'a pas fait vacciné, interrogé la veille m'a dit qu'il avait eu 3 vaches qui étaient en chaleur alors qu'elles avaient "couru" en mai et qu'à la sérologie, elles sont positives ! J'ai noté comme chaque année des retours mais les 5 ou 6 habituels ! Par contre, les premières fouilles chez des gens qui ont vaccinées tard sont assez inquiétantes. Mais nous n'avons pas encore fouillé en nombre suffisant, cela reste des cas particuliers donc toute extrapolation serait dangereuse. Néanmoins, Mme PH m'a demandé si j'étais inquiet, j'ai répondu par l'affirmative ! Même si j'ai tout fait dans les règles, je crains maintenant le verdict de la fertilité des troupeaux ! Ce sera la surprise du début d'hiver pour la région... Nous vivons du fruit des vêlages uniquement. Je ne m'étends pas plus ce soir. Je ferai un post gestion de la ferme avec toutes les hypothèses...
Troisièmement, nous sommes partis pour plusieurs années avec la maladie ! Il faudra faire un rappel chaque hiver et vacciner les veaux pour pouvoir les vendre, donc en été ! Je continue de penser qu'il serait sage de faire le 8 et le 1 sur toute la France dès cet hiver ! Il n'y a que la vaccination qui puisse marcher. Un document du ministère aujourd’hui enterre définitivement l'emploi des insecticides ! Inefficaces ! Dorénavant, la règle européenne s'applique dans les zones contaminées : Vaccin , rappel à 1 mois puis 60 jours de carence ! Pas de circulation d'animaux sauf dérogations particulières. Toute la France est contaminée en 8, donc pas de concurrence déloyale avec lui. Par contre seul le sud ouest est touché par le 1 et du coup, on a la situation inverse de celle de l'année dernière pour vendre...
Nous n'avons donc pas fini avec cette maladie ! Il reste les génisses de l'année qui ne sont pas vaccinées ! Sans doute en début d'hiver... Il y aura encore du travail en plus, des tas de contraintes... Je ne suis plus inquiet pour la santé de mes animaux, grâce aux choix nationaux , j'ai préservé le plus possible, reste à lever l'hypothèque vaches vides... Pour le reste, je ne change pas d'avis sur la gestion de cette crise sanitaire... Elle me coûte très très cher financièrement, les marchés sont très perturbés et je pense que le précédent ministre de l'agriculture porte une responsabilité énorme ! Tous les mois de retard pour commander le vaccin se paient cash ( Merci Julien !) aujourd'hui. Le troupeau ovin est très touché, on aurait pu le protéger ! Anticiper n’est décidément pas le fort des décideurs…
Voici la dernière carte ( 28 août), de plus en plus bariolée :
Les points rouges sont les foyers 8 : 8598 cas
Les point bleus sont les foyers 1 : 198 cas
Et pour mémoire; le cordon vaccinal au 8 août en rose rouge et vert : Transpercé !











