paysanheureux

La vie d'un paysan, éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"

09/09/09

Tracteur, le choix...

Vous vous souvenez des questions posées en octobre...

J'ai arrêté mon choix quelques semaines plus tard. Le neuf était intouchable, je n'avais aucune envie de courir les parcs de matériel agricole avec toujours l'angoisse de mal tomber... Mon réparateur a eu une très bonne occasion mais le prix dépassant 32000 € m' a fait reculer. De plus, il fallait changer les 4 pneus, ce qui, dans ces catégories là, n'est pas donné. J'ai donc continué de fureter tout en prévenant mon voisin qui cessait que son engin pouvait m'intéresser...

Arrêter cette année était très difficile... Normalement, tout doit être débarrassé au 11 novembre, pour la "saint Martin " ! Mais avec la FCO, il n'a pas réussi à vendre tout son cheptel à la date fatidique et a du trouver un accord avec les propriétaires et les futurs preneurs pour garder les animaux invendus... Très ennuyé, il m'a dit au départ qu'il avait besoin du tracteur pour les nourrir au moins jusqu'à Noël... Au fond de moi, je savais bien que tout ne serait pas réglé avant le printemps. Je n'ai rien dit et lorsqu'il m'a téléphoné en janvier en me disant qu'il en avait toujours besoin, je lui ai dit qu'ayant 4 tracteurs, même vieux, à la maison, cela ne me poserait pas de problèmes pour attendre... La chose a ainsi couru jusqu'en mai et c'est au début juin que nous avons traité... Le temps de faire les papiers, d'avoir les accords bancaires et je l'ai eu juste pour commencer les récoltes d'herbe !

                  

tracteur_renault

J'ai été obligé de le financer entièrement par emprunt ! 27000 € invertis qui se rembourseront sur 10 ans... Mais je n'avais pas trop le choix... Il m'a fallu adapter les équipements et j'ai pris mon temps ! Au fil du temps, avec mes vieux clous, j'avais déterminé un rôle spécifique à chacun qui me permettait d'avoir un rendement assez intéressant sur certains chantiers. J'ai du trouver une autre organisation... Tellement plus agréable pour travailler en particulier par temps de canicule ou pour des chantiers poussiéreux grâce à la climatisation ! Moi qui me sent fragile des poumons dès qu'il y a trop de poussière, j'ai vraiment apprécié... Idem pour le siège pneumatique... J'ai eu beaucoup moins mal au dos que d'habitude et j'ai pris moitié moins d'anti-inflammatoire que d'habitude. La différence est telle que je me demande si je ne vais pas investir 900 € en fin d'année dans un bon siège à installer sur mon vieux 1056...

Ce matin, j'ai reçu le pique botte avant qui va servir tout l'hiver !

                  

pique_bottes

Il est autrement plus solide que celui du vieux tracteur que j'avais fait moi-même. Il a tout de même servi jusqu'à hier pour mettre des bottes dans les râteliers... Il me reste une étape à régler rapidement : Vendre tous les vieux matériels ! Ce n'est pas le plus facile, mais il faut que je le fasse vite car les assurances courent et coûtent.

                  

ancien_pqiue_bottes_sur_fou

Quand au choix, je ne peux pas dire si c'est le bon ? Je mise sur une utilisation d'au moins 12 ans, sera ce suffisant pour atteindre la retraite ? L'avenir nous le dira, tout dépend du recul de l'âge de celle-ci... Je me demande avec un métier aussi pénible si je vais pouvoir tenir le coup bien des années après 60 ans...

                

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01/09/09

Attente

Nous sommes à une période climatique clé ! Sans doute, le moment le plus sec de l'année. En juin déjà, nous sommes passés tout près de la sécheresse mais un mois de juillet exceptionnellement pluvieux a permis de rattraper le coup  et les vaches ont eu a nouveau de l'herbe à manger. Depuis les quelques jours de canicule, cette herbe se fait plus rare... Il est même probable que je remplisse aujourd'hui les râteliers de foin pour permettre aux vaches de ne pas trop sur-pâturer en attendant la pluie libératrice qui permettra la repousse.

Cette pluie est annoncée pour cette semaine. Elle marquera sans doute la fin de l'été et le début de l'automne réel. Commencera alors un nouveau cycle agricole en vue de l'hiver ! Le travail de la ferme va être le suivant : D'abord préparer les semis, je ne laisse aucune terre nue l'hiver. Préparer les troupeaux, avant de sevrer à mi-octobre, il me faut trier les animaux, vendre ceux qui sont finis, profiter de l'éventuelle repousse pour "soigner" les vaches vides... Il faudra également effectuer les épandages de compost sans que cela gêne les troupeaux.

Enfin, la préparation de l'hiver passera par une maintenance sérieuse dans les bâtiments ! Pas mal de soudures en prévision et peut être une modification de la stabulation. Avec toujours les questions en souffrance depuis 2 ans : Quelle stratégie adopter sur le ferme entre conséquences de la FCO et devenir à terme de l'exploitation ? Mais comme l'âge probable de la retraite va sans aucun doute être retardé, l'échéance reculera d'autant... Un débat intéressant hier m'a conforté : A trop attendre, je risque de me pénaliser pour mes conditions de travail jusqu'à mon arrêt d'activité. Mais pour autant, le délai est court pour amortir certaines installations en si peu de temps...

Toujours cette recherche d'un équilibre bien difficile à trouver...  D'autant que d'habitude, à cette saison, il y a une petite reprise des cours des animaux vendus. Et bien ce ne sera pas pour cette année. Conséquences indirectes de la FCO et de la crise qui provoquent des décapitalisations de cheptel... On ne maîtrise pas grand chose...

                   cours_fin_aout

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04/08/09

trucs de météo de PH

Comment est ce que je gère ma météo ? Vaste question : lecture des prévisions sur Internet, les photos satellites à la télévision et mes observations personnelles :

Internet : C'est une vraie révolution. Je râlais , il y a 3 ans, car le site météo France était payant dès que l'on voulait du local. Pour un service publique... Depuis 2 ans, ils ont fait un choix plus judicieux. Leur site est à nouveau gratuit pour une météo locale à 3 ou 4 jours mais avec de la pub. Je préfère et depuis c'est mon site de prédilection en matière de météo, le plus fiable des sites français. J'ai découvert une fonctionnalité super :

site_acceuil

A l'emplacement que j'ai cerclé en rouge, vous tapez le nom de votre ville ou village, vous aurez la prévision à 3 ou 4 jours suivant l'heure avec une décomposition en 4 parties pour le jour en cours et en 2 les jours suivant  :

pr_vision_gueugnon___4_jour

Attention toutefois si comme moi à certains moments, vous ne voulez pas de pluie du tout, la nuit est longue entre le 2 è et 3 è jour et idem ensuite. Pour palier au problème, il faut passer en national et regarder les évolutions nuageuses. Mais ce problème concerne peu de monde. Par contre, si vous voulez savoir s'il risque de pleuvoir dans l'heure qui suit pour prendre votre repas sur la terrasse ou allumer le barbecue, cliquez sur l'icône marquée par la flèche rouge :

__1_heure

Jaune; vous pouvez y aller, gris; aux abris ! C'est assez fiable, je l'ai testé sauf pour les pluies d'orage qui peuvent être annoncées et ne pas arriver dans la même heure. C'est plus fiable en tout cas qu'une prévision d'orage 3 jours à l'avance. Dans ce dernier cas, il y a 2 ou 3 trucs... Les vaches, j'en ai déjà parlé. L'humidité globale comme en ce moment. Si demain , on passe les 30 ° il y a un fort risque d'orage à partir d'après demain... Par contre, si on était sous un régime de vent du nord frais, le risque tombe. Car ce vent marche par 3 jours... Attention, ce sont toujours des tendances liées à des observations, pas des règles absolues. Elles n'existent pas en météo, même à 48 h.

Reste les photos satellites, juges de paix ! Mais attention encore, blanc ne veut pas dire pluie! Le mieux est de prendre les photos radar ! Quand on dit qu'il ne pleut pas ce soir, regardez les points orageux sur les Cévennes :

radar

Cela reste très compliqué... Pour être plus sûr, le mieux est de croiser l'information avec un autre site, de préférence étranger : Celui-ci est super aussi . Vous tapez votre ville et vous avez une prévision à 5 jours plus détaillée car il y a les nuits :

5_jours_gueugnon

Par contre, je n'ai pas assez de recul pour vous dire si c'est fiable ! Cette fois les orages arrivent dans la nuit de jeudi à vendredi à 75 %( 2 jours avant, c'est pas mal!) ... Ils vont jusqu'à 15 jours, mais ce ne peut être que des tendances... Il faut que je le teste.

Par contre, leur heure par heure est tentant car sur une demie journée, mais moins fiable que la prévision dans l'heure de météo France :

heures_par_heures

La raison en est simple, les uns suivent des photos de satellites, les autres les pluviomètres en direct !

Voilà quelques trucs, parmi d'autres... Mais rien ne vaut le coup d'oeil lorsqu'un orage monte... C'est souvent le plus sûr...

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03/08/09

Dame nature ne donne jamais pareil...

Il est difficile de traduire simplement les sautes d'humeur de dame nature. Aucune année ne ressemble à une autre et jamais une même parcelle, même conduite de la même façon, ne produit la même chose. Je note beaucoup de choses mais l'avalanche de chiffres est souvent inexploitable. Le nez du paysan reste un indicateur sûr et sa capacité de réaction, tant qu'il restera maître des décisions, est sans aucun doute la vraie force de la profession !

Pourtant j'ai quelques repères pour étayer mes propos. J'ai une parcelle étalon. Elle est située sur le périmètre de protection des puits de captage de la commune. Elle ne reçoit aucune fumure, aucun animal n'y pâture, elle est simplement fauchée une fois par an. Cela dure depuis plus de 10 ans, c'est donc la parcelle témoin par excellence. Le tableau des bottes faites chaque année révèle pourtant une variabilité importante des récoltes : De 4 à 10 suivant les années. ( Elle fait 1 Ha , cela donne la production d'une parcelle qui ne reçoit aucun engrais )

                   le_reux
Prenons maintenant celle que je considère comme une des meilleures... 9.2 Ha conduit à peu près de la même façon ces dernières années !

                        pr__gorneille
On passe de 60 à 197, soit de un à trois. En fait, le chiffre de 2003 , année de sécheresse dramatique, montre l'effet fumure des autres années. Sans eau, pas de pousse. Tandis que si on exclue 2003, la variation en % est moins importante (  138 à 197 ) que dans la parcelle précédente. Au plus bas, on est tout de même à 15 bottes/ha pour monter à 21 bottes/ha... Vous comprendrez que je sois interrogatif lorsqu'on me demande de supprimer les engrais ! Avec seulement le fumier ( je le mets aujourd'hui) , il faudrait diminuer le nombre de vaches...

Reste le graphique clé , celui qui remplace les greniers de mon père ! A cette époque là, on savait en fonction du remplissage du grenier. Maintenant, on compte les bottes :

                               bilan_foin
La moyenne des parcelles est plus régulière, c'est le savoir faire paysan qui joue suivant les années sur les déprimes et les parcelles à récolter. Mais quand on tombe sur un vrai accident climatique, on ne sait plus faire. 1976, 2003 des années catastrophes...

J'ajoute que je suis incapable de vous donner le nombre de bottes nécessaires pour que tout aille bien. Disons, en année normale, que 550 bottes font l'affaire. Mais si on ne peut lâcher comme en 2008 avant la fin avril, il en faut 80 à 100 de plus. De même si l'automne ou l'été sont trop secs et qu'il faille  nourrir les animaux qui n'ont plus d'herbe à pâturer . De même si les cours conduisent à retenir des animaux ou si on se retrouve dans l'incapacité de les vendre comme avec la FCO...  Cela vous donne la difficulté de la prévision, le besoin de gérer des stocks ! Et il reste toujours l'année catastrophe : En 2003, il a fallu nourrir intégralement le troupeau du 1 er juillet au lâcher 2004 , soit un besoin de plus de 1000 bottes ! Impossible quand la récolte est de 260 bottes et le stock report, après le déficit 2002, de 100 bottes. J'ai donc du acheter 100 tonnes de paille et 30 tonnes d'aliments à l'extérieur en sus des achats normaux, à des prix prohibitifs puisque tout le monde était dans le même cas ! Depuis cette année là, plus celles de l'ESB, l'élevage ici est resté fragile.

J'espère ainsi vous faire toucher du doigt la difficulté du métier et en même temps la compétence des paysans qui jonglent en permanence sur des volumes de production toujours différents. Ingrat et passionnant. Seul sur ma moissonneuse, j'ai réfléchi à une définition de ma vie de paysan : Je suis tributaire de ce que me donne dame nature et je vis avec ce que me laisse les hommes ! A méditer en découvrant les marges des différents acteurs de la filière lait ou porc... Mais c'est un autre débat.

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18/05/09

Prix du lait, cela me concerne aussi !

J'ai des vaches ! Des allaitantes, c'est à dire que je ne trais pas, c'est le veau qui boit tout le lait ! J'appartiens donc au clan des allaitants chez les éleveurs bovins, face à l'autre clan, celui des laitiers ... Les premiers vivent uniquement de la viande produite ! Les seconds vivent d'abord de la vente du lait et accessoirement de la vente de viande, dans ce cas, sous produit de la production laitière ! Il y a parfois eu des tensions entre les deux groupes ici, surtout au moment de la crise de l'ESB !

Moi, j'ai toujours trouvé cela stupide ! Nous élevons des vaches ... Un allaitant a un rythme de vie calé autour de la naissance et de ses conséquences ! Le laitier a un rythme de vie dingue aussi : Il faut traire 2 fois par jour, 365 ou 366 jours par an ! L'allaitant n'a pas de rentrées d'argent régulières, c'est fonction du croit des animaux ! Le laitier reçoit sa paie de lait tous les mois ! La gestion des exploitations en est profondément différente, mais beaucoup de problèmes sont les mêmes : Réserves d'aliments, sanitaire, logement des animaux, relation avec ceux-ci... Bref, on est des éleveurs !

Par contre, depuis 1984, les politiques agricoles régissant les 2 secteurs sont radicalement différentes, du moins jusqu'à peu !
196... On manque de lait comme de viande ! Pour inciter les producteurs à produire, on crée au sein de l'Europe des 6, des prix minimum garantis ! En parallèle, on met en place la préférence communautaire , c'est à dire que sur les productions concernées, on ne peut pas importer en dessous du prix garanti ! C'est la mise en place de droits de douane variables !
198... : Depuis plusieurs années déjà, l'Europe des 12 est excédentaire pour les productions qu'elle a décidé de soutenir ( Elle a abandonné la production des protéines aux "Amériques" ) ! On accumule les stocks ! Pour s'en débarrasser, on vend sur le marché mondial ! Comme le cours intérieur est supérieur au cours mondial, pour vendre sur ce marché, on donne aux exportations une subvention compensant l'écart ! Elles ont un nom; les restitutions. La guerre des prix s'engage sur le marché mondial avec en particulier les USA qui n'ont pas envie de perdre des marchés surtout sur le marché du blé ! J'y reviendrai un autre jour ! Je me souviens très bien, on produisait des mâles pour les frigo, on disait "à l'intervention", qui étaient revendus ensuite en URSS ou en Irak par exemple ! Plus cela va, plus cela coûte cher au budget de l'Europe car plus il faut vendre à vil prix pour conquérir de nouveaux marchés...
On parle de montagne de beurre, en stock ! Précision, à l'époque, le lait non consommé entier est surtout transformé en poudre de lait et en beurre pour être vendu sur le marché mondial. Contre l'avis de la profession, le ministre de l'agriculture de l'époque ( M Rocard)  décide de mettre en place des quotas de production pour le lait ( des années plus tard, on admettra que finalement...) ! On mesure la production de chacun à l'époque, cela donne un droit à produire qui est un peu minoré pour commencer de lutter contre l' excedent ! Pas trop pour que les élevages ne s' effondrent pas ! Interdiction de produire du lait pour tout éleveur qui n'a pas de "quotas" ! Si un éleveur dépasse son droit : pénalités ! Comme une vache ne s'arrête pas comme cela, certains jetteront le lait dans les fossés... En parallèle, on met en place un plan de restructuration du secteur sous le nom de plan de cessation laitière : En clair, l'état verse une subvention pour qui lui abandonne ses quotas ! La plupart des volumes ainsi repris ne seront pas redistribués pour éviter la sur-production ! Mais personne ne se soucie du devenir des terres qui passent de la production de lait à celle de blé quand elles sont bonnes et à l'élevage allaitant quand elles le sont moins ! Accentuant ainsi les excédents de ces productions qui elles ne sont pas contingentées ! Elles ne seront "réformées" qu'en 1992 mais avec une politique très différente ( Il faudra aussi que j'y revienne !) Mais ce n'est pas le seul ricochet subit ! En 1984, cela fait à peine 3 ans que je suis installé, beaucoup de petits producteurs laitiers abandonnent la production, des dizaines de milliers de vaches imprévues arrivent dans les abattoirs, cassant pour plusieurs années le marché de la viande !
En contre partie à ces mesures, l'Europe s'engage à pérenniser la garantie de prix du lait minimum ! Cette certitude d'être sûr d'avoir un débouché avec un prix quasi connu est sans doute le moteur d'une vraie révolution ! Les éleveurs laitiers restant vont faire un prodigieux effort de modernisation ! Poussé par l'industrie laitière qui va jouer à fond sur la création de nouveaux produits pour relancer une consommation stagnante, l'élevage va jouer sur 2 tableaux principaux : Accroître le nombre de litres produits par vaches qui va passer en 20 ans d'un peu plus de 4000 l par tête à presque 8000 ! Ces gains de productivité permettront aux éleveurs d'avoir des revenus à peu près corrects et constants , du moins pour ceux qui ont un quota suffisant pour se payer la modernisation ! Car celle-ci va être, à mes yeux, la clef d'une autre réussite majeure : La qualité bactériologique du lait va être améliorée en divisant par 20 ou 30, le nombre de germes dans le lait ! Pour y parvenir, plus question de traire à la main car il tombe toujours des souillures ! Il faut des salles de traite coûteuses et performantes ! Et il faut une énorme discipline de l'éleveur... Mais le résultat est majeur : Grâce à cela, on peut continuer de faire les fromages au lait cru sans risques et on pourra élaborer et créer une multitude de produits , yaourts au bifidus, fromages de tout types... La consommation interne à l'Europe se renforce, mais surtout , la vente de ses produits sur le marché mondial s'accentue ! Ces produits transformés se vendent à leur prix réel, sans restitutions ! Du coup, on a diminué par 3 ou 4 , peut être plus, les volumes vendus de poudre de lait ou de beurre avec aides sur ce marché !

Mais on n'aime pas un système qui marche à l'OMC : Un marché doit être ouvert ! En 2003, l'UE décide d'abandonner le prix garanti sur le lait et octroie une prime en compensation ! Le prix du lait baisse; les industriels voulant récupérer la prime en achetant moins cher ! En 2007, dans un marché morose, les spéculateurs provoquent la pagaille sur le marché des matières premières ! On est sûr de manquer de lait ! On augmente les quotas de chacun des survivants, on augmente le prix payé ! Les éleveurs foncent, ils investissent dans des vaches supplémentaires, des aliments... On produit plus, trop même puis la crise de 2008 ! En parallèle, l'UE qui confond accord interprofessionnel avec monopole, accuse d'entente illicite la façon dont était négocié un prix unique du lait pour tout le monde , pondéré de quelques critères ! L'interprofession ( producteurs, transformateurs et distributeurs ) qui était une des rares à fonctionner éclate ! Le prix du lait baisse... Il y a quelques jours, les éleveurs reçoivent la paie du lait livré en avril ! Alors que les quotas sont en sous réalisation de 10% , le prix est en baisse de 30% ! Du jamais vu ! Pour la première fois depuis des décennies, les producteurs sont payés en dessous de leur prix de revient ! Personne ne s'interroge sur le fait que d'un seul coup, toutes les entreprises diminuent dans les mêmes proportions !

Le motif évoqué est facile à trouver : La crise ! " On est en concurrence avec les néo-zélandais sur le marché mondial..." C'est sans doute vrai mais pas complètement ! Il y a au moins 3 grands groupes qui sont sur ce marché : Danonne, Nestlé et Yoplait , excusez du peu ! Perso, je pense qu'ils profitent de la situation pour améliorer leur marge sur le dos des producteurs et se placer pour 2013, peut être même en prévoyant une guerre entre eux grâce à eux ! Parce qu'il faut que vous sachiez qu'en 2013, il n'y aura plus de quotas ! Donc, le lait pourra être produit partout en Europe pour peu d'être compétitif ! Quand il ne sera pas importé ! La délocalisation est en marche !

L'enjeu est donc énorme ! Combien de producteurs résisteront ?

Cette politique a eu un coût humain, un coût social et un coût en terme d'aménagement du territoire ! Cela me concerne par ricochet ! Sur mon département, le nombre de producteurs de lait a été divisé par plus de 10 depuis 1984 ! Une majorité de la surface libérée a été reconvertie en viande ! Pire au niveau national, il y avait en 1984, à la louche , 2/3 de vaches laitières et 1/3 de vaches allaitantes ! Aujourd'hui, les vaches allaitantes ont allègrement franchis la barre de la moitié des effectifs pour un troupeau global plutôt stable... Ceci explique peut être ou a au moins contribué à la stagnation, voir au recul, du prix de la viande à la production depuis 30 ans !

J'ai un problème de voiture demain , dommage : Sinon, je serai allé manifester avec les laitiers, il vaut mieux pour moi qu'ils corrigent vite le tir !

Quand à vous, consommateurs, vérifiez mais il y a peu de chance pour que le prix du yaourt baisse de 30 % ! Michel Edouard ( et cie ) , dans sa grande générosité baissera symboliquement le prix du lait UHT qu'il vendra à prix coûtant pour communiquer et se rattrapera au rayon fromage ! Un vrai renard ! Pardon pour la longueur de ce post, mais il est impossible de résumer en 10 lignes ( ou plutôt; je ne sais pas faire !)

A vous de juger !

                     veaux_sous_la_m_re

                  

                  

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03/05/09

Blessé et inquiet !

Depuis la fin de semaine, le montant des subventions individuelles, touchées en 2007 par tous les agriculteurs de France sont disponibles sur Internet ! Imaginez un instant ce que peut ressentir un paysan en lisant toutes les réactions sur les forums liés à la parution dans les journaux nationaux des articles commentant ces chiffres ! Pour la plupart, elles portent un jugement définitif, sans discernement...

                                         ch_ne

Un lecteur attentif des articles pourraient faire remarquer qu'il est un peu surprenant de découvrir que les plus gros bénéficiaires de la PAC en France, ne sont pas des agriculteurs ... Une réflexion plus approfondie permettrait aussi de relativiser un peu...

                      bocage

Depuis la réforme de la PAC, et pour être honnête, depuis avant la réforme pour une partie, je touche des subventions ! Je ne peux en quelques lignes expliquer les différentes politiques agricoles... Pour raccourcir, ces subventions me sont versées pour produire des animaux, en respectant un certain nombre de critères d'hygiène, d'entretien du territoire ( maintien des 10 km de haies de la ferme par exemple ) et de plus en plus écologiques ! En contre partie de ces aides , ce que je pense être une erreur d'ailleurs, toute intervention sur les marchés a été supprimée ! En clair, je dois produire sans aucune garantie de prix sur mes ventes ! Ainsi, depuis 20 ans, le prix de vente de mes vaches n'a pas bougé ! ( cf. le rapport de 50 millions de consommateurs...) Les producteurs de blé sont logés à la même enseigne ! Si le cours du blé a flambé pendant quelques mois ( 260 €/ql en hiver 2007-2008 ) suite à la spéculation ignoble de quelques banquiers sans scrupules, sur une période longue, le prix du blé ( aux alentours de 130 €/ql aujourd'hui ) baisse assez régulièrement au point qu'il représente moins de 8% du coût d'une baguette !
On devrait donc s'interroger sur les vrais gagnants de la PAC qui ne sont peut être pas les bénéficiaires des subventions agricoles, ni les consommateurs  mais...

                                            un_troupeau_en_p_ture

Mais revenons à la ferme ! Vous imaginez bien, quand même, que les coûts ne sont pas restés stables pendant 20 ans ! En réalité, sur ma ferme, ils ont augmenté de façon constante , et plus encore au moment des crises comme l' ESB ou les sécheresses... Les subventions ont joué leur rôle, elles sont dans un premier temps venues compenser le différentiel créé par ces évolutions différentes entre prix de vente et charges, ce malgré des gains de productivité ! Ce n'est pas de l'argent de poche  ou un salaire : Les subventions sont des recettes que nous intégrons dans les comptes au même titre que les ventes... Elles servent à payer les charges et sont imposables aussi bien pour les prélèvements sociaux que sur les revenus ! Et nous vivons avec le reste ! C'est pour cela que nous pouvons être au "SMIC" en touchant des subventions du double de ce SMIC ! Par exemple, sur le département, on a calculé que le prix de revient d'un kilo ( bovins viande ) était de 5 € fin 2008 alors que les animaux étaient payés 3,2 € en 2008 et sont tombés à 2.7 € cette année ! La différence doit donc être compensée par les subventions. Depuis la FCO et les problèmes de marché liés, l'inflation du prix des aliments et autres produits ou des services indispensables, cela ne suffit pas ... Les éleveurs paient en retard les factures et mettent en danger les filières d'approvisionnement... Maintenant, certains commencent de décapitaliser, c'est à dire qu'ils vendent plus d'animaux qu'ils en produisent !

                    veau_dormanty_dans_herbe

Vue de l'extérieur, cela peut paraître anodin, voir même normal de laisser disparaître des productions qui à priori ne paraissent pas concurrentielles par rapport à d'autres zones du monde  ! En fait, il me parait très risqué pour une société de perdre son indépendance alimentaire ! Bien sûr , par delà les paysans, il y a les emplois d'amont et d'aval qui doivent être au total d'au moins 4 fois le nombre d'agriculteurs... Mais plus dangereux, si ce ciseau entre prix de revient et prix de vente+subventions se détériore trop, ce sera l'abandon des productions donc la remise en cause de la sécurité alimentaire en terme de volume et de qualité  ! Personnellement, je pense que l'on ira de plus en plus vers des mouvements de mise en production hiératiques, donc vers des productions qui varieront beaucoup en volume d'une année sur l'autre et alimenteront les spéculations ... Il me semble que nous avions vu les effets pervers l'année dernière de l'abandon de l'économie aux marchés financiers et que le mot régulation fait désormais partie du langage politique !

                                                      veau_couch__dans_herbe

La transparence du jour peut être une bonne chose, elle peut même être indispensable à condition d'être accompagnée des clefs de compréhension ! Chacun est libre de porter le jugement qu'il veut sur ces voisins ! Mais il faut poser les questions de fond ! Que le système actuel soit injuste, c'est possible, même certain ! Il a été imposé sans concertation en 1992. Encore faudrait il l'apprécier avec les bons critères ! Le transformer ? Pourquoi pas ! Je reconnais que la profession est incapable pour le moment de proposer un projet alternatif ! Mais aucun jugement ne peut être porté ni aucune réflexion entamée sans poser la vraie question : L' Europe doit elle chercher à être indépendante au niveau alimentaire ou se nourrit elle sur le marché mondial ? Si on répond oui à la première , on peut ajouter : A quel prix ? Ensuite, on pourra enfin mettre en place une PAC qui ne soit pas constamment remise en cause. Si on répond oui à la seconde, bonjour aux hormones, aux OGM et autres choses sur lesquelles nous n'aurons plus rien à dire. Et espérons que le prix à payer ensuite pour rester prioritaire en cas de moindre production ne soit pas plus cher que le coût d'une politique agricole autonome !

            all_e_de_marronier_en_fleur

Attention donc à la chasse aux sorcières qui est en train de monter en puissance suite à cette mise en ligne ! On le lit bien sur les sites des journaux ... Je ne vous cache pas que je suis inquiet des réactions des gens, au quotidien, dans mon village ! Combien vont aller chercher les chiffres, les colporter, les déformer ? Vais je, comme mes collègues, être la cible de réflexions où l'on nous  balancera à la figure les montants touchés ?  Pire, on voudrait attiser les jalousies entre producteurs, on ne ferait pas mieux ! Diviser pour mieux régner ! Cela semble être la règle générale actuelle ! Mais attention aux conséquences ! Il ne faudrait pas qu'elles découragent injustement ceux qui travaillent et détruisent à terme une économie rurale déjà vacillante !

                                                   derniers_n_s

Vous l'avez compris, je suis interloqué par tout cela, je sens jeté en pâture mes chiffres sans défense possible ! Je me demande même si cela ne va pas m' obliger à briser ma réserve, ici, en vous livrant des chiffres de ma ferme, pour montrer la réalité qui me laisse, comme pour l'immense majorité des autres éleveurs de mon département aux alentours de 6000 € de revenu annuel en 2008 pour vivre sans décapitaliser !

                    vue_sus_un_marronnier

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20/04/09

papiers

Une fois terminé ma partie de bonheur ce matin, j'ai du me replonger dans des choses moins , disons, simples...

Tout d'abord, il me restait la saisie des stocks en compta et leur transmission par échange prestataire avec ma comptable ... Pas gai !!! Attention extrême pour ne pas faire de bêtises... Et voilà plus d'une heure bien employée...

Ensuite, après avoir passé quelques coups de fil, je me suis lancé sur le net sur les télé-déclarations de surfaces pour la PAC ! Là, les enjeux financiers sont tels que l'on est crispé... J'y ai passé plus de 3 heures cet après midi mais ce soir il ne me manque pas grand chose pour terminer !

Disons que j'ai patiné la première heure puis j'ai appris à redessiner :

t_l_pac

Les choses sont allées en se compliquant :

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On obtient donc de beaux dessins qui donnent de beaux tableaux ! Comme on saisit toutes les informations, cela gagne un temps fou à la DDA ! Bien ou mal ? Je ne porte pas de jugement ! Je préfère maîtriser les informations saisies , la recopie est toujours source d'erreurs donc de retards !

Ils espèrent que 80 % des paysans saisiront d'ici 3 ans sur le Net ! C'est quand même pas gagné ...

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31/03/09

Ne pas déranger

Je ne peux tourner le "carton" à l'entrée de la ferme comme on le fait à la poignée d'une chambre d'hôtel ... Dommage, car entre les derniers vêlages, les préparatifs du lâcher et un sur-booking général ... Je suis aspiré par des obligations réglementaires qui m'obligent à utiliser mon ordinateur à autre chose que le surf, jusqu'à tard le soir !

Le résultat immédiat est visuel ! Mon bureau est presque rangé ! C'était la seule façon de retrouver les papiers ! Je saisie la compta, me met à jour dans les demandes d'autorisations diverses ainsi que les enregistrements maintenant obligatoires de certaines pratiques...

Bref, encore une grosse semaine sérieuse avant de revenir répondre à la multitude de vos commentaires sympathiques !

 

dossiers


Il y a bien maintenant une vingtaine de kilo de papiers à archiver chaque année ! Il faut que j'aménage la pièce du haut ! Avec les beaux jours, ce sera plus facile pour monter à la main le béton léger qui me permettra de refaire le sol !

Posté par paysanheureux à 14:02 - sur la ferme - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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15/02/09

Sursaut en attendant la retraite ?

A partir de quel âge sent on le poids des années commencer à peser au point de vouloir arrêter ? Je ne suis pas certain que cela corresponde à un âge, je dirai plutôt à un état d'esprit, un contexte, une période... !

La discussion courre sur le sujet ! Premier enseignement, avant la cinquantaine, ce n'est pas une préoccupation et c'est mieux ainsi ! Ensuite, tout dépend de ce que l'on fait ! Il y a deux ans, je vous aurais répondu sans hésitations que je n'y pensais jamais ! Pourquoi cette année , cela me vient il de plus en plus à l'idée ?

Je ne pense pas que cela soit lié à l'âge, Mme PH, bien que plus jeune que moi, est passionnée par son métier, elle ne cesse de progresser en faisant des formations et en passant des examens ! Elle a acquis une expérience qui lui permet de mettre en pratique presque immédiatement tout ce qu'elle apprend ou de relier la nouveauté à des cas déjà rencontrés ! Moi, je n'ai rien de cela ! Les rencontres professionnelles sont souvent ennuyeuses, parfois entrecoupées par un exposé qui décoiffe un peu et permet de se mettre en perspective ! Le reste est souvent une vulgarisation de plus en plus pénible de règlements, sans saveur et rébarbative, imposée sans grand talent ! Difficile dans un tel contexte de se projeter dans l'avenir, d'imaginer de nouvelles techniques enthousiasmantes, de foncer dans l'inconnu... Depuis quelque temps, j'insiste sur ce côté pesant entourant tout projet ! Bien sûr, il y a déjà le problème du financement mais maintenant se greffe à tout projet, une tonne de dossiers qui incitent plus à se recroqueviller qu'à se dépasser ! Pour la première fois, mon métier me pèse un peu, manque de sel, de piquant...

Je me suis déjà ici, posé la question de changer de tracteur ! J'ai avancé un peu depuis... Tous mes vieux tracteurs, encore en état de marche donc de rendre service à d'autres exploitants, n'ont plus de valeur en France ! " C'est trop compliqué ou trop cher de les remettre aux normes pour les revendre, on préfère se priver de marché et ne vendre que du neuf ou du très récent ! S' il arrive quelque chose, nous sommes responsables ! Par contre, on vous donne une adresse en Pologne, ils viendront tout vous prendre..." Me voici donc condamné à vendre à des polonais ou à donner dans une casse ! En soi, cela ne me gêne pas mais me fait poser question sur ce gaspillage énorme et ses répercutions sur le prix de revient ! Mais au delà, se pose donc la question de réussir la vente puisqu'il n'y a pas de reprise et de réussir à trouver ensuite l'occasion qu'il me faut ! Car il reste acquis que je n'ai absolument pas les moyens de me payer un neuf ! C'est dommage mais c'est ainsi !

Autre exemple, il y a deux mois, l'obtention d'un crédit relevait du parcours du combattant ! Maintenant, cela semble un peu plus facile ! Mais que penser d'un banquier poussant brutalement à la dépense ? Je voudrais poser la question autrement : Si un même banquier, chez un client qu'il sait prudent en gestion, accorde une ligne de crédit de X et que 2 mois après il pousse à doubler la ligne parce qu'il sait que le dit client se serrera la ceinture plutôt que de ne pas honorer ses dettes, que penser de la chose ? Moi, cela a tendance à me crisper au sens où je me dis qu'on me force un peu et que je ne suis pas sûr de trouver dans l'avis du banquier la certitude de ne pas faire d'erreur et de me lancer dans une opération rentable ! est ce qu'on prête parce qu'on estime que je présente assez de garanties ou parce que mon projet est viable ?  Remarquez, les arguments qui suivent, s'entendent... Dans le cas du tracteur, entre les réparations et les assurances, je vais "amortir" une bonne partie de l'investissement et ...

Le "et" est ce qui me tracasse le plus ! "Et vous pensez prendre votre retraite dans combien de temps ?  Vos vieux tracteurs ( c'est moi qui ai soufflé) ne tiendront pas jusque là, en investissant vous êtes sûr d'avoir encore quelque chose au moment de céder ... Et vous en aurez profité avant ! " Il faut reconnaître que l'argument est de poids , imparable ! Mais il a également un revers ! Pour la première fois, je n'envisage plus un choix pour ma carrière mais en perspective de ma fin de carrière ! Un vrai choc tout de même ! Je passe du stade de moyen de produire à celui de revendre ! Remarquez, il n'est pas anormal de réfléchir à la continuité de l'exploitation, je n'avais jamais perçu sa proximité comme cela !

La discussion tourne ensuite sur le sujet ! Je ne sais pas qui prendra ma suite ! PH fils ou autre ? Vous ne me connaissez pas pour la plupart, mais si c'est le cas, vous imaginez la vitesse à laquelle tout cela a tourné dans ma petite tête ! Car autant l'enjeu du matériel est assez facile à résoudre autant celui des bâtiments d'élevage et des terrains est autrement plus délicat !

Les terrains ? Je ne suis pas trop inquiet... Il y aura sans doute toujours une solution ! La vraie question est celle des bâtiments ! Ils sont aux normes pour faire de l'élevage ! Mais il y a deux problèmes : Certains ont une durée de vie de 20 ans à 30 ans maxi, les autres sont de vieux bâtiments dont j'ai adapté l'utilisation ! Ils font partie de la ferme initiale , sont contigus à la maison d'habitation ! Soit ils gardent une fonction agricole et font perdre de la valeur à la maison ! Soit ils restent avec la maison, lui donnant de la valeur mais obligeant à construire leur équivalent pour continuer la ferme ! Donc je suis devant un choix cornélien : Est ce que je construit pour rendre les bâtiments louables à l'avenir pour un éleveur et là encore en bénéficier d'ici là ? Où est ce que je ne bouge plus , termine ma carrière comme cela et ne loue que les terrains à ma retraite ? Ce qui voudrait dire alors démolir les plus récents car l'entretien coûterait trop cher !  Économiquement, les deux cas sont jouables ! Mais où en sera l'élevage dans 8 à 12 ans ?

               une_partie_de_jeunes_b_time

Je ne suis plus dans une simple logique d'investir pour mon activité professionnelle mais également dans la perspective de ma succession ! Cela m'a fait un choc ! Pour la première fois, j'ai l'impression de décider quelque chose qui n' engage pas que moi ! Pour compliquer le tout, se pose le problème de la maison, elle est imbriquée dans la ferme ! Resterons nous dans notre maison aménagée au fil de notre vie ou devrons nous partir ? Si nous restons, se posera le problème pour un locataire des bâtiments de ne pas être sur place ! Si nous partons, nous laissons un lieu auquel nous sommes très très attachés !

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Déjà , je pense organisation du travail pour tenter de limiter au maximum l'activité de la ferme dans la cour devant la maison ! Ce n'est pas aussi facile que cela ! Cela fait des siècles que cela se faisait comme cela !

Voilà donc comment insidieusement, l'idée de la retraite est arrivée ! Vous ajoutez une dose de morosité ambiante en élevage avec des perspectives peu claires, une situation financière très très difficile, un hiver qui en est enfin un mais qui au bout de 8 semaines commence à peser sur l'organisme... Et ce qui paraissait évident devient porteur de doutes ! En cela mon vécu rejoint celui de tout décideur en période de crise : L'angoisse du lendemain, l'incertitude des perspectives, l'absence de ligne claire, l'interférence de décisions administratives voir de choix politiques intempestifs ( réforme PAC, normes d'élevage...)  rendent prudent ! Un moment j'ai envie de foncer, l'instant d'après je me raisonne dans un excès de prudence ! Pourtant, l'avenir appartient aux ambitieux ( au bon sens du terme )  !

Posté par paysanheureux à 17:47 - stratégie de gestion - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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19/12/08

Mise au point ...

Hier soir, je suis allé à une réunion agricole locale... Histoire d'échanger, histoire d'avoir des informations...

Dans le journal local, il y a eu un article détaillant l'annonce de la baisse des revenus agricoles en 2008. L'année n'étant pas terminée, il s'agit de comptes provisionnels ! Comment est ce calculé ? Les experts estiment le total des productions vendues en volume, qu'ils multiplient par un prix moyen auquel on déduit un coût moyen et cela donne une prévision de résultat... Au printemps, les mêmes sortiront les comptes provisoires et dans 18 mois , les comptes définitifs ! Avec souvent de grosses différences, mais dans 18 mois, tout le monde aura oublié d'autant qu'il y aura déjà les comptes prévisionnels de l'année suivante...

Il est possible aux lecteurs du journal de laisser des commentaires sur le site Internet. Dès qu'il s'agit de revenus agricoles, les remarques sont quasi toujours identiques : " Ils touchent des subventions" "Ils se paient des gros tracteurs, donc..." "Ils sont toujours en train de se plaindre " "Il y a peu, ils ont obtenu 250 millions d'€ !"...

Je me disais hier que je devrais répondre et puis je ne l'ai pas fait, est ce utile ? Les lecteurs assidus de ce blog doivent commencer de comprendre que ce n'est pas aussi simple que cela. Comme dans beaucoup de cas dans notre société, il faut connaître avant de juger or l'information biaise bien souvent la réalité !

Donc, hier soir, je voulais connaître précisément la destination de ces 250 M€ et savoir si je pouvais espérer en toucher un petit bout puisque cette enveloppe a été débloquée suite à une conférence sur les revenus et qu'il est admis que celui des éleveurs est en chute libre ! Je ne me faisais aucune illusion ! 250 M€ divisés par 250 000 éleveurs , cela doit faire 1000 € par personne. Mais tout de même, puisque tout le monde est convaincu...

Résultats annoncés à ce jour :

50 M€ sont consacré aux éleveurs ovins , ce qui en passant est complètement justifié car cela fait des années qu'ils sont oubliés. Ramené au niveau de chacun, ce ne sera pas gras...

60 M€ sont destinés à financer des diagnostics "énergie" sur les exploitations ! On a essayé de comprendre : un technicien vient étudier votre façon de produire ou de conduire et vous donne des trucs pour faire des économies... L'argent sert donc à payer ces gens là et ne va pas dans la poche de l'agriculteur... En ferme d'élevage, avec 5000 l de fuel , les économies potentielles sont minces !

Les 140 M€ restant vont servir à financer un fond d'aide aux exploitations en difficulté. La majorité des sommes servent à prendre en charge des intérêts de deux façons ! Un , en finançant le coût de report des charges sociales, c'est à dire que l'éleveur qui est en retard ne paie pas d'intérêts de retard. Il se voit proposer un étalement de sa dette , sorte de prêt à taux 0 ! Mais les charges  restent dues et il paiera un jour ! Deux, en prenant en compte les intérêts de retard des remboursements de prêts des gens qui n'arrivent pas à payer à temps ! Voir, quand ils sont étranglés, une remise d'une petite partie des intérêts principaux... Dans notre département, en l'état actuel des choses, seuls les jeunes qui sont installés depuis moins de 5 ans pourront en bénéficier ! Vous l'avez compris, cet argent va et reste dans la caisse du banquier qui touche de l'état ce que les paysans n'arrivent plus à payer !

Les banques : J'avoue ne pas comprendre ou plutôt trop bien comprendre ! C'est assez écoeurant ! Hier, comme 2 fois par semaine depuis la crise, j'ai reçu des offres de placements ! Cette fois, c'était un cadeau si on plaçait les étrennes des enfants ! Vraiment n'importe quoi, surtout quand on parle de "les projets de votre enfant ne s'arrêtent pas au 1600 € du livret M mais ( heureusement) combiné au A , lui permettront d'épargner jusqu'à 15300 € " ... ( Les miens n'ont pas cela... )

Mais pour revenir à nos moutons, les sommes annoncées à grand renforts médiatiques ne sont pas des subventions pour les agriculteurs. Ils ne toucheront rien , soyez rassurés ! C'est d'ailleurs pour cela que Bruxelles n'a rien dit puisque ce n'est pas une aide aux producteurs donc pas de concurrence déloyale avec les autres agriculteurs européens ! Il s'agit en réalité d'une aide aux services liés à l'agriculture et principalement aux banques qui la financent... C'est cela qui est subtil, récupérer de l'argent en faisant croire qu'il est versé à d'autres ! Sur ce coup là, on est très très mauvais ! Et oui, en manifestant à Clermont, on a obtenu des promesses... D'autres en touchent les dividendes ! A bon entendeur ...

                givre_sur_pr_s

Expliquer cela au grand public ! Mission impossible !

Posté par paysanheureux à 23:26 - politique agricole - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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