FCO, risque de rechute
Une fois sur deux, ce week-end, des collègues croisés au hasard du comice agricole de notre canton, m'ont posé la question : « est-ce que tu sais quelque chose ? ». Il circule beaucoup de rumeurs ici, il y aurait beaucoup de vaches vides, c'est-à-dire ne portant pas de veaux. Nous appréhendons tous les conséquences de la FCO sur nos troupeaux en termes de fertilité. C'est notre gagne-pain, la raison d'être de notre travail. Des chiffres circulent : jusqu'à 40 % ! Mais il est impossible de vérifier, il faut attendre de fouiller les vaches dès que possible. J'ai croisé un éleveur qui m'a redonné espoir, il a fait échographier toutes ces vaches, il n'a pas de problème particulier, le taux de vaches vides est de 5 %. C'est un taux habituel !

Du côté des marchés, les cours ne sont pas formidables. La production de lait a été très supérieure à celle de l'année dernière, on ne parle plus de pénurie. Du coup les éleveurs, qui avaient gardé quelques vaches supplémentaires pour répondre à la demande, sont en train de les vendre maintenant. Un apport qui arrive mal car il se conjugue avec un tassement très net de la consommation de viande, directement lié à la baisse du pouvoir d'achat. C'est très préoccupant, on parle de - 6% . Le contexte économique global ne laisse guère envisager de redressement rapide. Si seulement le pétrole pouvait baisser… Côté animaux pour l'Italie, ce n'est pas l'euphorie, beaucoup d'éleveurs vendent maintenant c'est-à-dire plus tôt que d'habitude de peur d'une fermeture de ce marché à cause du stéréotype 1 de la FCO ! Les cours sont donc très bas.
Dans ce contexte, le moral n'est pas vraiment au beau fixe. Surtout chez les jeunes qui sont particulièrement sensibles puisqu' ayant beaucoup d'emprunts à rembourser. Autant j'avais bon espoir d'un retournement de tendance au printemps, autant je n’y crois plus maintenant.
En effet le stéréotype 1 remonte maintenant du Sud, il arrivera probablement ici soit en fin d'année soit plus vraisemblablement l'année prochaine. Il nous faudra donc vacciner le troupeau sans doute pendant l'hiver. Mais nous butons sur un problème majeur : en l'état actuel du règlement, le fait de vacciner des animaux dans une zone indemne de la maladie, rend cette zone officiellement contaminée. Pour être commercialisés, les animaux de cette zone doivent être vaccinés avec un rappel à un mois, puis une période de rétention de 60 jours après le rappel. On se retrouve donc, en voulant nous prémunir contre la maladie, dans une situation de blocage du commerce pour trois ou quatre mois. Faire bouger cette réglementation est donc indispensable sinon nous nous retrouverons dans la même situation que celle de cette année.
Or personne ne pourrait résister à une seconde année de crise de cette nature ! J'en arrive à me demander si trop de règlements mal adaptés n'est pas aussi dangereux que la maladie elle-même.
En attendant, j'observe mes troupeaux. Je ne remarque pas de retours en chaleur, bon signe ? Quant à vendre, même avec une trésorerie plus qu'exsangue, je vais essayer d'attendre le plus longtemps possible... Heureusement, j'ai des stocks de nourriture !

