Soignera t'on encore les animaux ?
Je suis impressionné par la lucidité de Boule sur la situation de ses clients éleveurs. Par ses choix également de ne pas couper les ponts avec ceux qui lui doivent de l'argent... Il est vrai que les enfoncer ne réglerait pas grand chose ! En même temps, est ce aux fournisseurs et aux prestataires de service de se substituer aux banques ? "Il faut partager les risques" m'a t'on rapporté plusieurs fois depuis un an !" Je ne pense pas que cela soit sain. Le travail des vétos, des fournisseurs a autant de valeur que celui des banquiers. Ces derniers ont les garanties, les autres les risques ! On assiste donc à une inversion des tâches...
Je suis inquiet pour l'avenir de la "rurale" ! Déjà, très peu d'étudiants français choisissent cette voie au terme de leurs études vétérinaires ! La féminisation énorme des élèves n'arrange pas les choses. Les horaires en hiver sont fous, les conditions d'intervention pas toujours au top ! Mais le vrai danger provient de la situation financière des éleveurs ! De plus en plus souvent, sur les fermes en difficulté, la question de la pertinence d'un traitement ou d'une opération, se pose. Quand celui-ci dépasse la valeur de l'animal, que faut il faire ? Je pose la question avec angoisse ! Pour moi, il n'est pas question de ne pas tenter de soigner mais je crains que l'on soit de plus en plus contraint à faire des choix qui seront contraires à notre éthique d'éleveur. Je ne parle pas de cas désespérés où les chances de survie sont quasi nulles. Je parle de cas objectivement jouables. Je n'ai pas envie de me retrouver pris ainsi en otage pour des raisons économiques. Mais si la situation actuelle perdure, j'appréhende d'être confronté un jour à la question...
On impose aux éleveurs de dépenser des sommes astronomiques pour loger les animaux ! La place aujourd'hui pour une vache, en respectant les contraintes administratives dépasse les 2000 € ! Tout cela pour être utile 120 à 130 jours par an. Il faut rajouter la paille que dans la plupart des cas, les éleveurs ne produisent plus, du moins en quantité suffisante... Et pendant ce temps là, les revenus chutent tellement qu'on ne pourrait plus soigner les animaux ! Il y a une incohérence majeure dans le système !!!!
On veut normaliser, contrôler l'élevage et on précarise la vie des femmes et les hommes qui pratiquent cette activité.
Mais ne restons pas sur cette note pessimiste ! J'ai enfin trouvé un graphique du cours des bovins à l'entrée abattoir de São Paulo... J'y vois un brin d'espoir puisqu' il n'y a presque plus d'écart entre les prix chez eux et ceux chez nous. Je sais, on m'opposera que les coûts d'abattage ne sont pas les mêmes, que ceci que cela ! A l'inverse,il y a tout de même les frais de transport. Nous ne sommes peut être pas aussi nuls que certains le laissent croire. Il est vrai que cette embellie peut ne pas durer, sur le modèle de ce qui s'est passé pour le blé ces dernières années... Mais on peut aussi se dire qu'une fois ce niveau atteint, même les brésiliens auront des difficultés d'adaptation en cas de chute... J'espère que nos journaux publieront régulièrement ces courbes. Pour moi, elles sont aussi importantes que celles des marchés français. La mondialisation nous oblige à savoir ce qui se passe à l'autre bout de la terre, qu'on le veuille ou non ! Car c'est peut être du coté de l'organisation globale du commerce que se trouvent à la fois la source de nos problèmes et leur solution ? La quête du toujours moins cher ravage l'industrie, l'agriculture suit de peu !
La courbe rouge est en Euro, elle tient donc compte des variations du cours des devises. On est passé de 1 € le kilo en 2005 à presque 3 aujourd'hui...
