Le vêlage de l'espoir...
Hier matin, 6 h 30 : Je passe dans les cases où restent les vaches n'ayant pas encore vêlées ! A cette saison, à force de me voir au milieu d'elles, elles ne bougent presque plus. Je dois contourner celles qui sont couchées, souvent tapoter celles qui sont debout pour qu'elles me laissent passer. Suite à tous les problèmes récents je dois impérativement voir tous les veaux un par un...
Depuis le début janvier, il reste une génisse qui n'a pas mis bas. Depuis, elle se trouve au milieu de vaches dans le même état. Pour un problème de ration alimentaire. Je nourris plus les vaches ayant mis bas pour leur donner du lait. Trop nourrir une génisse avant vêlage est risqué car le veau risque de tout prendre et gare alors aux problèmes à la naissance. Je ne surveillais pas trop cette génisse, guettant les signes avant coureurs ! Depuis quelques jours, je fais plus attention à ma génisse car il est évident "qu'elle se prépare" ! Disons, que j'y prête attention en passant dans les lots ou avec la caméra...
Donc hier matin, ma génisse est couchée et rumine tranquillement. Un petit signe, une glaire teintée de sang, annonce que cette fois le vêlage est imminent. Imminent dans la nature veut dire dans les 24 h la plupart du temps. Ce n'est pas une règle absolue, mais une probabilité forte... Cette fois pas de doutes possibles, je dois surveiller de près. Je repars et commence mon travail un peu plus tard.
Rien à la distribution des concentrés, elle est calme ! Une heure plus tard, je reviens pour faire le plein de foin. Elle est en train de travailler. J'aperçois déjà les bouts des pattes dans la poche. Le temps de faire un tour et la génisse pousse tellement que les pattes s'allongent très bien. Mais elle est inquiète et comme il se doit, elle se lève et se recouche sans arrêt. Je décide de pailler pour qu'elle soit mieux pour vêler. Dès que c'est fait, je file chercher seau et vêleuse. Ma génisse s'est recouchée et pousse. J'avance tout doucement , le seau dans la main gauche, la vêleuse à droite. Je me cache derrière les vaches debout pour masquer mes outils afin de ne pas affoler la bête. J'arrive par l'arrière et elle ne me voit pas ! Mais au dernier moment, elle sent ma présence et tourne la tête vers moi. Un instant, en premier réflexe, elle veut se lever. Mais le veau est bien engagé et la douleur la cloue au sol. Je pose mon matériel assez loin pour qu'elle n'en ai pas peur. Elle me regarde à nouveau approcher sans bouger ! J'ai pris les liasses dans les mains et je me penche pour saisir les pattes. Je sais que dès que je pourrai en tenir une, en tirant un peu la douleur immobilisera la mère et qu'alors je pourrai l'aider sans la prendre. En quelques secondes, c'est chose faite. Je tire et passe la première liasse puis sans relâcher la pression sur la première patte je passe la liasse sur la seconde. Allongées comme le sont les pattes, je ne me fais pas de soucis sur la taille du veau et le "passage" de la jeune mère. Sans relâcher les liasses, je saisis la vêleuse C'est le dernier moment où une mère peut faire faux bond car je dois relâcher la pression sur les liasses le temps de les faire tendre sur la vêleuse. La mère ne bouge pas. Tout se passe bien , je commence à tirer. Un rapide passage avec la main me confirme que tout est en ordre. Sauf la vulve qui n'est pas dilatée. Je parle à la génisse, lui expliquant ce qui se passe. Je sais, c'est absurde mais je suis convaincu que la voix rassure, peut être autant l'éleveur que la vache d'ailleurs... Donc, je lui dit que c'est elle qui va faire passer la tête et pas moi avec mon engin, même si j'exerce une tension constante pour faire avancer. Assez vite, la tête se dégage, le veau me regarde. Le reste du vêlage n'est qu'un jeu d'enfant. Un beau mâle naît ainsi, vite. Un peu d'eau froide pour le réveiller puis je l'approche de la tête de sa mère. Un peu perdue , elle se lève et s'éloigne. Je dois la repousser doucement en lui faisant contourner une vache couchée qui n'est pas tracassée par les événements. J'ai quelques craintes qu'elle ne veuille pas prendre son veau aussi facilement, une génisse... Elle renifle d'abord l'endroit où elle a vêlé puis s'avance vers le veau. Elle le renifle et je souris en la voyant sursauter lorsque le veau réagit à son premier coup de langue. Puis elle s'engaillardit et lèche avec conviction. Je tire doucement le veau vers la case et isole mère et fils pour qu'ils soient au calme pour faire connaissance.
Plus tard, le veau se lève et tête tout seul... Il est joli une fois sec. Voilà donc l'histoire du vêlage de la dernière génisse de cette année. J'ai pris le temps de le décrire car il me semble porteur d'espoir. Cette naissance est le fruit du taureau que je destine comme géniteur pour les génisses que je vais mettre en reproduction demain ou après demain. Il existe toujours un petit risque d'avoir des problèmes aux vêlages l'année prochaine, mais vue la conformation du nouveau né d'hier, je pense que je peux envisager d'avoir moins de soucis que cet hiver. D'où le titre de ce billet !!!!