Comme chaque année...
En annonçant le beau temps pour 4 ou 5 jours, les météorologues ont déclenché, en fin de semaine, un concert de sifflements, celui des faucheuses... Qui ne s'est pas démenti quand ils ont annoncé des températures caniculaires.
J'attendais ce signal avec impatience. Je voulais faire des bottes en enrubannées. A cette fin, j'ai fauché jeudi matin. L'annonce de 30°C pour samedi m'a encouragé à faucher l'après midi en pensant tenter du foin. Ne sachant pas du tout comment l'herbe allait se comporter, je faisais des calculs pour pouvoir enrubanner si le temps changeait ou si l'herbe ne séchait pas assez vite.
Tout s'est accéléré vendredi et samedi. Je ramasse en enrubanné puis je passe en foin. Il faut trois jours pour le faire sécher. Je pourrais passer à deux jours sur des parcelles déprimées mais ce serait idiot de sacrifier des parcelles qui peuvent encore pousser s'il pleut. D'autant que j'ai des parcelles non déprimées qui sont très belles.
Alors que le week-end s'annonce magnifique, tous les paysans sont au charbon. Il n'y a pas de transition, on passe d'un temps frais à des températures de canicule. Les organismes sont mis à très rude épreuve, entre le sauna des cabines de tracteur et la poussière. Tout le monde fauche, fane, andaine et presse. On sait tous que le temps imparti sera court, des orages sont annoncés pour mardi. Mais tout paysan sait que les prévisions sont tenues. Un tel changement de température ne peut pas être durable, il est trop violent. Samedi, il faut donc déjà décider si on fauchera dimanche, c'est à dire, si on prend des risques ou pas... Je suis partagé entre l'entousiasme d'avancer et la prudence ! Les heures s'empilent, la fatigue s'accumule... Je bois des litres d'eau et j'avance mais je ne fauche pas dimanche...
36°C annoncés aujourd'hui, sans pluie pour nous. Nous ne sommes pas en zone orange... A 14 heures, je consulte la carte radar d' infoclimat. C'est le seul endroit fiable pour savoir ce qui va se passer dans les heures à suivre. Depuis dimanche, j'observe les mouvements des orages un peu plus à l'ouest. Je me dis que cette barrière qui nous en sépare est bien tenue et qu'elle pourrait bien tomber. J'ai un doute en voyant de petits points vers la Haute Loire. J'ai andainé ce matin. La chaleur lourde plombe la campagne. Je n'ai pas envie d'aller me plonger dans la fournaise. Je pourrais attendre le soir, quand la fraîcheur tombe mais le doute est plus fort. Je pars presser. Il y a plus de foin que je le pensais. Je tourne régulièrement. Aux trois quarts du pré, je note un nuage menaçant au sud. Je continue sans paniquer. Le site de météoFrance sur le smartphone annonce des averses !!! Chapeau les prévisions du matin ! Je termine sous la menace. Le nuage semble se déporter légèrement vers l'Est. Lorsque j'arrête le tracteur, j'entends le tonnerre. L'herbe coupée est sauvée. Il ne tombera que quelques gouttes mais je l'ai échappé bel.
La pluie est passée à 10 km, un coup de vent et... Si j'avais attendu... En 5 jours, j'ai fait un tiers des surfaces ! Mais je suis crevé.