Canalblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
paysanheureux
Publicité
paysanheureux
Publicité
paysanheureux
  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Visiteurs
Depuis la création 1 445 353
Publicité
3 septembre 2014

Si prédire la tendreté de nos viandes changeait tout ? 1/2

Si on tenait compte des attentes du consommateur, on changerait complètement la façon de travailler de la filière.

L’ancien boucher  de mon village est réputé pour être un fin connaisseur en viandes. Vue de l’extérieur, c’était professionnellement un maniaque de première, ce qui explique sans doute sa compétence. Il achetait des génisses  maigres en les choisissant, une par une, non pas sur leur seule conformation, c’est à dire « formes extérieures », mais en tenant compte de plusieurs critères… Je me souviens de longs examens, oculaires et au toucher, car il revenait plusieurs fois avant d’acheter une bête… Suivait une longue palabre pour négocier le prix : le maquignonnage ! Ensuite, les génisses étaient finies chez lui, à sa main. Plusieurs fois il m’a expliqué que le temps était le meilleur allié de la qualité. Sa boucherie ne désemplissait pas. Quand il lui manquait une bête, il l’achetait finie. Comme il connaissait tous les éleveurs, il savait comment elle avait été élevée, ce qu’elle donnerait. Et au final, l’éleveur allait la voir pendue au crochet. S’en suivait de longues discussions sur ce qui aurait pu être amélioré…

Inutile de rêver, ce temps est révolu ! L’industrialisation nécessaire de la filière en a scindé les activités. Le rendement du travail de chacun pousse à une spécialisation de chaque étape. L’acheteur qui vient chez moi a été formé à cette vieille école. Il devrait être en retraite mais la passion du métier l’emporte et il a gardé quelques éleveurs fidèles. Pas de palabres, un coup d’œil sans faille, nous travaillons en confiance. Mais son rôle s’arrête là, sauf pour quelques « chevilles » qu’il sert, c’est à dire dont il décide lui-même des animaux qui seront livrés. Je n’ai pas accès à la suite donc je ne sais pas comment sont triés ensuite les animaux , qui sont rassemblés dans des centres d’allotement. De même, je découvre, seulement au moment de recevoir le paiement 15 jours plus tard, les bulletins de pesée qui m’apprennent où ont été abattus mes animaux. Parfois à plusieurs centaines de kilomètres au détriment du poids et surtout de la qualité à cause du stress occasionné…

Du fonctionnement de cette partie de la filière, je sais simplement que les abattoirs envoient des fax ( peut être des mails maintenant) commandant un nombre d’animaux par catégories et conformation aux marchands et aux groupements de producteurs. La conformation aujourd’hui correspond au rendement en carcasse de l’animal, donc son rendement en découpe. Plus le rapport os/muscle est élevé, moins le classement est bon. Pour éviter les litiges, nous avons enfin obtenu les machines à classer pour que ce jugement soit incontestable ! D’autres critères commencent d’être pris en compte comme le taux de graisse mais cela se mesure post mortem… Je sais aussi que, comme un animal entrant en abattoir ne peut plus en sortir pour des raisons sanitaires, les marchands qui fournissent sont plutôt souples sur les nombres livrés. Dans un grand abattoir, en période tendue, il livrera moins d’animaux que demandé et remplira le camion en période de surproduction. A l’abatteur de se débrouiller ensuite pour trouver des lots de viande pour honorer ses commandes dans le premier cas ou pour écouler la marchandise dans le second avec une organisation du travail dans l’abattoir assez folklo… Bien sûr, dans ce dernier cas, il jouera sur le prix des animaux entrants et consentira des « promos » pour trouver des débouchés à toute la viande et surtout à tous les types. La steak haché sert aussi de régulateur, on comprend alors que sa qualité dépende des morceaux qui restent et que son prix soit forcément plancher !

La marché, donc le cours des animaux, suit l’offre en volume et non l’offre qualitative ! Là où le boucher du village pouvait payer en connaissant ce qu’il revendrait donc de façon assez stable, l’immense majorité des animaux sont aujourd’hui payés sur les cours «  entrée abattoirs ». La petite cheville n’ayant plus assez de bouchers pour assurer le volume minimal de survie que lui impose la mise aux normes, est obligée de suivre le mouvement. A l’autre bout de la chaîne, les quelques centrales d’achat qui restent en France se servent de ces mêmes cours lors des négociations pour peser et entretenir ces spirales spéculatives. A ce jeu Michel Edouard est champion, quelqu’en soient les conséquences. Il n’y a plus d’alternatives au système…

Cette dérive du système créé une sorte de crise permanente dans la filière viande toujours sous tension. Pour ne pas perdre des volumes, les gros abatteurs poussent les groupements de producteurs et les marchands à faire produire plus et surtout plus vite les éleveurs. On invente de nouvelles catégories. Sur le long terme, le « baby », soit le jeune bovin, a remplacé le bœuf. En 20 mois, on sort un animal qui a de bons rendements de découpe mais dont la viande est claire puisque l’animal n’a connu l’herbe que la première année lors de l’allaitement avec sa mère. Sur cet exemple, on lance la babynette, une génisse de 20 mois qui pourra porter la mention « génisse » sur les étiquettes. Mais comme elle ne ressort pas dans les prés la seconde année, elle sera très décevante à la consommation. Pire, cet été, elle est venue directement concurrencer mes génisses finies à l’herbe par leur troisième année de passage au pré et casser les prix ! Si cela dure, économiquement,  pourrai je continuer à produire de la qualité ?

La réponse ne m’appartient pas totalement.

  • Oui, si je (ou mon groupement) peut profiter d’un réseau de bouchers (même des rayons « trad. » de grandes surfaces) pour acheter les animaux d’une certaine qualité. Vous comprendrez pourquoi je suis si attaché à la relance du métier de boucher et que j’en ai déjà fait la promotion ici.
  • Oui, si je me lance dans la vente directe.
  • Non, si la tendance décrite plus haut continue d’être la seule stratégie de la filière.

Car je ne suis pas seul, nous sommes même encore entre 2 et 3000 en Saône et Loire. Ce qui me rend très très prudent quand j’entends les politiques répéter à tout va que les circuits courts sont la solution. Bien sûr, je reconnais le vrai travail de certains qui poussent pour que de la viande locale soit servie dans nos cantines. Mais nous ne sommes pas dans un grand bassin de vie, il nous faut élargir notre espace de vente. De plus, la spécialisation des exploitations a accentué les déséquilibres géographiques.

C’est en repensant aux présentations et aux exercices que nous avait fait faire ce professeur de Grignon que je me dis que notre définition du circuit court n’est pas la bonne. La distance physique n’est pas la bonne approche. La proximité avec un produit tient dans la circulation de l’information qui lui est directement lié ! L’enjeu n’est pas seulement de s’approvisionner dans la ferme d’à-côté, il est de pouvoir tout savoir de ce qui a contribué à élaborer ce produit. Un circuit court tient donc au fait que l’information circule du producteur au consommateur !

A partir du moment où l’on partirait des critères qui font une viande tendre et goûteuse, à partir du moment où l’on pourrait permettre d’en connaître tout le parcours technique, donc de revenir au travail de mon ancien boucher, alors…

Publicité
Commentaires
F
Bravo pour cet article très "goûteux" La babynette me laisse plus que dubitative...<br /> <br /> eh bien, à ce propos. Cet été j'ai reçu un ancien voisin (JA 32 ans, en gaec avec son frère dans le 44, 80 vaches laitières) Pour le régaler, lui et sa petite famille, j'ai sorti du congel' un échantillon de grillades (basse-côte, entrecôte et faux filet) race ? charolaise..provenance : 30 km d'ici, le seul éleveur vendéen (80 VA et la suite) qui fait de la découpe et vente directe à la ferme (je préfère emballer moi-même, les sous-vides ne me plaisent pas du tout) <br /> <br /> Comme de bien entendu, ils se sont pâmés à la dégustation, puisque tout simplement goût et tendreté vont de paire...Il faut dire que les vaches et génisses de notre fournisseur passent 15 jours en chambre froide..<br /> <br /> Et justement, mon ancien voisin me racontait sa dernière déception : histoire de changer de l'auto-conso en vache holstein, il avait acheté une petite génisse croisée limousine (Aïe) Ils l'ont fait abattre à 24 mois..cruelle déception ! viande rosée et insipide..
Répondre
S
Je suis une consommatrice classique, vie active, urbaine, avec des horaires pour les courses qui me conduisent vers les grandes surfaces dont les rayons <br /> <br /> boucheries me désespèrent... la qualité n'est vraiment pas au rendez vous et le prix n'est même pas vraiment plus rentable (sauf à manger de l'échine de porc en promo toute l'année...) ...<br /> <br /> La boucherie traditionnelle en ville m'a déçue du temps ou je pouvais y aller, la qualité n'était pas plus au RV et maintenant mes horaires ne me permettent pas d'y aller...<br /> <br /> alors je suis cherche également d'autres solutions..<br /> <br /> Lorsque je suis à la campagne dans la famille il y a un éleveur qui vend des lots de viande dont le rapport qualité prix est très bien mais il est trop loin pour que ce soit une solution régulière, et je devrais attendre d'avoir un plus gros congel pour stocker les lots qui sont conséquents et trouver une solution pour le transport... <br /> <br /> J'aimerais que les éleveurs de qualité fassent de la "vente directe en ligne" avec livraison à domicile ou relais, il y aurait un vrai marché (de même pour les maraîchers d'ailleurs), Mais sur un plan logistique et sanitaire je ne sais pas si c'est possible. <br /> <br /> <br /> <br /> alors c'est vrai que rêver du marché de quartier en ligne, ça fait bizarre, il manquerait les sons, les odeurs, le toucher, goûter... mais ceux des supermarchés sont trompeurs et comme pour les AMAP ou autres c'est une question ensuite de confiance envers le producteur... bref une relation sur la durée... <br /> <br /> <br /> <br /> Bref il y a des consommateurs qui souhaitent que cette filière évolue vers plus de qualité et apprendre aux gens à utiliser les "bas morceaux" devrait quand même pouvoir se faire!<br /> <br /> <br /> <br /> Merci pour votre travail!
Répondre
Y
Faire dans la tradition dans l'environnement commercial d'aujourd'hui, belle ambition ! <br /> <br /> <br /> <br /> Concernant les attentes du consommateur, elles sont complexes -> basée sur la nostalgie du biftek d'antan, denrée rare et cher, ou sur l'air publicitaire du moment, les rythmes de vie et de travail variables suivant les lieux et professions, le vieillissement de la population, le rejet de ce qui doit être mâché ou trié, la progression du bio, du végétarisme et des substituts chimiques aux graisses, etc...<br /> <br /> Bref, qu'attend réellement le consommateur ? Et y a-t-il Un consommateur ?
Répondre
A
Ah , le boucher du village , ce n'est pour moi qu'un souvenir d'enfance !<br /> <br /> J'avais d'ailleurs mis sur mon blog cette vidéo pour la promotion du métier de boucher.<br /> <br /> Le maquignon passait du temps auprés des bêtes , revenaient .A la foire , j'aimais voir les discussions sans fin entre maquignons et éleveurs .<br /> <br /> La "babynette " devenant génisse sur l'étiquette : encore une mauvaise surprise pour moi .<br /> <br /> Je pense que la qualité sera reconnue .Mais c'est vrai qu'il faut trouver les acheteurs .<br /> <br /> Les cantines scolaires ne vont pas tout absorber .<br /> <br /> Les enfants de Toulon avec leur joli blog ne vont pas pouvoir manger toutes tes bêtes à viande .Le problème , c'est de trouver des débouchés qui achèteront la qualité .<br /> <br /> Et le secret , tu l'as écrit ici , à la fin de ton superbe article :"A partir du moment où l’on partirait des critères qui font une viande tendre et goûteuse, à partir du moment où l’on pourrait permettre d’en connaître tout le parcours technique, donc de revenir au travail de mon ancien boucher, alors…"
Répondre
Publicité