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  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
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5 mai 2015

Résultats comptables et évolutions à long terme

J'ai rendu ma compta. Je me répète d'années en années, mais je continue de la saisir en totalité. Cela ne me prend pas trop de temps grâce aux paramétrages des programmes informatiques. Rien de tel que de se plonger dans le détail des factures pour saisir les notions de coûts, de prix... J'enregistre en partie double et non sur un seul journal de trésorerie. Comme cela, je ne dois rien omettre...

Pendant une quinzaine d'heures, je m'immerge complètement dans ma ferme sous l'angle financier. J'enregistre de façon à pouvoir utiliser les chiffres en gestion. Par exemple, je n'enregsitre plus en nombre de flacons de produit véto mais une quantité ou un volume. Du coup, j'ai instantanément le coût d'une dose ou d'un traitement. Je renouvelle l'opération autant que possible. Je prend ainsi conscience des évolutions, des conséquences sur le prix de revient... J'en déduis des économies possibles, des modifications à envisager.

Chaque année, je me dis que je devrais ensuite reprendre tout cela sur plusieurs années pour comparer. Mais je ne le fais que partiellement. Pourtant, si je reprenais la comptabilité sur ma carrière, je constaterai que des postes ont subi une inflation déroutante. L'entretien du matériel par exemple ou le coût des soins véto pour lesquels le prix des médicaments s'est plus affolé que les seuls honoraires... Des tas de charges nouvelles sont apparues, sous forme de services obligatoires. Imposées, elles augmentent régulièrement chaque année, sans qu'il n'y ait jamais de fin à la hausse. Les gains de productivité dans les services ou dans l'administration semblent impossibles. L'informatique n'a rien changé en terme de coûts des services par ha mais a imposé un travail supplémentaire conséquent sur les fermes. Par contre, un compte nouveau est né ; "maintenance" ! C'est comme si ces charges obligatoires étaient, ainsi que notre travail, un fromage dans lequel chacun pouvait venir se servir au motif qu'on touche des aides publiques. Chaque nouvelle règle ou norme donne prétexte à une charge supplémentaire sous forme d'une ligne de plus sur la facture.

J'ai des tas d'exemples, comme le questionnaire vétérinaire obligatoire, plutôt inquisiteur, chaque année pour avoir le droit d'acheter des produits sans devoir supporter une visite à chaque fois, facturé depuis deux ou trois ans. Ou cette nouvelle ligne nous obligeant à prendre une journée "vacances avec crédit d'impôts" au service de remplacement, facturée 25 % de plus qu'une journée normale au motif qu'on va bénéficier de cet avantage fiscal, donc qu'il est normal que l'association en récupère une part. Idem pour la comptabilité qui doit être vérifiée par un expert comptable dépendant d'un ordre qui a l'exclusivité de la chose. Idem pour la déclaration PAC dont les règles sont volontairement si complexes en France qu'il est impossible à un exploitant seul de s'en sortir sans prendre le risque de se tromper. "La faute à Bruxelles" alors que c'est simple dans d'autres pays européens. Je passe sur les impôts locaux en hausse systématique, sur les taxes spécifiques, sur le coût de la protection sociale pour toucher une retraite indécente au final... J'arrête là l'énumération, il me faudrait deux pages et il ne sert à rien de se faire du mal ! Le pire est sans doute dans les obligations pour employer quelqu'un, même quelques heures. Là, il faut un vrai conseil, sans aucune garantie que tout se passera bien !

Mais, à l'inverse, côté prix de vente des animaux, c'est d'une grande stabilité sur 30 ans. Les subventions ont permis d'empêcher que le ciseau ne se referme. Mais depuis deux ans, sans rien dire, elles diminuent de façon très conséquente. Du coup, nos résultats sont en chute libre. On ne peut plus trouver de gain de productivité pour compenser. C'est mathématique, charges en hausse, prix de ventes stagnants, subventions en baisse érodent le bénéfice puis le supprime. De façon incantatoire, les politiques affirment qu'ils vont voler au secours de la production, mais dans les faits rien n'est fait pour arrêter cette marche inexorable vers la perte de compétitivité de nos productions et le risque qu'elles disparaissent faute d'intérêt pour des repreneurs au moment de la retraite. 

Cette analyse, pas très gaie, se veut réaliste. Notre liberté d'entreprendre s'est transformée en soumission. Le scénario est simple et se répète à chaqua fois. On nous déclare incompétent, donc devant faire appel à un spécialiste, pour exécuter une de nos fonctions "régalienne". Il en va ainsi pour entretenir un fossé par exemple, pour choisir une parcelle à labourer, pour soigner nos animaux ou nos cultures... En ne s'attaquant pas aux ressorts réels de cette détérioration des comptes, nous sommes collectivement responsables de la perte de confiance en l'avenir. On peut faire une loi d'orientation agricole tous les 5 ans. C'est inutile car faute de vouloir travailler sur un projet global d'avenir, on se complaît dans des discours mais on ne change rien sur le fond. Tout juste bouge t'on des virgules et crée t'on de nouvelles contraintes ! On devrait réfléchir dans l'autre sens ! A savoir redéfinir un vrai projet agricole, partant de systèmes d'expoitation réels, concrets et viables économiquement. Puis définir les règles administratives pour les rendre possibles et durables. En bref, rendre chacun acteur d'un projet et non projeter un projet par obligation à chacun, sans tenir compte de l'environnement local, européen ou mondial !

Mais les paysans intéressent ils encore, ne sont ils pas voués à disparaître, au profit d'une agriculture industrielle ? Non par manque de compétences ni de productivité, mais en les pressant toujours plus !

 

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Commentaires
A
Trouver une nouvelle voie pour l'agriculture française ? Hem, c'est peu de dire que le paysan est conservateur...dans mon coin, une filière de consommation locale se met en place. Nous avons du miel, légumes, porc, lapin. Pas un producteur de viande bovine ne veut participer, "pas l'habitude", "on n'a jamais fait ça", "c'est compliqué". Pourtant, la vente directe est sensée être rémunératrice...mais plutôt que de taper (3 fois au moins sur l'ensemble de votre article) sur les vétos, que dire des coopératives/syndicats en tous genre ? CNIEL, FNB, Interbev, FNGDS, tous ces gens qui se donnent de l'importance dans leurs bureaux parisiens. Peut-être seront-ils ceux qui viendront vous aider à la prochaine césarienne, moi je suis prête à jeter l'éponge. Si nous vendons les médicaments toujours plus chers, c'est parce que nous les achetons de même...et, au passage, non, soigner les animaux n'est pas "un droit régalien" des éleveurs, si cela passe par l'autoprescription d'un antibiotique (de dernière génération tant qu'à faire) !
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M
Je pense que tu n'as pas très bien compris la facture du service de remplacement, peut-être as-tu assisté à l'Assemblée Générale depuis et que tu as eu toutes les explications. Pour tes lecteurs qui ne le sauraient pas, le service de remplacement est un groupement d'employeurs composé d'agriculteurs qui embauchent des salariés pour les remplacer en cas d'absence pour divers motifs. Comme tous les salariés, ceux-ci doivent travailler toutes l'année même quand il n'y a pas de demande de remplacement, le responsable doit alors contacter les adhérents pour donner du travail à ces salariés. Si ces personnes refusent de jouer le jeux, il est impossible de garder des salariés et de faire face aux maladies ou accidents des adhérents. Cette journée payée d'avance est un moyen de faire participer tous ces employeurs de l'association et d'être solidaires. Les congés fiscaux ne sont pas facturés 25% plus chers pour mettre de l'argent dans la caisse de l'association, mais simplement pour couvrir le coût de revient de la journée. Le journées facturées moins chers (maladie, accident...) sont en fait des journées qui bénéficient de subvention du Conseil Général et Régional. Je pense que tes propos peuvent être blessants pour des bénévoles qui passent beaucoup de temps à faire fonctionner ces associations.<br /> <br /> Ce serait peut être bien qu'un jour tu te penches sur ce sujet pour mieux le connaitre et que par le biais de ton blog qui est par ailleurs toujours très intéressant et riche en analyses diverses tu puisses en faire un commentaire. Tout n'est jamais parfait, mais nombres d'adhérents qui se sont retrouvés frappés par la maladie ou l'accident du jour au lendemain, pourraient t'apporter leur témoignage.<br /> <br /> Ce commentaire est sans rancune, simplement pour expliquer.
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A
Allez Courage PH ! Tu nous expliques avec brio la gestion d'une ferme .Un article qui mérite vraiment d'être diffusé. Que de gens interviennent pour que votre gestion soit nickel !.Mon frère , en retraite depuis 2 ou 3 ans râlait bien contre "l'obligation de ."Il est loin, le livre de comptes à couverture noire ( en tissu ) de mon grand-père , métayer Pas facile à simplifier .<br /> <br /> Mais qui éleverait les belles charolaises , qui organiserait les PH tours sans des Paysans Heureux ? ??? Tu vois bien qu'il en faudra encore des "bouhoummes" ( paysans )<br /> <br /> Je te souhaite des vétos aussi sympa que Docteur Fourrure ;o).et peut-être une retraite décente dans le Futur ( car là, c'est sûr qu'on se f..de vous !)
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Y
Intéressant/nécessaire cet exercice d'analyse de la gestion de l'entreprise. Mais il faudrait que cela puisse être un vrai outil pour l'avenir et non la confirmation d'un constat peu encourageant ...<br /> <br /> Bien difficile à simplifier cet environnement contraignant au vu du nombre d'intervenants .... mais faut pas baisser les bras.
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F
Il est regrettable que les agriculteurs ne s'intéressent pas aux sciences politiques.<br /> <br /> <br /> <br /> Si tel était le cas, ils sauraient que, dans l'Histoire, il n'y a jamais eu de révolution qui n'ait été préalablement précédé d'une période de famine ou du moins de disette.<br /> <br /> <br /> <br /> L'Agriculture occupe une place centrale dans les préoccupations des politiciens, qui savent qu'un peuple bien nourri ne se révolte pas. Le travail d'un gouvernement consiste à offrir la plus grande diversité alimentaire possible et la plus grande quantité d'aliments possibles au plus bas prix possible.<br /> <br /> <br /> <br /> Pour les paysans, cela a une conséquence : l'état ne tolère la paysannerie que tant qu'elle concourt à cet objectif de fourniture de la plus grosse masse possible de nourriture à la population au prix le plus bas possible. La subvention est un moyen de parvenir à ce résultat, qui maintient le prix de vente final aussi bas que possible.<br /> <br /> <br /> <br /> Mais s'il existe par ailleurs une source de nourriture fiable, abondante et à faire coût, l'état abandonnera ses paysans, comme il l'a fait dans de nombreux pays qui ont trouvé mieux à faire de leur sol que de le laisser gérer aux paysans.<br /> <br /> <br /> <br /> A bon entendeur...
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