Innovation robotique : une révolution de nos approches ?
Ma cadette m'avait interpellée au retour de ses 6 moins d'échange Erasmus en Inde. Elle m'avait raconté sa rencontre avec le géant local de matériel agricole. "Vous, européens, vous voulez exporter des machines agricoles adaptées à vos fermes mais décalées des besoins des exploitations indiennes qui ne font au plus que quelques hectares. Les besoins relèvent plus de la motoculture que du gigantisme de tracteurs de plusieurs centaines de chevaux ou de moissonneuses aux coupes démesurées... Notre développement économique ne passera pas, au moins dans un premier temps, par la constitution de grandes fermes. Quel serait le devenir des millions de paysans indous ? ..."
Il est vrai que l'on raisonne beaucoup "taille" dans les pays développés, en faisant croire que le développement économique et la rentabilité ne sont possibles qu'en passant par des outils toujours plus gros, toujours plus rapides... Trouvez la bonne adéquation entre taille et équipement est un défi permanent qui nous est sans cesse posé. Car pour pouvoir bénéficier des machines derniers cris, toujours plus chères, il faudrait sans cesse grossir ! Les dernières études des sytèmes de production bovine ici tendent à démontrer la limite de ce comportement. Mais ce n'est pas le propos du soir...
En lisant cet article, je n'ai malheureusement pas entendu la chronique, je me suis dit qu'il y avait là matière à réflexion. Le désherbage est l'élément clé de la réussite des cultures ici. J'en sais quelque chose. Au pays de l'herbe, ne pas pouvoir désherber chimiquement ses cultures se paie cash, à savoir une chute de rendement qui tombe à plus de la moitié dans une parcelle sensible. "Mais comment faisaient nos anciens, ils avaient bien des solutions ?" Et bien non. Il suffit pour s'en convaincre de regarder les statistiques agricoles . En moyenne, un ha de blé produisait 10 qx en 1862, 18 qx en 1951, 69 en 1996 et 64 en 2007 (source agreste) ! Tout n'est pas imputable aux pesticides dont vous savez que je ne suis pas un adepte forcené. Mais, en restant réaliste, force est de constater que les rendements bio (sans pesticides ni azote chimique) plafonnent, très souvent, autour 20 qx dans notre région.
Je me demande souvent comment limiter voir remplacer ce désherbage chimique, sans trop perdre en rendement. Je n'ai pas trouvé de solutions crédibles pour le moment. Le binage serait une bonne solution. Mais biner des céréales semées en rangs tous les 17 cm avec un tracteur et une bineuse de la même largeur que le semoir en fin d'hiver, avec des sols non portants, n'est pas envisageable sauf année météo exceptionnelle. Cette solution mécanique est donc impossible. Le recours à la main d'oeuvre humaine est complètement exclu, imaginez le coût (sans parler de l'interêt du travail). Mais si au lieu de penser tracteur, on pensait robot ? Imaginons un robot autonome et léger qui puisse travailler sans altérer les sols donc les cultures. A partir du moment où l'appareil peut effectuer sa tâche sans intervention humaine, quelle importance y aurait il à ce qu'il mette un mois pour le faire ? On envisage toujours des solutions taille là où on devrait raisonner "temps d'intervention possible". On pense engins lourds et rapides pour ne pas mobiliser trop de temps humain, donc des engins onéreux, alors que la solution pourrait venir d'engins besogneux, complètement autonomes, y compris en énergie, passe partout, remplaçant dans notre exemple la binette du jardinier et le jardinier ! Fait en temps utile, un binage permettrait de limiter très fortement le désherbage chimique, voir peut être de le supprimer dans certains cas. De plus c'est excellent pour la structure des sols, tassés par les pluies d'hiver et pour une meilleure utilisation de l'eau disponible dans le sol.
J'ai peut être tout faux, mais j'aimerai bien rencontrer les concepteurs de cette machine. Pourquoi n'y aurait il que les maraîchers qui puissent s'y intéresser ? Bien sûr, ils en ont une utilisation bien plus longue puisque tout au long de l'année, donc plus rentable. Mais si son usage passe en grandes cultures, le coût de fabrication du robot chutera et le rendra intéressant financièrement pour toutes cultures. Je suis sans doute utopiste, mais n'y a t'il pas là une piste à creuser à un moment où on prend conscience des limites et dangers des pesticides ? La hausse de la taille des matériels agricoles s'explique par la recherche de la productivité maximale de l'heure de conduite humaine. Avec des robots, c'est le coût de l'engin qui va être déterminant, puisqu'il travaillera presque tous les jours sauf conditions météo extrêmes, dimanche et jours fériés compris... C'est donc une nouvelle approche des contraintes qu'il nous faudrait explorer pour voir si cette piste est exploitable.