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  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
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21 novembre 2019

Une dernière année de travail pour rien…

Ces derniers mois de travail ont été éprouvants. En cause la sécheresse. Rien ne nous a été épargné ici, cela est d’autant plus dur à supporter. Le cours des animaux s’est effondré de 20 à 30 cts en deux mois. Pourtant, quand je fais mes courses et que je regarde le rayon boucherie en grande surface, je n’ai pas noté de changement. En année normale, j’aurais gardé les animaux et jonglé avec les stocks fourragers. Mais en année de cessation d’activité, je n’ai pas le choix et j’ai dû subir pour vendre à la saint Martin. Il aurait fallu de la pluie mi-août…

Je ne vous cache pas mon amertume, voir ma colère, quand je ne suis pas découragé. Tout le capital d’une carrière a été minoré de 10 à 20000 euros au moins en un été, rien que pour les animaux. Beaucoup plus si je compare au prix du kilo au moment de mon installation. En effet, à l’époque, on vendait à 23 francs soit près de 4 € le kilo contre 3,50 € en ce moment, peut-être moins pour les dernières vaches ! Inutile de vous dire que les coûts production n’ont plus rien de comparables avec ceux de 1980.

Les transformateurs rejettent la faute sur les GMS en aval. Ils ont beau jeu de nous rétorquer que nous touchons des subventions lorsqu’ils se tournent vers nous en amont. En empochant une centaine d’euros de plus par animal depuis le mois de juillet, leur situation doit être très très confortable. Du coup, « Bigard « peut se payer une campagne de pub à la télévision qui vient détruire le projet d’une marque « producteurs » d’une de nos coopératives. Il peut renforcer son hégémonie sur le marché de la viande bovine en se payant sur le dos des producteurs. Et comble de la situation, il pourra dire qu’il n’a pas eu de bénéfice supplémentaire, puisqu’il aura dépensé le boni en publicité !

 

FEDER

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Les statistiques du revenu des éleveurs avaient beau être catastrophiques avant de prendre en compte ces dernières évolutions, rien ne change. Notre ministre est aux abonnés absents comme il l’a été tout au cours de l’été. Aucune proposition de changement sérieuse du fonctionnement de la filière n’est envisagée. On se contente de dénoncer les accords internationaux, sans doute à juste raison pour l’avenir, mais sans qu’ils aient produit le moindre effet pour le moment. En clair, nos représentants hurlent à la trahison des politiques pour quelque chose qui n’a pas encore eu d’influence sur la situation actuelle.  Le monde des éleveurs s’enfonce, lentement mais sûrement, inexorablement, prisonnier d’un fonctionnement du passé, complétement dépassé. Pire, on tape sur le seul homme politique qui essaye de changer les choses. INTERBEV n’existerait pas qu’il n’y aurait aucune différence. On paie donc une taxe obligatoire pour rien, pour une institution qui ne rend de comptes à personne !!!

Mon revenu annuel, ces dernières années, se situait aux alentours d’un SMIC. Je ne me suis jamais arrêté en 40 ans à 35 heures et je ne compte pas les réveils de nuit systématiques pendant les 4 mois de vêlages, ni tous les dimanches et jours fériés passés au boulot. Le constat est donc simple, j’ai perdu au cours de ces mois d’été, l’équivalent d’une année de revenu ! Une année à travailler pour rien. Cela explique mon silence ici. C’est dur à avaler. Et si je reviens à ce qui aurait dû être mon capital de départ en fonction des investissements de toute cette carrière, c’est la double peine. J’en ai honte vis-à-vis de mon épouse qui suppléait à la faiblesse de mes revenus depuis 40 ans et à qui je promettais d’avoir un peu de capital à ma retraite pour réaliser quelques projets, qu’elle devra financer seule...

Ce constat est difficile à écrire et à rendre public. La fierté et l’égo en ont pris un énorme coup. J’ai la chance d’être marié à une femme qui exerce une belle profession. Je pense à tous mes collègues qui n’ont pas cette chance. Je pense à tous ces jeunes éleveurs qui se retrouvent seuls aujourd’hui, faute d'une vie attrayante. Est-il normal que notre métier, si exigeant en disponibilité, puisse être autant méprisé en termes de revenu au point que les épouses doivent non seulement en subir les contraintes mais également assurer le gite et le couvert du ménage ? Est-il normal que nous vivions aux crochets de celles-ci ?

Ma colère est d’autant plus grande qu’il existe des solutions. Je ne changerai pas un mot à ce billet qui date d’un an. Mais elles supposent de grandes remises en cause et une stratégie collective, du paysan au consommateur ! Le pire est que le consommateur chinois aura bientôt plus d’informations fiables sur nos viandes que le consommateur français ! Mes propositions, reprises partiellement, n’étaient donc pas si délirantes. C’est pourquoi je vais continuer d’écrire car je crois en l’avenir de l’élevage à l'herbe…

 

étiquette viande française en Chine

 

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Commentaires
A
Par ce commentaire, je vais essayer de couvrir large,aussi bien sur le billet précédent que sur celui ci et le suivant car leur cadence est rapide depuis que vous avez plus de temps disponible.<br /> <br /> <br /> <br /> Le moment a la fois tant attendu et aussi un peu redouté est arrivé.Je vous souhaite une très bonne retraite avec de nouvelles activités et beaucoup moins de tracas.<br /> <br /> Pour l'année de travail pour rien,je confirme l'intégralité de votre propos en étant moi même éleveur avec un petit troupeau de charolaise conduit principalement sur de la prairie naturelle en plus de ma production de céréales.Pour les vaches laitières c'est le même problème,tout les producteurs laitiers au alentour arrêtent sauf ceux qui ont fait le choix de robotiser la traite.Mais le plus fort de tout, c'est que l'industrie laitière qui est très inquiète(à juste titre)pour son avenir a imaginé une solution qui dépasse l'entendement et décrite dans un article de notre "grand journal agricole vendéen".Elle organise des visites d'agriculteurs hollandais dans tout le grand ouest laitier pour les inciter a investir dans des fermes laitières bradées(comme la viande)alors que chez eux le foncier est devenu quasiment inabordable. Les industriels et les grandes surfaces ne veulent pas entendre qu'il suffirait d'augmenter le prix du lait pour garder les éleveur laitiers français qui travaillent pour rien.La bêtise humaine dans toute sa grandeur.<br /> <br /> Pour le dernier billet,je ne sais pas encore si j'irais voir le film,soit seul ou avec des amis agriculteurs ou encore en famille mais ce sera alors aussi triste qu'une visite au cimetière.Ce que je constate, par la fréquentation des salles obscures,c'est que les citadins aiment bien mieux la campagne pour les "petits oiseaux" pendant les vacances et les weekend que pour les paysans qui pourtant entretiennent ce paysage gratuitement par leur travail quotidien.A méditer...
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Y
"Ce constat est difficile à écrire et à rendre public. La fierté et l’égo en ont pris un énorme coup. [...] Je pense à tous mes collègues qui n’ont pas cette chance. Je pense à tous ces jeunes éleveurs qui se retrouvent seuls aujourd’hui, faute d'une vie attrayante. Est-il normal que notre métier, si exigeant en disponibilité, puisse être autant méprisé en termes de revenu au point que les épouses doivent non seulement en subir les contraintes mais également assurer le gite et le couvert du ménage ? Est-il normal que nous vivions aux crochets de celles-ci ?"<br /> <br /> <br /> <br /> Je suis bien d'accord avec vous et sachez qu'il n'y a pas que le métier d'agriculteur qui pose ses problèmes. J'en connais qui vont se priver d'enfant malgré leur désir car les revenus du couple ne permettent pas de permettre à un enfant de vivre décemment.<br /> <br /> Je perçois cela comme une forme d'eugénisme: on interdit à des gens d'avoir une vie de couple, des enfants, pour des motifs économiques. C'est d'une violence absolue.
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M
Et on peut appréhender l'avenir et craindre pour l'élevage: Un jour végétarien dans les cantines, fabrication de steaks artificiels pour les hamburgers.
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P
Merci. Je pense effectivement qu'il faut explorer de nouvelles voies pour s'en sortir. Je l'évoquerai plus tard mais je dois commencer par le constat de la réalité actuelle... Et il n'est pas glorieux ! C'est peut être cela qui provoquera une réaction ?
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D
Ils sont trés interessants vos articles trés justes aussi. Je ne connais plus le monde agricole tel qu'il est aujourd'hui. Mais je pense que les jeunes qui essaient de s'en sortir en prenant des chemins différents ont raison de le faire. Car ils sont le salut de la planète, et le notre par la même occasion. Mais c'est si dur pour eux. En tout cas, c'est avec des conseils éclairés comme les votres qu'ils avanceront. Je vous souhaite bonne route malgré toutes les embuches dont elle est pavée.
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