Hiérarchie dans les troupeaux ; Le chercheur, l'éleveur et le lobbyiste d'opinion...
Cet article m'a fait plaisir. On a beaucoup de mal à faire comprendre que dans la nature, c'est la loi du plus fort qui s'impose ! On s'imagine que, puisqu'un troupeau est capable de se défendre collectivement contre des prédateurs, il est capable de s'organiser pour les autres fonctions essentielles. Suivant les espèces, c'est plus ou moins vrai. Fourmis ou abeilles sont sans doute les plus organisées ? Mais les individus peuvent être sacrifiés au profit de la reine pour préserver la capacité de reproduction...
Il suffit de voir les bagarres autour des abreuvoirs en hiver après une panne pour comprendre les enjeux. Je vérifiais toujours tous les abreuvoirs deux fois par jour... Mon rôle d'éleveur est d'éviter la mise en danger des animaux les plus faibles donc d'organiser en fonction des saisons et parcelles ou des bâtiments, l'accès à l'abreuvement comme l'accès à la nourriture, à tous et toutes en gommant les hiérarchies. Tant que les vaches étaient attachées, les problèmes n'étaient pas les mêmes puisqu'il y avait un abreuvoir pour deux animaux par exemple... Les stabulations libres ont bouleversé les données et les façons de faire. Mais ce n'est pas figé, le modèle "cathédrale" a ses défauts et sera vite remis en cause. Je l'ai déjà évoqué. Les effets du réchauffement climatiques vont induire plus de périodes difficiles pour les animaux tout au long des années et non plus seulement en hiver comme "dans le temps" !
Ces changements impliquent de trouver les bonnes mesures et les bons équipements ! C'est là qu'il faut rétablir un dialogue permanent entre l'éleveur et le chercheur ! La tentation est grande dans notre société de ne plus faire confiance à l'individu. Une société a deux façons de réagir face à un problème : Soit elle élabore une norme, issue de la recherche, qu'elle impose de force par la loi avec plus ou moins de coercition ! Soit elle émet une référence, c'est à dire qu'elle admet que l'individu peut adapter une mesure pour prendre en compte l'incroyable diversité des situations naturelles !
Je trouve qu'on est trop entré dans la première fonction. Plus grave, aujourd'hui, les décideurs ne déterminent plus une norme avec des scientifiques mais avec les lobbyings de groupe de pression. Cela veut dire qu'on ne s'appuie plus sur une expérience prouvée mais sur une perception ou une idée qu'un groupe s'estime enclin à imposer aux autres au nom de l'intérêt général ! En matière de bien-être animal, cela est dramatique car les faiseurs d'opinion peuvent être à mille lieux des réalités et inventer littéralement des normes qui, poussées à l'extrême, mettent en péril la vie des animaux. Sans polémiquer, vouloir transformer un chat en vegan me sidère !
Moi, je rêve : J'ai besoin de références dans ma pratique. Le nombre d'animaux par abreuvoir est un critère important et si je construis un nouveau bâtiment, c'est plutôt mieux de le connaître ! Sauf que ce critère n'est pas absolu et qu'il peut varier d'une pratique à l'autre. Le chercheur a donc besoin d'une remontée d'observations qu'il ne peut recréer à chaque fois en station d'expérimentation. Par contre, en station, le chercheur peut mesurer ce que ne pas faire avec précision un éleveur. C'est de ce dialogue que sortira un lot de références qui sans cesse s'améliorera donc s'étoffera. La révolution numérique peut faciliter cet échange permanent. En impliquant éleveurs et chercheurs, on n'est plus dans l'administration bête d'un chiffre ou d'une norme mais dans une dynamique créative acceptable par tous. Et pour peu que ces échanges soient partagés avec la "société" et les résultats transparents, ils couperaient court aux polémiques inutiles car infondées. On peut même imaginer que les remarques de non initiés soient prises en compte ! Mais là, je rêve trop ? Peut être pas tant que cela quand je vois quelques petits changements que j'ai fait spontanément suite à des questions posées lors de PH tours...

