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  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
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11 juillet 2020

Verts contre ruraux ? 3/4

Lundi, rendu des mesures de la convention citoyenne. Courageux comme pas deux, notre président a sorti un joker sur la mesure la plus impopulaire, à savoir la limitation de vitesse sur autoroute ! Je ne suis pas pour, pour des raisons de sécurité, mais force est de constater qu'on consomme plus de carburant à 130 qu'à 110 ! Mais on en consomme beaucoup plus sur des routes de campagne sinueuses et entrecoupées de croisements que sur des routes à 110, aménagées pour qu'on ne freine plus à tout bout de champ ! Mais dans tous les cas,  beaucoup, beaucoup moins que dans les bouchons et en ville, mais là, c'est tabou !!! Aucune des mesures imagine les effets positifs de l'amélioration des réseaux pour une plus grande fluidité du trafic ! Tout est sanction voiture ! On reste d'abord sur une approche  "villes" où il y a un vrai problème. il suffit de regarder les cartes de pollution pour le comprendre ! La crise COVID en a fait une admirable démonstration. Mais rien qui prenne en compte la problématique de mobilité en campagne...


En parcourant les mesures, on se rend compte que tout est comme cela. On préconise des retours en arrière presque partout sans imaginer qu'on puisse faire des progrès technologiques dont les impacts seraient majeurs en terme de pollution. Les mesures sont des copié-collés des programmes des ONG dites environnementales ! Le tirage au sort a été bien défavorable au monde rural et pire aux paysans ! Tout ce petit monde restreint est très fort pour donner des leçons aux autres. L'énorme problème qui creuse le fossé entre urbains et ruraux est cette constante des premiers à vouloir imposer aux seconds un modèle qui n'existe plus. Un exemple pour étayer mon propos. Pendant le confinement, fort intelligemment, on a imaginé mettre en relation des citadins désoeuvrés avec des paysans pour ramasser des fruits, des légumes ou autres travaux des champs non mécanisables. L'expérience a vite tourné court dans beaucoup de cas faute de combattants. C'est un travail très physique, désagréable en cas de mauvais temps, avec des horaires parfois élastiques quand la récolte est à point ! Pour l'avoir pratiqué, c'est pourtant moins pénible et moins désagréable que de biner à la main. Le pire étant de tenir un outil tiré par un cheval. Ce dernier emploi dans les vignes est d'abord un outil marketing et fort heureusement limité dans le temps, pratiqué par des passionnés qui peuvent gérer leurs temps de travaux. Ici, il y a 60 ans, trois attelages labouraient pendant 45 jours au moins, du lever du soleil à son coucher chaque automne ! Puis au printemps... La même chose se fait avec une personne, en 5 jours maxi maintenant, et nous ne sommes pas équipés comme en région de culture ! Mais cela n'empêche pas certains de présenter cela comme une mesure de progrès, puissent ils faire, ne serait ce qu'une journée pour se rendre compte ! Ils ne tiendraient même pas deux heures ! Il fallait un immense entraînement, digne de ceux des champions sportifs de maintenant... La solution sera sans doute de trouver une énergie décarbonnée comme, par exemple, de passer par des moteurs à hydrogène pour un certain nombre de travaux agricoles !

vaches-printemps


Par cet exemple, je veux simplement montrer qu'il y a deux façons d'envisager la lutte contre le réchauffement climatique ! Soit on subit une décroissance, à condition que les autres l'appliquent et surtout pas soi-même. On va voir bientôt avec l'effet économique de l'arrêt du confinement de la décroissance. Soit, on investit massivement dans la recherche et l'innovation avec l'objectif de trouver des solutions propres. Mais cela ne sera pas simple, ni facile...


Comment gère t'on l'énorme coup de frein de l'industrie aéronautique . Pour moi, comment pour une majorité, ça n'a pas une grosse importance sur ma vie puisque l'avion est un accès aux loisirs. Quid du chômage qu'il va impliquer ? Par contre, je ne dirais pas la même chose pour la voiture. La première  gare est à 20 kms, les premiers médecins spécialistes à 35 et l'hôpital digne de ce nom à 60 puisqu'on a démantelé les plus proches ! Et dire que je suis bien placé par rapport à des villages de notre communauté de communes ! On va taxer les véhicules au poids ! Ok, une hybride pèse environ 500 kg de plus qu'une voiture thermique équivalente. Ici, cette voiture ne peut pas pleinement profiter du mode électrique (10 % prévus)et les utilisateurs sont tous déçus car, à cause du sur-poids, la consommation fossile est identique voir supérieure à un modèle classique. Je n'invente pas même si cela va à l'encontre des idées reçues que le marketing a su installer. De plus, abandonné des services de déneigement et avec des routes peu entretenues, les SUV ne sont pas un luxe mais une question de sécurité. Il n'en demeure pas moins que ne regardant que l'usage urbain, on va taxer ! Je peux multiplier les exemples à l'infini ! Les mesures sont envisagées par rapport à une vue et vie urbaine, pas par rapport à la vie pratique en province ! Je ne parle pas des mesures agricoles, le tonneau est plein !

vaches-sécheresse


Déjà, un premier avertissement aurait dû nous mettre la puce à l'oreille pendant le SIA. En mettant en place une grande enquête, permettant à tous les citoyens de dire le type d'agriculture qu'il souhaite, notre président nous a mis en porte à faux ! La personnalité de la personne désignée pour faire passe le truc n'a rien à voir ! Mme Le Marchand  parle très bien des agriculteurs, moins d'agriculture. Ce n'est donc pas un gage de la pertinence pour cacher la manoeuvre politicienne. Le choix du modèle d'agriculture que l'on souhaite se fait à l'achat des produits alimentaires et nul part ailleurs ! On voudrait que nous soyons tous bio mais on veut continuer d'acheter pas cher, même des produits importés sans garanties sanitaires et pleins de pesticides, interdits chez nous !
Notre président, dans les deux cas, nous met dans de beaux draps ! Il sera facile de s'appuyer sur l'enquête pour imposer de nouvelles normes dont notre administration a le secret afin de tenir compte de ces avis! Pire, quand les paysans représentent 3 % de la population active, il sera facile de poser des questions par référendum sur des sujets n'affectant que l'agriculture  (d'autres activités subiront la même stratégie du bouc-émissaire) donc concernant peu d'électeurs pour faire croire à une posture écologique,suivies de prises de décision réelles, non basées sur la compétence mais sur une idéologie. Même si on sait que le résultat à moyen terme sera hyper-négatif ! Certaines mesures nécessiteront d'importer des produits de l'autre bout du monde, d'exporter la pollution chez de moins regardants...! D'autres remettront en cause des systèmes qui aujourd'hui entretiennent la nature, la bio-diversité... Comment après tous les débats sans fin sur l'hydroxychloroquine , alors que, comble de l'imbécilité, certains utilisent même des sondages pour valider le traitement, imagine t'on qu'un référendum puisse être juge de paix ? Par exemple, si ce sondage était traduit dans les urnes,chacun pourrait d'imposer aux médecins sa propre prescription ? Je suis inquiet de l'abandon du politique à la facilité et à la prise en otage des compétences !

vaches-automne


Mais une chose m'inquiète encore plus. Cette compétence est bafouée par ceux qui estiment avoir le droit de nous commander ! Même ici, au coeur d'un bocage préservé, il y a des incidents ! Ainsi, certains s'arrogent le droit de venir stopper un paysan en plein travail ! Ne connaissant plus l'usage des outils, ils évoquent des traitements pesticides pour des semis, par exemple, bloquant même des paysans bio. Le principe d'écocide, même si j'en comprends le sens, ouvre la voie à tous les excès et donne à chacun un rôle de lanceur d'alerte qui faute de compétences se termine en dénonciation sommaire. On retrouve les les méthodes de l'inquisition. Après le principe de précaution, on s'enfonce ! Il n'est pas question de cautionner n'importe quelle pratique et les vrais excès doivent être sanctionnés. Qui sait que nous avons déjà des contrôles réguliers de nos pharmacies vétérinaires, avec des sanctions si des produits n'ont pas d'ordonnances ? Qui sait que nous avons des contrôles des pharmacies phyto avec des sanctions si nous avons des produits non prescris ? Je ne parle là pas de produits interdits... Qui sait qu'on enregistre les emplois de ces produits parcelle par parcelle et que c'est contrôlé dans le cadre de la PAC, idem avec les traitements véto ... Je suis toujours interrogatif sur la sur-administration lorsque je voyais mes vétos, à 3 heures du matin, crevés et encore en chasuble, noter le numéro de lot des produits injectés, surtout des anesthésiques, dont l'emploi nous est interdit à nous éleveurs ! Où est la part de confiance et de reconnaissance de la compétence et de la responsabilité ?

mon-bocage


Oui, ce fossé est très dangereux car il n'est pas certain que la réaction, face à des mesures qui écrase les individus et nient la liberté de décision de chacun, ne brise pas l'unité nationale. Pas besoin d'être chroniqueur à BFM pour comprendre que c'est ce qui s'est passé au début du mouvement des gilets jaunes ! La naïveté politique consiste à croire que le RN sera au second tour donc qu'il suffit d'être le premier pour s'y opposer pour être sûr de gagner. En écoutant les réactions ici après les municipales, j'ai vite compris que la majorité silencieuse n'a pas envie de subir encore les désiratas d'une minorité urbaine qui la méprise (ce n'est pas le cas de la majorité des citadins). J'essaye de modérer mes enfants qui sont dans ce mouvement. Ils ne se rendent pas compte avec leurs certitudes, affirmées sans filtres, qu'ils deviennent insupportables à ceux qui bossent durement au quotidien. Ceux-là ont accepté les migrants COVID bon grès mal grès, ils ne supporteront pas les donneurs de leçons ! Et si le jeu politique parisien conforte le discours des verts pour tenter de les siphonner, je crains vraiment qu'ils votent RN sans état d'âme à la prochaine présidentielle. C'est cela qui me fait très très peur ! Je ne veux pas me retrouver avec des extrêmes au pouvoir ! Je l'ai toujours dit et défendu, je continuerai de le faire. Mais arrive un moment, où le raisonnable n'étant plus audible, la radicalisation devient la seule voie pour ceux qui courbent l'échine !


Cet état des lieux est malheureusement largement partagé. Je ne peux pas terminer sans propositions... dans le prochain billet...

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Commentaires
A
Constat édifiant mais totalement réaliste,on se demande bien à quoi vont servir nos élus qui sont sensés nous représenter si on les remplace par des assemblés de citoyens plus ou moins bien choisi et sans compétence spécifique pour débattre de tout et n'importe quoi.Il vaudrait mieux remettre les électeurs sur le chemin des urnes mais comment faire?Le COVID avec les risques de contamination augmente surement l'abstention mais comme vous l'écrivez,pas de manière égale suivant les catégories d'électeurs.Moi aussi je suis inquiet de la tournure des événements et des décisions à venir.
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O
Tu sembles avoir une grande confiance envers tes pairs : ce sont des pros, ils ont raison. Ce n’est pas mon cas. Je veux dire que dans un de mes domaines professionnels, l’enseignement, je suis loin d’approuver l’approche la plus répandue, c’est à dire l’enseignement frontal participatif simultané. En ce sens, je suis en profond désaccord avec une majorité de mes collègues et pourtant nous sommes tous des professionnels. Je ne remets pas en cause leur bonne foi ni leur conscience professionnelle, mais je pense que d’une manière générale nous sommes soumis à de très fort risques de biais cognitifs dans nos idées concernant notre propre métier, un peu comme si nul n’était prophète en son pays. Bien sûr, le fait que la majorité n’aie pas toujours raison au sein d’une profession ne veut pas dire que la majorité des gens qui n’y connaissent rien à raison ! Mais je crois qu’on a besoins d’avis de gens qui ont mené une réflexion de fond, accumulé beaucoup de connaissances, mais en même temps qui sont d’une totale neutralité. On peut difficilement être juge et parti, même si on a tous tendance à le vouloir. En outre, concernant l’agriculture (comme l’enseignement), on ne peut se limiter à une approche purement scientifique, froide et objective. Le ressenti des gens est très important. L’émotion face à la beauté et la diversité des paysages, par exemple, peut changer beaucoup de choses. Le paysan cultive et nourri, ce qui fait de son métier le plus noble du monde. Sans agriculture, pas de civilisation. Mais il modèle aussi le paysage et le milieu, et il est malheureusement fort peu défrayé pour cela. Enfin, je suis parfaitement d’accord avec toi quand tu dis que Le choix du modèle d'agriculture que l'on souhaite se fait à l'achat des produits alimentaires et nul part ailleurs !
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