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  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
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10 mars 2021

« Nous paysans », le débat…

 

Le monde paysan, comme toute population, est traversé par différents courants de pensées. Rien de plus normal. Mais dans l’excès, c’est contre-productif ! Depuis des années, c’est devenu pour certains une guerre qui tourne autour de « Tout ce que je fais est bien, ce que font les autres ne l’est pas » ! Cet état d’esprit est exacerbé depuis 1996 et la crise de la vache folle. C’est utilisé comme un leitmotiv politique pour certains. Il y aurait un modèle universel qui serait le seul à promouvoir et tout le reste serait à jeter à la poubelle. Cela vaut aussi bien pour les ultras de l’agriculture biologique que pour ceux du productivisme à tout prix !

Au milieu de tout cela, il y a des femmes et des hommes qui essayent de faire au mieux. Objectivement, il est compliqué de s’y retrouver sauf à écouter son bon sens ! Le problème est qu’on veut nous faire rentrer dans des cases pour conforter son groupe de croyances personnelles. Tel « écologiste » me classera comme productiviste parce que j’emploie des engrais chimiques ou que je fais un désherbage sur mes céréales, sans regarder ma façon de les utiliser. Tel « productiviste » me taxera de rétro parce que je ne cherche pas à tirer le maximum de ma terre ou que je ne systématise pas un traitement…. Il y a mille critères de classement, chacun a le sien. Ces critères sont de plus en plus clivants et définitifs avec l’éloignement physique des producteurs. Plus on écoute des citadins de plusieurs générations, plus les avis sont tranchés. Les pires étant ceux qui reviennent ensuite à la campagne en se drapant d’un rôle de missionnaire !

Dame Nature est terriblement compliquée. Il est absurde de s’interdire une technique comme il est absurde d’en faire un emploi systématique sans prendre du recul. Un paysan travaille en permanence sur un fil d’équilibriste. L’exemple de l’emploi des antibiotiques en élevage est très intéressant. Il y a eu la période du tout antibio. On en donnait systématiquement dans certaines productions aussi bien pour prévenir des maladies que pour améliorer l’assimilation des aliments donc le rendement de la ration alimentaire. Cela a été interdit avec l’apparition d’antibiorésistances qui mettent en difficulté la médecine humaine. C’est donc totalement proscrit aujourd’hui. Même dans notre production où l’emploi systématique était très modéré, ce changement n’a été rendu possible, sans catastrophe sanitaire, que par d’autres progrès techniques. Une amélioration réelle des bâtiments d’élevage, mieux ventilés et moins chargés, une meilleure gestion de l’introduction des animaux, le respect de gestes d’hygiène élémentaire ont été mis en place dans les fermes… Mais aussi, la capacité de pouvoir faire des analyses très sophistiquées avec un rendu de résultats très rapide grâce à des labos vétérinaires de proximité, s’appuyant sur un réseau de vétérinaires hyper dynamiques… Grâce à cela, on n’utilise plus les antibiotiques que pour soigner et uniquement quand c’est nécessaire : « C’est pas automatique »…

Si on regarde ce qui se passe avec la COVID, on peut faire des analogies. Le port du masque a inhibé la circulation de la grippe. Le lavage régulier des mains a fait oublier la gastro (comme me l’a fait remarquer une amie ; « on était bien crade ! »). Les analyses permettent de détecter la présence du virus même sous une forme asymptomatique. La recherche fondamentale a permis de caractériser le virus puis de faire des vaccins en un temps record grâce à des techniques utilisant le génie génétique. En attendant ces vaccins, le confinement limite les circulations virales… Cette dernière mesure soulève un paradoxe, puisque certains se servent des précautions sanitaires à l’entrée des bâtiments d’élevage pour faire croire à la volonté des éleveurs de cacher leurs pratiques.

Des progrès restent à faire comme conforter les réseaux de vigilance qui, pour les humains comme pour les élevages, vont devoir se mondialiser pour une transparence totale avec des alertes diffusées en temps réel. A travers ces exemples très simples, je veux tenter de démontrer que nous sommes interdépendants les uns des autres et que personne n’a raison dans son coin en pensant détenir la solution miracle. On a vu ce que cela donnait avec le professeur Raoult et l’utilisation politique qui a été faite de ses affirmations. Heureusement que l’opinion publique n’a pas été décisionnaire au printemps dernier !

Pour en revenir à l’agriculture, la question est simple : Comment nourrir de plus en plus d’humains sans altérer l’outil de production ? Je n’ai pas de réponse définitive. J’ai passé ma carrière à picorer à droite et à gauche des idées et des solutions. La plupart du temps, c’est l’économie qui commande. Je me suis vite rendu compte pour mon élevage que la recherche d’une plus grande autonomie était vitale. En utilisant mieux les effluents, j’ai diminué des deux tiers l’emploi d’engrais chimiques. Mais les années suivant les sécheresses, j’étais obligé d’y recourir un peu plus pour refaire un stock de foin de précaution. J’ai réussi à diminuer le désherbage chimique de mes céréales en travaillant plus la terre en été, sauf que j’ai consommé plus de carburant et sans doute libéré un peu plus de CO2 du sol… J’ai tenté des semis intermédiaires pour limiter ce travail du sol mais avec les sécheresses, elles n’ont pas poussé. Je peux multiplier les exemples sans pouvoir dire que tel ou tel principe puisse être abandonné sans conséquences ou que tel autre marche à tous les coups ! Je reste humble, dame Nature est imprévisible et j’ai besoin de multiples solutions de rattrapage au cas où, donc de ne pas m’enfermer dans un dogme !

J’ai hésité à regarder le débat qui suivait le documentaire « Nous paysans ». Finalement, je suis allé au bout pour une raison très simple. Pour la première fois depuis bien longtemps à la télévision, les débateurs, représentant pourtant des agricultures aux antipodes les unes des autres, sont restés très respectueux des pratiques des autres. Il n’était pas question de porter de jugement mais de témoigner de l’expérience de chacun, avec ses réussites mais aussi ses limites. J’ai retrouvé dans tous ces témoignages, la passion qui m’a animé tout au long de ma carrière, mais aussi les doutes et les interrogations. Le temps de cette soirée, je n’étais pas pro tel type d’agriculture contre tel autre, mais un paysan rescapé, fier de ce qu’il est, cherchant à bien faire, avec mes qualités et mes défauts !!! Bref un « paysanheureux » qu’on parle enfin positivement de mon métier sans s’écharper !

Un immense merci aux journalistes qui ont permis ce débat, loin des polémistes habituels qui ont envahi tous les espaces médiatiques.

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Commentaires
Y
"Comment nourrir de plus en plus d’humains sans altérer l’outil de production ? Je n’ai pas de réponse définitive"<br /> <br /> La première partie de votre phrase est peut-être une partie de la réponse.<br /> <br /> <br /> <br /> La population humaine a augmenté de manière explosive depuis 1950 environ. Contrairement aux autres espèces animales, l'alimentation n'est plus un facteur limitant (heureusement, je ne veux pas le retour des famines!) . Mais jusqu'où pourrons nous poursuivre à ce rythme?<br /> <br /> La bonne nouvelle c'est qu'en général les populations des pays qui deviennent riches produisent moins d'enfant: élever des enfants "coûte" cher. On peut espérer qu'il y aura une décroissance de la population mondiale un jour (avec les adaptations à trouver pour s'occuper d'une population vieillissante). Mais est-ce que ce sera assez tôt?<br /> <br /> Je ne parle pas seulement de la nourriture, je parle aussi des ressources minières ou autres.<br /> <br /> Je préférerais une décroissance voulue et contrôlée de la population plutôt qu'une croissance explosive qui finirait par provoquer un gros crash le jour où il n'y aura plus assez pour tout le monde. (Et parfois, je me demande si on n'est déjà pas arrivé au moment où il n'y a plus vraiment assez pour tout le monde)<br /> <br /> <br /> <br /> Ce qui m'inquiète c'est que je me demande si nous arriverons à mettre cette décroissance en place. Car il faudra qu'elle se fasse à l'échelle mondiale. Quand on voit le -censuré- que c'est pour que les pays de l'UE s'entendent sur le moindre truc, je n'ose pas imaginer ce que ça donnerait à l'échelle mondiale...
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J
La suppression du Salon de l'Agriculture a permis toute la semaine de visiter nombre de fermes, d'élevages, de cultures différentes. J'ai suivi le débat que j'avais pensé être barbant. Non, nous y avons vu des femmes, de jeunes agriculteurs, intelligents, maîtrisant parfaitement les nouvelles technologies. Je me suis dit que, peut-être le petit monde paysan ne disparaitra pas au profit de multinationales. Je me suis dit que, peut-être, on allait voir disparaitre ces monstruosités que sont les élevages intensifs, ces fermes aux 1000 vaches, ces élevages en batterie qui me dégoûte presque de manger de la viande. Quand on voit ce qui se passe ailleurs, au Brésil par exemple, c'est à vomir.<br /> <br /> Oui, rien n'est tout blanc, rien n'est tout noir...Il y a à boire et à manger comme on dit dans ce qu'on nous propose...Tout l'un ou tout l'autre, pas possible. Je hais les écolos extrémistes qui voudraient tout supprimer. Par contre, certaines nouvelles méthodes, comme la permaculture sont intéressantes. Une fois de plus, c'est à travers les femmes et les nouveaux agriculteurs que le monde agricole avancera et ne disparaitra peut-être pas. Ces jeunes font des études, c'est bien..Au moins, nos dirigeants auront en face d'eux des gens qui savent parler.. Non pas que nos anciens n'étaient pas intelligents, mais, ils étaient bloqués, freinés tout jeunes. Fallait en vouloir pour échapper au joug familial, comme l'a fait mon oncle..
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A
je confirme pour les missionnaires qui bien souvent n'ont pas voulu prendre le risque de devenir agriculteur.
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