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  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
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1 février 2022

Les limites du système agricole !

Je n’avais pas lu cette tribune en écrivant mon dernier billet, je l’ai découvert ce matin. J’ai eu envie de vous la présenter. Chacun s’exprime avec ses mots, Mr Godet apporte un autre éclairage qui complète mes écrits, avec des pratiques (avances aux cultures) d’autres régions. "Plus le risque est grand, plus l’argent coûte cher ! " ...

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Pour répondre à un commentaire du billet précédent (Youpi), je me dois d’apporter quelques précisions. Je ne voulais pas forcément mettre de l’huile sur le feu et ne pas en rajouter… Mais il faut bien expliquer pourquoi les banques prêtent pour du matériel même quand on est en situation de surendettement. Le dossier est monté par le vendeur. Si la banque du paysan refuse, il peut présenter son dossier à une autre, concurrence oblige. La nouvelle banque va demander des garanties. Le nantissement sur le matériel (gage) est la première mesure. Généralement, le matériel perd de la valeur, comme une voiture, la première année, plus qu’un amortissement d’emprunt. Donc il est demandé une autre garantie comme la caution d’un proche. Quand cela n’est pas possible, il reste la possibilité de demander le versement des primes et de faire transiter l’argent des ventes par leurs comptes. Pour les primes, les autres organismes peuvent demander la même chose. Le principe est le même que le nantissement au sens où le paysan accepte que les primes soient virées directement sur le compte du fournisseur.

Dans la réalité, il y a des situations surréalistes qui m’ont été rapportées. Par exemple, des paysans signent ces gages(?) pour un montant supérieur aux subventions. Du coup, il en manque au final. C’est donc la course au premier arrivé ! Les banques ont un avantage. On m’a raconté, ce n’est pas une « fake », que plusieurs agriculteurs ont vu leurs comptes débités en même temps qu’ils étaient crédités. Ils n’ont jamais décidé de quoi que ce soit, ils n’étaient même plus maître de leur argent en quelque sorte. Si on peut comprendre les créanciers, sauf pour les agios, il faut quand même bien insister sur le fait que psychologiquement cette dépossession forcée est terrible à vivre et peut poser de gros problèmes par ailleurs !

Comment s’en sortir ? On ne peut pas continuer de tirer sur la corde des prix indéfiniment. Le prétexte « qu’il y en a toujours des qui s’en sortent mieux donc à prendre en modèle » a ses limites. Qui peut être certain de ne pas connaître une année noire sur le plan sanitaire, de maîtriser tous les paramètres et de vendre mieux que les autres ? Qui peut être sûr de ne pas tomber malade au mauvais moment comme mon voisin cette année ?

La solidarité de filière ensuite ne doit pas être un vain mot ! Pas seulement entre paysans mais de tous ! Revenir à quelques règles de bon sens comme de ne pas vendre à tout prix sans avoir un minimum de certitudes sur le bien-fondé des achats pour ne pas enterrer le « client » devrait être la priorité !!! Je sais, ce n’est pas dans l’air du temps. Il est trop facile de répondre que si on ne le fait pas, les concurrents le feront ! Tous les organismes agricoles, conçus par nos ancêtres pour apporter chacun un service particulier aux paysans se font concurrence entre eux maintenant. De plus, ils ont quitté la seule sphère agricole pour élargir leur clientèle. Cela s’est fait au détriment des paysans qui en période de crise ne sont plus considérés comme un marché porteur. D’où les dérives décrites dans l’article et ces deux billets !

Si je ne suis pas pour le collectivisme, je crois que le libéralisme a besoin de quelques limites pour ne pas être destructeur !

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Commentaires
Y
"Si je ne suis pas pour le collectivisme, je crois que le libéralisme a besoin de quelques limites pour ne pas être destructeur "<br /> <br /> PH, il a été démontré que le libéralisme total, à long terme, aboutit à une majorité de gens très pauvres et une très petite minorité de gens très riches. C'est presque des mathématiques :D<br /> <br /> (Pour ceux qui ont oublié, le libéralisme total, c'est la non intervention absolue de l'Etat.)<br /> <br /> Soit vous êtres très optimiste et vous misez sur le fait que vous allez faire partie des très riches. Vous endossez alors le libéralisme débridé... mais vous la fermez si au final vous faites partie de la majorité pauvre.<br /> <br /> Soit vous n'êtes pas si optimiste que ça, vous comprenez que les maladies se tamponne de vos capacités de travail, que le mauvais temps aussi... et qu'il peut être prudent d'avoir un genre de caisse commune pour le cas où.<br /> <br /> Et pas besoin d'aller jusqu'au collectivisme total, dans lequel toutes les décisions sont prises par l'Etat et dans lequel vous n'êtes propriétaire de rien.<br /> <br /> Il y a des nuances, comme on dit :D, entre ultralibéralisme et stalinisme!<br /> <br /> <br /> <br /> "Il est trop facile de répondre que si on ne le fait pas, les concurrents le feront ! "<br /> <br /> Bien dit! Ce genre de raisonnement ("les autres le font") est un raisonnement de lâche qui en général nivelle par le bas. C'est le même raisonnement que quand on voit une personne fragile se faire agresser et que personne n'ose intervenir de peur de prendre des coups.<br /> <br /> Il faut au contraire dire non. S'indigner. Peut être qu'on sera celui qui prend des coups. Mais peut être aussi que notre indignation donnera envie à d'autres qui hésitaient d'intervenir.<br /> <br /> <br /> <br /> Je connais mal le domaine agricole mais je me souviens des débuts du bio.<br /> <br /> Au début, le bio c'était une affaire de babas cool hippies et personne ne misait sur le fait que les consommateurs dépenseraient 10% de plus pour acheter le même produit en bio.<br /> <br /> Aujourd'hui, le bio est "tendance" et rapporte. Parce que des agriculteurs ont misé sur le bio, parce que des consommateurs ont été sensibilisés au bio, parce que le bio est devenu intéressant.<br /> <br /> <br /> <br /> Quand j'y pense, quand je peux, j'achète mon café en version "commerce équitable". Par compassion, mais aussi parce que le meilleur moyen de limiter la délocalisation c'est que les gens atteignent le même niveau de vie qu'ici.<br /> <br /> Pourquoi ne pas étendre le "commerce équitable" au local? Des paysans dans la misère, j'en connais pas mal.<br /> <br /> <br /> <br /> PS: désolé pour les commentaires longs. Raccourcissez/supprimez si besoin est.
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Y
" Le dossier est monté par le vendeur. Si la banque du paysan refuse, il peut présenter son dossier à une autre, concurrence oblige. La nouvelle banque va demander des garanties."<br /> <br /> Je comprends ce que vous voulez dire... et pourquoi ça peut être polémique.<br /> <br /> Si la première banque refuse, ça peut être parce qu'elle n'a pas compris les arguments de l'agriculteur, contrairement à la deuxième. Mais ça peut être aussi parce que l'agriculteur se berce d'illusions et que la deuxième banque s'en fiche.<br /> <br /> <br /> <br /> Pas facile d'estimer le risque, même les professionnels se cassent les dents là dessus alors... (cf crises financières). Pas facile non plus d'avoir une estimation correcte du risque quand on est au bord du gouffre ou quand on voit ses espoirs douchés par des contraintes qui ne dépendent pas de nous.<br /> <br /> <br /> <br /> Par contre vous ne m'étonnez pas quand vous dites: "Les banques ont un avantage". S'il y a bien un truc que j'ai appris, c'est que les banquiers ne prennent des risques que quand ils sont sûr de gagner à tous les coups. Ca se comprend: sinon la banque coule. La banque diminue le risque en prêtant soit à des personnes pour lesquelles le risque est très faible, soit en prêtant à suffisamment de personnes pour que le risque se dilue. Elle n'est toutefois pas totalement à l'abri, cf crise des subprimes.<br /> <br /> <br /> <br /> "plusieurs agriculteurs ont vu leurs comptes débités en même temps qu’ils étaient crédités"<br /> <br /> D'une certaine manière, c'est logique. Les revenus arrivent sur le compte, la banque a le droit de se servir. L'argent dont on dispose réellement est la différence entre ce qui nous est prêté et ce que l'on doit. Reste que ce n'est facile à accepter pour personne. :(
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Y
" Le prétexte « qu’il y en a toujours des qui s’en sortent mieux donc à prendre en modèle » a ses limites."<br /> <br /> Il est toujours dans ces cas là intéressant d'analyser comment celui qui s'en sort mieux... s'en sort mieux.<br /> <br /> Pour varier les camps des exemples, je me souviens du cas de Stakhanov, un mineur. Dans son cas, il y a une partie de son succès qui est lié à une amélioration des méthodes d'extraction du charbon. Et une partie qui est lié à la propagande.<br /> <br /> <br /> <br /> Je ne connais pas bien l'agriculture. Mais c'est sûr, on peut imaginer que quelqu'un prenne de gros risques financiers et s'en sorte parce que ses investissements étaient bons.<br /> <br /> Mais aussi que l'année a été exceptionnellement bonne, qu'il a travaillé jusqu'à s'épuiser physiquement, etc. Pourra t'il recommencer l'année prochaine avec un temps pourri? Ou sur un autre sol, moins généreux?
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