Les limites du système agricole !
Je n’avais pas lu cette tribune en écrivant mon dernier billet, je l’ai découvert ce matin. J’ai eu envie de vous la présenter. Chacun s’exprime avec ses mots, Mr Godet apporte un autre éclairage qui complète mes écrits, avec des pratiques (avances aux cultures) d’autres régions. "Plus le risque est grand, plus l’argent coûte cher ! " ...
Pour répondre à un commentaire du billet précédent (Youpi), je me dois d’apporter quelques précisions. Je ne voulais pas forcément mettre de l’huile sur le feu et ne pas en rajouter… Mais il faut bien expliquer pourquoi les banques prêtent pour du matériel même quand on est en situation de surendettement. Le dossier est monté par le vendeur. Si la banque du paysan refuse, il peut présenter son dossier à une autre, concurrence oblige. La nouvelle banque va demander des garanties. Le nantissement sur le matériel (gage) est la première mesure. Généralement, le matériel perd de la valeur, comme une voiture, la première année, plus qu’un amortissement d’emprunt. Donc il est demandé une autre garantie comme la caution d’un proche. Quand cela n’est pas possible, il reste la possibilité de demander le versement des primes et de faire transiter l’argent des ventes par leurs comptes. Pour les primes, les autres organismes peuvent demander la même chose. Le principe est le même que le nantissement au sens où le paysan accepte que les primes soient virées directement sur le compte du fournisseur.
Dans la réalité, il y a des situations surréalistes qui m’ont été rapportées. Par exemple, des paysans signent ces gages(?) pour un montant supérieur aux subventions. Du coup, il en manque au final. C’est donc la course au premier arrivé ! Les banques ont un avantage. On m’a raconté, ce n’est pas une « fake », que plusieurs agriculteurs ont vu leurs comptes débités en même temps qu’ils étaient crédités. Ils n’ont jamais décidé de quoi que ce soit, ils n’étaient même plus maître de leur argent en quelque sorte. Si on peut comprendre les créanciers, sauf pour les agios, il faut quand même bien insister sur le fait que psychologiquement cette dépossession forcée est terrible à vivre et peut poser de gros problèmes par ailleurs !
Comment s’en sortir ? On ne peut pas continuer de tirer sur la corde des prix indéfiniment. Le prétexte « qu’il y en a toujours des qui s’en sortent mieux donc à prendre en modèle » a ses limites. Qui peut être certain de ne pas connaître une année noire sur le plan sanitaire, de maîtriser tous les paramètres et de vendre mieux que les autres ? Qui peut être sûr de ne pas tomber malade au mauvais moment comme mon voisin cette année ?
La solidarité de filière ensuite ne doit pas être un vain mot ! Pas seulement entre paysans mais de tous ! Revenir à quelques règles de bon sens comme de ne pas vendre à tout prix sans avoir un minimum de certitudes sur le bien-fondé des achats pour ne pas enterrer le « client » devrait être la priorité !!! Je sais, ce n’est pas dans l’air du temps. Il est trop facile de répondre que si on ne le fait pas, les concurrents le feront ! Tous les organismes agricoles, conçus par nos ancêtres pour apporter chacun un service particulier aux paysans se font concurrence entre eux maintenant. De plus, ils ont quitté la seule sphère agricole pour élargir leur clientèle. Cela s’est fait au détriment des paysans qui en période de crise ne sont plus considérés comme un marché porteur. D’où les dérives décrites dans l’article et ces deux billets !
Si je ne suis pas pour le collectivisme, je crois que le libéralisme a besoin de quelques limites pour ne pas être destructeur !
