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  • Paysan retraité, ancien éleveur de charolaises, qui regarde l'agriculture,les événements et la société depuis sa cour de ferme. Ma devise : " Prendre ce que la nature veut bien me donner. Vivre avec ce que les hommes me laissent !"
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20 février 2024

Optimiser la conduite du trupeau en fonction du potentiel agronomique de la ferme avec l'IA...

Juin 2003 : La canicule brûle nos prairies, les sauterelles ne laissent aucune tige... Nous comprenons qu'il va falloir monter une opération « paille » pour sauver nos troupeaux. Une opération collective, avec une vraie solidarité des céréaliers picards, permet de limiter l'envolée des prix. D'environ 35cts le kilo en 2002, l'opération permet de ramener 65000 tonnes à 65 cts ! Les 600 kms pèsent très lourds dans le coût , pour plus de la moitié. Une fois la calamité passée, en 2004, le prix de la paille ne baisse pas vraiment. Il ne cessera de progresser par bonds au gré des sécheresses les deux décennies suivantes. Il en va de même pour le prix des aliments du bétail. C'est sans doute cette année là qu'une rupture débute dans nos campagnes où prédomine l'élevage allaitant. Inconsciemment , le réchauffement climatique devient réalité !

Février 2022, lorsque Poutine veut récupérer la partie ukrainienne du grenier à blé de la mer Noire, le total représente 30 % des échanges mondiaux, les spéculateurs y voient une aubaine et les prix flambent. En conséquence, les éleveurs subissent une inflation démesurée du prix des aliments du bétail. Si quelques céréaliers se réjouissent sur tweeter, pensant pouvoir toucher le pactole, sans penser aux conséquences à plus long terme, tous les éleveurs sont inquiets et se taisent. De plus, une sécheresse inhabituelle concernera ensuite le grand ouest de la France. Comment s'en sortir si les cours des animaux ne suivent pas ? Car le prix des aliments du bétail est directement corrélé au cours mondial des céréales et du soja. Les cotations de Chicago pour le Blé, maïs et soja servent de références, jusque chez nous, éleveurs du charolais. Même si une coopérative transforme sa propre collecte de céréales, elle répercute les cours mondiaux pour plusieurs raisons. Un elle doit payer ses producteurs et elle ne peut pas le faire de façon déconnectée du marché, au risque de voir ses adhérents vendre ailleurs à plus offrant. Deux, l 'état prélève des tas de taxes et de la TVA lors des transactions, donc il y a un effet multiplicateur qui accentue l'inflation. Trois, elle a des frais, supplémentaires dans ce cas, qu'elle doit répercuter, comme les transports ou l'énergie pour transformer les aliments, surtout au passage en granulés ! Résultat, tout une économie d'échanges, liés à la spécialisation se trouve bouleversée et remise en cause.

A cela s'ajoute une énorme crainte sur l'approvisionnement en engrais, Nous avons externalisé les usines dans d'autres pays pour des raisons écologiques. La Russie est ainsi devenue un leader mondial. La guerre en Ukraine bouleverse donc tout le commerce mondial, des matières premières à l'énergie. Les sanctions économiques prises contre elle s'avèrent contre productives et favorisent l'émergence de nouvelles routes commerciales... J'y reviendrai.

 

Comment gérer au milieu de tous ces aléas ?

 

Donc, entre 2003 et 2019, mon année de départ en retraite, il y a eu au moins 5 sécheresses majeures, 2 ou 3 années où la FCO a impacté directement, de façon considérable, les résultats techniques de mon troupeau. Je n'oublie pas le scandale de la viande cheval dans les lasagnes... Au moins une année sur deux, la structure même de mon exploitation était en difficulté, voir en danger. Il m'a même fallu réduire de 1200 € à 800 € par mois ma contribution aux dépenses du ménage pendant une année, ravalant ma fierté personnelle. Pourtant, je ne suis pas le plus à plaindre, ayant dès 2003, compris que la recherche de l'autonomie alimentaire du troupeau devait être la seule stratégie pour ma ferme. La première mesure de protection de ma marge est de limiter les dépenses au maximum et de m'émanciper autant que possible des marchés spéculatifs.

A cela s'ajoute les évolutions de la PAC. Je laisse de côté les mesures dites vertes, pour ce billet, bien qu'elles aient de très lourdes conséquences. Entre 2010 et 2015, le lobbying politique de l'agroalimentaire gagne avec la fin des quotas laitiers et pour l'élevage allaitant, en 2015, la fin de la « prime à la vache » pour les génisses de renouvellement. L'objectif est simple et on est obligé d'y passer : Le but est de nous obliger à produire plus à structure égale, sous couvert de plus de liberté... Ainsi, pour garder mes primes, j'augmente mon nombre de vaches. Le résultat sur les cours ne se fait pas attendre : baisse !!! Lactalis et Bigard ont gagné. Mais dame nature ne l'entend pas ainsi et l'euphorie est de courte durée. Les années de sécheresses successives, de 2017 à 2019, nous ramènent tous à la réalité. Notre sole individuelle ne permet pas de nourrir durablement les 10 à 20 % d'animaux supplémentaires imposés. Malgré les discours, acheter des aliments ne paye pas, loin s'en faut. Face à cette impasse technique, un mouvement de masse s'enclenche, loin des préconisations officielles. Profitant de la pyramide des âges « favorable » sous cet angle, à savoir malheureusement beaucoup de départs en retraite non renouvelés, les fermes s'agrandissent. On reprend des hectares, mais sans reprendre les troupeaux. En clair, les surfaces reprises passent soit en parcelles de récolte, enrubannage ou foins, soit en cultures. Le troupeau global de vaches chute de 15 % en 6 ans ! Un responsable de la transformation me dira un jour « les éleveurs ne veulent plus travailler » ! Je lui répondit : «  Si, ils bossent toujours autant. Mais ils ne sont pas fous, ils calculent et ne veulent pas continuer de le faire à perte pour remplir vos poches. Donc, ils essayent de s'adapter ! Vous n'avez qu'à payer leur travail à sa vraie valeur... »

Mais tous les paysans n'ont pas les mêmes opportunités de s'adapter aussi rapidement, souvent par impossibilité financière... Cela met beaucoup de monde au fossé. D'où des drames dans le silence du fin fond des campagnes.

Le prix de vente : c'est la première revendication de tous les agriculteurs ! Vous comprendrez la déception de bon nombre d'éleveurs à l'issue des annonces ministérielles suite aux dernières manifestations. Au lieu de prix, on leur propose une subvention de 1000 à 1500 € ! Encore une subvention « pansement » qui ne dégage aucune perspective ! On ne met pas de pesticide sur une prairie donc l'abandon de certains plans n'a pratiquement pas d'impacts sur nos fermes, ou si minimes sur les cultures auto-consommées. On parle de « plan de relance » mais concrètement, pour le moment, cela ne reste qu'une vague promesse...

La souveraineté revendiquée en Europe depuis la COVID commence par la recherche d'autonomie dans nos fermes. C'est dans ce contexte global de l'élevage que j'ai proposé cette autre utilisation de l'IA afin d'optimiser la conduite du troupeau sur la production fourragère la plus autonome possible de nos fermes d'élevage !

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Commentaires
C
Cela amène en effet à réfléchir et cette analyse multifactorielle dans un système mouvant n'est pas évidente mais intéressante, IA ou analyses statistiques multivariées, je ne sais pas. Ou les deux.
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P
Chapeau!
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P
Merci. Analyse de terrain qui va à l'encontre de beaucoup d’intérêts !
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Y
Toujours aussi passionnant et nécessaire !
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