paysanheureux

28 mai 2017

Les vaches, une valeur sûre !

« Demain, on va voir les vaches ! » Instantanément, les petits bras se tendent vers moi et je dois le prendre sur mes genoux. A 18 mois, « demain », c’est loin. La déception est grande et se lit sur son visage. « Demain, c’est après un gros dodo ! » Le temps, une notion qui change beaucoup avec l’âge.

visite-troupeau

PHPF adore le PH tour. Dès qu‘on parle de vache, un immense sourire illumine son visage et il se précipite vers moi. A chaque visite à la maison, c’est la même joie. Et le même bonheur de grand père de lui faire découvrir la nature. Un rien l’émerveille. Peut-être verra t’on l’écureuil qui nous a bien amusé pendant 5 minutes jeudi avec Mme PH ? Ou plus sûrement, les cannetons sur l’étang qui ne craignent plus la voiture…

cannetons

Hiver, printemps n’ont aucune importance pour PHPF. L’essentiel, pour ce petit rat des villes, est la plongée dans l’univers naturel du cadre de vie de ses grands-parents. Juste un émerveillement d’une nature sans cesse changeante, variée à souhait, qui rendent la petite heure de promenade unique ! Et si d’aventure, je veux recommencer un petit tour, une seconde fois, pour surveiller un troupeau, jamais la moindre lassitude. Si ce n’est l'impatience d’être dans mes bras pour ne pas manquer l’occasion !

précipitation-mêlée

Les enfants ont aussi besoin de se ressourcer !

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25 mai 2017

Faux départ !

Dame nature reste la plus forte. Une temps d'été appelle à la récolte. J'ai donc entamé la fauche pour récolter de l'herbe en enrubanné...

fauche-viroll

Comme pour tout le monde, la tentation était trop grande. 30°C, c'est inespéré à cette saison et on se croit en été. Mais c'est oublier un peu vite que la nature est plus compliquée... Si on récapitule le printemps, début avril a été trop beau et trop sec. Ensuite, le gel énorme de la mi-mois jusqu'à presque la fin du mois a été catastrophique ! Les lésions sont énormes dans la nature. Il a falu attendre le début mai pour que la pluie salvatrice tombe. Il n'y a finalement que 10 jours que l'herbe et les céréales poussent à nouveau. La qualité de l'herbe à récolter est excellente mais il n'y a pas de quantité. J'ai donc décidé de poser la faucheuse, même si je n'ai coupé que le tiers de la seconde parcelle. Il faut attendre un peu si je ne veux pas avoir une demie récolte de foin. C'est très "fourni au pied", donc le potentiel est là. Patience donc, en espérant que le prochain passage de pluie ne se fasse pas avec des orages dévastateurs ( Les températures sont bien trop hautes pour la saison) et que dans 15 jours, nous ayons à nouveau une belle période de beau temps. Quoiqu'il en soit, il serait stupide d'engager une partie importante de la récolte tout de suite. D'autant que les prés pâturés par mes troupeaux ne sont pas surpâturés...

bottes-agneau

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21 mai 2017

Des psychologues plutôt que des gendarmes !

Encore un drame pour rien ?

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Depuis ce matin, mes pensées vont à la famille de cet éleveur. J’imagine et partage aisément la peine ressentie. Je pense également aux gendarmes qui ont tiré. Eux aussi doivent se poser bien des questions. Sans doute auraient-ils mieux fait de le laisser s’échapper, il n’avait pas d’arme et ne menaçait personne… Mais peut-on juger sans avoir vécu la menace  de danger de mort ?

Comment un simple contrôle sanitaire du troupeau peut conduire à une mort ? Cette tragédie, parce qu’elle reflète une révolte personnelle, nous interpelle de par la disproportion de la réponse apportée à une détresse. Il me semble qu’elle doive être rapprochée des suicides quasi journaliers de paysans.

D’abord, une exploitation et un élevage sont des milieux clos au sens où la responsabilité s’exerce souvent en solitaire même quand elle est partagée à plusieurs. Le travail avec du vivant reste très aléatoire. A situation égale, tout peut mal tourner. Gel, grêle, épidémie ou sécheresse peuvent anéantir une année d’effort et de travail. Le paysan est bien seul face à l’adversité naturelle. Il se sent de plus en plus abandonné, contraint à en assumer seul les conséquences.

La responsabilité devient collective quand un trop grand nombre de réactions violentes, suicides entre autres, deviennent légion ! Je ne connais pas le cas précis mais je ne peux m’arrêter à la simple explication d’un accident ou du « pétage de plomb » ! S’introduire chez quelqu’un avec la force publique n’est pas neutre. Le motif doit être sérieux. Oui, le non-respect des règles sanitaires peut mettre en danger l’élevage d’une région mais de là, à n’envisager que la répression pour solution... Qui a vécu les contrôles en connait le côté humiliant et de suspicion de fraude systématique !

Cette année, la gestion collective des problèmes sanitaires a montré ses limites. « On nous enquiquine pour des maladies sans conséquences, si ce n’est commerciales, pendant qu’une épidémie aux conséquences parfois énormes, s’est tranquillement propagée dans l’indifférence technocratique ». Cela a creusé le fossé entre l’administration et le terrain, avec un certain discrédit de la première à nous protéger. Un ami a évoqué la rupture psychologique, conduisant au laissez aller vis-à-vis des règles, récemment dans un groupe de réflexion avec des non-agriculteurs ! Sa prédiction s’est réalisée de la pire des façons. Notre secteur est en crise depuis si longtemps. Quelles perspectives donne-t-on aux éleveurs ?

Ce drame m’émeut, comme chaque suicide annoncé, car j’ai le sentiment d’un échec évitable. Bien sûr, dans le cas présent, il n’était, sans doute, pas super clean dans son élevage, mais de là à agir par la force publique et le transformer en « terroriste »… La façon de faire des contrôles doit être revue. La panique qu’ils provoquent n’est pas normale. Dans tous les cas similaires, ce ne sont pas des gendarmes qu’il faut envoyer mais des psychologues, pour aider et non pour réprimer.

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02 mai 2017

Très loin de l'agitation médiatique...

Les circonstances de la vie font que je suis bien loin de l'agitation médiatique ! Elles m'obligent à un recul que je qualifie de salutaire. La disparition d'une maman relativise le brouhaha. Les quelques échos qui me parviennent me poussent à penser que l'Amour est bien plus important que tout. La campagne électorale me semble une course poursuite effrénée pour le pouvoir, bien loin de ce qui devrait faire le fondement de nos vies et l'engagement pour les autres. Je suis impressionné par les postures, les contre-vérités et les discours à géométrie variable. Les revendications aux références historiques prêtent à sourire tellement elles ont énormes !

Mais où le bien commun dans tout cela ? 

Vivement lundi !

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27 avril 2017

Ruralité oubliée, petit message aux politiques

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« Tu devrais écrire ce que tu viens de m’expliquer ! »

Toute analyse politique est risquée. Personne n’est dans les secrets de l’isoloir et il faut se méfier des grandes gueules qui ne sont pas forcément représentatives des opinions profondes, dites du peuple. De plus, l’exemple des chroniqueurs politiques dont c’est le métier, qui ont décliné à l’infini, pendant des semaines, des analyses qui feraient sourire si on les visionnait toutes après coup, doit inciter à la prudence… Les Barbier, Elkrief et autres perdraient une grande part de crédibilité !

Je vais donc prendre le risque de relater quelques réflexions suite à un constat catastrophique : les ruraux, ici, ont massivement voté pour Mme Le Pen ! Je dis bien les ruraux que je distingue des paysans, qui, globalement ont été plus mesurés. J’essaye d’écouter beaucoup, d’inciter à la confidence et de recouper…

« Pourtant chez nous, il n’y a pas d’immigrés ! »  La première erreur est d’assimiler  le vote FN à une adhésion aux idées du canal historique du FN. Sur environ 1100 inscrits de la commune, nous avions toujours une cinquantaine de votes idéologiques  FN ces 20 dernières années. On ne peut pas passer à 220 dimanche par une brutale peur de l’immigré alors que localement, nous ne sommes pas concernés. La stratégie de dédiabolisation de Mme Le Pen  a fonctionné. L’étranger, de façon indéfinie, même européen, est responsable de tous les maux et profite de la générosité de notre pays au détriment des autochtones. Quand elle parle de ceux qu’elle veut renvoyer dans « leur pays » (imaginez un syrien aujourd’hui, que veut dire « son pays » ?), elle est suffisamment floue pour que personne ne puisse personnaliser les rejetés. Les fichés « S », vous les connaissez ?

Cette banalisation de l’idéologie extrême, ou plutôt son passage au second plan, permet de recueillir tous les votes sanctions. Et là, la responsabilité de la gestion de nos élites est énorme. Je vais citer de petits exemples dont je suis sûr qu’ils peuvent expliquer pour partie le pourquoi de ce vote rejet.

D’abord l’emploi ! Dans mon département, la fracture est évidente. L’effondrement  de la sidérurgie dans les années 80 et la fermeture des mines a laissé un vide immense. L’ouest du département est sinistré tandis que la vallée de la Saône, axe de circulation européen majeur,  est prospère. On parle même de far-West car, avec la crise de l’élevage, l’agriculture n’irrigue plus les campagnes au contraire de la côte viticole. Les équipements collectifs se font d’abord dans la zone dynamique. Les miettes restantes sont éparpillées dans des investissements trop souvent hasardeux  et improductifs.  (Le château de La Boulaye, 2 400 000 €, financés  à  100% par des fonds publics, a été ouvert 2 ans et est fermé depuis plus de 4 ans ! Je pourrais citer un autre projet à 1 300 000 € qui va finir de la même façon). En économie, chacun doit rester à sa place. En voulant se substituer à l’initiative économique  privée, par défaut, le politique donne l’impression d’errer sans ligne directrice avec l’argent des contribuables… Le sentiment que la reconversion  de notre zone est un échec prévaut, même si ce n’est pas totalement juste. Je constate que le vote FN, commune par commune, correspond à la carte de stagnation économique que je me fais de ma région…

Il en va de même des infrastructures générales. L’argent va à l’argent ! La RCEA par exemple, a  50 ans de retard. La responsabilité de l’état est indéniable. Notre pays ne conçoit pas qu’une transversale européenne majeure puisse le traverser sans passer  par Paris. Il s’est longtemps appuyé sur les divisions et querelles  locales, stériles, pour ne rien décider. Résultat, nous avons le sentiment d’avoir été les délaissés, abandonnés à notre isolement et au danger d’une route inadaptée au trafic actuel, en grande partie étranger de plus. (On parle toujours des comportements dangereux des chauffeurs de poids lourds étrangers, jamais des conducteurs français).  Le TGV avec sa gare du Creusot a été le seul  signal positif et une énorme réussite. Mais avec l’accès au très haut débit Internet, qui va demander 10 ans pour être généralisé en campagne, on retombe dans ce sentiment général  d’oubli. Contrairement à la pratique d’autres pays, l’état vend les licences d’exploitation aux sociétés de téléphonie sur les zones « rentables » au lieu de les obliger à couvrir les zones blanches en échange de cette permission. Je pourrais multiplier les exemples…

La réforme des collectivités territoriales renforce le sentiment d’une volonté de détruire le  tissu rural ! Les grandes régions, on le voit rien que par la difficulté à leur trouver un nom, est perçue comme une perte d’identité. L’éloignement du pouvoir renforce le sentiment de mise à l’écart. L’intercommunalité met sous la toise les petites communes. Comme à chaque fois, les jeux de pouvoir et de carrière, avec les émoluments qui vont avec, priment  sur l’intérêt du territoire. La grosse commune, surreprésentée, veut imposer sa loi et  a du mal à accepter des projets qui soient partagés par tous. Sans élection directe de ses représentants, elle n’est pas comprise de la population  et est, elle aussi, perçue comme une dépossession des petites communes. Pire, peu de gens le savent, l’état a trahi le mot  « égalité » qui est au centre du fronton des mairies. Ainsi, la DGF, dotation générale de fonctionnement versée aux intercommunalités et aux communes est proportionnelle  au nombre d’habitants. Par exemple, pour notre intercommunalité avant modification, nous touchions 30 €/hab tandis que la communauté urbaine voisine touchait 160 € !!! Idem pour les indemnités des élus. On comprend alors les tentatives de certains  de proposer un mariage avec  les grosses collectivités, même si c’est au détriment de la logique de territoire et de l’intérêt des populations. Quand j’entends que les petites communes coûtent chères, je bondis. De plus, les élus de ces dernières rendent de multiples services au quotidien, services assumés par les fonctionnaires territoriaux dans les grosses structures, sauf quand la presse est là. Cette disponibilité, nuit et week-end compris, n’est jamais prise en compte… 

Reste enfin la gestion administrative des territoires. Que répondre à un citoyen qui respecte les obligations immobilières mais qui se voit refuser  ou repousser deux ou trois fois son dossier de permis de construire pour dossier incomplet sur un détail alors qu’il a pris un architecte ? Je n’ose pas parler des périmètres d’un monument historique… Pire, comment expliquer que la construction  d’un garage en campagne soit interdite pour cause de plan d’urbanisme basé sur les règles des grandes villes ? Que dire de la suppression progressive des services ruraux ? La carte d'identité en est le dernier exemple. Et dire que les grosses communes se font payer par l'état pour le surplus de travail provoqué !

Mon discours peut paraître être antisystème. Je suis convaincu que le silence sert les extrêmes et fait passer les gens raisonnables pour des complices de ce système. En même temps, par réserve, j’hésite à trop en dire pour ne pas alimenter les analyses excessives. Ces quelques exemples, la liste serait longue, donnent  le sentiment diffus qu’un citoyen rural vaut moins qu’un citoyen urbain ! D’où un rejet des politiques actuels et des partis qui les portent. Les parachutages devraient être interdits par la loi. Rejet  grandement accentué par l’attitude de certains  élus locaux carriéristes. Le vote FN ou insoumis prend alors une toute autre signification. Il n’est plus idéologique mais une réponse malheureuse aux sirènes de ceux qui font croire qu’ils renverseront la table alors qu’on irait vers une dérive dangereuse. Quand on le fait remarquer à ceux qui affichent leur vote, la réponse invariable est : «De toute façon, elle (Mme Le Pen) sera obligée de partir au bout de 6 mois» ! Je suis certain du contraire, c’est même toujours comme cela que commencent les dictatures. Il suffit d’observer ce qui se passe, malheureusement, dans beaucoup de pays proches (Russie, Turquie, Hongrie…). Démocratiquement élus au départ, on voit que les dirigeants, pour rester en place, peuvent  vite oublier les règles républicaines !

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26 avril 2017

Pour compléter le billet précédent...

Le problème lorsque l'on donne des chiffres sur une longue durée est de les remettre en perspective ! En 40 ans, nous avons vécu des cycles économiques différents. Le changement de monnaie, par exemple, perturbe la  lecture des facteurs économiques. Ils ont  impacté directement  les charges au cours de ma carrière !

L'inflation a été très différente selon les périodes. Très très forte au début des années 80, elle s'est ensuite stabilisée pour approcher les 0 ces dernières années. On a même craint la déflation ! 1000 € valeur 1981 valent 2744 € au 31 décembre 2016 ! 174% de plus... 1000 francs 1981 valent 416 € !

L'évolution du SMIC est très intéressante à reprendre. Au 1 er juin 1981, juste avant la hausse de 10 % décidée par le nouveau  gouvernement de l’époque, le SMIC brut mensuel  était de à 401.65 € pour 40 heures/ semaine, soit un taux horaire de 3.37 €. Au 1er janvier 2017, le même SMIC, pour 35 h par semaine,  était à 1480 € / m soit 9.76 € / h… L’incidence est conséquente pour la ferme. Le coût du travail entre pour une part croissante dans les coûts des biens achetés, logistique oblige. Les conséquences sont encore plus importantes pour les services obligatoires de la ferme. Non seulement les coûts des services existants en 1981 ont suivis cette évolution  mais depuis,  un certain nombre de nouveaux services obligatoires sont venus s’ajouter.

Côté coût des matières premières  nous avons  subi d’énormes fluctuations. Deux indicateurs peuvent être significatifs pour apprécier les évolutions. Bien sûr, le cours du pétrole : 35.75 $ le baril en 1981 pour avoisiner les 56 $ au début 2017 en passant par les 146 $ au début juillet 2008 ! J’ai plus de mal à trouver des références pour le soja, mais je dois acheter des protéines. Entre 1981 et les années 2000, le prix a baissé. A partir de 2002, le prix remonte. De base 100 en 2000, on passe à un indice 260 en 2008. En 2008, le cours s’établit à 200 $/t, il est à 310 $ début janvier 2017, mais en étant passé par plusieurs pics dont 547 $/t en juillet 2012 !

D’autres chiffres mériteraient d’être cités. Mais je m’arrête là ! Quand j’évoque une hausse du prix des animaux maigres sur 40 ans et une stagnation du prix des animaux finis, je veux juste mettre ces chiffres en rapport avec l’évolution des charges. Les subventions ont compensées dans les années 90 ce ciseau infernal. Elles baissent depuis ces dernières années. De plus, elles sont de plus en plus contestées et s’assortissent  de nouvelles contraintes, coûteuses bien souvent. Pour tenir, on a misé sur les gains de productivité. Mais il y a une limite… Limite largement dépassée aujourd’hui !

Si ce billet n’avait qu’un objectif, ce serait de mettre en garde. On ne peut pas presser le citron indéfiniment. Prenons les services par exemple ;  peut-on augmenter  systématiquement les tarifs de 2 à 2.5 % par an sans que son client puisse le répercuter ? Peut-on continuer de transférer sur le monde agricole des charges initialement assumées par l’état (équarrissage, assurance récolte…)  ou augmenter les impôts locaux (taxes foncières) dans des secteurs en crise? Peut-on continuer de tirer les prix vers le bas, sans plancher, uniquement au profit des distributeurs ou des grands transformateurs ?

L’exemple du lait devrait faire réfléchir. N’y a-t-il que des fermes de 1000 vaches voir 10000 demain, qui puissent tenir, non pas par la rémunération de la production laitière mais par des subventions liées à la méthanisation ? Pourtant, qui perdait lorsque la production était limitée en volume ? Ou plutôt, qui gagnait beaucoup moins que maintenant ? 

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24 avril 2017

Pourquoi je voterai Macron le 7 mai !

Le réveil est violent.  

Le vote d’hier vient de mettre les  deux grands partis politiques français sur la paille. Plus grave, il banalise les extrêmes.  Plus personne ne s’étonne que le front national soit au second tour. Pire, la crainte de voir un duel Melenchon/Le Pen n’apparaissait plus utopique ou absurde. Il était même évoqué jusqu’à 19 h 30 (avant le sondage de la RTBF), comme plausible,  sans que personne ne s’en offusque…

Depuis des mois, j’observais, sans rien dire, ni écrire. Sauf sur tweeter quand la semaine dernière, un membre du FN a écrit que les paysans ne lisaient pas le monde. Choqué qu’on puisse faire croire que nous ne soyons pas capables de diversifier notre recherche d’informations, sur Internet entre autre…

 Un tout petit fait me fait sortir de ma réserve aujourd’hui. Des vaches sont parties la semaine dernière, de vraies vaches d’herbe, les plus conformes aux attentes sociétales puisqu’elles ont pâturées tout l’hiver ! Celles qui peuvent donner la meilleure viande car n’ayant mangé que de l’herbe, des aliments de la ferme hormis le tourteau de colza. 4 mois de finition sans traitement ni médicaments, sans aliment OGM, la robe plus blanche que blanche…  Je m’attendais à les vendre un tout petit peu mieux que la moyenne, d’autant que la conformation et le poids étaient au-dessus de cette moyenne.  Et bien non : 10 cts d’écart seulement au kilo avec une vache âgée partie le même jour, légère qui n’avait pas la même qualité ! 45 et 47 € de plus par animal !!!! Pourquoi se casser la tête ?

En reprenant les chiffres de la ferme, ces bonnes vaches sont payées au même prix que les premières que j’ai vendu en m’installant en 1981 ! Or, à l’époque, je les faisais au maïs, en étable, avec les hormones autorisées  et sans contraintes vétérinaires ou autres ! Rien à voir en qualité visible et surtout en qualités non visibles de maintenant. Inutile d’épiloguer sur les coûts de production qui n’ont plus rien à voir, sur les efforts de traçabilité, sur la qualité d’élevage qui intègre au plus haut point le bien-être animal, sur les garanties apportées  à tous les stades de l’élevage… En 1981, nous avions déjà des primes et surtout la garantie que les cours des animaux ne pouvaient descendre en dessous d’un prix plancher !

Je pourrais maudire la PAC qui conduit à cette stagnation éhontée des cours et me fait vendre bien en dessous de mon coût de production. Soyons clair, je n’ai jamais été adepte de la réforme de 1992. Mais faute de mieux, je l’ai expliqué à mes pairs car sans elle, les dégâts seraient pires.  Mettre les surplus de production en frigo coûtait de plus en plus cher ! Un arrêt brutal sans compensations aurait été catastrophique. Restait la régulation des volumes produits, sans doute le meilleur système si on en juge avec les quotas laitiers, mais totalement inadmissible pour la grande distribution qui mise toute sa stratégie sur le prix le plus bas possible !

Pour en revenir aux chiffres des ventes de la ferme sur 40 ans, deux grandes tendances vont en sens divergeant. D’une part, les ventes d’animaux maigres à l’exportation, d’autre part la vente de viande sur le marché français, 70 % de mes ventes pour les premières, 30 % pour le secondes…

En 1981, je vendais du maigre en France, aux champenois, avant qu’ils abandonnent, faute de rentabilité. Les animaux partaient à 18 mois entre 3000 et 4000 francs. J’ai vendu ensuite aux italiens au même prix mais des animaux de 12 mois. Les prix sont montés ensuite vers 5000 francs, avec des soubresauts dues aux dévaluations de la lire qui nous faisaient perdre (les prix étaient en francs et non en lires)  à 300 à 400 francs en un week-end par animal ! Tout s’est stabilisé avec l’arrivée de l’Euro, ma moyenne est passée à 1000 € et l’année dernière, à 1100 € ! Les marchés du Magreb et de Turquie ont contribué à ces progrès. Cela reste insuffisant pour couvrir toutes les charges de production sans subventions.  En 40 ans,  ramenés en euros,  mes prix de vente de ces animaux mâles sont passés de 540 € à 1100 € !

Côté animaux finis, les seuls débouchés sont français. On ne sait pas exporter de la viande qui ne soit pas très bas de gamme ou en viande hachée ! En 40 ans, le commerce français a été bouleversé. Les bouchers ont failli disparaître. Les barquettes ont remplacé les étals, le steak haché prédomine largement (au moins 50 % des débouchés) et quand aux rayons boucherie des grandes surfaces, ils sont principalement  approvisionnés en PAD (prêt à découper), c’est-à-dire en lot d'un même morceau et non une carcasse entière. En industrialisant la découpe pour gagner en productivité, on a transformé la viande en minerai. Obnubilé par le prix, l’offre s’est départie de la qualité. On ne travaille plus un animal mais des lots de morceaux, provenant de plusieurs animaux en panachant parfois les origines et catégories pour faire un prix moyen plus attractif. On a même mis du cheval à la place du bœuf ! De même, un steak haché industriel contient du soja… Ajoutez à cela des rapports de force façon « maquignon » et on arrive au constat de départ. Le prix des animaux stagne depuis 40 ans au kilo départ ferme ! Tandis que les charges se sont envolées. Aujourd’hui, mon coût de production dépasse largement les 5 € le kilo carcasse quand il m’est payé 3.6 ! Et là, les subventions ne compensent pas !

Alors, vous comprendrez que les discours démagogiques me hérissent un peu. Si vous m’avez suivi, ce sont bien les marchés export qui m’ont permis de survivre et il y a belle lurette que j’aurais dû quitter la profession sans le marché européen et même méditerranéen. Racontez qu’en fermant les frontières, les agriculteurs s’en sortiront mieux est une contre-vérité. Ce serait partiellement vrai pour les fruits et légumes, c’est absurde pour toutes les grandes productions agricoles. Le problème est franco français ! La stratégie des grandes surfaces et des grands transformateurs est en  grande partie responsable de la panade agricole française. Vous y ajoutez une surdose administrative lors des transpositions en droit français des directives européennes  alors qu’elles sont faites pour que les mêmes règles s’appliquent dans tous les pays de l’UE et vous nous maintenez la tête sous l’eau !

Voilà pourquoi en votant le 7 mai, puis pour les législatives, je voterai pour ma ferme, donc pour l’Europe ! Les discours enflammés et  irresponsables des extrêmes  ne me feront pas changer d’avis. D’ailleurs, l’argument permanent qui consiste à toujours rejeter sur les étrangers, y compris nos amis européens, les causes de tous nos soucis  et malheurs est pour moi une preuve d’incompétence politique. Rien que leur évocation élimine d’office la crédibilité de  tout candidat. La France doit évoluer et arrêtons de faire croire que nous pourrions imposer aux autres de nous attendre...

 

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21 mars 2017

Sur RTL, au salon de l'agriculture

Chaque année, le salon de l'agriculture nous permet de communiquer. Tous les journalistes ne sont pas aussi détestables que certains l'affirment. Bien au contraire. L'année dernière, j'avais été interrogé en direct sur France-info, depuis mon tracteur. Cette année, j'ai eu la chance de voir se tendre le micro de RTL.

Nous ne sommes pas rompus à l'exercice de l'interview. Là, je dois tirer un grand coup de chapeau à Mme Garin. D'un propos confus, elle (comme les autres journalistes que j'ai eu la chance de croiser) a su tirer une interview claire bien que très rapide. J'ai aimé ses petites "cartes postales", diffusées dans les flash d'actualités ou dans les journaux de la station. Cela donne une image sympa des multiples facettes de notre métier.

Ainsi samedi, à midi, j'ai entendu Romain Leboeuf, meilleur ouvrier de France pour la boucherie qui anime le concours de vitrines à Charolles, chaque premier dimanche de décembre... Connaissez vous le beefsteak des grands mères ? A découvrir sur le lien ci-dessous.

Plusieurs personnes m'ont dit avoir cherché, en vain, à réécouter sur le site RTL : Je ne sais pas si ce lien marchera longtemps. Vous pouvez le lire avec Windows Média ! C'est un peu compliqué mais grâce à PH fils, c'est possible !

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19 mars 2017

Corydalis solida 2017

Elles sont à l'heure. Rien à ajouter, le printemps est ponctuel !

corydalis 1

Je ne sais pas si on peut extrapoler le potentiel végétal de l'année, elles sont très nombreuses et très belles cette année. Peut être est ce un signe ? Aura t'on une année climatique normale ?

corydalis

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14 mars 2017

Naomi et navire, en décembre

C'était en décembre....

Naomi et navire sont nés au pré, sans problème. Dès le départ, noami a fait preuve de dynamisme tandis que navire était plus fragile. Comme il gelait ce jour-là, j'ai décidé de rentrer les jumeaux. J'avais peur que naomi prenne le dessus et tête plus que navire. C'est un souci les premiers jours... Pour les rentrer, je prend la benne et je recule pour que la mère voit toujours ses petits...

 

dans-la-benne

Naomi a quitté navire ! Sans mal, je vous rassure...

 

coquine

La preuve, dans la stabul, le soir même...

 

dans-la-stabul

Mais noami n'en est pas restée là. Elle a trouvé le truc pour sortir de la case et divaguer sur le trottoir. Ainsi, tous les matins, elle joue avec le C15 avant de rentrer dans le rang,(non la case) !

 

espiegle

 

 

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