paysanheureux

21 juin 2022

La France ingouvernable ?

Aujourd’hui, comme après le premier tour de la présidentielle, je suis exaspéré par les commentaires des soutiens au président et autres chroniqueurs politiques, toujours aussi méprisants dans les propos pour les abstentionnistes ou ceux qui ne votent pas comme ils voudraient. Je prends donc la plume avec modestie et sans prétentions, pour essayer de faire remonter ce que je perçois chez mes proches et mes voisins tout comme de l’évolution de mon opinion de la politique actuelle. Car diaboliser les extrêmes sans comprendre les ressorts du vote qui leur est favorable est une erreur majeure qui ne pourra qu’amplifier ce vote !

La France est-elle ingouvernable ?

Mais d’abord comment comprendre le vote d’hier ? Autour de moi, globalement, la majorité relative n’est pas vécue comme une catastrophe. « Les autres pays y arrivent tous, pourquoi pas nous ? » Les français, j’ose le dire, sont logiques et responsables. Ils ont simplement mis en place un contre-pouvoir à la monarchie républicaine ! Depuis Mr Sarkozy, le président de la république se comporte comme un roi. Tout se décide ou se valide au palais ! Le premier ministre et le gouvernement sont aux ordres. Les ministres se doivent dans toutes leurs interventions de faire allégeance au président : « Selon la volonté du…, selon la promesse du…, à la demande de…, à l’initiative du…, en accord avec le…» : Drôle de rhétorique en république. Ce renvoi systématique à la plus haute fonction présente un travers majeur : le président est responsable de tout, même des détails. Il ne se place plus au-dessus de la mêlée donc en garant de l’unité nationale. Il prend parti systématiquement comme un simple chef de parti politique et pour que cela marche, il faut éviter ou « tuer » tout débat. On a vu ce qu’ont donné les frondeurs avec Mr Hollande, du coup dans la majorité aucune voix ne doit dévier de la consigne. Comme le président ne rend de compte à personne, cette situation conduit à une impasse démocratique, très clivante dans la société ! Quand de plus il méprise les corps intermédiaires, l’expression de la contestation se fait au mieux pour les élections ou au pire dans la rue ! Car la cour flatte pour conserver ses privilèges…

Depuis hier soir, sur les réseaux sociaux, la LREM ne sort pas de ce schéma : « Le président est infaillible, c’est irresponsable de ne pas lui avoir donné les pleins pouvoirs ! » Depuis, on voit surgir toutes les affirmations possibles, des plus stupides aux plus naïves » ! Jusqu’à évoquer une victoire de Poutine…

Comment un président perd t-il la confiance des citoyens ?

Les politologues situeront sans doute la rupture du précédent mandat avec la crise des gilets jaunes. Au départ, c’était une réaction à toute une série de petites mesures concernant entre autres la voiture. C’était un rejet de taxes, de contrôles techniques et bien d’autres choses perçues comme une ingérence dans la vie courante des français de la France périphérique. Je peux retracer mon cheminement personnel, qui m’a éloigné de plus en plus de l’action de Mr Macron. Après l'échec de la loi EGALIM, la vraie rupture s’est passée au moment du COVID ! J’ai très mal vécu les premiers discours ! « Ne vous faites pas de soucis, on est les meilleurs… » Le premier discours fleuve du président, parlant de guerre, de mesures exceptionnelles sans jamais prononcer le mot » confinement » m’a profondément marqué et très déçu. C’était comme si les décisions étaient prises sans être assumées. Ensuite, l’enchainement des déclarations sur les masques était surréaliste quand on fréquentait les médecins et autres soignants dépourvus de protection. Pire à aucun moment il n’a fait amende honorable, comme si tout avait été parfait. Pour moi, qui ait vécu en tant que responsable dans ma commune des moments où il fallait faire preuve d’imagination et solidarité pour pallier à toutes les carences, nous sentant plus abandonnés que soutenus (L'ARS a piqué les premiers masques de la région qui étaient destinés à nos communes), cet EGO présidentiel démesuré est devenu insupportable. "Il est complétement déconnecté "! Aucune sanction n’a été prise à l’encontre des responsables de cette situation et de ces lacunes majeures. Le directeur de la santé est resté en place, on a débarqué la ministre mais sans admettre de fautes. Déjà avec l’éviction du chef d’état-major, puis l’affaire Benalla, je m’étais posé des questions sur ce besoin de s’affirmer envers et contre tous, comme si l’autorité n’était pas naturelle… Cette incapacité à sanctionner, voir à trancher ou à le faire à contre-temps est pour moi une faiblesse. De plus, elle traduit deux choses : « Je ne peux pas me tromper et la haute administration dont je suis issu est infaillible : Ce sont les citoyens qui n’y comprennent rien !!!! »

Cette crise COVID a révélé à mes yeux la vraie conception du pouvoir de Mr Macron. Je vais prendre un exemple. Autant le conseil de défense est indispensable à une gestion militaire pour des raisons évidentes.  Autant c’est une hérésie totale pour gérer une crise sanitaire. Le virus n’écoute pas aux portes, il n’adaptera pas sa stratégie en conséquence. Au lieu de décider à 2 ou 3, dans une quasi clandestinité, puis de mettre en scène de façon naïve, les annonces chaque jeudi, on aurait pu associer des représentants des deux chambres et peut-être des médecins, des élus locaux à la prise de décision et même rendre le débat public. Ce faisant, j’aurais fait le pari d’une communication qui aurait été plus positive et surtout d’une plus grande responsabilisation de tous les citoyens. On aurait ainsi évité des mesures vécues comme coercitives. On aurait limité la « politisation » d’une gestion qui aurait dû être d’union nationale. De plus, cela s’est traduit sur le terrain par des applications stupides, certains préfets faisant des excès de zèle pour se faire bien voir !!! (cf. Dijon, l’amende pour une bouteille de rosé sur une plage d’Occitanie ou même le contrôle irréaliste des pass dans notre parc local en été. Toujours couvertes par le pouvoir... Cela a traduit la vraie conception du pouvoir par Mr Macron, à l’image de Mr Sarkozy. Le président est le seul à pouvoir décider et savoir ce qu’il faut faire. L’exécutif doit se composer d’exécutants technocrates ne discutant pas et la population doit se soumettre sinon sanctions. On en a eu confirmation avec les deux premiers ministres qui ont suivi Mr Philippe qui commençait à faire trop d’ombre… Cette manie de vouloir paraitre compétent sur tous les sujets a conduit parfois au ridicule. Par exemple auprès de la communauté médicale quand « Dr Macron » a affirmé lire toutes les études sur le COVID et les comprendre. C’est sans doute quelqu’un de très intelligent mais de là à avoir une culture universelle… Cela ressort aujourd’hui avec « il ne faut pas humilier Poutine » traduisant une vraie carence en Histoire. On ne peut pas être au top sur tous les sujets ! Mais pour diriger un pays, il faut s’appuyer sur de vraies compétences, donc il faut faire confiance à d’autres, pas seulement des surdiplômés ou des agences de conseil. Et là… Pour moi, Mr Macron est un solitaire. Tout doucement, j’ai eu le sentiment d’une trahison de mon vote de 2017 ! Les réformes pour un libéral social, c’est de libérer les énergies individuelles sans abandonner les plus faibles, pas d’enfermer tout le monde dans des carcans et des cases et distribuer l'aumône !

Le vote d’hier soir est donc son échec personnel.

Si j’ai voté pour lui,le 24 avril, je m’en suis expliqué, ce n’est pas par adhésion mais par défaut, ce qui change complétement la donne. Car ensuite, on ne peut pas me demander de voter pour des députés sans un projet connu, simplement en disant qu’il faut faire confiance au chef puisqu’il a été réélu ! L’échec n’est pas déshonorant si la réaction est à la hauteur des enjeux. Il est facile de changer radicalement de méthode. Par exemple, il suffit de ramener des gens de la société civile dans le gouvernement. Ce serait peut-être d’ailleurs plus facile pour trouver des majorités pour faire voter des lois ? Et surtout, il lui reste une arme redoutable et bénéfique pour notre pays en cas de chienlit : Le droit de dissolution ! A condition qu'il ne provoque pas le désordre pour...

Car les oppositions vont avoir cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ce qui va les obliger, pour les plus responsables, à composer plus qu’on ne l’imagine. Est-ce que la recherche de compromis est une mauvaise chose ? Mon expérience personnelle, à mon tout petit niveau me permet de dire que non. On arrive alors à des décisions plus équilibrées car amendées de façon constructive puisque ce ne sont plus des concessions aux partis politiques adverses. Il est plus facile de les faire comprendre ensuite puisqu’elles ont été défendues avec de vrais arguments et non des positions politiques.

Comment analyser la nouvelle assemblée ? Côté gauche, si on pousse l’analyse des résultats, les seuls qui aient progressé hier en sièges sont les insoumis ! Les autres formations de la NUPES plafonnent grosso-modo au niveau antérieur. Ils se justifieront en prétendant avoir sauvé leur place, pourtant… D’ailleurs, cet après-midi, elles refusent déjà un groupe commun ! Si en faisant le plein de voix au premier tour LFI a surpris, sans réserve de voix pour le second et en radicalisant le débat, le résultat est très loin de porter Mr Mélenchon à Matignon. Cette attitude d’agression permanente a profité à l’autre extrême ! Il y a 3 jours en évoquant ces élections avec Mme PH, je lui disais : « Les sondeurs et le débat politique ne traduisent rien du vote des électeurs de Mme Le Pen à la présidentielle, comme si cela avait été un accident ! Mme Le Pen serait plus légitime au regard des résultats du second tour à revendiquer le poste de premier ministre que Mr Mélenchon ! » Mais à Paris, il fallait faire campagne à gauche. J’étais à mille lieux de me douter de l’ampleur de ce qui s’est passé hier soir. Mme Le Pen a compris que vociférer en permanence ne mène à rien, on voit le résultat de sa stratégie !!!

Donc à l’assemblée, je parie sur le travail des députés intelligents, hors extrêmes, y compris à gauche, plus que sur la participation au tumulte, pour être réélu en cas de dissolution ! Je ne crois pas qu'entrer au gouvernement pour ceux qui ne sont pas "ensemble" soit une bonne chose. Cela reviendrait à revenir à ce que je viens de dénoncer. Mais je suis certain que la plupart n’auront pas envie de retourner trop rapidement devant les électeurs.

Non, le France n’est pas ingouvernable comme le prétendent certains frustrés. C’est probablement la fin d’une façon de gouverner qui a méprisé la démocratie en dévoyant la fonction présidentielle ! Les français ont envoyé un message très clair en votant ou même pour certains en s’abstenant (cela peut choquer les politiques mais écoutez autour de vous). Pour que cela marche maintenant, il faut que Jupiter redescende sur terre et il faut que les députés saisissent l’opportunité d’être responsables en votant en leur âme et conscience et non en fonction de consignes politiques. Et il faut surtout que les lois et autres règlements administratifs correspondent aux attentes de la population. La télécommande administrative de nos vies personnelles comme c’est le cas aujourd’hui devient trop pesante. Il faut faire confiance aux citoyens. Toutes ces normes, ces taxes pour imposer des choix ne constituent pas une adhésion à un projet, lutte contre le réchauffement comprise…  

De la réussite de cette nouvelle donne déprendra l'arrivée ou non des extrêmes au pouvoir en 2027 et peut-être même avant si rien ne change !

Promis, juré, je ne ferai pas des chroniques uniquement les lendemains d’élections. Mme PH voudrait que j’écrive ici pour relater une causerie que j’ai faite sur les conséquences de la guerre en Ukraine sur l’agriculture et notre alimentation ! Il faut que je m’y mette mais…

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12 avril 2022

Une autre analyse du résultat des élections, "nous y voilà !"

Rien n’a changé sous le soleil de la politique. A 20h05, dimanche, on a basculé notre télé sur une série. Nous n’attendions rien des déclarations et analyses de la soirée. Malheureusement, lundi matin, je retrouve la même chose : Les camps des gagnants égrènent des promesses pour tenter de rallier les électeurs.  Les camps des perdants n’admettent aucune erreur et promettent une reconstruction pour mieux porter leurs ambitions personnelles, quand ils ne rejettent pas la faute sur les autres candidats ! De grands classiques…

Pourtant, les résultats d’hier soir sont sans ambiguïté ! Notre pays, donc notre démocratie va très très mal…. Ce n’est pas un problème d’immigration, d’insécurité ou autre prétendue perte identitaire qui en sont la cause sinon Mr Z n’aurait pas fait un si piteux résultat, malgré les moyens médiatiques déployés. Le mal est plus profond ! Je m’avance, mais je pense qu’il s’agit d’un sentiment de « mal-gouvernance ». Certains évoquent la « France d’en-bas », d’autres « la France périphérique », d’autres péjorativement « la France antisystème »… Ce mal-être ne se résume pas à un seul slogan et c’est une erreur majeure de le prendre  de haut. A force de mépriser, on pousse à renverser la table, donc les électeurs dans les bras de…  Et sans doute dans la rue plus tard !

Au gré des lectures et conférences, je rejoins l’analyse d’une France divisée en 3 catégories : La France mondialiste dite « gagnante », la France des banlieues et la France périphérique. Dans cette dernière, on retrouve les ruraux, les classes moyennes, les classes laborieuses … C’est celle qui a tenu pendant le confinement. Celle qui a été aussi vite méprisée une fois la crise passée qu’on l’a applaudi aux pires moments ! Car le pouvoir est entre les mains de la France mondialiste depuis des décennies. Mr Guilluy estime que 60 % de la population au moins appartient à cette France périphérique et des banlieues. Cette France qui a le sentiment de ne pas compter alors même qu’elle travaille !   

Nous y voilà donc !

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L’addition de tous les votes « extrêmes » ou populistes est édifiante et plus qu'inquiétante.  54,48 % des suffrages exprimés ! A cela il faut ajouter une part des abstentionnistes ! Dans mon entourage proche, il y en a eu beaucoup. Ne voulant pas cautionner leur rejet de la politique actuelle par un vote extrémiste, ils sont restés chez eux alors qu'ils ont toujours voté habituellement. En les poussant dans leurs retranchements, en les interrogeant, ils regrettent que le vote blanc ne soit pas reconnu et arguent que la seule façon qu’on parle et qu’on tienne compte d’eux est de s’abstenir…  Ce n’est pas tout à fait faux car quand on essaye de chercher le nombre de bulletins nuls et blancs ce lundi, on ne trouve pas encore, même sur le site du ministère de l’intérieur, celui qui gère les élections…

 Je ne changerais pas un mot aujourd’hui à ce billet écrit il y a 15 mois ! La mère des réformes n’est pas celle des retraites ou de je ne sais quel problème. C’est celle du fonctionnement de notre état pour que chaque citoyen puisse s’y sentir reconnu et respecté ! La promesse de la suppression de tel ou tel impôt est si vite remplacé discrètement par une taxe qu’elle n’est plus crédible. L’exemple de la prime des carburants avec de prétendus gains de pouvoir d’achat est le symbole d’une volonté étatique de tout contrôler et de croire que la redistribution est la seule source d’équité.  L’acceptation de l’impôt passe obligatoirement par la certitude que l’argent collecté est bien employé ! Et c’est cela, quand on prend le temps d’écouter les gens, qui est un vrai problème. Changer le nom de L’ENA n’est pas une réforme. Qu’importe le nom, on continue de laisser les pleins pouvoirs à de grands fonctionnaires, tous formés dans le même moule, dépourvus de bon sens et se limitant à une gestion de chiffres dans un tableau EXEL !  La preuve, il leur faut des cabinets d’audit étrangers pour avoir les idées et conseils de gouvernement qu’ils n’ont pas !

 

Il faut se mettre deux secondes en situation pour comprendre cette exaspération profonde. Tout élu local investi pourrait écrire un livre sur les absurdités administratives qui freinent, voire bloquent ses initiatives qui œuvreraient au bien de tous. A tous les étages de notre société, il faut rentrer dans des cadres, des normes après des études de faisabilité obligatoires et coûteuses, qui assurent qu’on respecte scrupuleusement la bien-pensance nationale. J’ai plein d’anecdotes en poche si besoin. On a fermé les gendarmeries, les services postaux et de l’état sont erratiques, on nourrit nos anciens avec des plats réchauffés mais tout projet qui améliorerait la situation de nos campagnes doit passer sous les fourches claudines de la validation de l’administration centrale. Cela touche tous les secteurs de notre vie, du permis de construire à la santé en passant par le droit de gérer son petit territoire. L’administration ne fait pas confiance à l’individu. Lui est faillible, elle ne l’est pas ! Même le changement d’une fenêtre passoire thermique doit faire l’objet d’une déclaration préalable, taxe future oblige. La liste est sans fin. Ma fille et mon épouse devaient payer 150 € au comptable, coût réel de la prestation pour ce dernier, pour remplir les formulaires administratifs permettant de donner une prime « carburant » d’un même montant, pourtant présentée comme détaxée !!! Risque de fraude fiscale ???? Pire quand on parle de simplification administrative, plusieurs personnes m’ont rapporté avoir dû faire une queue de plusieurs heures pour faire valider grâce au tampon magique, une procuration remplie sur Internet !!!! Je m’arrête là car je ne peux rapporter toutes ces absurdités qui ont trouvé leur summum au moment de la crise du covid.

Je rêve d’une administration qui aide les citoyens au lieu « de les emmerder » !

Malgré ce réquisitoire, mon vote sera sans équivoque le 24. Je ne voterai pas pour Mme Le Pen. Pour une raison fondamentale que la guerre en Ukraine a mis en relief. Les anciens grands empires sont de retour, du moins à L’EST ! La Russie n’est pas une démocratie et même si son armée n’a pas la réussite d’antan pour le moment, elle reste une menace réelle à l’avenir pour nous et notre liberté. Pour moi, il n’est pas question de tergiverser avec cela. Nous ne sommes plus à la tête d’un empire comme il y a 80 ans, nous ne faisons plus peur ! Seule, notre armée, si méritante soit elle, ne pèserait pas… La force des ukrainiens est leur patriotisme qui rend chaque citoyen impliqué dans la défense du pays. Cela ne tolère aucune compromission ! Suivez mon regard… Notre seul bouclier, c’est une Europe forte et unie ! Et comme cela n’est pas encore une réalité, nous avons toujours besoin des USA, donc de l’Otan ! Notre dissuasion nucléaire nous protège un peu mais ne me parait pas suffisante, tant il y a de degrés intermédiaires d’asservissements avant de faire craindre une justification de son emploi !

Donc je n’ai pas le choix, je voterai pour l'autre candidat, celui en qui j'ai naïvement cru en 2017. Malheureusement pas par conviction sur la personne et sa façon de gérer le pays, trop clivante, elle a accentué les fossés entre les différentes France au lieu de rassembler. Je voterai pour la liberté à venir de mes enfants et petits-enfants ! Je fais passer ces valeurs avant mon pouvoir d’achat, même si je ne cracherais pas sur une gestion un peu plus proche des attentes de la France dite périphérique. Mais pour cela, il faudrait sortir de l’Elysée et des bons conseils de la « cour » qui y gravite, pas seulement pendant les campagnes électorales...

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09 avril 2022

Vote demain = > Vrai choix ou impasse ?

 

Bien malin qui peut dire ce qui va se passer demain et dans 15 jours au niveau des élections. En sondant autour de moi, on sent une indécision incroyable une veille de premier tour.

L’hypothèse de l’élection d’une ou d’un extrême, quel que soit le côté, est très plausible. Longtemps évoquée en guise d’épouvantail pour mobiliser, on ne peut être certain que cela ne devienne pas réalité. Personnellement, si le duo annoncé pour le second tour sort demain, j’aurai l’impression d’être pris en otage ! Une nouvelle fois, mon vote sera un vote pour contrer, non pour adhérer !

Cela fait tout de même un bon bail qu’on vote « contre » et non « pour » ! A force de mettre en avant des mesures pour répondre aux dictats de minorités, on a perdu la majorité des électeurs. Le seul candidat qui ait un projet de société proche des « gens » est le communiste ! Sauf que par définition, le programme économique pose problème. Mais au moins, il veut « rendre les gens heureux !  Surtout il véhicule de l’optimisme et du réalisme sur certaines de ses analyses sur l’agriculture, l’énergie ou même la lutte contre le réchauffement par exemple…

Pour l’agriculture, pour les candidats de gauche, il n’y a que le bio alors que ce marché s’effondre et que le pouvoir d’achat de la population est en berne ! A droite ou au centre, c’est statuquo, rien qui laisse présager une amélioration des revenus agricoles… Nous sommes condamnés à attendre des rapports de force mondiaux plus favorables. La guerre favorise les céréaliers, enfonce les éleveurs ! La grande distribution a les honneurs des plateaux télé pour jouer les oracles, malheureusement plus crédibles que les politiques… Avec ce manque d’un programme et d’une ambition clairs, les choix du vote deviennent très aléatoires !

Je me demande si ce n’est pas le cas pour une majorité de citoyens ! L’absence de campagne électorale, boycottée par le président sortant, laisse un goût très amer aux électeurs ! Appeler à « voter utile » comme on l’entend depuis quelques jours n’est pas un programme ! C’est un non-sens absolu en démocratie. Cela traduit un mal-être profond, une absence de débat voire une incapacité de nos futurs décideurs à se projeter dans l’avenir !

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi le niveau politique est-il si mauvais dans notre pays ? Ce malaise ouvre la porte à tous les dangers… On verra bientôt le résultat mais en attendant, je serre des fesses, inquiet du devenir de notre démocratie, donc de notre nation !

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25 mars 2022

Un mois de guerre en Europe, déjà !

L’horreur occasionnée par les russes en Ukraine appelle à espérer une fin rapide de ce crime contre un état et son peuple qui dure depuis un mois maintenant. Comment arrêter ce génocide ? Nous ne sommes plus dans un conflit, armée contre armée, mais une utilisation de la terreur contre la population comme moyen machiavélique de se sortir d’une impasse militaire…  

Face à un homme qui se couvre d’ignominie par une ambition sans limites, que peut-on faire ? Il est difficile de croire à une solution négociée, malheureusement ! Tout simplement parce qu’on ne voit pas Mr Poutine se retirer sans compensations ce qui serait une incitation à recommencer. Pour la première fois depuis des années, chaque matin, j’espère une « news » nous apprenant que le maître du Kremlin a été victime d’une « crise cardiaque » !

L’histoire nous apprend que c’est monnaie courante chez les dirigeants russes. Il est troublant d’apprendre, hier, que le ministre de la défense russe n’apparait plus en public et souffre de « problèmes cardiaques ». On peut se remémorer la fin de Staline. La rhétorique reste identique au plus haut de la hiérarchie russe quelque soit le régime politique… Les distances mises entre le chef et ses interlocuteurs au Kremlin, avec des tables d’une longueur incroyable, prouve que la confiance ne règne pas ! Et le risque de Covid a bon dos pour la propagande. La solution à ce conflit fou est probablement dans l’entourage proche du tsar actuel. L’annonce d’une « crise cardiaque » serait donc une très bonne nouvelle !

Oui, au-delà des discours absurdes de certains de nos compatriotes, nous sommes impuissants face à la situation actuelle. Plus l’armée russe s’enlise, plus le risque d’un recours à des armes chimiques ou nucléaires grandit, donc l’irréversibilité d’une situation qui échapperait à tout contrôle. Mais nous ne pouvons pas laisser les russes écraser le peuple ukrainien sans réagir, en les armant entre autre. Car qui peut dire où s’arrêterait l’armée russe ? Berlin était géographiquement du côté du grand empire soviétique donc des « ambitions légitimes poutiniennes ». Les mesures économiques sont notre seul espoir mais soyons lucides, elles ne touchent qu’une petite partie de la population russe. Lors de notre voyage en Russie, j’ai été marqué par l’énorme pauvreté du peuple pour lequel champagne, sac Vitton ou autres voyages en avion sont hors de portée, même en rêve ! Ce peuple est soumis, il n’a jamais connu ni Liberté, ni Egalité, ni Fraternité. Il est passé du régime des stars, à celui des soviets et maintenant poutinien sans autres expériences politiques. Les russes ont toujours été spoliés des immenses richesses du pays qui sont partagées par une élite qui s’appuie sur une police politique pour contrer toute tentative de soulèvement !

La défense des Ukrainiens est héroïque, ils sont notre rempart pour la défense de notre liberté. Oui, chaque matin, j’attends la « news » qui nous délivrerait de cette attente insoutenable. Il ne faut pas que la routine s’installe et banalise la situation. Manifester notre soutien, chaque jour, aux ukrainiens est vital pour notre avenir même si cela nous parait bien dérisoire en ce moment pour stopper la barbarie ! Mais faute de mieux…

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01 mars 2022

La guerre concerne aussi les intrants !

Pour produire un bien agricole, il faut des intrants ! Si on se replace dans l’histoire récente, les progrès en rendement ou en productivité agricoles ont été marquants avec l’apparition des engrais azotés, de la mécanisation progressive puis la protection des plantes… Les prochains le seront avec les technologies « génomiques » (le terme n’est sans doute pasle plus approprié) !

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La mécanisaton nous rend dépendant des hydrocarbures étrangères, mais un autre secteur est tout aussi important. Avec l’inflation du prix du gaz, le prix des engrais azotés a triplé en 6 mois et pire la pénurie menace. Si l’approvisionnement est quasi assuré pour cette récolte 2022, c’est loin d’être acquis pour la récolte 2023. Je n’arrive pas à trouver de chiffres ni d’état des lieux de fabrication, ni des échanges mondiaux. J’ai juste en tête que l’Europe représenterait 8 % du marché mondial ? On parle de marché du blé et du maïs, pas du marché des engrais, fondamental pour produire les cultures ! On devine que, si un embargo sur le gaz russe arrive, la fabrication de ces engrais en France et en Europe devienne très onéreuse. Mais quelle est la part de dépendance à l’étranger de nos consommations ? Je crois savoir que les russes nous vendent des engrais mais sans notion de l’importance de ces échanges.

Lorsqu’on parle de « souveraineté », la notion de dépendance d’approvisionnement est fondamentale. Par manque de cartes électroniques, la production de voitures est freinée en Europe. D’autres biens sont concernés ! Pour nous, c’est pareil. Notre « puce » est la fumure, c’est-à-dire la nourriture apportée aux plantes pour pousser. Sans ces apports, notre production européenne régresserait au niveau de celle des années 1850 !!!

Pour compliquer le tout, certains évoquent l’abandon immédiat de l’élevage pour lutter contre le réchauffement climatique. J’ai longuement hésité à basculer en agriculture bio. La proximité de la retraite a été le premier critère d’abandon de ce choix, 3 ans de transition à l’époque, mais pas le seul. L’autre point majeur était l’obligation d’arrêter l’emploi annuel de 8 tonnes d’ammonitrate : 8 tonnes seulement (pour les pros, sur 125 ha, c'est 21,4 unités N/Ha, c'est à dire quasi rien)! En 10 ans, j’avais divisé par 3 l’emploi d’unités azote chimique en compensant la très faible diminution de production par l’économie sur les achats. Je l’ai fait par une optimisation des fumiers, le passage en compost, donc par un progrès technique sur la gestion des effluents d’élevage.  Mais le dernier tiers aurait trop déstabilisé ma production qui aurait baissé sans doute de plus de 50%. Il me fallait donc être assuré de vendre beaucoup plus cher mes produits.

Or, en ce moment, la consommation bio marque le pas. La hausse des dépenses d’énergie des ménages est compensée à nouveau par des économies sur le budget nourriture ! Le passage à une agriculture 100 % bio, « pour le bien des agriculteurs », prônée par certains, est une illusion politique, un miroir aux alouettes ! Pourquoi, parce que non seulement le pouvoir d’achat des ménages ne le permettrait pas sans renoncer à beaucoup de choses. Mais aussi parce que l’Europe redeviendrait déficitaire en produits alimentaires ! Ces 5 derniers jours, on mesure les conséquences d’une telle situation ! Combien d’entre-nous accepteraient de vivre comme les zadistes ? Combien sont prêts à retourner aux champs comme au XIXè siècle ? Pour en revenir à la fumure, j’ai questionné des proches qui sont en bio ! Même éleveurs, ils ont recours à des achats de fumiers ou déjections animales venant de l’agriculture conventionnelle ! Ou de quelques apports organiques issus d’algues par exemple mais qui ne permettraient pas de compenser une suppression des engrais chimiques. Donc pour résumer, se passer intégralement de chimie conduirait à une baisse considérable de la production. Ce serait catastrophique si en plus on supprime l’élevage donc les fumiers, puisqu’on perdrait le moyen de fumure ! La famine régulerait alors la population de façon bien pire que les épidémies de peste du moyen-âge sauf à tout acheter à l’étranger !

Donc pour en revenir au sujet de départ, la souveraineté alimentaire, au regard de notre population actuelle, on ne peut pas se passer des intrants. En contrôler leur approvisionnement est donc fondamental ! Après la catastrophe de Toulouse, il parait impossible de construire une nouvelle usine d’engrais en France. Alors, on exporte le risque chez les autres. On peut imaginer le choix d’un dirigeant de Total. Non seulement il choisira un pays où on ne le rendra pas responsable d’accident mais de plus, il cherchera à se rapprocher des sources d’énergie nécessaire à la fabrication, rationalité économique oblige. Suivez mon regard ! Ce faisant, il met aussi, notre approvisionnement sous le joug de pays dont les objectifs et les valeurs ne sont pas les nôtres ! Imaginez que Mr Poutine contrôle une partie de cette fabrication. En complément de ce que j’ai écrit hier, sa tentative de prise de pouvoir, même de façon indirecte en Europe, prend une autre dimension. Non seulement, il prendrait le contrôle de 40 % du commerce du blé et maïs mais il pourrait nous contraindre à réduire notre production végétale. Nous pourrions perdre non seulement notre capacité de vente export, mais même au niveau européen devenir totalement dépendant de son marché du blé et maïs ! On serait ainsi asservi politiquement comme les allemands le sont avec le gaz. On perdrait notre liberté parce que le même schéma s’appliquerait à d’autres secteurs dépendants de matières premières !!!

D’où l’importance de redéfinir rapidement une nouvelle politique agricole commune. La dernière est obsolète avant même sa mise en application. Est-ce le moment de geler des terres ? Est-ce le moment d’agrandir les ZNT ? Est-ce le moment de rajouter des contraintes dans tous les sens comme des référents élevage ? Est-ce le moment de changer la règlementation du stockage des engrais azotés ?...  N’est-on pas dans le gadget électoral avec des mesures ciblant uniquement des électeurs potentiels ? J’ai fait une vidéo pour des amis non agriculteurs afin de montrer les progrès en bien-être animal sur ma ferme en 40 ans de carrière ! Ils ont été stupéfaits !!! Nous ne sommes pas si mauvais que certains le prétendent.

Peut-on poser le débat de façon sereine et objective, sans à-priori et sans concessions ? Hier, en une journée, l’Europe a fait plus de progrès qu’en 15 ans. Sous la pression de Mr Poutine, l’Europe de la défense est devenue réalité ! Comment garder nos valeurs quand un dictateur veut imposer les siennes par la force, si ce n’est en se défendant, Nous devons le faire pour l’économie et en commençant par l’agriculture. Quand on voit l’évolution des marchés de produits agricoles depuis une semaine, c’est vraiment un secteur stratégique. Il faut sortir du dogme de la gestion en flux tendu. A l’exemple de ce qui s’est passé avec les masques au début de la crise covid, les stocks sont stratégiques ! L’école de Chicago qui considère qu’on doit confier tous les secteurs y compris l’éducation, à la finance internationale n’a aucun sens. Comme un stock protège un producteur des spéculations, je l’ai tellement vécu en cas de sécheresse, un stock au niveau d’un pays protège des coups de force. Quand on entend les spécialistes dire qu’on a, « heureusement », 3 mois de stock de gaz naturel, on a envie de sourire si ce n’était pas aussi grave. Que se passera t’il l’hiver prochain si la guerre s’installe pour plusieurs années ? Le pouvoir financier s’opposera aux stocks car c’est la ressource majeure des spéculateurs financiers. Pourtant, les salles de marché ne devraient pas avoir accès aux marchés de denrées stratégiques, réservés aux seuls acteurs physiques. Ce sera compliqué à obtenir car le système de retraite américain, en dépend par les fonds de pension et pas que…

Les marchés à terme ne présentent aucune garantie, encore plus en cas de blocus militaire ! Pour conforter mon propos, je voudrais relater un problème rencontré, il y a quelques années, avec un achat d’engrais par une structure où j’étais impliqué. On avait « pris une position définitive » sur cet achat 6 ou 8 mois avant la date de livraison prévue par le contrat. Il y a eu une très forte variation de prix jusqu’au moment du départ du bateau dont nous avons été avisés. Mais une fois en mer, le chantage a commencé. Il y avait d’autres propositions d’achat et on proposait soit d’actualiser le prix en acceptant la forte hausse, soit d’attendre plusieurs semaines ou mois que la production permette de nous fournir au motif de problèmes d’usine pour ne pas payer les pénalités. Pénalités qui de toute façon étaient bien inférieures aux gains permis par la hausse.  LSouvenez vous de la concurrence commerciale entre états qui a prévalu au début de la livraison des vaccins covid !!! Moralité et spéculation ne font pas bon ménage !

J’espère que tout le monde politique, hormis nos extrêmes politiques toujours prêts à se coucher devant un ennemi, en prend conscience. Pour cela il faut que le débat agricole soit posé avec tous les enjeux et les contraintes. Il faut laisser de côté les postures politiques de ces dernières semaines qui sont caduques en 5 jours. Par exemple, les verts peuvent camper sur leurs positions. Ils peuvent aussi entrer dans le débat de façon constructive en devenant des veilleurs responsables ! En sont-ils capables ? De même est on capable de limiter le discours de certaines ONG à la solde de lobbys et surtout d’arrêter les recours qui font blocage systématique sur tout projet ? Où s’arrête le droit des « lanceurs d’alerte » ?  Et où commence le droit au respect du travail et de la compétence de chacun ?

Au sein même de la profession agricole, le débat sera complexe. Les intérêts sont parfois divergents et la guerre céréaliers/éleveurs pointe à nouveau, les seconds étant clients des premiers. Il y a les opportunistes qui se réjouissent ouvertement des gains financiers immédiats de la guerre en Ukraine !

Sans titre

Ceux qui se justifient avec un « mais » en guise d’excuses…

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Il y a ceux qui au contraire regrettent que cela se fasse sur le dos de morts …

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Mais je voudrais dépasser ces divergences et poser le débat dans son ensemble ! Entre-nous, il y a une partie relation client/fournisseur mais un intérêt commun : Nous avons très peu, voire pas, de prise sur le prix de nos produits ! Peut-on défendre un prix rémunérateur pour soi au détriment de celui de mon collègue, donc en se retrouvant systématiquement en concurrence entre nous ? Un client qui n’a pas les moyens de payer est un client à éviter ! Peut-on ne raisonner qu’à court terme quand on nourrit, les cycles de production étant très longs ? Que se passera t’il si on manque d’azote dans toutes nos productions ? N’a-t-on pas un intérêt commun à défendre un système qui rénumère tout le monde, surtout en cas de retournements de situation ? Qui peut prétendre dans un moment de guerre si proche qu’une situation de production, soit définitivement acquise ? Sincèrement, ce n’est pas le moment de nous diviser ! « Le malheur des uns fait le bonheur des autres ! » mais pour combien de temps si on perd ses débouchés. Si Mr Poutine nous fait une guerre économique avec les produits agricoles nous serons tous concernés et victimes. Les cours prohibitifs d’un marché en pénurie ne compenseraient en rien une impossibilité de produire due au même phénomène sur les intrants. Comme pour un accident climatique quand on est du mauvais côté. Je sais que les paysans vivent mieux en période de disette car les consommateurs ou le client acceptent alors un prix plus élevé ! C’est anormal et aberrant ! Mais n’est-ce pas aux politiques d’inverser cette règle et n’est-ce pas un objectif qui devrait nous unir pour l’obtenir ?

Enfin, pour revenir au point de départ, il faut relancer la recherche ! Pas au service d’une entité économique mais de l’état pour que tous en profitent, pour les secteurs stratégiques. Et ne rien s’interdire. Prenons un exemple. Il semble qu’il y ait déjà en labo, une nouvelle méthode de production d’ammonitrate très économe en énergie, doit-on s’en passer sur notre territoire ? A plus long terme, imaginez un instant les conséquences d’une possibilité de permettre aux racines du blé de fixer les nodosités des légumineuses ! Plus besoin d’utiliser les engrais azotés pour les cultures de céréales, elles couvriraient leurs besoins sans intervention humaine ! Que d’économies de gaz pour fabriquer les engrais, de carburant pour l’acheminer et l’épandre… Ce serait un progrès conséquent pour la lutte contre le réchauffement climatique et cela aurait un vrai impact sur notre souveraineté alimentaire ! Peut-on se priver d’un tel moyen même s’il faut passer par une utilisation d’OGM ou autres techniques nouvelles ? On peut élargir le débat à d’autres exemples… Le progrès technique peut être dirigé pour nous rendre plus indépendant, tout en luttant pour le climat !

Un peu de bon sens de gestion s’impose, cette guerre horrible nous met face à nos responsabilités !

PS : J'ai rédigé ce billet lundi, ce vendredi, voici ce que je trouve sur twetter :

Sans titre

Je ne sais pas si c'est une fake, mais cela confirmerait mes propos

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27 février 2022

Depuis 4 jours, les vrais enjeux de la présidentielle ont changé (vu de ma cour de ferme)

Ecrit après une discussion avec une de mes filles sur les conséquences de la guerre en Ukraine !

Il y a 3 semaines, je croise un jeune éleveur de ma commune que j’apprécie beaucoup. « Cela doit aller un peu mieux avec les augmentations du prix du lait !?!? » « Tu parles, avec la hausse des intrants, cela est loin d’aller mieux. C’est même le contraire, il faudrait une forte hausse et les négociations (avec les GMS) vont dans l’autre sens ! »

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Le premier jour de l’attaque russe sur l’Ukraine, les cours du blé se sont envolés comme ceux du gaz et du pétrole… La raison est simple, Kazakhstan, Russie et Ukraine représentent 40% des exportations mondiales de blé ! Il faut toujours avoir à l’esprit que ce marché est un marché d’excédents. En clair et pour faire simple, un pays se nourrit d’abord et vend ce qui reste. Donc, en cas d’aléas climatiques ou autres, le marché intérieur passe avant l’exportation. Il y a de licences d’exportations. Il est clair, que ces logiques politiques et stratégiques sont différentes dans les dictatures !

Pour un pays comme la France, la production peut être structurellement excédentaire, plus ou moins suivant les années. Pour nous, c’est le résultat de choix des politiques européennes des années 60, pendant la guerre froide. Des décisions prises à la suite des pénuries d’après-guerre, avec ses tickets de rationnement, afin de ne plus connaître la disette ! Ce choix politique a été remis en cause à la même époque que la chute du mur de Berlin et de la période d’euphorie qui a suivi. La paix semblait définitive, les pays allaient tous basculer en démocratie comme les USA, la superpuissance triomphante, « gendarme du monde ». Le libre échange devait tout régler et permettre d’abandonner progressivement une gestion de l’agriculture administrée (par un prix garanti) uniquement basée sur le volume de production. Les stocks, conséquence de cette stratégie, « coûtant trop chers », on a gelé des terres puis progressivement, on a introduit des limitations de production par des mesures de verdissement… Alors qu’on a supprimé toute protection sur les prix à la production et qu’on l’a livré le marché à la libre concurrence, on a tenté de compenser par les primes ! Primes de plus en plus déconnectées de la production et accaparées par l’aval !

blé mer noire

A la sortie de la guerre froide, le bloc soviétique était complétement déficitaire en production alimentaire. On vendait du blé, de la viande, du lait et autres produits aux russes et aux pays communistes. Staline avait détruit ce qui était qualifié de « grenier à blé de l’Europe » à l’orée du XXè siècle en exterminant par une famine terrible les paysans ukrainiens. Avec la chute du mur de Berlin, les pays de l’Est ont pu retrouver une certaine autonomie alimentaire en modernisant leur agriculture grâce à leur entrée dans l’UE. Un lent et long processus en parallèle a conduit à ce que l’Ukraine devienne le quatrième ou cinquième pays exportateur de blé et de maïs par des investissements étrangers en s’émancipant de plus en plus des russes !!! En parallèle, les mesures de rétorsion aux crises en Géorgie et en Crimée vis-à-vis de la Russie en 2008 puis en 2014 sur les denrées alimentaires ont fait prendre conscience à Mr Poutine de l’importance de l’autonomie alimentaire. On peut la comparer avec sa recherche d’autonomie dans beaucoup d’autres secteurs de l’économie pour limiter l’effet de sanctions économiques. En quelques années, la Russie est devenue le premier exportateur de blé avec en arrière-plan son utilisation comme une arme géostratégique ! Le « bassin de la mer noire » est redevenu un acteur majeur de l’alimentation du monde ! Une arme redoutable à long terme à condition de maitriser le maximum de la production et de son commerce. Au même titre que la maîtrise des sources d’énergie… Si la Chine est l’usine du monde, la Russie veut devenir le leader mondial des matières premières ! C’est la volonté de ces deux puissances de s’imposer en superpuissances, concurrentes et indépendantes des américains. Et pour la Russie de prendre une revanche sur l’histoire ! Chaque dictateur rêve de devenir maître du monde, tout au moins d’une partie du monde… Avec un périmètre d’influence qu’il n’aura de cesse de vouloir agrandir, en se moquant de la liberté des peuples !

Le président Macron disait hier au salon de l’agriculture, que pour les Européens, les conséquences de l’agression russe allaient bouleverser nos économies ! Je crois que c’est le moins que l’on puisse dire. Nos sociétés occidentales ont livré nos productions alimentaires à des spéculateurs financiers qui ne sont donc pas des acteurs physiques sur les marchés. Ils seraient bien incapables de devoir stocker une tonne de blé dans un coin de leur bureau mais ils peuvent l’acheter et la revendre en misant à la hausse et à la baisse ! On l’a vu au premier jour de la guerre en Ukraine. Un éleveur français qui lui doit acheter des aliments du bétail se retrouve obligé d’acheter au prix mondial même si c’est un aliment français produit par son voisin ! C’est la « dîme » moderne prélevée par les marchés financiers. Cela arrange bien l’état, dans un premier temps, qui voit ses entrées fiscales augmenter. Les aides promises en retour coûtent bien moins chères que le rapport de ces taxes, il suffit de voir ce qui se passe pour les carburants depuis 6 mois. Mais à plus long terme…

Attention, je ne suis pas pour autant devenu « collectiviste » ou communiste. Je reste attaché à la notion de marché à condition que les règles soient claires et les chances égales. Seuls les acteurs physiques devraient y avoir accès et le rôle de l’état est d’éviter qu’un seul acteur puisse devenir hégémonique ! Et c’est là que nous avons deux vraies faiblesses par rapport aux russes. S’ils mettent la main sur l’Ukraine et sans doute plus, ils seront les maîtres du jeu pour le maïs et le blé, comme sur le gaz aujourd’hui. Eux ne feront pas subir à leurs productions les contre-coups spéculatifs de la nouvelle donne.

La première faiblesse est économique d’abord : Des pans entiers de l’élevage européen se retrouvent en situation financière critique. Je pense aux porcs en premier lieu, déjà fragilisés avant cette guerre par les conséquences de la crise sanitaire mondiale de la peste porcine. Comment se sortir de l’étau diabolique d’une inflation du prix de l’aliment et autres intrants d’un côté et du blocage des prix de vente par les GMS de l’autre, au motif de la préservation du pouvoir d’achat des consommateurs ? Ce dernier argument conduira même ces dernières à aller acheter aux russes dès que cela redeviendra possible des porcs et volailles produites avec des aliments qui n’auront pas subit cette inflation. Car même si ces quantités importées potentielles seront faibles, elles serviront de chantage pour imposer une baisse du prix d’achat de nos productions nationales, au risque de les détruire ! C’est cela à quoi conduit la mise en concurrence systématique. Un vice de fonctionnement du système qui après l’industrie détruira l’agriculture si on ne change pas de règles ! Et que les russes sauront utiliser.

L’autre faiblesse est notre insouciance. Le verdissement de notre PAC ne tient pas compte des contextes concurrentiels et géostratégiques ! Au nom du libre-échangisme, on impose des normes de production en Europe tout en permettant l’importation de produits ne respectant pas ces normes. Pire au nom de l’idéologie verte, on limite les moyens de production. Et notre administration ne manque pas d’idées, j’y reviendrai dans un autre billet. A aucun moment, on a une vision géostratégique de la production alimentaire, convaincu qu’on trouvera sans problème et sans contraintes, un approvisionnement abondant et peu cher par la mise en concurrence mondiale ! Un simple regard sur les choix énergétiques allemands suffit à se convaincre que la prédominance de cette stratégie ! Une minorité agissante a livré ce pays pieds et mains liés au dictat Poutinien. Le réveil, depuis 2 jours, est très douloureux. On fait la même chose avec l’agriculture. Il n’est pas question de renoncer à améliorer les pratiques, ni de ne plus contribuer à des mesures réelles de lutte contre le réchauffement climatique. Mais faire croire qu’on peut basculer vers une agriculture intégralement sans pesticides, sans engrais et sans élevage est une hérésie mortifère ! Pourtant c’est le discours plus ou moins avoué des candidats à la présidence de la république pour ne pas froisser la minorité électorale verte ou les animalistes !

Oui, cette guerre depuis 4 jours met le doigt sur notre naïveté collective ! La crise du covid a mis en évidence notre dépendance industrielle à la Chine. Cette fois, ce sont notre indépendance globale et notre liberté qui sont en jeu car on touche à l’alimentation et l’énergie ! Je suis ulcéré à l’idée que nos extrêmes politiques, et pas que, soient à la solde de notre ennemi, en admiration devant un dictateur. Cela nous rappelle de tristes souvenirs historiques de comportements qui restent malheureusement ancrés dans notre société ! L’un d’eux n’hésite pas à se revendiquer « gaulliste » tout en proposant des mesures à la « Pétain », et certains tombent dans le panneau ! Le même affirmait d’ailleurs le week-end dernier, comme d’autres, que Mr Poutine n’envahirait pas l’Ukraine !!!!

Il est sans doute trop tôt pour appréhender tous les enjeux pour l’agriculture européenne. Mais des choix vont être à faire très rapidement et les premières difficultés apparaissent déjà au sein même de la profession… Le débat présidentiel doit aborder le sujet et j’espère que les électeurs en comprendront les vrais enjeux ! 1/2

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23 février 2022

Ce soir, sur Antenne 2

Ce soir, l'A2 va diffuser un film qui m'a beaucoup touché à sa sortie : Je n'ai pas de mots à rajouter à ce billet !

Sauf de le lier aux derniers billets sur mon blog...

Mais je ne voudrais pas m'arrêter à ces "images" sombres de mon ancien métier :

Je suis convaincu d'un rebond et que les paysans sont indispensables même si cela va à l'encontre de certaines affirmations climatologiques à l'emporte-pièce qui voudraient les transformer en jardiniers aux ordres d'une administration centrale ! Il faut que je reprenne mes réflexions ici, avec un fil rouge : J'ai travaillé et je vis encore dans un écosystème complexe ! Par exemple, il est aberrant de croire qu'en supprimant les vaches, on réduira d'un coup les émissions à effet de serre de 14 %. Car mes vaches entretenaient des prairies naturelles qui elles-mêmes stockent du carbone que le travail de la terre libérerait pour partie ! De plus, certaines parcelles ne permettraient pas la culture, trop humides ou trop pentues, pourtant elles sont pâturées donc réservoirs à carbone et à biodiversité, ce qu'elles ne seraient plus en friche !!! Il faut redévelopper et réexpliquer tout cela. Méfiez-vous des affirmations simplistes qui ne tiennent pas compte de l'équilibre général de la nature ! Et c'est en cela qu'il faut redonner des lettres de noblesse au métier de paysan. Il faut faire confiance aux femmes et hommes qui travaillent sans relâche, avec comme contrainte cet équilibre à préserver. Il faut arrêter de les accabler de règlements et pire de les "saigner" économiquement !

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01 février 2022

Les limites du système agricole !

Je n’avais pas lu cette tribune en écrivant mon dernier billet, je l’ai découvert ce matin. J’ai eu envie de vous la présenter. Chacun s’exprime avec ses mots, Mr Godet apporte un autre éclairage qui complète mes écrits, avec des pratiques (avances aux cultures) d’autres régions. "Plus le risque est grand, plus l’argent coûte cher ! " ...

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Pour répondre à un commentaire du billet précédent (Youpi), je me dois d’apporter quelques précisions. Je ne voulais pas forcément mettre de l’huile sur le feu et ne pas en rajouter… Mais il faut bien expliquer pourquoi les banques prêtent pour du matériel même quand on est en situation de surendettement. Le dossier est monté par le vendeur. Si la banque du paysan refuse, il peut présenter son dossier à une autre, concurrence oblige. La nouvelle banque va demander des garanties. Le nantissement sur le matériel (gage) est la première mesure. Généralement, le matériel perd de la valeur, comme une voiture, la première année, plus qu’un amortissement d’emprunt. Donc il est demandé une autre garantie comme la caution d’un proche. Quand cela n’est pas possible, il reste la possibilité de demander le versement des primes et de faire transiter l’argent des ventes par leurs comptes. Pour les primes, les autres organismes peuvent demander la même chose. Le principe est le même que le nantissement au sens où le paysan accepte que les primes soient virées directement sur le compte du fournisseur.

Dans la réalité, il y a des situations surréalistes qui m’ont été rapportées. Par exemple, des paysans signent ces gages(?) pour un montant supérieur aux subventions. Du coup, il en manque au final. C’est donc la course au premier arrivé ! Les banques ont un avantage. On m’a raconté, ce n’est pas une « fake », que plusieurs agriculteurs ont vu leurs comptes débités en même temps qu’ils étaient crédités. Ils n’ont jamais décidé de quoi que ce soit, ils n’étaient même plus maître de leur argent en quelque sorte. Si on peut comprendre les créanciers, sauf pour les agios, il faut quand même bien insister sur le fait que psychologiquement cette dépossession forcée est terrible à vivre et peut poser de gros problèmes par ailleurs !

Comment s’en sortir ? On ne peut pas continuer de tirer sur la corde des prix indéfiniment. Le prétexte « qu’il y en a toujours des qui s’en sortent mieux donc à prendre en modèle » a ses limites. Qui peut être certain de ne pas connaître une année noire sur le plan sanitaire, de maîtriser tous les paramètres et de vendre mieux que les autres ? Qui peut être sûr de ne pas tomber malade au mauvais moment comme mon voisin cette année ?

La solidarité de filière ensuite ne doit pas être un vain mot ! Pas seulement entre paysans mais de tous ! Revenir à quelques règles de bon sens comme de ne pas vendre à tout prix sans avoir un minimum de certitudes sur le bien-fondé des achats pour ne pas enterrer le « client » devrait être la priorité !!! Je sais, ce n’est pas dans l’air du temps. Il est trop facile de répondre que si on ne le fait pas, les concurrents le feront ! Tous les organismes agricoles, conçus par nos ancêtres pour apporter chacun un service particulier aux paysans se font concurrence entre eux maintenant. De plus, ils ont quitté la seule sphère agricole pour élargir leur clientèle. Cela s’est fait au détriment des paysans qui en période de crise ne sont plus considérés comme un marché porteur. D’où les dérives décrites dans l’article et ces deux billets !

Si je ne suis pas pour le collectivisme, je crois que le libéralisme a besoin de quelques limites pour ne pas être destructeur !

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26 janvier 2022

La fierté agricole rend le sujet tabou

Il y a des sujets tabous en agriculture. Pas question de laisser filtrer les éventuelles difficultés financières sur sa ferme. Comme tout le monde, j’en ai connu. Négocier auprès de sa femme ou de ses parents une aide financière pour passer un cap ou diminuer le prélèvement privé, à savoir l’argent apporté au couple, sont parmi les pires moments de ma vie de paysan ! Mais quand on est dans l’impasse, toutes les portes se ferment ou alors il faut « raquer » un maximum en termes d’intérêts qui n’ont plus rien à voir avec un raisonnable supportable… Un banquier a vite fait de virer sa « cuti » dès qu’une filière est moins porteuse, même si le paysan n’y est pour rien. Toutes les crises sanitaires, les sécheresses ou les retournements de marché apportent leur lot de désillusions. Alors qu’on nous cirait les pompes quelques mois auparavant pour investir, d’un coup tout se complique…

Ayant vécu et suivi beaucoup de cas difficiles, mon constat n’est pas exagéré ! Le même cercle infernal se reproduit à chaque fois. Au fil du temps, il a un peu évolué ! Tant que le crédit agricole était agricole, il y avait une certaine solidarité et les faillites chez nous, en élevage allaitant, étaient très rares. Il y avait un financement des cas particuliers pris sur le bénéfice de la banque et abondé par l’état pour soutenir. La logique était qu’un maintien de la ferme, tant qu’il y avait des vaches donc du capital, était préférable à une cessation d’activité hors de contrôle lorsque des liquidateurs judiciaires entrent dans la danse. L’énorme avantage de cette époque était que le banquier était un peu un lanceur d’alerte des situations dégradées. Le paysan était alors orienté assez tôt vers des plans de redressement. Beaucoup ont fonctionnés. A l’époque l’avis des directeurs de caisse locale, comme celui des membres des conseils d’administration locaux étaient prépondérants pour apprécier les réalités, proximité oblige. La MSA pouvait jouer ce même rôle mais les 10 % de pénalités au premier jour de retard de paiement sont trop dissuasifs pour inciter à dévoiler des problèmes.

Puis plusieurs évolutions ont bouleversé la donne. La banque a grossi, le pouvoir de décision s’est éloigné, le vrai décideur sur un dossier est dans un bureau à 200 km et ne croisera jamais le paysan dont il décide du sort ! Les critères humains sont absents, seuls les ratios sont pris en compte. L’agent local n’est plus que le porteur de nouvelles, bonnes ou mauvaises, sur lesquelles il n’a aucune prise. La même chose se passe avec la MSA. Essayez de leur téléphoner une fois, vous verrez… Sauf en cas d’envie de suicide, auquel cas, vous aurez une ligne dédiée. Avouez que ce n‘est pas très engageant !

Une fois les lignes de trésorerie utilisées, les paysans se tournent vers les fournisseurs. Traîner pour payer les factures est devenu une règle. J’avoue avoir utilisé le procédé plusieurs fois en période de grosse crise ou quand un dossier de primes est bloqué parce que vous êtes contrôlé ! Car alors, même si vous êtes clean, les versements sont suspendus plusieurs mois, le temps d’instruire le dossier. Vous avez alors « envie de faire partager vos emmerdes » selon l’expression du moment ! Il faut comprendre que vous vivez cela comme une injustice totale ! Être obligé de demander un soutien familial alors que vous ne pouvez pas vendre (Souvenez-vous de mes écrits au moment où il fallait plusieurs semaines pour que les animaux partent) ou pour acheter de l’aliment à vil prix pour compenser les problèmes liés aux sécheresses est dégradant. Les banquiers et fournisseurs trouvent cela normal et ne remercieront jamais, même si cela arrange bien leur business. Idem avec les grandes épidémies (ESB, FCO) où les ventes s’arrêtaient plusieurs semaines… Pourquoi devrions-nous être les seuls à supporter tout le poids d’une crise ? Je crois que c’est ce qu’on ressent tous. Nous n’avons aucune prise sur le marché, tant pour les débouchés que pour les prix.  « Mais l’état vous aide, vous touchez des primes ! » Sans doute, mais très partiellement et le reste du manque à gagner se traduit par des dettes qu’il faut rembourser un jour… Sauf que les crises de l’élevage durent, entre problèmes sanitaires, accidents climatiques et marché contrôlé par l’aval uniquement à son profit, il y a un enchaînement diabolique qui ralentit, voir bloque la possibilité de se rattraper. Entre 2003 et 2019, année de ma retraite, seule l’année 2007 a été vraiment correcte ! Ces pertes de lisibilité en l’avenir, de perspectives expliquent que beaucoup d’éleveurs, pourtant performants et compétents, décrochent bien avant la retraite, ce qui est nouveau ! « Arrêter avant de tout perdre ! », peut-être savent ils trop bien compter ?

Car il y a aussi les pousses au crime. Je m’explique : Le financement du matériel est accordé sans étude complète de la situation financière de la ferme. J’ai ainsi vu des agriculteurs, qui avaient des dettes énormes chez les fournisseurs, acheter du matériel neuf à crédit. Le déblocage des fonds se fait en 10 jours !!!! Même si c’est une faute de gestion majeure, même si le paysan a l’impression de profiter d’un avantage fiscal, ce qui est erroné dans ce cas, la psychologie explique une partie de ce comportement. Besoin de se prouver qu’on existe encore ? Besoin de s’affirmer dans son entourage ? Besoin de montrer aux autres qu’on s’en sort malgré l’adversité ?... On peut évoquer mille raisons. Avec ces crédits faciles pour vendre plus, le problème arrive à l’échéance de l’année suivante et accentue les difficultés. S’il faut du matériel pour travailler, le risque de suréquipement rode et la question est complexe quand la situation se détériore.

pénalités retard

Enfin un autre pousse au crime a fait son apparition. Pour se défendre, les fournisseurs appliquent des agios. Et là, cela devient inflationniste. Cette dette évolue vite en agios sur agios et enterre définitivement celui qui n’y prend pas garde. C’est comme quand on emprunte à cours terme ou on utilise un découvert pour rembourser une échéance d’un prêt long terme. Chaque fournisseur ne connait pas la situation chez les autres fournisseurs qui sont ses concurrents. Seul le comptable a une vue d’ensemble, en décalé et à condition que le paysan aux abois ait présenté toutes les factures. Reste alors une seule porte de sortie, une renégociation totale de la dette de la ferme avec un plan de redressement hyper rigoureux, un renoncement partiel des fournisseurs aux agios et souvent un paiement différé de la dette initiale ! Quand le paysan en arrive là, il faut une énorme dose d’humilité pour accepter la vérité et  pour qu’il renoue un minimum de relation de confiance avec un banquier, avec l’aide de tiers comme les conseillers de gestion ! On revient au point de départ, à savoir qu’il faut une proximité réelle des organismes financeurs pour juger de la capacité de redressement de la situation. Finalement, alors que je suis très critique par rapport à l’évolution de la banque agricole, il faudrait qu’elle redevienne incontournable pour une bonne gestion de nos fermes. A condition de retrouver son statut initial d’être au service des paysans… La capacité de financement des fermes doit rester aux seuls banquiers ou à des vrais apporteurs de capitaux bien définis !

Je comprends le soulagement d’Antoine et je le remercie pour son courage d'évoquer ses problèmes :

Malheureusement, notre profession est souvent un exercice solitaire. Acceptez une défaillance ou un échec, même passager, surtout quand on n’a pas de prise sur une calamité, un problème sanitaire ou un marché où on ne compte pas, n’est pas simple. Et cela conduit certains au geste fatal ! A chaque annonce, j’ai envie de crier au gâchis et l’injustice d’une vie détruite pour rien, aux proches abandonnés... Cela devrait interpeler les autres membres de la filière mais au nom de la concurrence, tout le monde compatis certes mais rejette toute responsabilité !

Avec mes propos, j’espère vous faire comprendre pourquoi nous réagissons de façon épidermique aux stratégies de certaines grandes surfaces ou des gros transformateurs, comme aux propos provoquants de Michel Edouard Leclerc. Les discours politiques au cours des campagnes électorales ne me rassurent pas plus, tant ils manquent de réalisme. Au final, on sait que c’est nous paysans qui payons la guerre des prix alimentaires. On sait que les discours ne mèneront à rien, pire ils nous rendent responsables de maux qui ne nous incombent pas. De plus, on nous impose de porter seuls tout le poids des aléas, comme de normes non partagés dans d’autres pays alors qu'on laisse rentrer les produits. Pour couronner le tout, on nous envoie quémander l’aide de l’état quand la pression est trop forte. Parfois, cette perte de contrôle de notre destin devient insoutenable ; on oscille alors entre colère pour les uns et abattement pour les autres, où le pire peut devenir une option !

 

PS : Je ne sais pas si je suis compétent mais je serais prêt à rejoindre une structure d’aide aux paysans en difficulté. Si, me contacter par mail : paysanheureux@wanadoo.fr

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01 janvier 2022

Qu’est-ce qu’une «Bonne année 2022 » ?

Je vous souhaite une année, pleine de santé, de réussites, de projets et de rêves… J’espère que chacun des petits plaisirs quotidiens formera le long fleuve du bonheur !

Oui, comme chacun, je forme le vœu que nous sortions enfin de cette longue pandémie. L’histoire n’a que trop durée même si je crains qu’il nous faille encore beaucoup de patience.

Pour les sujets agricoles, comme pour celui de l’énergie ou de la santé, je rêve au cours de cette année de l’émergence de vrais débats, loin des incantations militantes et politiques. Je rêve que la compétence de chacun, indispensable à une société construite, soit reconnue et respectée !  A l’heure où l'ultracrépidarianisme est devenu un sport national, entretenu par les médias ou une frange importante des réseaux sociaux, il est indispensable de se poser ! Comment en est-on arrivé à accorder plus d’importance à des propos de « toutologues » qu’à l’expérience et la connaissance des praticiens ?

Oui, je rêve qu’en 2022, un projet de société majoritairement partagé émerge. Un projet fédérateur, tourné vers un objectif d’avenir, où on ne soit plus toujours en train de cliver les professions ou les communautés. Un projet où on respecterait des projets de vie de chacun à condition qu’ils ne nuisent pas à la collectivité, sans leçon de morale, y compris écologiste. Car c’est bien l’addition de petites actions quotidiennes qui changeront les choses et non de grandes lois fumeuses…

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Je termine par un simple exemple révélateur des évolutions en cours même si elles restent très discrètes. Mes enfants m’ont surpris, voir gêné, en utilisant du papier journal pour emballer les jouets qu’ils offraient à leurs neveux pour Noël ! « Il faut recycler et ne pas gaspiller ! » Ma petite fille et mon petit fils n’ont accordé aucune attention à ces emballages. Trop impatients de découvrir ce qu’ils cachaient, ils les ont déchirés de la même façon ! Oui, je sais que l’attention compte et je me vois encore mal offrir un cadeau à Mme PH dans du papier journal. Pourtant, à la réflexion, c’est bien le choix du cadeau qui reste le plus important et le geste d’offrir. Mais notre consumérisme excessif nous a complètement perverti. L’emballage est parfois devenu plus onéreux que le contenu ; un non-sens absolu !

Je n’attends pas de procès des autres sur mes choix de consommation mais le respect de ceux-ci !  Qui peut prétendre avoir raison envers et contre tous ? Et quelque part, je suis heureux de voir que les objets réparables et recyclables reviennent à la mode, tout comme l’échange de produits d’occasion… Surtout quand l’usine du monde est en Chine et nous rend dépendant !

Bonne année 2022 !

Posté par paysanheureux à 18:08 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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