paysanheureux

22 mars 2020

Covid19, "s'en sortir sans sortir... "

Au niveau du village, nous avons mis en place un service de portage gratuit aux personnes à risques ! L'objectif est de limiter les sorties des personnes agées de plus de 70 ans, les personnes fragiles pour des raisons de santé et les personnes suspectes d'avoir croisé le virus !

Mais depuis lundi, impossible de convaincre certaines de ces personnes de rester chez eux ! Nous essayons de téléphoner à toutes ces personnes mais nous avons du mal à convaincre. A chaque fois, on nous oppose de bonnes raisons. J'essaye de faire passer le message sur un compte FB de la commune. Jamais, je n'aurais pensé devoir écrire cela, être aussi dur, mais comment faire prendre conscience du danger ? Je vous laisse seul juge :

" « Tous les territoires de Saône-et-Loire sont désormais concernés par l’épidémie, notre département étant l’un des vingt-cinq départements français les plus touchés. »(Creusot-infos)

Notre village n’échappe pas aux risques ! La forêt de Martenet ou l’Arroux ne sont pas des frontières pour un virus ! On peut raisonnablement penser qu’il circule déjà ou circulera très rapidement parmi nous. Le corps médical local et vos responsables sont effarés de la légèreté avec laquelle beaucoup personnes à risques prennent les mesures de confinement !

« A mon âge… » Si vous voulez mettre fin à vos jours, c’est votre problème. Le problème est que cette attitude met en danger vos proches, vos voisins et ceux qui viendront vous soigner, malgré vous : mourir d’étouffement est une des morts les plus atroces !

« Faut bien que je bouge, faire les courses… » Un simple contact peut vous infecter mais peut également mettre en danger les commerçants (ou les personnes croisées). Nous avons besoin d’eux !!! Si vous avez besoin de marcher, ce qui se comprend, sans jardin, faites le tour du pâté de maisons seulement. Ce n’est pas génial comme promenade, mais c’est mieux que de se voir imposer un confinement total, sans aucune sortie, comme en Chine !

« Votre proposition de portage, c’est super mais… » Non, ce n’est pas bien pour les autres, mais inutile pour soi ! Il faut protéger les autres, garantir la continuité des métiers indispensables… Moins il y a de monde qui circule moins ceux qui assurent la chaine des soins, de la nourriture, prendront de risques.

Ces quelques propos "" sont entendus à chaque fois qu’on essaye de faire comprendre que, faute de vaccins contre le covid19, le confinement est la seule arme que l’on possède ! ARRÊTEZ DE CHERCHER UNE BONNE EXCUSE POUR NE PAS RESPECTER LES CONSIGNES !

Des bénévoles se proposent d’apporter vos commissions alimentaires, d’hygiène et les médicaments indispensables ! L’objectif est de réduire le nombre de personnes dans les magasins et les lieux publics en permettant aux commerçants de notre village de préparer les commandes aux moments où ils sont seuls, puis aux bénévoles de les distribuer sans contacts physiques.

Téléphonez au 06 76 95 38 31 !

Faut il attendre qu’il y ait un mort du covid à Toulon sur Arroux pour que chacun mesure l’ampleur du danger ?

Aidez-nous à faire passer le message à vos proches, à vos voisins…

« S’en sortir sans sortir ! » doit être notre devise à tous !

Henri Guillemot (Je n'aurais jamais pensé devoir écrire cela !)"

J'espère qu'on comprendra qu'être responsable, même au niveau communal, n'est pas une sinécure. Je ne me suis pas représenté aux élections mais j'assumerai mes responsabilités jusqu'au bout, donc à la fin de la crise !

 

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03 mars 2020

Le retour du loup m'a fait renoncer au caractère "sans cornes" dans mon troupeau ! 2/2

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Rappelons que les animaux restent dangereux, surtout dans certaines situations. Les taureaux peuvent charger s’ils ont le sentiment qu’on va leur retirer des vaches surtout si elles sont en « chaleur ».  Les vaches sont encore plus dangereuses car elles n’expriment pas toujours leur désapprobation avant d’agresser si elles estiment leur progéniture en danger… Dans tous les cas, il ne faut jamais surprendre les animaux. C’est pour cela que je leur parlais toujours dans les stabulations comme en les approchant dans les prés. Elles ont une ouïe hyper fine, reconnaissant une voix ou un son entre mille. Pour l’exemple, elles font la distinction entre deux tracteurs de même modèle, entre celui qui sert à leur donner à manger et celui du voisin qui ne fait que passer !

AMOUREUX (2)

Reste une constante, un troupeau qui se sent en danger, se met en position de défense !(Je ne l'ai vu que 4 ou 5 fois dans ma carrière) Il forme un cercle, les veaux sont au milieu, les vaches tournent autour en courant. A chaque tour, l’une d’elle se détache et charge l’intru puis rentre dans le cercle. Sont considérés comme prédateurs les animaux qui ressemblent à un chien donc un loup initialement !!!! C’est ancré dans les gênes. C’est pour cela que j’ai toujours fait la guerre aux chasseurs et aux ramasseurs de champignons, surtout quand ces derniers ont un chien ! Au moment où la personne se baisse pour cueillir, les vaches, qui ont une vision très réduite, confondent avec le chien et assimilent la personne au prédateur ! C’est hyper dangereux et souvent incompris. Cornes ou pas, le danger reste le même. Je prends le temps de vous expliquer tout cela pour que vous compreniez ensuite mes choix de gestion génétiques.

printemps vaches (2)

Il y a plusieurs façons de gérer les cornes en élevage charolais. D’abord, on peut écorner très jeune, à 15 jours en brûlant le cornillon ou en mettant une pâte spéciale. Il faut contenir l’animal pour ne pas faire de fausse manœuvre, ce qui n’est pas gagné. Comme on ne connait pas la destination des animaux à cet âge, on les fait tous. C’est pour cela que je suis resté sur le second cas de figure.

Pour éviter des écornages inutiles, tous mes mâles partant en Italie où cela ne pose pas de problèmes, j’ai toujours pratiqué l’opération à 2 ans, sur les génisses avant de les mettre en reproduction et sur les taureaux après une première année de saillie. Mon objectif, vous l’avez compris est d’opérer les seuls animaux qui restent pour une troisième année et plus sur la ferme. Dans les deux choix évoqués, l’anesthésique me parait être indispensable.

vache fils (2)

Il y a une quinzaine d’années, un veau mâle est né sans cornes, une anomalie génétique qui doit se produire une fois sur ? Un million ? Je ne sais pas ! Cet animal a été le point de départ d’une sélection. Pour faire simple, on a fixé le ou les gènes sans cornes en le croisant par insémination pour ne pas perdre les autres qualités de la race. Il y a trois ans, en achetant un taureau chez un collègue, j’ai eu le choix entre un avec cornes et un sans cornes, qui avaient des qualités presqu’identiques. J’ai choisi le « avec cornes » !

Pourquoi avoir choisi de garder des animaux à cornes et donc de continuer à écorner ? J’aurai eu le choix il y a 10 ou 15 ans, avec des taureaux performants, j’aurais pris le sans cornes. Mais la société évolue et la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées ainsi que l’encouragement au retour des loups sur tout le territoire français ont conditionné mon dernier choix. A partir du moment où la priorité est donnée au sauvage sur l’élevage, je me dois d’anticiper. Soyons clairs, si on continue dans ce sens, on aura deux choix de modes d’élevage à l’avenir, même dans ma région. Avec des loups, soit les animaux resteront dans les stabulations ou des parcs restreints toute l’année comme cela existe dans beaucoup de pays et les parcelles serviront uniquement à être fauchées pour être distribuées ensuite en ensilage. Dans ce cas, nombre de parcelles difficiles à entretenir partiront en friche ( un quart de ma ferme). Les paysages se fermeront avec une exploitation hors sol mécanisée. Soit on veut conserver le pastoralisme et que les animaux retournent pâturer en été. Dans ce second cas, une régulation stricte des populations de prédateurs sera nécessaire. On ne peut nier la chaine alimentaire naturelle !!! L’élevage utilise le premier maillon de cette chaine. Il deviendra, comme dans les hautes Alpes ou dans certaines vallées des Pyrénées le pourvoyeur privilégié en nourriture des animaux sauvages des maillons suivants. Il est plus facile d’attraper des animaux domestiques que des sangliers entre autres. De plus l’élevage propose beaucoup plus d’animaux que la nature originelle n’en proposerait donc cela favorisera le nombre de prédateurs. C’est pour cela que la population de loups s’est développée beaucoup plus vite que prévu par les spécialistes de l’espèce ! Dans les zones intermédiaires, comme la mienne, on peut envisager que le pastoralisme ne reste encore possible qu’à certaines étapes de l’élevage. Si on doit éviter d’exposer des veaux trop jeunes, on peut penser que des troupeaux avec des veaux de 3 mois et plus, soient possibles à condition que les vaches puissent défendre le troupeau comme expliqué plus haut. Les cornes redeviendront indispensables pour essayer de ralentir les prédateurs, sans garanties, sans doute mieux que des animaux "sans cornes" !

repos du guerrier (2)

Je ne sais pas quelles seront les évolutions sociétales mais, vous l’avez compris, mon choix est fait pour laisser la possibilité aux vaches de se défendre. Si on arrête d’écorner, en 4 à 5 ans, 90 % du troupeau reproducteur serait corné. Il faudra quatre ans de plus pour transformer un élevage sans cornes en un élevage corné. Mais si on en arrive là, tous les problèmes de gestion de troupeau évoqué dans le billet précédent se reposeront. On réglera un problème en en créant de nouveaux. En fait, notre société nous envoie des messages contradictoires, par méconnaissance des règles primaires de la nature et ne prenant en compte, trop souvent, qu’un aspect du problème. Nous avons ensuite bien du mal à traduire les attentes dans les faits.  Ainsi, ours et loups remettent en cause l’élevage en plein air où les animaux pâturent 8 à 9 mois par an, ce qui correspond pourtant au summum du bien-être des ruminants !

troupeau repos (2)

Il n’y a pas que pour cela que ces contradictions s’expriment et c’est ce qui est si déstabilisant pour le monde agricole en général. Dans la nature, rien n’est, ou tout blanc, ou tout noir, tout est compromis et adaptation.

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02 mars 2020

Pourquoi j'écornais mon troupeau ? 1/2

L'opération d'écornage ne se fait pas par plaisir et on ne se réveille pas un matin en se disant;" tient, aujourd’hui je vais m’y mettre". C’est le résultat d’observations qui en explique l’importance dans la gestion d’un troupeau. J’expliquerai ensuite pourquoi il est possible que l’on doive revenir en arrière un jour, non pas pour faire plaisir à ceux qui regrettent l’esthétisme des vaches avec cornes mais par nécessité…

 J'ai toujours fait ou fait faire, suivant l'évolution de la législation vis à vis des produits, des anesthésies pour les animaux en écornant.  C'est même spectaculaire, car après avoir été shootés deux ou trois heures, au réveil, génisses ou taureaux retournent manger tranquillement, fatigués sans douleurs apparentes...

Pourquoi écorner ? Il suffit d’observer la vie d’un troupeau pour comprendre. C’est la loi intangible de la nature : La loi du plus fort !  Il y a une hiérarchie par sexe. Chaque troupeau de vaches a sa « reine ». C’est ainsi ! Cette hiérarchie s’impose en décroissant pour toutes les bêtes. C’est presque pareil pour les mâles, où l’accès au droit de se reproduire se joue de la même façon. Toute introduction d’un animal nouveau entraine des combats jusqu’à ce que l’entrant trouve sa place, souvent entre deux. Ces combats peuvent être très violents et se jouent tête contre tête. Quand une reine rencontre un problème physique, une autre prend sa place. En septembre, l’une de mes vaches leader s’est fait mal au bassin en cavalant pendant ses chaleurs. Elle n’acceptait pas cette situation et tentait de reconquérir sa place alors qu’elle tenait à peine debout. Il a fallu que je l’isole pour la sauver !

Cela crée énormément de soucis pour éviter les accidents ! Dans les bâtiments d’abord, où il faut un minimum de place pour que la joute ait lieu ! Et surtout, il faut protéger les veaux car, à ce moment-là, plus rien ne compte. Un veau de 2 jours cherche sa mère, stressé par le changement, tandis que celle-ci ne pense qu’à se battre. Le risque qu’il se fasse piétiner est énorme, j’ai malheureusement donné. Et même une intervention de notre part pour les séparer est très dangereuse. La conception d’un bâtiment doit tenir compte de cela. Par exemple, mes cases de vêlage étant dans un autre bâtiment, le retour dans la case initiale après plus d’une journée de séparation, redonne lieu à combat. Elles ont la mémoire courte, une mémoire qui doit être olfactive car si les cases séparatives sont contigües aux cases du lot, il n’y a pas bagarre !!! J’avais prévu de modifier la mienne pour que je puisse avoir des cases individuelles avec eau et râtelier en bout des cases des lots de 16 vaches… De même, je ne lâche jamais de nouvelles vaches dans une partie de pré avec un resserrement ou dans un chemin… Il en va de même avec les taureaux. Certains les badigeonnent même de produits odorants pour les dérouter mais il y a toujours un moment où ils s’affrontent….

Cette hiérarchie s’applique ensuite tout au long de la vie du troupeau. C’est la reine qui donne le top départ au pré pour aller boire ou reprendre le pâturage. C’est elle qui s’attribue la meilleure place pour manger quitte parfois à abuser de son pouvoir en faisant tout le tour d’un râtelier de foin pour revenir au point de départ pour être certaine d’avoir la meilleure place et sans doute réaffirmer sa domination ? Je n’ai pas besoin d’expliquer les conséquences des coups de cornes. Je regrette de n’avoir jamais photographié les lacérations des génisses les plus faibles avant écornage…

DSC02498_Moment

Pourquoi n’écornait on pas dans le passé ? Les vaches étaient attachées les 4,5 mois d’hiver, chez moi, les dernières l’ont été en 1995 . 4,5 mois, car l’opération était très exigeante en main d’œuvre et il fallait anticiper les mauvais jours pour ne pas être « pris » de court, comme on ne lâchait pas trop tôt de peur des giboulées de neige sur des animaux qui avaient passé l’hiver dans des étables surchauffées. On essayait de ne pas devoir les rentrer à nouveau. Ces dernières années, je pouvais rentrer mes animaux, seul, en deux heures maxi !!!! Donc attachées, il n’y avait aucun problème avec les cornes. En stabulation libre, donc en liberté, il en va tout autrement. Pour éviter le gaspillage, pouvoir intervenir et simplement s’assurer que tout le monde mange, il y a différents systèmes de contention aux auges. Des cornadis, par exemple. Dans tous les cas, il faut que l’animal relève la tête et fasse une manœuvre, surtout si elle a des cornes, pour en sortir. Si une vache plus forte veut prendre la place, elle peut surprendre l’autre qui, par panique, peut se sentir bloquée et subir les coups en ne se reculant pas. Si l’animal se fait piéger deux ou trois fois, il n’ira plus manger avec les autres, même avec une place vide et attendra que les plus fortes soient couchées. On le voit très bien quand on doit rationner un troupeau par manque de nourriture. Les plus fortes sont en super état tandis que les plus faibles maigrissent ! Ces dernières mangent ce qui reste. Le rôle d’un éleveur est de réguler cela !!!

On retrouve le même phénomène au pré. Tant que l’herbe est abondante, aucun souci, chacune trouve sa place. En revanche, en période de sécheresse, cela devient compliqué. Les râteliers sont toujours trop petits au sens où seulement une partie du troupeau peut y accéder en même temps. Pendant les grandes sécheresses, c’est un énorme problème car on ne peut pas donner en libre-service sous peine de surconsommation globale du troupeau. De ce fait des animaux restent à l’écart, vivotant quand les autres prospèrent.

DSC02127_Moment

Avec les mises aux normes et les règles de bien-être animal qui interdisent d’attacher les animaux sur une longue période, les éleveurs les plus récalcitrants sont tous passés à l’écornage, contre leur volonté de départ. Généralement au second hiver de stabulation libre…

Ces mêmes éleveurs font tous la même constatation, une fois un troupeau écorné, il ne vit plus du tout de la même façon. La reine reste la reine, mais la crainte qu’elle inspire n’est plus aussi forte. Les autres vaches subissent une pression mais elle est beaucoup, beaucoup moins dangereuse et elles le savent. Le risque d’éventration est minime, les coups ne sont plus potentiellement mortels. Dans les cornadis ou autour des râteliers, les faibles reculent pour faire place mais reviennent de suite dans la place libérée. Depuis 1995, je nourrissais en libre-service et je n’avais aucun problème en hiver d’animaux qui ne viennent plus manger ou en le faisant à la sauvette. Mieux, pour les concentrés, même en laissant les cornadis ouverts, toutes mangeaient en même temps sans que la plus forte ne fiche trop le bazar, ayant compris que si elle passait son temps à changer, les autres en profitaient pour finir sans l’attendre…

Le plus spectaculaire est sans doute pour les taureaux. S’ils sont perturbés quelques jours, leur comportement change du tout au tout. J’en ai eu un qui était très limite avec moi, n’hésitant pas à se retourner et me menacer quand je le manœuvrais ou si je devais intervenir. Je l’ai écorné en me fâchant et ensuite, il filait tout doux. Ces changements de comportement facilitent le travail des éleveurs…

Mais attention, taureau ou vaches restent dangereux, même une fois écornés. Ce n’est pas une assurance tout risque !

A suivre

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27 février 2020

Covid-19 et le foot

Je suis moins affirmatif quand à la qualité de la gestion de crise de nos dirigeants ce soir. Même un peu inquiet sur la compétence réel du nouveau ministre de la santé !

Mes enfants sont furieux. Si on ne peut tout arrêter, on peut au moins éviter les événements non vitaux. Ainsi, était il intelligent de laisser jouer un match de foot hier soir avec des spectateurs venant d'une région où les matchs se jouent à huis-clos ou sont annulés ? On aurait pu le reporter. De toute façon, si cela continue, cette compétition ne pourra pas aller à son terme comme prévu. L'enjeu financier d'une soirée n'est rien par rapport aux enjeux d'une épidémie. Pourtant il a apparemment prévalu ! J'espère qu'on ne le regrettera pas.  

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25 février 2020

Du muguet naturel au 1er avril ? Corydalis le laisse...

Les thermomètres naturels s'affolent ! Imaginez le muguet naturel fleurir au 1er avril au lieu du 1er mai ! C'est la trajectoire actuelle de dame nature...

corydalis proche

Voilà plusieurs jours que je m'échappais pour prendre le soleil en refaisant des clôtures. Je veux mettre un point d'honneur à laisser une exploitation clean à ce niveau et la sécheresse m'a empêché de le faire à l'automne... Chaque jour, je me croyais au mois de mars, devant poser les vestes l'après-midi, tant il faisait beau et même chaud. En quelques jours, les cultures ont changé. J'ai même fait la réflexion à un pair que c'était déjà trop tard pour le premier passage d'ammo...

On a touché le summum dimanche avec un temps aberrant pour un mois de février. Je me suis mis au jardin, les rosiers étaient déjà repartis, j'ai du les tailler en catastrophe alors que c'est une opération que je fais à mi-mars habituellement. J'ai alors pensé à mes collègues vignerons qui doivent déjà stresser, non seulement si la taille n'est pas terminée, mais également parce que la montée en sève a déjà commencé avec les risques de gel si...

Pour en avoir le cœur net, j'ai décidé d'aller voir ce qu'indiquait le premier marqueur naturel de la ferme ! Et là, stupeur, elles sont déjà en fleur, le 20 février ! Remontez dans les archives de ce blog, vous retrouverez comme moi traces de la floraison toujours aux alentours du 20 mars... La nature a donc un mois d'avance alors que l'hiver ne donne pas encore l'impression d'avoir commencé !

 

corydalis (2)

Cette perte de repère est déroutante. Le réchauffement climatique est bien réel depuis plusieurs années. Ce qui me pose question est cette plongée dans l'inconnu. Dictons, transmissions d'expérience à travers les âges entre paysans n'ont plus cour... Si on regarde la nature, le printemps est là, le 20 février. Mon père m'avait bien parlé d'une année où ils avaient pu lâcher les vaches à cette date. Malheureusement, je ne sais plus laquelle et il n'est plus là pour me dire comment ils avaient géré les mois suivants.

Si je prends une posture négative, ce démarrage avant l'heure peut devenir catastrophique. Dans quelques jours, un mois maximum, les végétaux seront vulnérables au gel. Un -5°C pourra alors détruire la récolte. Souvenez-vous des chênes gelés il y a une bonne dizaine d'années. Il leur avait fallu un mois pour relancer les bourgeons secondaires et retrouver des feuilles guère avant le mois de juin. Sauf qu'après ces années de canicule et de sécheresse, trouveraient-ils la force de se relancer ? Tout le monde végétal est donc terriblement sensible à ces gels tardifs. Ils le seront cette année, même avec des températures de normales saisonnières, au regard du stade végétatif. L'élevage serait directement impacté par les risques d'avortement avec des vaches mangeant de l'herbe gelée mais surtout avec une nouvelle fois une moindre production de nourriture...

Si je prends une posture positive, au contraire de mes propos précédents, je mise sur un printemps hyper-précoce. Pas de gelées dangereuses, une pluviométrie régulière, et c'est l'année du siècle pour le pâturage. Ce ne sont pas, alors, les épisodes de neigeote, comme celle annoncée cette semaine qui sont dangereuses. La pousse d'herbe est alors régulière et abondante. Pour la photosynthèse, il faut du carbone, donc avec des conditions d'humidité et de températures favorables, tout est là pour d'excellentes repousses et donne enfin la possibilité aux éleveurs de refaire des stocks. Ces derniers leur ayant cruellement fait défaut ces dernières années. C'est comme si la nature se rattrapait, comme pour les 7 années de vaches grasses et les 7 de vaches maigres de la bible...

Rien ne permet de savoir de quel côté va basculer dame nature. C'est le sort du paysan d'envisager les scénarios et s'y préparer. Il est facile de refaire le monde paysan depuis son salon. Il est facile de prétendre que tel ou tel système de production semble mieux convenir à ses propres convictions idéologiques quand on n'est pas confronté aux réalités de la nature. Pourtant aucun système, mis à part les productions hors-sol ( et encore) ne peut s'affranchir de ces aléas. Dimanche, en taillant les rosiers, j'entendais une multitude de motos sur nos routes. Je comprends le bonheur de rouler à l'air libre que peuvent ressentir les pratiquants. J'imaginais également le bonheur des enfants redécouvrant le tas de sable abandonné depuis l'automne. Je voyais le plaisir simple des promeneurs sur le chemin de randonnée... Quelle bonne chose que de pouvoir profiter d'une si belle journée ! Mais, loin des préoccupations matérielles de ceux qui vivent de la nature, combien ont pensé aux enjeux d'une telle situation ? Pourtant, ce sont certains parmi eux, qui affirment haut et fort que ça ou ça est bon ou pas pour leur alimentation. Certains qu'ils sont que de toute façon, ce qu'ils ne trouveront plus en France, pourra s'acheter à l'autre bout du monde et donc qu'ils peuvent s'affranchir des abandons locaux qu'ils pourraient engendrer !

Corydalis, cette année, m'inquiète plus que covid-19, du moins pour le moment...

 

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26 janvier 2020

Bêtise humaine et virus...

Je n’aurais aucune raison de me faire de soucis, pourtant, ce n’est pas "coronavirus" qui m’inquiète mais les comportements humains…

J’ai souvent écrit sur l’impact de virus sur nos fermes. La propagation de le FCO est un triste exemple de ce qu’il faut mettre en place avec la première phase et de la démission de ces dernières années dans une seconde phase.

La seule façon de lutter contre un virus, c’est la vaccination ! Les autres traitements n’ont d’autres buts que de limiter les effets qu’il provoque et d’éviter les complications. Lors de la première phase de la FCO, dès que les vaccins ont été mis au point, nous les avons pratiqués. C’était en juillet, ce n’était pas obligatoire et cela a été très contraignant. Une majorité d’entre nous l’ont fait même si c’était déjà bien tard en regard de la dispersion du virus… L’hiver suivant, une prophylaxie obligatoire était mise en place. Tous les animaux ont été vaccinés, plusieurs hivers de suite. Au bout de deux ou trois ans la France était reconnue indemne de la maladie.

Malheureusement, la prophylaxie a cessé alors pour des raisons économiques. La maladie a survécu dans le milieu sauvage, qui a servi de réservoir pour la seconde épidémie. Aucune prophylaxie n’a depuis été mise en place. La profession agricole a sa part de responsabilité en ne voulant pas assumer les efforts à faire. Aujourd’hui, les éleveurs doivent faire vacciner les animaux pour exporter et subir des pertes dans les troupeaux ! Heureusement, la maladie n’est pas mortelle chez les bovins, par contre les effets induits sont énormes, avec des avortements, donc moins de veaux et des retards des dates de vêlages conséquentes. Pour éviter toute remise en cause, on impute la chute de 7 % du nombre des vêlages ces trois dernières années, d’abord à une année de grosse récolte de foin de mauvaise qualité puis aux sécheresses successives… Pourtant, en 2003, il n’y avait pas eu les mêmes conséquences. Les éleveurs qui ces deux dernières années les ont nourris comme cette année-là ont eu des problèmes… Aucune étude n’a été faite, du moins publiée, pour savoir si ceux qui ont vaccinés, nous sommes peu nombreux (le vaccin était gratuit pour nos vaches), ont eu moins de soucis…

Pourquoi évoquer cela ce soir ? Dans la nature, les maladies virales sont des régulateurs des populations. On a vécu cela avec les renards et la rage, on vit cela en Europe et en Asie avec la peste porcine africaine avec les densités excessives de sangliers ou des élevages porcins peu scrupuleux sur le plan sanitaire… Dans le premier cas, comme c’était dangereux pour l’Homme, on a vacciné les renards en larguant des appâts vaccinaux par hélicoptère, je me souviens de la manœuvre… Dans le second cas, (sans danger pour l’homme) on n’a pas de vaccins : Des millions de porcs ont dû être abattus, en Chine en particulier et l’extermination des sangliers à la frontière belge et la mise en place d'une clôture sont un autre exemple des moyens mis en œuvre. Il n’y a pas d’autre méthode de maîtrise de la maladie !

Je suis convaincu que la plus grande menace pour l’humanité reste les virus. Depuis trois jours, les réseaux sociaux bruissent dans tous les sens. La remise en cause des fondamentaux biologiques m’inquiètent beaucoup. Les antivaccins ont pignon sur rue. Le rejet depuis un peu plus d’un an de toute forme d’autorité et de pouvoir devient dangereux en cas de crise sanitaire. Par exemple, il y a un vrai problème dans les hôpitaux. Je peux comprendre les revendications, mais face à un risque d’épidémie, ne serait-il pas raisonnable de faire front commun et de laisser pour un temps les armes au placard, ce qui, d’ailleurs rendrait plus fort ensuite pour rediscuter ! Est-il sain de se moquer de la ministre, ou de railler certaines mesures alors qu’il y a un risque évident ? Est-il sain de moquer la situation en laissant croire que cela tombe trop bien en pleine guerre des tranchées de la réforme des retraites ? Pire déjà, certains évoquent le complot de laboratoires ! Ne prend-on pas le risque d’apporter de la confusion et de la panique, là où il faudrait être raisonnable ?

Le risque est très minime en France pour le moment. De plus, le virus semble peu virulent (5% de mortalité, contre 0,2% pour la grippe mais 54% pour Ebola en 2014) ? Le seul danger de pandémie majeure semble être le risque de mutation ou de combinaison avec d’autres virus. Faute de vaccin, il faut une grande rigueur de la part des populations et cela ne peut supporter la moindre contestation. Oui, la proximité des symptômes avec ceux de la grippe peut créer un engorgement des structures en cas de panique ! Mais le questionnaire en cas d’appel au 15 doit permettre de faire la différence. Le risque d’erreur et de laisser passer un cas est infime et on peut faire des tests de dépistage. Quelle alternative ? Confiner tout le monde ? Les mêmes qui hurleraient alors à une atteinte à leur liberté pourraient aussi s’interroger sur un point simple. Si tout le monde était vacciné contre la grippe, les diagnostics ne seraient-ils pas plus simples ?

Ce sont toutes ces contradictions qui m’inquiètent ! On ne peut pas gérer une crise sanitaire comme une coupe du monde avec 67 millions de sélectionneurs se transformant en 67 millions d’épidémiologistes sur les réseaux sociaux ou aux comptoirs des cafés… Il faut une autorité unique et non contestée et, pour une fois, faire confiance aux spécialistes dont les ministres ne sont que les portes paroles !  

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Lazareti à Dubrovnik : lieu de mise en quarantaine de tous les voyageurs arrivant dans le port au moyen-âge !

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07 janvier 2020

Mon dernier rapport moral pour l'association que je présidais...

Je vous livre une réflexion écrite pour l'assemblée générale de l'association institut du charolais. Je ne voulais pas répéter toujours les mêmes choses, d'une année à l'autre. Dans le dernier paragraphe, face au désastre de la situation de l'élevage, je ne peux me résigner. Il existe des solutions mais il faut du courage. J'ai donc proposé quelque chose, une mesure parmi d'autres possibles, voire indispensables :

" Après ces dernières années de transition, complexes pour notre association, celle-ci retrouve un certain équilibre. La loi Nôtre a déplacé les compétences, donc les centres de décision, pour le soutien économique, des conseils départementaux aux conseils régionaux. Notre fonctionnement en a été fortement perturbé, les critères du financement régional étant très différents de ceux du département. Les conséquences ont été très lourdes pour nous, mais les nouvelles orientations prises en conséquence ont été efficaces.

Face à la diminution du soutien financier territorial, il a fallu trouver de nouveaux modes de financement pour la partie innovation/production. Un énorme travail a été réalisé par notre équipe. Il a fallu analyser les procédures, recalculer des coûts et redéfinir les offres. Cela a permis de structurer une proposition de service réaliste, individualisée quand nécessaire, auprès des petits faiseurs que sont les bouchers, les éleveurs et que pourraient être les restaurateurs de notre secteur. Il est aujourd’hui possible de transformer tout ou partie d’un bovin, d’un mouton ou d’un chevreau en fonction du débouché réel de TPE ou PME à un coût très raisonnable. Le défi de l’équilibre matière, chalenge posé à l’association à ses débuts, a donc été relevé, même si rien n’est jamais acquis définitivement. L’arrivée de nouveaux clients par l’intermédiaire des professionnels du rayon boucherie de GMS donne un crédit certain à la démarche. Le sérieux économique de celle-ci a permis de redresser les comptes !

Grâce à l’action déterminante du proviseur sortant du lycée Wittmer, un autre chantier a été ouvert pour clarifier les rôles de chacun au sein de la halle technologique. La redéfinition de la partie recherche par rapport à la partie production évite les quiproquos. L’évolution de Halle « viande » vers une plateforme technologique « circuit court » élargie les potentiels d’innovation. Elle réunit les acteurs régionaux de l’éducation nationale et de la recherche, facilitant les contacts. En entrant dans le réseau des FPT, la mise en relation avec d’autres secteurs d’activité régionaux, voir nationaux, ouvrira des espaces d’innovation combinés prometteurs. Beaucoup reste à faire mais des fondations solides sont posées. Lors du second comité de pilotage, nous avons eu plusieurs questions de Mr Grevey, délégué régional à la recherche et à la technologie, sur notre approche collective de l’innovation, où plutôt de son partage collectif. Mettre l’innovation à la portée de tous me parait être le seul moyen d’inciter à l’adaptation permanente qu’engendre notre société sans qu’elle soit réservée aux grands groupes économiques. D’ailleurs, ces derniers sont toujours nés d’une idée novatrice individuelle au départ. Les GAFA en sont l’exemple !

L’autre mission de départ de l’association reste la communication. Ce rôle est complétement imbriqué avec le fonctionnement de la maison du charolais. Le partage de la direction de la régie et de l’institut a permis de gagner en efficacité. La très grande faiblesse de nos moyens oblige à chercher des partenariats avec les structures locales ou départementales. Ainsi, logiquement, il a été naturel de nous associer à un recrutement partagé avec la société d’agriculture de Charolles pour une embauche de remplacement. Le poste a été redéfini de notre côté, non seulement pour du secrétariat mais également pour un appui communication. La mutualisation de compétences entre associations et structures me parait être l’exemple que nous devrions suivre pour palier à la modestie des moyens financiers de nos différentes structures ! Cela peut se pratiquer sans que chacun renonce à ses propres spécificités.

L’élevage, comme le reste de l’agriculture, est fortement remis en cause par une petite minorité agissante, très active. Le paradoxe est que lorsque l’on reçoit sur nos fermes ou que les abattoirs de Paray et Autun ouvrent leurs portes, les reproches s’éteignent. Un fossé entre les citoyens et la réalité de nos pratiques s’est creusé au fil de l’exode rural et des crises sanitaires. C’est à nous de le combler par une communication de terrain. L’implication de notre association dans l’organisation de « made in viande » comme du « festival du bœuf » y contribue, tout comme les liens journaliers avec la régie de la maison du charolais. Au lieu de subir les critiques, nous pouvons être fiers de notre travail et de nos savoirs faire. Notre mode de production est plutôt vertueux en terme écologique et le bien-être des animaux pâturant 8 mois par an est un atout majeur.

De multiples challenges restent à relever. La situation des éleveurs est plus que préoccupante. Parmi toutes les solutions, je me permets d’en retenir une seule à titre d’exemple. La filière subira inévitablement une révolution dans son fonctionnement même elle en repousse sans cesse l’échéance. Au risque de rabâcher d’une année à l’autre le même discours, il est indispensable de remettre la satisfaction du consommateur au cœur de la réflexion et de l’action. Ce dernier veut être certain de la qualité de ce qu’il achète. De plus, il veut pouvoir choisir sur des critères exogènes à la seule vue d’un morceau (type d’animal, mode d’élevage, transport des animaux, mode abattage, délai maturation…). L’opacité de l’étiquetage, de la viande transformées comme celle des barquettes pour ne pas parler de certains rayons boucherie en GMS, reste le talon d’Achille de la filière. A dire d’expert informatique, la base de données nationale reste un modèle unique de traçabilité. Le problème est qu’elle n’est utilisée, de façon très efficace d’ailleurs, qu’à des fins de sécurité alimentaire. Il suffirait de l’ouvrir aux start-ups pour que son utilisation permette de répondre aux demandes consommateur. L’enjeu majeur alors sera semblable à celui de la gestion de la propriété intellectuelle à savoir comment circule l’information et comment doit-elle être rémunérée ? Si la loi ne peut pas fixer le prix des produits alimentaires, c’est elle qui décide des règles d’échange…  Si elle ne le fait pas, à nouveau, ce seront les acteurs économiques les plus puissants qui imposeront leur propre loi. Le billet de Mr Edouard Leclerc sur son blog est révélateur, après Super U, d’une évolution certaine et irrémédiable dans ce sens. Nous en sommes aux prémices certes, mais à nous tous, acteurs de la filière, de proposer plutôt que de se voir imposer !

Notre avenir reste donc entre nos mains, à condition de…"

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05 janvier 2020

Rêve de 103 ou 104...

Petit billet souvenir ce soir. En visitant le musée Peugeot à Sochaux, je suis tombé en arrêt devant des cyclomoteurs de la marque...

103 OU 104

Ado, j'ai rêvé des années sur les fiches techniques de ces engins. Je m'imaginais les chevauchant, avec délectation, découvrant la liberté de se mouvoir sans efforts. En étudiant les notices, ma préférence allait vers le 104 avec ses vitesses mais je me serai contenté du 103. Mes parents n'ont jamais cédé à mes demandes, même si j'ai tenté tous les arguments. Ils le feront pour mon frère, le quatrième de notre fratrie de cinq enfants... L'aîné a souvent l'impression d'essuyer les plâtres de la découverte de l'éducation par  les parents.

Et, vous allez sourire, Mme PH m'a raconté, devant ces modèles, qu'elle avait vécu exactement la même chose, même si elle enthousiasmait pour le 103. Mêmes causes, mêmes effets...

Je me suis donc contenté de mon vélo "Peugeot", modèle cyclotourisme. Là, celui en gris est celui de Bernard Thevenet...

 

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Souvenirs, souvenirs...

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04 janvier 2020

Retraite, pour comprendre ce que je ressens...

Je crois que je suis en train de comprendre ce qui m'arrive, cette part de vide...

Hier, j'ai passé ma journée à déboucher les égouts de la stabulation. Une bonne partie des eaux pluviales des bâtiments se sont retrouvées bloquées et ont débordé dans la fosse bateau au bout de la stabulation du bas. Cela la rendait inutilisable ! J'étais le seul à savoir où passent les canalisations. J'ai, avec mon successeurs, creusé pour dégager des regards et remonter ainsi jusqu'à la zone du soucis. Ce matin, nous avons pu terminer avec une tonne à lisier, tout est revenu à la normale.

C'était la première fois, depuis le 11 novembre, que j'étais OBLIGE de travailler comme cela. Le retraite, ce n'est pas ne rien faire, mais pouvoir faire ce que l'on doit quand on le veut. La motivation est compliquée à trouver puisqu'on peut repousser. Pourquoi ?

Pendant 40 ans, la surveillance et les soins aux animaux, m'ont occupé jour et nuit, avec plus ou moins de pression suivant les saisons. Même en période de pâturage, il faut rester disponible. Le risque d'animaux malades ou se promenant en dehors des parcelles qui leur sont allouées est constant. Il était même courant d'être appelé pour des divagations d'animaux sur la route à plusieurs kilomètres. Certains travaux des champs ont la même exigence ! J'ai donc vécu pendant toute ma carrière avec cette pression permanente. Pression qui ne se relâchait qu'en vacances, dès qu'il y avait 100 km entre ma ferme et moi. Toute ma vie était réglée sur cette pression. Toute ma motivation également. Toutes les autres obligations passaient en second rideau, je le faisais avec conviction et intérêt certes, mais plus sous contrainte du temps (engagements, réunions, réseaux sociaux…). Comment dire ? Je le faisais « entre deux exigences » de la ferme.

Outre le contact avec la nature, cette permanence de vouloir mes animaux le mieux possible, occupait toute la place de ma vie professionnelle. Seule la vie familiale pouvait primer, et encore, en dehors des vêlages ou autres urgences… Depuis un mois, je n’ai plus cette contrainte, je l’ai bien perçu hier et ce matin, quand j’ai été dans la patouille, non pas par plaisir mais pour le bien-être des animaux de la stabulation.

J’ai fait 4000 km depuis la saint Martin, parce que c’est en voyage, chez les enfants, avec Mme PH que je me trouve bien, comme avant pour mes rares vacances. Dans cette prise de conscience, je me rends compte que je vais devoir me discipliner et transformer en obligation de nouvelles activités, pour remplacer ce qui m’a motivé pendant toutes ces décennies. Sans que je puisse repousser la tâche, comme cela est possible maintenant.  Voilà, la chalenge est posé !!!

Témoigner d’une vie professionnelle, animer un groupe sur Internet, continuer d’essayer d’expliquer comment je perçois la filière viande, imaginer le métier dans 10 ans…

coucher de soleil hiver

 

 

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02 janvier 2020

VOEUX pour 20 20

Je vous souhaite une très belle année 20 20. J'espère que vous pourrez réaliser vos projets les plus chers, sachant que la santé prime sur tout, tout cela avec sérénité et amour...

De nouveaux projets naissent ici ! Mme PH me fait prendre des séances de rattrapage. Elle m'a entrainé en Alsace pour les marchés de Noël. Je ne connaissais que nos petits marchés locaux, d'une journée. J'ai découvert un monde de lumière dans un esprit sympa. Rattrapage avec quelques jours en montagne également... Et tous les week-ends pris avec ou chez les enfants !

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Bref, j'ai besoin de m'échapper et je ne m'en prive pas, même s'il y a encore une sorte de trou. J'espère le combler également d'une autre façon en parlant peut être d'élevage ou plutôt de l'élevage tel que je le souhaiterais si j'avais 20 ans aujourd'hui...

 

 

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