paysanheureux

10 septembre 2017

Si, si, je suis sportif

Il faut savoir sourire de soi-même.

Je l’avoue : Je ne suis pas un grand sportif au sens où on l’entend dans notre société ! Je ne fais pas un sport régulièrement. Mais mon métier m’impose souvent de grandes dépenses physiques…

Je passe sur le port des seaux de mêlée tous les jours, ce sont mes altères. La semaine dernière, j’ai eu un souci pour embrayer les hérissons de l’épandeur à fumier. La marche arrière, indispensable pour débourrer l’engin, a été fatale à une chaine qui a déraillé. Résultat, 8 tonnes de fumier à sortir, pour partie avec le tractopelle et pour l’autre moitié à la main ! Je sais encore pelleter et courir. Il peut m’arriver de devoir piquer un sprint derrière un veau qui n’a pas compris comment passer une barrière ou pour doubler un troupeau de vaches qui s’est sauvé sur le chemin. Bref, je suis un peu comme Mr Jourdain faisant de la prose, je pratique une activité physique utile, donc sportive sans le savoir. Et j’ai plutôt intérêt à être en forme physique.

Mais un autre fait me rend définitivement sportif. Cela fait sourire tout le monde dans ma famille. Je fais ma part de courses pour la maison, sans plaisir je vous l’accorde. Le tour des magasins d’habillement ou de chaussures m’exaspère au plus haut point. Vous ne me verrez pas m’étendre de longues minutes pour un choix de pantalon par exemple. Ça va ou ça ne va pas ! Pourtant il y a une exception, une seule à tout cela. Je peux passer une heure chez décathlon pour chercher mes vêtements de travail. Et oui, dès que je peux les mettre, je porte des vêtements de sport pour travailler. Teeshirt, chaussettes, chemises ou short sont plus sympas que des vêtements de travail classiques. De plus, on trouve des trucs super confortables pour lutter contre le froid ou la canicule.

Comme le premier magasin est à une heure de chez moi, je profite toujours des très rares week-end de villégiature ou des vacances pour faire un tour dans mon magasin préféré et faire le plein. Après la visite de la cathédrale de Bourges, au printemps, nous avons visité le décathlon de la ville. Comme cette visite a été trop courte car trop tardive côté horaires, nous avons visité celui de Vannes pendant les vacances. Comme cette visite était en été, au bord de la mer, il me faudra en trouver un avant mon hibernation, pour faire le plein de vêtements chauds… Du coup, dès qu’une affiche apparait dans le champ de vision de Mme PH lors de nos déplacements, j’ai droit à un « tiens, ton magasin ! » ou au téléphone avec les enfants, « on cherche le magasin de papa ! ». Ce qui fait rire tout le monde car ma patience pour faire les magasins est légendaire.

Voilà donc une évidence, je suis un sportif accompli ! Je n’en doute plus puisque je porte des vêtements de sport.

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28 août 2017

Artifices de la ville, mais bonheur de...

Depuis plusieurs minutes, l’air à peine rafraîchi de la nuit, m’a réveillé. Nous sommes en vigilance orange à la canicule. Le réveil  sonne bien tôt ce matin. Je dois aller prendre mes fonctions à Lyon. Le trajet, en voiture, dure 2 h en théorie. J’ai donc prévu large pour ne pas être en retard. La campagne est calme au lever du jour, sans doute accablée par cette chaleur. Je n’ai donc pas de soucis jusqu’à l’autoroute…

Aux abords de Lyon, il n’en va pas de même. Des bouchons parsèment mon trajet. De très vieux souvenirs remontent en mémoire. Comment peut-on supporter cela tous les jours ? Je me fais une raison et progresse lentement vers mon but. La grosse demie heure de précaution que j’avais pris fond à vue d’œil ! Comble de l’ironie, on parle, sur RTL, des choix de Mme Hidalgo à Paris, paralysé au niveau des voies sur berges. Décidément, je ne pourrais jamais vivre en ville. Tout ce temps perdu, cette nature artificielle, ce bruit et cette pollution. Déjà, je regrette mon tour de C15 et ce bonheur de me fondre dans ma nature.

Le sujet est passé au PSG. On invite, sur ma radio préférée, à commenter l’arrivée d’un nouveau joueur recruté à un prix exorbitant. Pour les fans de foot, c’est inespéré. Je n’en suis pas ! Je ne peux oublier que le Katar a une politique internationale pour le moins problématique et ambigüe avec Daesh et les groupes terroristes, donc avec les attentats dont Paris a été la cible. Je n’oublie pas non plus que tous les investissements fait en France sont exonérés d’impôts. Je pense donc que les pétrodollars investis dans le PSG servent uniquement à acheter une image. Je suis très gêné par un autre problème. Le foot s’est doté de règles financières. Or depuis le précédent commerce de joueur, on nous explique le plus tranquillement du monde comment le club contourne toutes les règles. Décidément, ces qataris s’assoient sur tous les règlements. De plus, objectivement, comment peut-on penser à un retour sur investissement de ces sommes indécentes ? En  vendant  des maillots ? C’est une vraie bulle financière. Mais finalement, tant que ce n’est pas de l’argent public, ni le mien depuis que nous nous sommes retirés de CANAL+, si cela fait plaisir à ceux qui aiment le foot : Pourquoi pas ? Ils auront ainsi la chance de voir l’équipe qu’ils soutiennent se prendre une raclée deux fois par an dans ce championnat déséquilibré…

Oui, ce début de matinée me projette dans le monde artificiel de la grande ville et de ses miroirs aux alouettes. J’arrive enfin. Je sonne,  pousse la porte et prend l’ascenseur… Lorsque j’ouvre la porte de celui-ci à l’étage, le visage du petit bonhomme s’illumine en me découvrant. Me voici de retour dans les choses importantes de la vie. Le papy paysan, celui des tracteurs et des vaches, vient garder son petit-fils pour cette dernière journée sans nounou des vacances… Le bonheur et les vraies valeurs de la vie sont là, sans aucun doute ! 

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27 août 2017

Etats généraux de l'alimentation: en attendre quelque chose ?

Il y a deux ans, avec la bénédiction du ministre de l’agriculture, un deal a été tenté au sein de la filière viande. Faire augmenter progressivement de cinquante cts d’euro le prix du kilo de viande (carcasse) payé au producteur. En effet, la limite des subventions était atteinte et face à des coûts de production sans cesse en hausse, il fallait essayer autre chose. Tout le monde admettait que le prix de revient dépassait le prix de vente + les aides... Les acteurs ont fait semblant d’accepter, en renâclant semble t’il, puis ont torpillé la mesure… Les cours ont vite replongé et les revenus des éleveurs ont chuté. Depuis, une nouvelle tentative a été initiée avec le cœur de gamme. En gros, si j’ai bien compris, les grandes surfaces s’engagent sur un prix plus rémunérateur pour des animaux de qualité race à viande, et communiquent sur un retour organisé jusqu’à l’éleveur ! Depuis, seuls deux de mes animaux en ont bénéficié, 50 cts de plus ! Mais le prix qui m’est payé pour les autres, est plus bas qu’avant la mesure. Je, et je ne suis pas le seul, soupçonne un système occulte qui nous paye 50 cts de plus quelques animaux pour nous acheter moins cher les autres. Résultat, au final, nous ne gagnons pas plus et les marges des autres acteurs restent intactes… A moins que cela ne soit réservé à quelques privilégiés. Je ne critique pas ceux qui essayent de tenter de trouver des solutions à la crise. Je constate que le « marché » est têtu. Où plutôt, que par intérêt à court terme, les acteurs qui sont en position de force, ne tiennent pas à faire des efforts…

Il y a des comptes twitter très intéressants, surtout quand ils sont tenus par des chercheurs ou des universitaires. Leur indépendance vis-à-vis des acteurs économiques permet de faire réfléchir. Aux états généraux de l’alimentation, un certain nombre de spécialistes vont s’exprimer. En fonction des milieux où ils interviennent en temps normal, leur diagnostic différent. D’autres ont des expertises plus discutables. Par exemple, il semble que ce Mr Dauvert conseille Mr Leclerc. Lors d’une intervention au printemps, une partie de son raisonnement m’a fait sursauter. « Manque de compétitivité » des agriculteurs. On peut regretter l’excès de contraintes imposé en France par rapport aux autres pays européens. Je me souviens d’un propos d’un parlementaire européen, non français, devant un groupe d’agriculteurs en visite à Strasbourg.  « Vous français, vous en rajoutez lors du transfert en droit français des directives européennes. Nous, nous le faisons à minima ! ». Il y a donc effectivement à revoir sur le sujet ! Dans quelle proportion ? J’ai pu participer à un groupe de travail expérimental sur le prix de revient dans nos systèmes locaux. Des pratiques très différentes nous opposaient. Au final, il y avait très peu d’écart entre nous en coût euro par kilo produit alors que les tonnages individuels produits différaient. Le coût des bâtiments et du matériel plombe les éventuelles économies d’échelle que nous pouvons faire en agrandissant les fermes. Une étude de jeunes de Agrosup Paris, sur mon canton, a abouti au même résultat. Au-dessus d’une taille minimale, il n’y plus de gain de résultat en agrandissant. Le propos de Mr Dauvert, qui ne peut ignorer cela, a donc un autre objectif ; Il ne faut rien changer aux règles commerciales actuelles ! Ce qui, par déduction, me laisse croire que des changements auraient peut-être des effets positifs pour nous…

Je suis de plus en plus convaincu que c’est le consommateur qu’il faut remettre en position de choisir et non pas lui imposer son choix par GMS interposées ou publicité. Déjà, je note que dans ma famille, pour ceux qui habitent à Lyon ou Paris, les achats de viande en grande surface sont proscrits depuis la réforme de l’étiquetage ! « Les étoiles : foutaises : Une fois c’est bon, une fois c’est dur. Et on n’a pas d’autres informations… » Du coup, ils retournent chez les bouchers, « mais moins souvent ».

J’ai beaucoup parlé d’œufs ces derniers jours. C’est un secteur où les choses bougent. J’ai ainsi appris que, sous la pression des consommateurs grâce à l’impression sur les œufs, couplée à des cahiers des charges affichés dans les magasins, l’œuf pondu « en cage » est boycotté. Les élevages, sous cette pression, évoluent très vite même s’ils perdent en productivité numérique. Je serai très curieux de savoir s’il en est ainsi pour les produits transformés élaborés avec des œufs, quand l’étiquetage précise le mode d’élevage des poules ? Le prix ne serait donc pas le seul critère de choix ? On comprend alors les réticences de l’agro-alimentaire qui subit la pression sur les prix de la part des GMS à adopter des règles d’étiquetage nouvelles et surtout transparentes.

Pourtant, si on pousse le raisonnement, que craindre d’une concurrence si elle est faite sur des critères établis et incontestables ? Si une blockchain alimentaire existait, chacun pourrait voir la composition des aliments. Comme toutes les informations sont regroupées et peuvent être recoupées, un algorithme aurait vite fait de détecter les incohérences et de limiter ainsi fortement les fraudes…Ainsi, rentrer de la viande de cheval aurait été quasi impossible à grande échelle. Le système de contrôle serait très différent et plus efficace. Dans le cas des œufs, on saurait dès la découverte de la fraude les produits qui risquent. Plus généralement, avec des analyses aléatoires pour dissuader de la fraude, on pourrait facilement assurer une vraie garantie et éviter de toujours courrir derrière le train.

Aujourd’hui, globalement, on sait se servir de notre image de paysan pour vendre. Mis à part quelques marchés très locaux, mais dans une majorité de cas, aucun lien n’est fait entre ce qui peut aller jusqu’à une photo de l’éleveur sur une barquette et la certitude que la viande provient bien d’un animal de cet élevage. Un contrôle serait très simple à mettre en place en ouvrant la base de données nationale identifiant tous les animaux et leurs mouvements jusqu’à l’abattoir et avec un petit effort, après… Je suis même convaincu qu’à terme cela ne serait pas pénalisant pour les transformateurs au sens où cela leur éviterait de se retrouver mis en concurrence avec des produits qui ne répondent pas aux mêmes critères de qualité. Mais les habitudes ont la vie dure. Le maquignonnage actuel laisse croire que l’on peut s’en sortir mieux en étant moins précis sur le produit. On évoque la propriété intellectuelle quand ça arrange. Pourtant, toutes les filières alimentaires qui tournent sont celles, comme celle du champagne ou du beaufort par exemple, où les produits sont hyper identifiés.

Demain, les états généraux débutent. Comment envisage t’on l’avenir de notre alimentation ? En conclusion de ces trois billets, j’ai envie de répéter que nous devons penser satisfaction du consommateur avant toute chose. A trop le laisser de côté ou à croire qu’on peut tout lui imposer, on continuera d’aller de crises en crises. Le paradoxe est qu’un consommateur heureux rend un producteur heureux ainsi que tous les échelons intermédiaires. Si on regarde les produits alimentaires qui marchent, dans presque tous les cas, le lien producteur initial/consommateur est établi et sans ambiguïté, tout en respectant les compétences intermédiaires (Dans notre cas, on a besoin de bons bouchers). Ce sont donc les comportements qu’il faut changer ! Bon courage à tous ceux qui vont défendre les paysans et l’intérêt des consommateurs dans les prochaines semaines. La force d’inertie de nos filières agricoles est considérable et les requins de la finance rôdent…  Et oui, l’enjeu économique est de taille. On peut se passer (difficilement dans mon cas) de téléphone mais on ne peut pas se passer de manger ! Cela représente donc un marché incontournable que certains veulent garder captif.

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24 août 2017

Crise Finopril et états généraux de l'alimentation

Les événements du fipronil s’accélèrent. La liste des produits concernés, dévoilée au compte-goutte,  s’allonge comme je l’avais malheureusement prévu. Pire, la fraude s’élargit à un second produit. Les autorités et services français en rejettent la faute sur un défaut d’information des Hollandais et de la commission de Bruxelles. Ils s'agitent et donnent ainsi  l’impression d’être dépassés par les événements Comme dans une cour de récréation de classe primaire, le «C’est  pas moi, c’est lui» a cours, prouvant les insuffisances voir un échec du système! Cette puérilité des arguments renforce mes convictions profondes. La sécurité doit être partagée et assumée au plus haut niveau, européen au minimum dans notre cas. Elle ne peut pas être bradée dans des accords mondiaux, même si cela doit amputer notre pouvoir d’achat et contrarier les perspectives de bénéfices de nos grands commerçants…

Les états généraux de l’alimentation ne sont ouverts qu’aux « spécialistes » ! La crise des œufs est  un exercice, grandeur nature, en temps réel,  qui devrait inspirer nos grosses têtes pensantes. En essayant d’en tirer quelques constats sur le billet précédant, je me suis vite rendu compte que la crise des œufs, de par la difficulté à retrouver la destination de ceux-ci, est avant tout une crise de l’industrie agroalimentaire et non d’un seul mode d’élevage. Si les œufs entiers se retrouvent facilement grâce à l’impression obligatoire sur les coquilles(merci l'AFP pour la photo), quel bazar pour ce qui concerne ceux qui sont passés dans les produits élaborés !  Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il serait stupide de ne pas élargir les raisonnements aux autres filières alimentaires ! Cette crise m’interpelle donc tout autant que les crises qui ont concerné les bovins. Un peu d’histoire permet de comprendre la problématique posée et  ce qu’il faut changer en profondeur.

code oeuf AFP

Quelques mois avant la crise de l’ESB, le directeur de ma coopérative de l’époque a été jugé pour fraude aux règles d’étiquetage des aliments du bétail. Ce qui nous était reproché  à l’époque ; Citer les composants des aliments. Pour nous, (je m’associe à cette gestion en tant qu’administrateur) il semblait normal de mentionner  les ingrédients de l’aliment sur l’étiquette. Nous ne faisions pas de granulés mais des mélanges de différents aliments simples. Une part conséquente de notre activité, était de faire des mélanges à la carte c’est-à-dire à la demande des éleveurs. Je choisissais et choisis toujours  les composants ! Pour ma part, ce sont des mélanges de un ou deux, voire trois aliments simples  comme du lin, du soja ,du colza ou de la luzerne par exemple. C’est moi qui détermine les proportions. Depuis quelques années, je n’achète plus que du colza… Bref, nous savions ce que nous donnions à manger. C’est ainsi que je suis certain de n’avoir jamais donné de farines de viande.

A cette époque, les grands groupes alimentaires avaient fait passer un règlement d’étiquetage imposant de ne stipuler sur les étiquettes que  les seules valeurs nutritives de l’aliment et interdisant de donner les composants au motif de propriété intellectuelle. Sous forme de granulés, il était donc impossible d’en connaitre la composition. L’objectif était simple : être le plus concurrentiel possible ! Nous étions  en pleine période d’intensification d’une partie de l’élevage (volailles, porcs, lait, finition bovine…) ! Depuis la sécheresse 1976, l’herbe avait perdu de sa proéminence  dans l’élevage bovin. L’aliment composé, granulé par commodité, pour équilibrer le maïs en particulier devenait la règle ! Avec l’arrivée des ordinateurs, les usines d’aliments évoluaient très rapidement en taille et en efficacité ! Pour être concurrentiel, il fallait être capable d’avoir un stock de plusieurs dizaines d’aliments simples et des moyens de calcul permettant d’optimiser l’aliment en fonction du cours mondial des matières premières. Pour un aliment de même valeur nutritive, la composition pouvait varier d’un jour à l’autre. C’est comme cela que les farines de viande, riches en protéines, sont entrées progressivement  dans la composition de tous les aliments du bétail. Les éleveurs ne savaient donc pas ce qu’ils donnaient à manger, les industriels de l’alimentation animale gardaient jalousement  secrètes leurs formules …

Jusqu’au jour où la première crise de l’ESB (1996) se déclencha, démontrant que l’opacité du système devenait un vrai danger. La société civile découvrait que poulets, cochons, vaches, poissons d’élevage pouvaient manger un aliment quasi identique ne variant que sur les équilibres nutritionnels adaptés à chaque espèce… La généralisation de la barquette,  les changements profonds des modes de consommation, la course au prix bas avaient rompu le lien entre le producteur et le consommateur. La banalisation des produits alimentaires faisait passer en second plan la qualité, pas seulement nutritive, des aliments humains. Ce fut un choc considérable, qui de façon injuste, n’eut  des répercussions que sur les seuls éleveurs et non sur le système agroalimentaire. Aucun procès n’eut lieu, même si des articles laissent penser que les anglais aient écoulé, à vil prix, des farines de viande déjà suspectes à leurs yeux,  en Europe avant de déclarer les premiers cas d’ESB! Quelques mois après la crise, l’obligation de faire apparaitre les composants des aliments sur les étiquettes fut prise. Et encore, à condition qu’ils dépassent un certain pourcentage de la composition finale !!!

 Notre directeur était donc passé en justice pour rien ! On revint dans notre région  faire des photos de vaches paissant au pré. "D’attardés  techniques"  par rapport au modèle breton de l’époque, nous repassions à « précurseurs » !  Mais les seuls éleveurs furent mis en cause, aucun changement de comportement n’intervint dans notre filière. Depuis nous assumons financièrement des cahiers des charges, des enregistrements, des « normes » sans aucune  contrepartie financière ! C’est devenu  pour nous une condition d’accès au  marché, c’est-à-dire d’avoir le droit de vendre nos produits. Condition incontournable mais non rémunérée ! L’industrie agroalimentaire et la grande distribution ont donc réussi à s’en sortir sans changer de comportement, ni de stratégie globale. Ils peuvent continuer de commercer en oscillant dans leurs approvisionnements en fonction des prix mondiaux. Ils s’accommodent partiellement  des modes ou des crises, tout en mettant toujours en concurrence des produits ne présentant pas toujours les mêmes exigences qualitatives,  en toute impunité. La gestion de la crise du cheval  a ainsi démontré que  nous sommes une sorte d’assurance sécurité que l’on exhibe en cas de crise et qu’on asphyxie ensuite !

Inutile de vous dire que les nominations de responsables  de groupes  aux états généraux de l’alimentation et diverses tribunes (Leclerc et girardot, à lire absolument) dans les journaux me laissent plus que sceptique quant aux résultats des travaux…  Est-ce en réunissant tous les lobbyistes habituels, qui ont montré leurs limites, que l’on trouvera une nouvelle organisation qui sécurise notre alimentation et rééquilibre les rapports de force dans l’intérêt général ?  

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22 août 2017

La crise des œufs : le constat !

La crise des œufs met à nouveau l’agroalimentaire sur le devant de la scène. Une nouvelle fois il s’agit d’une fraude qui nuit à toute une filière. Plus grave, elle concerne une filière « bio », avec le risque d'en casser l’image et d’amalgames. Peut-on éviter ce genre de choses ? Si j’ai bien compris la situation, il s’agit de l’emploi d’un produit annoncé comme naturel mais qui contenait un insecticide, le fipronil, autorisé sur chiens et chats, mais formellement interdit, au niveau européen, pour tout animal entrant dans la chaine alimentaire.

Pour rappel, la commission européenne n’a pas à sa disposition une police sanitaire mais la délègue aux états qui sont responsables du respect de l’application des directives. En l’occurrence, on peut le regretter. Une nouvelle fois, les intérêts nationaux ont prévalu sur la règle européenne. Le ministre belge de l’agriculture a été clair dans son propos, constant que le délai entre la découverte de la fraude et sa notification aux autres états était de plusieurs semaines, voir mois… A chaque crise, l’état concerné essaye de cacher le problème pour protéger ses exportations, pensant le régler seul jusqu’au moment où l’ampleur le dépasse. On peut donc légitiment penser que la surveillance alimentaire devrait passer de nationale à européenne, il s’agit de santé publique ! Nous avons le même souci  pour la gestion des maladies animales. Les intérêts commerciaux des pays passent avant l’intérêt sanitaire général… Accuser l’Europe, comme l’ont fait quelques politiques, est inquiétant de la part de personnes prétendant au pouvoir. La démagogie…

Comment, en temps qu’éleveur, ne pas se faire abuser ? Il y a toujours eu des marchands peu scrupuleux. Ils « courent » les fermes. Le démarchage à domicile perdure. Personnellement, je n’accroche pas, même pour de l’outillage pour des raisons de garantie. Sauf quand ce sont des locaux que je connais. Pour tout ce qui est produits pour les animaux, je me fournis uniquement à la coopérative. J’ai besoin d’une garantie sur la composition des aliments, en particulier pour ce qui concerne les denrées non OGM. Mais pas que. Je suis surpris que la crise de la farine de viande n’est pas servie de leçon quand on me rapporte certaines compositions d’aliments portées aux nues par le bouche à oreille. La traçabilité est et sera un élément clé, j’y reviendrai plus loin. Je ne peux pas critiquer mes pairs : En ne rémunérant pas les produits à leur juste valeur, on incite les éleveurs à chercher des intrants moins chers, donc plus risqués…

Je suis encore plus prudent avec tout ce qui est médicament ou produits apparentés. Je n’achète qu’avec une ordonnance. Par exemple, dans un cas équivalent aux poux rouges des poules, pour mes vaches, tics par exemple, je n’emploie qu’un produit prescris par mon vétérinaire… Ce produit a une autorisation de mise en marché, donc m’apporte l’assurance qu’il est conforme , non seulement aux cahiers des charges que je dois respecter, mais que sa composition n’est pas frauduleuse. Il existe depuis quelques années toute une gamme de produits de mésothérapie, homéopathiques ou autres huiles essentielles… Je n’en dénie absolument pas une certaine efficacité dans des cas précis. Simplement, à mes yeux, l’emploi ne doit pas être envisagé avec une approche uniquement économique. Il faut les gérer avec la même rigueur que des médicaments classiques. Or, il me semble qu’il y a des failles qui permettent aux marchands de poudre de Perlimpinpin de profiter de la situation. A l’heure d’internet, il devrait y avoir des fichiers, consultables en direct, qui permettent de vérifier les vraies valeurs de tous ces produits et leur homologation. Ce ne serait pas compliqué à mettre en place, cela existe pour les produits phytosanitaires. Avec un tel fichier, les éleveurs bio hollandais n’auraient pas été abusés !

Une troisième remarque concernant cette crise s’impose. Comme à chaque fois, les temps de réaction sont bien trop longs. Si les hollandais ont, semble t’il, mis des mois pour déclarer le problème, le traitement français est bien long. J’en reviens à la traçabilité et nous avons déjà eu le même problème avec la crise de la viande de cheval. Au début, il y a toujours 1 ou 2 élevages ou produits concernés, puis au fil des jours, la liste ne cesse de grandir, donnant de l'ampleur au problème et l'impresson de non maîtrise des données. L’obligation d’imprimer des données sur les œufs pour toute vente permet au consommateur de juger par lui-même si ses achats ne présentent aucun risque. Cela n'a donc pas posé de problèmes. Par contre, pour les produits élaborés, quand je me situe en tant que consommateur, je suis ahuri du temps mis pour sortir une liste de produits éventuellement à risque. A nouveau, l’opacité du processus industriel est en cause. L’optimisation par la recherche de produits les moins chers possibles, pose un vrai problème de santé public. En mettant plus de 15 jours pour publier une liste, on peut penser que la plus grande partie des œufs suspects a ainsi été écoulée dans des produits cuisinés sans que le consommateur n’ait la moindre information. Impossible d’éviter  galettes, gâteaux, crêpes, biscuits et autres plats préparés contenant des œufs. Bien sûr le risque qu’ils contiennent du fipronil est minime ! Mais aux yeux du consommateur lambda, ce risque existe et cela jette l’opprobre sur tous les produits, même ceux qui ont des garanties. Pour chaque crise alimentaire, le doute est l'ennemi le plus redoutable . De plus, des politiques peu au courant font des amalgames destructeurs ajoutant du doute au doute, uniquement par idéologie politique.

Depuis des années, je milite pour une étiquette plus claire. Après les premières crises alimentaires, nous avons mis en place des cahiers des charges, liés à des signes de qualité, pour prouver la conformité de nos produits. Nous enregistrons de plus en plus de données, tout au long de la vie de nos animaux. Les dernières crises démontrent que nous devons aller beaucoup plus loin. Le consommateur que je suis, quand je ne suis pas éleveur, veut en savoir plus. Plus compliqué, il ne veut pas une information générique mais pouvoir choisir en fonction de ses propres critères. Techniquement, cela n’était pas possible sauf en circuit très court et local. Il aurait été impossible d’avoir une étiquette papier assez grande et le temps de collecte des informations aurait été incompatible avec la DLC… Mais cela devient possible avec l’étiquette numérique et surtout les échanges de données numériques. Ainsi, on ne serait pas contraint de lire tout pour chercher, en vain bien souvent, une information. On pourrait interroger, avec des demandes précises, une base contenant toutes les informations. Je crois que cette transparence sera inévitable à moyen terme.  Code barre ou un QR-code peuvent devenir les garants de qualité et de sécurité alimentaire. Revenons à nos produits « œufs » : La puissance des ordinateurs aurait permis de remonter instantanément à l’origine des œufs. Chacun pouvait ensuite faire le choix d’achat ou pas ! Sans attendre, en Août de plus, le résultat de recherches et d'analyses apparaissant comme bien longues et complexes…

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06 août 2017

Frelon européen ou "cul jaune"

A cette saison, dès que l'on touche une barrière, il faut faire très attention. Je me suis fait piqué plusieurs fois ces 3 derrières semaines par des guêpes ! Elles nichent dans les tubes des barrières et deviennent très agressives dès que celle-ci vibre lorsqu'on la fait bouger. Je me promène depuis avec une bombe car je dois pouvoir aller voir mes vaches et manipuler les lots...

Arbre-creux

Beaucoup plus dangereux est le frelon européen que nous appelons "cul jaune". Là, les piqûres ne sont pas bénignes ! Mieux vaut prendre quelques précautions. Les "nids" sont imposants. On les trouve à l'abri, très souvent dans le creux des arbres. Nous en avons également eu dans des greniers ou des cheminées. Le gros problème est de repérer l'endroit et de ne pas les agacer. Ainsi, dans ce chêne, au dessus de l'attache d'une barrière, nous avons remarqué le va et vient au moment de la moisson. Nous avons pris des précautions pour utiliser la barrière sans la faire taper contre le tronc.

cul-jaune

 

Si l'endroit où ils habitent ne me gêne pas, je les laisse tranquille. Par contre si... Un ancien paysan m'avait raconté lors de ma jeunesse qu'il attendait la nuit pour agir. Il enflammait alors un chiffon avec de l'alcool ou du pétrole, je ne me souviens plus. Il le disposait dans le creux du tronc pour enfumer le nid. Plus récemment, on appelait les pompiers qui passaient un insecticide. Mais depuis qu'ils ne le font plus, il reste des sociétés spécialisées, donc payantes. Je réutilise une partie des vieux trucs, à savoir d'attendre la nuit, pour que tout le monde soit là. Ces bestioles ne semblent pas voir grand chose dans le noir. Je n'éclaire pas directement l'arbre pour ne pas les réveiller et faire diversion si jamais... J'utilise une bombe qui projette, à 8 m au moins, sur le trou. Je ne suis pas certain de l'efficacité. J'avoue ne pas avoir eu envie de jeter un coup d'oeil dans la trou mais j'ai pu rattacher ma barrière à la fin des moissons. J'espère juste qu'on en va pas interdire les bombes sinon il faudra revenir au chiffon !

Si certains veulent les protéger, je les engage pour venir ouvrir et fermer les barrières ou travailler tout simplement dans un endroit très proche d'un nid de frelons. On discute ensuite !

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02 août 2017

la moisson en 2017 : indifférence générale

Plus personne ne fait attention aux moissons, même dans nos villages de campagne. Pire, certains râlent, en croisant les machines qui les obligent à ralentir, contre ces paysans qui encombrent les rues et les routes même le week-end. Nous avons "coupé" samedi, dimanche et lundi. J'avais une parcelle qui nécessitait de faire 300 m de route départementale autant de fois que de remorques, de pressage ou autres entrées et sorties de machine. Autant de stress en particulier pour sortir de la parcelle !

Triticale-de-la-plaine-etTo

Pourtant, depuis 10 jours, on attendait le retour du beau temps. Avec des orages puis des averses, autant de journées où l'on ronge son frein, craignant la germination des grains mûrs. Inutile de dire que quand samedi, le beau temps était là, plus rien ne compte si ce n'est de moissonner. Et pendant trois jours, c'est la météo qui commande, les heures s'empilent.

moissonneuse-soleil-couchan

J'ai repensé aux moissons d'antan, quand j'étais très jeune. A la campagne, tout le monde se sentait concerné, même ceux qui ne participaient pas aux travaux ! Le blé : un élément majeur de notre nourriture. Ce blé qui a manqué tant de fois au fil des siècles. Personne n'imagine une disette aujourd'hui. Le travail de récolte, qui ne peut se faire que sur un temps limité et par forte chaleur, est méprisé. Pire, pour certains, il est anormal que les paysans travaillent pendant qu'eux sont en vacances, soit en utilisant les routes soit en faisant du bruit. Ils ont oublié que c'est la nourriture d'une année qui se joue là.

blé

En relisant l'histoire des moissons, on se rend compte de l'immense réussite de l'agriculture actuelle, quelqu'en soit la pratique, conventionnelle ou "bio". Un homme adroit au fléau battait 1 quintal par jour, à la mauvaise saison. Mais avant, il fallait couper et mettre en javelles, puis les rentrer... On mesure alors la somme de travail indispensable pour nourrir la population. Tout le monde était mobilisé, il n'y avait pas de vacances !

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Cette année, avec cette machine, en condition normale, on moissonne 60 à 70 qx environ par heure, à deux. Un sur la machine, l'autre à la remorque. Rajoutez une heure de pressage... Et ce ne sont pas des machines de pays de culture ! Cette petite comparaison permet de mesurer les énormes gains de productivité !

moissons

Ce propos juste pour rappeler que si on peut prendre des vacances aujourd'hui, c'est parce que qu'il y a eu ces progrès ! Ces machines sont très coûteuses. Ceux qui critiquent devraient réfléchir: Sans elles, leurs vacances se passeraient à moissonner. Si on peut se payer des congés mérités, c'est parce que ces gains ont permis de faire chuter le coût de l'alimentation. Une seule chose n'a pas changé depuis la nuit des temps agricoles : C'est toujours la météo qui commande et permet ou non la récolte ! C'est un petit message à tout ceux qui voudraient nous interdire de travailler pour qu'ils puissent arriver plus rapidement en vacances. Samedi et dimanche, j'aurai préféré être présent aux manifestations sympa du village mais dame nature en a décidé autrement. J'aimerai que l'on soit respecté pour notre sens du devoir accompli qui profite à tous !

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22 juillet 2017

Paysan, dessine moi un paysage !

"Qu'est ce que ces traces ? " Nous déjeunons, au frais, sous l'arbre. L'occasion d'admirer le paysage de la vallée de l'arroux. Ce paysage dessiné par nous; les paysans ! La carte postale que la retransmission du tour de France envoie chaque jour de juillet est le plus bel hommage que nous puissions rendre à ce travail. Incroyablement divers d'une région à l'autre, on ne peut pas rêver meilleure publicité pour notre beau pays, même si beaucoup oublient que sans paysans, ce paysage serait fermé et monotone...

Il y a le fond du tableau, avec les bois, les haies et les arbres, plus que centenaires, mis en place depuis parfois la nuit des temps. La région a été défrichée il y a plusieurs dizaines de milliers d'années... Je me sens dépositaire de ce travail millénaire et responsable de sa transmission. Je dois donc gérer le renouvellement de ce que l'on nomme les éléments fixes du paysage.

                rocher

Je dois subir des éléments parasites à mon activité sur mon territoire, comme les lignes électriques qui enlaidissent tant le paysage. Heureusement, mon activité, pluriannuelle, pose les touches de couleur grâce à l'assolement. Prés ou cultures permettent à dame nature de jouer et de renouveler sans cesse ces couleurs en fonction des saisons, de la maturité des plantes et de la pluie.

vaches-et-ligne-HT

Reste enfin les touches éphémères, comme la robe blanche des vaches qui tracent des points blancs sans cesse changeant... Ou des lignes dessinant des arabesques inédites, en fonction de l'emplacement des bottes, elles mêmes déposées au hasard des andains, et du char. Nos tableaux sont vivants !

bois-de-vesvre

Ce travail de peintre en paysage, de plus en plus souvent décrié par certains, c'est notre contribution, non rémunérée, à la beauté de notre pays !

 

 

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20 juillet 2017

Le feu, une angoisse

Tandis que je chargeais des bottes de foin, j'ai vu les pompiers passer à vive allure. Par réflexe, j'ai cherché la fumée. Elle était au loin, derrière le bois, sur les collines.

En remontant vers le hangar, une bonne demie heure plus tard, j'ai aperçu le problème...

feu-transformateur

Je n'en connais pas l'origine, j'ai toujours la crainte d'une étincelle avec les tracteurs ou d'une surchauffe avec les outils comme le round baler. Mon extincteur, à portée de main dans la cabine, ne serait sans doute pas suffisant.

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19 juillet 2017

Etats généraux de l'alimentation vu de ma cour de ferme

L'événement sera parisien ! Inauguré en grande pompe demain, il est présenté comme la solution à tous nos maux. Mais pour nous tous éleveurs, il restera bien lointain. Il sera réservé aux spécialistes. Dans le cas de la filière viande, ils restent les mêmes (INTERBEV) qui nous ont conduit là où nous en sommes, dans l'indifférence générale. Il y a bien de vrais spécialistes novateurs, inaudibles et marginalisés car remettant trop de choses en cause. Il est vrai que la course au prix n'engendre pas que des soucis dans une filière. Lait ou viande, ce sont les producteurs qui trinquent et les autres intervenants qui dansent...

etats-généraux

Voici ce que j'ai écris pour l'assemblée générale d'une toute petite association le 30 juin. Aucun politique présent, les élections étaient passées...

" La révolution verte et la PAC des années 60 ont permis de rendre notre pays et « l’Europe de l’ouest » autonome en terme alimentaire. La formidable réussite de la mutation des cinquante dernières années du secteur agricole de notre pays peut même paraître aujourd’hui comme un handicap. Axée sur l’augmentation des volumes, elle a permis de nourrir les populations à des coûts de plus en plus bas, libérant ainsi un pouvoir d’achat précieux pour le développement d’autres activités économiques…

 

Avec la chute du mur de Berlin, la géostratégie européenne et les ressources agricoles ont évolué.  La sécurité alimentaire a suivi ces grands changements. Elle est passée de la crainte de pénurie à la crainte de « malbouffe ». Les crises à répétition de notre filière « viande » en sont un signe évident. Les mouvements « Vegan » ou autres, transformant le statut de l’animal, d’objet à quasiment être humain, reflètent une mutation profonde de nos sociétés. En parallèle, notre filière semble l’ignorer. Elle continue, entraînée par la grande distribution et la restauration collective, la course folle aux prix le plus bas possibles. Au contraire d’autres filières agricoles, la différenciation des produits auprès des consommateurs semble régresser. Sous couvert de simplification, la dernière évolution de l’étiquetage fait abstraction de toute notion d’origine et de qualité de la viande grande consommation. L’évolution des volumes de viandes hachées, amplifie le mouvement de banalisation de la viande bovine en minerai.

 

Lors de notre précédente assemblée générale, Mr Hoquette (INRA) a insisté sur la nécessité de satisfaire le consommateur. La valeur d’un produit passe non seulement par sa valeur gustative mais également par des informations supplétives. Les conditions d’élevage, le respect de l’animal, l’alimentation, la conduite sanitaire, les temps de transport, les conditions d’abattage, les délais de maturation de la viande, le respect des modes de cuisson et j’en passe, sont des demandes de plus en plus pressantes des consommateurs ! Y répondre est possible aujourd’hui par la révolution numérique. Mais la vraie révolution passe par un bouleversement du fonctionnement et des mentalités de tous les acteurs intervenant sur le produit « viande bovine ou ovine ». Il faut casser les frontières instaurées entre les acteurs.

 

Il n’est pas question de juger ici tel ou tel comportement mais de faire un état des lieux exhaustif de la consommation. C’est l’objet de la conférence de cet après-midi. Le caractère multi factoriel des attentes sociétales doit rendre chacun responsable dans la longue chaîne qui part du potentiel génétique de l’animal pour finir dans l’assiette. C’est ce qui justifie cette assemblée générale commune entre l’OS charolais France et notre association. Notre race est mondialement connue, les savoirs faire également reconnus. Nous ne devrions pas avoir des secteurs de notre filière en crise. Nous sommes capables d’exporter des animaux et bien frileux à le faire avec de la viande haut de gamme.

 

Nos conduites d’élevage correspondent aux attentes sociétales. Il suffit de regarder nos bocages et notre paysage pour s’en rendre compte. La communication ne peut être réduite à une communication de secours pendant les crises alimentaires. Elle doit être un atout commercial permanent. Les savoirs faire de nos transformateurs et bouchers doivent être valorisés. Tout ce que nous produisons ne passera pas intégralement en produit très haut de gamme. Mais veillons à ce qui est engagé dans les productions les plus contraignantes, donc les plus coûteuses, soit valorisé à son juste prix par une contractualisation réelle !

 

Ce retour de notre société à des valeurs plus « Nature » ne doit pas nous interdire d’utiliser les progrès techniques. Au contraire, dans le respect des attentes des consommateurs, l’innovation peut être salutaire. Elle est même incontournable au regard de la circulation de l’information. Malgré nos difficultés de financement, notre association doit continuer son travail de recherche développement au profit des petits faiseurs. N’oublions pas que les grandes avancées technologiques de ce siècle sont souvent nées dans des garages (Bill Gates) ou d’idées simples (start-up). Il n’y a aucune raison pour qu’il n’en soit pas de même pour nos produits.

 

La race charolaise, dans son ensemble, comme d’autres races à viande, a de formidables atouts qu’il convient de valoriser sous une forme nouvelle. L’heure n’est pas à la division, donc la dispersion, mais à la réussite de cette mutation qui passera par l’investissement de tous. C’est la condition pour la survie de notre modèle de production et le meilleur moyen de contrer toutes les critiques !"

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